HOMO; ET SIC DE ILLO PANE EDAT, ET DE CALICE BIBAT
Ains, Messieurs, pensant bien entendre les Escriplures, et esmeu d'icelles, i'ay dict ce pain nous estre donné pour signe, memoyre, et recordation de la mort de nostre Seigneur lesus Christ, nous croyant estre en présence realle, mais soubz espèce comme luy plaict. Des aultres choses de quoy suis accusé, ie les delaysse au lugement de Dieu. Prions noslre Seigneur qu'il lui playse inspirer tous bons Chrestiens alïin que la Saincte Parolle et l'Euangille soyt annoncée et enuoye son S' Esperit à son Eglise : car lesus Christ nous a esté long temps caché, c'est à dire non desclayré. levons prie. Messieurs, en charité, priés nostre Seigneur que tout ainsi que son filz Icsus
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Christ est mort pour moi, qu'il me donne grâce et constance de mourir pour luy. Alors auoir faict ses oraysons, les yeulx en hault, disant dedans le feu ; Prions Jésus Christ qu'il aye pitié de nous ; et cryoit iusques à la fin, Mon Rédempteur, Mon Rédempteur, ayés pitié de moy ; et ainsi rendit l'esperit. Et tous disoint, mesmc des Moynes, qui estoint illec presens ; Si cest homme nest saulué, iamais homme ne sera saulué.
CFÏAPÏTRE XI.
Baudichon de retour de Berne auec Farel, en apporte des lettres au Conseil de Geneue, par lesquelles les Seigneurs de Berne demandent iustice contre Furbity , qui les a offensés, dans ses sermons. Emeute, à cette occasion. Fromment et Canus aussi de retour.
Ambassade de Berne pour le mesme suiet. Viret accompagne les Ambassadeurs.
AuDicHON en reuenant de Berne, amena auec soy Farel. Et quand il eust présenté les lettres qu'il auoit appourtées, comme a esté dict , elles furent leues au Conseil des Deux cens, lesquelz commencèrent fort à se mutiner à cause de ces lettres, et principallemcnt contre le pourteur d'icelles: lequel pour
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euilcr la fureur du peuple sortit du Conseil secreltement. Or ce pendant arriua Farel en la mayson de Baudichon. IMais incontinent qu'il fust sceu que Farel fust arriué, le peuple et toute la ville s'émeut tout ainsi que quand Pol et Barnabas furent arriués en Attenes : ainsi fust tout le peuple, et à crier, et à s'assembler les vngz contre les aultres, encores plus impétueusement qu'ilz n'auoinl faict en l'aultre assemblée du Moulard , le grand vendredi d'aiiant la feste de Pasques, ne que en l'aultre assemblée de la mort du Chanoyne Verly. Car les Prebstres et leurs adherens furent assemblés pour prendre ce Farel , et Baudicbon qui auoit appourté les lettres, et voulloit venir agredir, à grande furie la mayson de Baudichon. Mais les fidelles qui tenoint la part de l'Euangille se mirent aussi en armes, pour fayre deffense, comme deia parauant auoint faict es aultres allarmes. Lesquelz Farel exortoit et preschoit, estant iceulx aussi qui preschoint es armes par l'espace de trois iours, sans penser ne les vngz ne les aultres. Lesquelz on ne pouuoit appayser en manière que ce fust, sans se batre : Non pas mesme les Ambassadeurs de Berne n'y pouuoint mettre ordre, qui arriuerent, menant Viret qui csloit encores bien nauré d'vne playe que vng Prebstre lui auoit faict sus le dos, au près de Payerne, du temps que l'émotion esloit si grande. De quoy furent fort eslonnés, voyans toute la ville en armes, et toutes les rues remplies de gens preslz à tuer les vngz les aultres, ainsi et en plus grand nombre, des deux couslés qu'ilz n'auoint pas encores esté. Certes on ne
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pouuoit voyr cella sans en auoir grande compassion. Baudiehon auoit desia mis Farel dans vno feniere, affin que personne ne le peult trouuer. Or l'assault estoit si grand dans la ville, que Fromment, qui estoit arriué durant l'assault, ne peult pas seulement passer le pont, ains luy fallut arrester cliiez Aymé Leuet, à S^ Gerues, Et fust conseillé à Alexandre Canus, qui estoit aussi reuenu dans la ville, qu'il s'en alla dehors en quelque lieu, veu qu'il auoit esté bany, pouteuiter fâcheries, et ce que le Conseil eust peu alléguer contre ; ce qu'il list/ et s'en alla [apparemment à Lyon où il fust pris , comme il a esté dict.]
Doncques pour retourner à nostre propos, quand les ambassadeurs de Berne furent arriués dans Geneue, et que les deux parties furent appaysées, et vng chascun fust retiré en sa mayson, qui auoit demeuré troys iours et troys nuicts es armes, comme est dict , faysant le guet les vngz contre les aultres, bien faschés et lassés, voyre du boyre et du manger : car quand ilz voulloynt auoir à manger, falloit aulcunes foys aller quérir par les maysons leurs viures bien accompagnés, affin que l'aullre partie ne l'eusse retenu , ainsi que font les ennemys en guerre. Iceulx donc Ambassadeurs, voyans telz affayres, estoint estonnés [touteffoys en auoint presque aultant, en leur ville, auparauant expérimentés) et, selon leur charge de leurs Seigneurs et Supérieurs, se mirent en debuoir de l'exécuter, et tirent assembler le petit et le grand Conseil, mais non pas sans grande crainte; et retirèrent les Prescheurs auec eulx (en vng lieu, si ie l'ose dire, petit bourdeau)
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en l'hostellerie de la Teste noyre , comme à la meilleure et plus honnesle hoslellerie que pour Ihors on extimoit à Geneue. Lesquelz firent assembler le pelit et grand Conseil de la ville, ausquelz proposèrent leur charge et articles, dcmandans iustice contre le Docteur Furbiti, de la part de leurs Seigneurs et Supérieurs , disans qu'il les auoitblasmé, non seuUement eulx, ains blessé l'honneur de Dieu, et de tous ceulx qui auoint receu l'Euangille : et si vouUoit dire le contrayre se ouffroint le prouuer par gens de bien : et ont amené des Prescheurs pour deffendre et disputer par les Sainctes Escriptures , que ce qu'il a dict est faulx. Touteffoys, si peult monstrer, par la Saincte Escripture, ce qu'il a dict estre véritable, et que nous soyons telz comme il dict, ou que nous soyons abusés , nous voulions changer, et chastier et fayre telle iustice de noz Prescheurs que vng chascun de toute la terre y prendra exemple. Parquoy demandons que le dict Furbity aye à respondre. Ce qu'il fict, ainsi qu'il est contenu en son procès, et en ses disputes.
Actes et Gestes mcruelllcux