‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 16 sur 84 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Comment les Prescheurs preschoint durant les disputes de Furbity.

Ependanï que les Ambassadeurs estoint à Geueue, demandans iuslice, et durant les disputes de Mons»- le Doeteur Furbity, les Prescbcurs preschoint tous les iours en vue Jurande salle , au près de la maysou de Baudichon, dans la mayson de Mons"^ de ïourens, et ce par l'espace de deux ou troys moys : et en preschanlla on y bapliza deux enfans, le premier au Patu, que pourla Bischof de Berne; le second à la losephe, et le pourta le Banderet Yingart, Ambassadeur de Berne. Mais le nombre croissoit et augmentoit si grandement tous les iours qu'on n'y pouuoit plus entrer, et furent contrainctz les Prescheurs de s'en aller en vng aultre lieu, de quoy ne furent pas desplaysans , c'est assauoir au Conuent des Courdelliers, à Riue, au grand auditoyre, comme plusieurs foys auoint demandé, sans entrer dans leur Eglise, veu qu'il estoit séparé, auquel auditoyre pouuoit entrer 4 ou 5 mille personnes ; dans lequel on a presché six ou sept ans , et faict les grandes disputes comme sera dict ci après.

11 y auoit en mesme temps vng Cordellier, nommé Coutelleyri, qui prcschoit à Riue, à Sainct

de la Cité de Geneue. 83

Françoys; lequel voulloit playre à vne chasciine partie ; ce que ne se peult. Aulcunes foys disoit mal des Prebstres et du Pape, pensant playre à ceulx de l'Euangille; et aulcunes foys vituperoit de les aultres. Mais tout cella ne pouuoit salisfayre, car on ne peult seruir à Dieu et au dyable : lamais homme ne peult seruir à deux Seigneurs, il faut aymcr Tvng et hayr l'aultre. Toutelfoys il prenoit grand peyne de se transfigurer on ange de lumière; et quand il pensoit mieulx dire c'estoit alliors que Farel le reprenoit publicquement; aussi n'eusse sceu enseigner vérité, veu qu'il ne l'entendoit pas : et quand il voulloit Iloureter l'Escripture, il ne sçauoit, car selon l'abondance du cueur la bouche parloit. Si est ce neantmoins qu'il prenoit grande peyne de llater selon leur coustume, les citoiens et Seig'"^ de la Ville, baillant de grandz tiltres et honneurs à leur ville , pensant leur fayre grand seruice, et que par cella pourroit estre suppourté contre les aultres (|ui preschoint tout à l'opposite de luy, vitupérant ce qu'il magnifioit et louoit. Car il disoit; Gardés bien ie vous prie, de vous laysser seduyre à ces gens icy, veu que estes vne si noble et puyssantc ville, de si bonne renommée, si gens de bien : et gardés tousiours vostre beau tiltre Messieurs et Mesdames , de vostre ville, que s'appelle Gebcnna , Gens bonna, Gens benUjna, Gens sancta, Gens preclara , Gens dénota: et aultres semblables epitetes Mais les aultres remonstroint, par les Escriptures, que eulx et leurs pères auoint esté gens idollalrcs, gens rebelles à Dieu cl à sa parolle, gens qui s'esloint laysscs conduyre en enfert, et à perdition, par

leurs Prebstres et Moynes Caphars , gens qui ne valloint rien sinon à blasphémer, iurer, yurogner et paillarder, et aultres choses semblables de malle grâce. Aussy estoint hays grandement de ceulx qui deniandoint louange, et non vérité : comme l'on voyt, encores de nostre temps, que ceulx qui ne sçauent flater les hommes, sont milz à mort ou persécuté et hays, veu qu'ilz ne veullent playre à Monsieur ne à Madame.

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