HENT DE PARVENIR A LA CON
naissance des Actes et Gestes merueilleux de la cité de Geneue, en forme de Chroniques Annales ou Hystoyres commençant l'an M D XXXH.
Nthoine Fromment! il n'est |(lans noire patrie après le nom de ces grands hommes »qui établirent ou consolidèrent l'œuvre de la réforme, guère de nom plus connu et 'plus populaire que le sien, aussi allons-nous avant d'aborder sa chronique, essayer de donner quelques détails sur sa vie, le peu du moins qu'on en connait.
iVnthoine Fromment était natif du Dauphiné, compatriote de Farel, et comme lui, croyons-nous, de bonne maison ; instruit plus qu'on ne l'était généralement à cette époque, il fut poussé de bonne heure, par les excès où était tombée l'Eglise romaine, à embrasser le parti de la réforme, et soit que les dangers qu'il aurait courus en France en prêchant contre ces excès, lui parussent trop menaçants, soit qu'il eût jugé que la
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Parole divine serait mieux accueillie ailleurs, il avait émigré en Suisse. Farel et Saunier, obligés de quitter Genève durant les troubles, allèrent à Orbe, où ils trouvèrent Fromment qui prêchait l'Évangile; ils l'engagèrent à quitter Orbe pour Genève, le champ était plus vaste, la moisson serait plus abondante; notre auteur avait alors vingt-deux ans, et c'est à peu près à ce moment que commence sa chronique.
Nous ne le suivrons pas au milieu de toutes les péripéties de l'établissement de la réforme à Genève; il y prit une grande part, et les a racontées avec une verve et une naïveté originales, qui nous dispensent d'y insister. Il se met en scène lui-même comme le font volontiers les anciens chroniqueurs, d'une façon directe et vive, qui à la distance de plusieurs siècles a conservé pour nous son intérêt.
La Réformation établie, et son existence assurée dans Genève, que devint Fromment? c'est ici que les notions sont momentanément obscures; Fromment effacé par des personnalités intiniment supérieures à la sienne , perd une partie de son intérêt et de son relief. Quelques historiens disent que pendant plusieurs années, et vraisemblablement à cette époque, il reprit le cours de ses prédications à Thonon, à Collonges , à Saint-Gervais ; avec quel succès? c'est ce qu'il nous serait imposble de dire.
En 1548 nous retrouvons Fromment secrétaire de Bonivard, ce fut le moment où il dut écrire les Actes et Gestes merueilleux de la cité de Genève, que
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le Docteur Chaponnière nous permette de citer, à ce sujet, ce qu'il rapporte de notre chroniqueur dans sa remarquable notice sur le Prieur de Saint Victor :
« Ayant recueilli tous les matériaux dont il avait besoin, afin de mettre au net son manuscrit, Bonivard demanda à la Seigneurie de lui fournir un secrétaire intelligent, et lui proposa Antboine Fromment, qui avait coopéré à la prédication de l'Evangile, et qui, connaissant les affaires passées et ayant été à Genève du temps des guerres, pouvait aider la mémoire de l'auteur; la Seigneurie accepta le personnage susdit, lui proposa deux écus par mois, et favorisa de son mieux cet arrangement ; elle permit même à Fromment de faire un voyage à Lausanne pour chercher quelque renseignement utile aux chroniques ; plus tard elle lui donna un logement pour six mois, en continuant la pension de deux écus, du reste elle refusa à Bonivard d'imprimer les chroniques jusqu'à ce qu'on eût avisé. Voici quelques-uns des articles des registres des conseils , relatif à Fromment et à sa collaboration aux chroniques de Bonivard. »
1549 12 Dec. L'on a icy parle des Cronicques. — M. de S. Victor expose que pour la perfection des Cronicques il a besoing d'vng escripuain. Maintenant il a trouué Maistre Antoenne Fromment homme propre a cella, quest des premiers qui ont presche icy l'Euangille et scait des affaires passées pour ce qu'il estoit icy du temps de guerre. — Id. 19 Dec. S. Victor et Fromment. M. le Sindicque Tissoct a rapporte l'accord faict avecque N. Boniuard à cause des cronicques; C'est que au lieu d'vng escripuain qu'il soloit auoir pour escripre
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soubz luy. puisqu'il a agréable Maistre Antoenne Frorament Ion le luy oultroye pour vng mois ou deux et pour ce Ion baillera aud. Sr. S. Victeur deux escus par moys et luy soit faict mandement pour vng moys prochain des auiourdhuys. — ]55l 7 Feur. Ant. Fromment. Demande congé pour aller iusques à Lausanne pour l'afTaire des cronicques, et prie que l'argent qu'il mangeroit chez Mons. de S. Vict. qu'il luy soyt baille. Sur quoy est arreste, que s'il veut aller que Ion luy face vng mandement pour vng moys. — 1 Aur. S. Victeur. Est venu à proposer que Ion luy a promys deux escus par moys pour nourrir M" Ant. Fromment à la suyte des cronicques, desquelz il a entendu en auoir esté baillé aud. Fromment vng moys qu'il n'a pas receupt, et si la nourry, pourquoy il demande lui en satisfaire. Et sur ce a este parle que A- Fromment ne peut bonnement viure de deux escus et il désire se retirer, s'il playsoit oultroyer vng louge de maison pour retirer sa femme, auec lesd. deux escus. Sur quoy est arreste que pour six moys l'on sallarie le d. Fromment a deux escus le moys, et qu'il loge en celle mayson en laquelle est la vieille Saultiere , s'il veult en la chambre que tient le tisserand et quant au reste , ce que pour luy sera deubt aud. S. Victeur soyt payé. Et sur ce que led. S. Victeur a parle d'imprimer lesd. cronicques est arreste luy répondre que pour maintenant et iusques aultrement soit aduise, Ion nimprimera point, a tout le moins iusques le tout soit aduise. — 1550, 9 Sep. Ant. Fromment. Sus ce qu'il demande mandement de trois moys touchant le besoignement qu'il faict en l'affaire des cronicques. Sur quoy est arreste que l'on retire pour voir ce queu est faict et lors Ion aduisera. — 1551, 30 lanuier. Ant. Fromment. Cronicques. Lequel a requis luy paye la reste de ce qu'il a fait des cronicques de la Seigneurie et que il se offre de mectre au nect ce que eu az faict ; Arreste qu'il aduise si Ion luy doibt ou non, et si Ion luy doibt de reste que Ion le paye. Et après soyent visitée les dictes chronicques et corrigée. Et que en le payant qu'il le doibge mectre au nect.
Les chroniques étaient terminées; Bonivard désirait qu'on les livrât à la publicité, et jaloux de
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répondre à une attaque contre Genève , il demandait qu'on lui permît de les imprimer. Le Conseil chargea Calvin et quelques conseillers du soin de les examiner; on y trouva des traits qui pouvaient blesser MM. de Berne et de Fribourg, et le style du prieur de S. Victor parut trop familier ou trop rude pour que la permission put être accordée. Fromment fut encore moins bien partagé; il n'obtint pas la permission de mettre au jour les produits de sa plume; cependant il aurait bien voulu tirer quelque parti de ses travaux. Il demanda la permission d'imprimer le récit de la guerre depuis 1532 à 1537. La Seigneurie renvoya la permission après l'examen; nonobstant le même jour que la Seigneurie prenait cette décision, Fromment faisait paraître deux épîtres préparatoires aux histoires et actes de Genève; l'une dédiée au Sénats l'autre exhortatoire à tout le peuple de Genève, et trois mois plus tard paraissait l'ouvrage même, dans lequel la Seigneurie trouva plusieurs injures et choses déshonorantes, on ne dit pas pour qui, et dont elle fît retirer tous les exemplaires ; aucun n'est connu. Peut-être était-ce l'ouvrage dont le manuscrit autographe est aux Archives et dont il existe une copie à la bibliothèque publique signalée dans le catalogue Senebier sous le titre : Les Actes et Gestes merueilleux de la cité de Geneue, nouuellement con-
* A Genève, de l'imprimerie de Jehan Gérard, 1554, petit in-12 de 27 feuillets non paginés. L'épitre au Sénat se termine par ces mots : « De vostre cite de Geneue ce quatrième iour de Septembre 1554. » La bibliothèque publique de Genève a un exemplaire de ce rare opuscule.
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uertie à VEuangille, etc., etc. — Fromment ne se laissa point décourager, il revint plusieurs fois à la charge, mais sans plus de succès. »
Dès lors la personne de Fromment acheva de rentrer complètement dans l'ombre; il renonça, nous disent les historiens, à la charge de ministre pour prendre place dans les conseils, et cet homme qui avait exercé une si grande influence sur l'introduction de la réforme à Genève, occupait sur la fin de sa vie une modeste place de notaire. L'histoire n'a pas gardé la date de sa mort, et la peinture ne nous a pas conservé ses traits.
La chronique de Fromment, nom sous lequel rœuvre qui nous occupe est vulgairement connue, ne pouvait être jugée que par quelques rares copies plus ou moins fidèles qui circulaient dans le public; consultée et citée par la plupart des écrivains qui ont traité de l'histoire de la léformation , elle n'avait jamais été mise au jour en son entier; c'est cette lacune regrettable que nous avons entrepris de combler; nous nous estimons heureux d'avoir pu rendre à nos lecteurs les lettres illustrées de Badius , cet élégant typographe beau-frère de Robert Estienne, devenu comme lui citoyen genevois, tandis que Monsieur Gandon nous a encore une fois prêté le concours de son crayon ingénieux ; qu'il reçoive ici ce témoignage de notre reconnaissance.
Quant à nous, nous avons suivi dans ce travail, avec une fidélité scrupuleuse , le manuscrit de Fromment lui-même, tel qu'il existe dans les Archives de notre ville , nous bornant à conserver,
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pour la facililé du plus grand nombre, la ponctuation , telle qu'elle a été établie dans la copie de la bibliothèque publique. Le lecteur retrouvera dans le style de Fromnient ces négligences sans cesse renouvelées d'une langue qui n'est point fixée encore, et qui placent notre auteur fort au-dessous des Calvin et des Bèze, mais en même temps il y goûtera une naïveté, un abandon, auxquels ces grands écrivains ne doivent plus prétendre.
Si maintenant aucuns nous accusent de n'avoir cherché en publiant l'œuvre de Fromment, qu'à réveiller d'anciennes querelles, que personne plus que nous ne voudroit voir éteintes sans retour, nous leur dirons qu'ils se trompent entièrement, que tel n'a pas été notre but, nous avons voulu reporter l'attention sur une époque trop oubliée de nos jours et à jamais glorieuse, où Genève, seule, entourée d'ennemis^ et ne plaçant son espérance et son salut qu'en Dieu et dans sa propre énergie, put triompher de tant d'obstacles, et devint le port assuré, où vinrent s'abriter les plus grands hommes; à tous enfin nous redirons ces éloquentes paroles de notre vieil historien : « On ne trouvera pas ici à la vérité des descriptions magnifiques de quelque action éclatante, des harangues pompeuses de quelques fameux généraux, des batailles rangées d'un nombre infini de combattants : mais en échange on y rencontrera à chaque pas quelque merveille de la Providence, et quelque trait historique ou politique digne de reflexion. Sur cette Scène paroissent des Acteurs, qui ne sont |)as si superbement velus, et (jui ne parlent pas si haut que les Roys et les
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Princes de la terre sur les Théâtres spacieux de leurs Estats. Ils ne laissent pourtant pas de soutenir leur personnage et de proposer de belles instructions, auxquelles chacun peut prendre part : car tout le monde est Soldat ou Citoyen de sa patrie. On y verra des exemples de vices et de vertus de toutes les manières, qui ne seront pas inutiles, pourveu qu'on regarde moins de quel caractère est revêtu celui qui parle, que si ce qu'il dit est à propos. »
Gustave REVILLIOD.
Genève, MDCCC LIV.
AVX
MAGNIFIQVES