‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 3 sur 84 · GNEVRS^ MESSIEVRS LES SYN · texte numérisé non relu

GNEVRS^ MESSIEVRS LES SYN

diques , petit et grand Conseils de la Republique et Cité de Geneue.

Agnifiqves et très honnorés Seigneurs, puisque de vostre grâce vos a pieu me donner charge, de rédiger par escript fidellement 1rs notes et effectz merueileux qu'il a pieu à Dieu faire de nostre temps dans vostre cité : pour ceste cause suiuant commandement , Vai faict. Et n'ai pas voulu obmettre de vos rementeuoir les grâces, que le Seigneur vos a faictes en recepuant son Evangille. Et iaçoit que iournellement en soyés par gens scauans admonestés en leurs prédications par voix viue : Laquelle est de plus grande efficace pour esmouuoir les cueurs , que ne pourroit estre mes escrips : tellement que n'auez pas grand besoing d'iceulx : toutes foys affin que ceulx qui ne les peu-

xxii Epislre.

mais a esté celluy qui a bataillé tousiourt pour vous contre lequel aulcuns ont tant longuement bataillé et résisté; craignans que si recepuiés sa parolle que vostre ville fust demouree seulle , déserte et inhabitée de gens , et que vng chacun la laysseroit seulle. Mais la grâce à Dieu vous voyés tout le contraire, car Dieu vous a faict fouyre tous vos ennemys loing de vostre cité et au lieu diceulx aués des amys, des fidelles chres liens , plus de gens de bien et d'honneur qui n'y en heust oncques. Lesquelz vos a enuoyé et enuoye de toutes pars ce que vos doibt estre chose admirable et playsante dauant vos yeulx. Aussi certes en faictes le semblant que les recepués comme vous propres bourgoys et frères chrestiens ainsi que Dieu commande, lequel vous a faict encores vne admirable grâce de vous aussi desliuré de toutes partialités. Doncques ie vous supplie de rechef tous Chrestiens et heureux princes de baillier et atribuer cecy du tout à Dieu et non aux hommes de garder vérité, vraye amour et charité fraternelle, les vngz auec les aultres sans detracter ne mespriser le conseil et aduys du moindre de vostre Conseil , ï admonestant en toute doulceur, comme frère , quand il fauldroit par ignorance : Suppourtans les infirmités de vostre poure peuple , principallement de ceulx qui ne cheuent non malicieusement, punissant toutes foy s les transgressions , non seullement de la loy de Dieu, ains ceulx qui mesprisent vous ordonnances ciuilles et réformes à la parolle de Dieu , principallement ceulx qui résistent par certaine malice; Les corrigeant comme percs et non par

Epistre. XX m

vengence, mais ayans pitié d'eulx estans desplaysans de leur forfaict. Emitans sus toutes choses ce que toutes heureuses et flourissantes principaultés monarchies et principaultés ont fowj et euité au temps pacé et du temps qu'ilz ont prospéré et si longuement régné en autorité entre les hommes. C'est assauoir noyses regretz enuies vengences maluoulances parcialités guerres ciuilles plus dangereuses que les estrangieres et sus tout ambition de reigner et dominer V'cng sus Vaultre. Lesquelles choses ont esté et sont autour d'huy la desctruction d'vne république. Car nos voyons en toutes hystoyres humaines tant ciuilles que aultres que incontinent ces choses entrées aux cœurs des sénateurs et excellens hommes ou aultres, leurs principaultés s'en sont mal trouuees; et principallement quand Hz ont voullu mettre en effect et exécution leiirs ambitions, enuies et cupidités de régner ; car alors les parcialités et diuisions sont venues par lesquelles leurs communaultés et principaultés sont tombées en décadence et peu à peu ruinées. Aussi c'est la principalle pourte des ennemys et des monarches pour entrer au dedans , comme voyés des romains , des caldeens , des habilloniens , per siens , mediens et plusieurs aultres, desquelz les hystoires font mention qui nestoint pas grande chose au commencement de leurs règnes non plus que vous, mais par leurs grandes vnions concordes et alliances vsans et se aduisans par bon conseil sans estre menés ne conduictz d'affection ohlicque, ont esté dominateurs presque de toute la terre. Mais incontinent qu'ilz se sont voullus glorifier esleuer et faire des

XIV Epistre.

vray et ancien hystoriographe a escript des en fans d'Israël qui auoynt tant reçeu de grâces et bénéfices de Dieu .- et se sont monstres les plus ingratz enuers icelluy que toutes aultres nations de la terre, voullans tousiourt fayre aultrement qui ne leur commandoit, cheminans selon leurs fantasies et appelis des hor donnés. Tellement que pour les réduire à soy, leur donnoyt iournellement punitions et playes, c'est assauoir guerres, pestes, famines , si est ce que tout cella ne leur faysoit guyeres car incontinent qu'ilz estoint vng peu à leur ayse , et esleuës sus leurs ennemis, les ayant subiogués et mitz soubz leurs piedz f combien que ce ne fust par leurs forces, prudences et vertus, mais seullement par le, bras de Dieu, aultant en petit nompar de gens que en grand nombre) Hz commençoynt à se débourder à toutes dissolutions , ne se souuenant plus de celluy qui les auoit sourty à main forte d'egypte, et retiré de la tyrannie et seruitude de Pharao. Oblians celluy qui leur auoit donné la victoyre ; mais se glorifioint en leurs forces et puyssances , comme David nombrant son peuple ; attrihuans les victoires à eux mesmes et non au Dieu d'Israël, de quoy tous les prophètes et seruiteurs de Dieu ont crié à Vencontre et iustement reprins ceste nation indigne appelée peuple de Dieu , pour leur ingratitude; ne recognoissans le bien que Dieu auoit faict car au lieu qu'ilz auoynt esté captifz et exilés les auoit faictz son peuple, constitués princes et dominateurs des aultres nations , voyre de leurs grandz ennemys. Si que pouuoint dire et se glorifier quilz auoint plus obtenu pt hru

Epistre. xv

de grâces de Dieu que iamais peuple de la terre nauoil heu ; non pas que fust venu d'eux ne par eulx , ou quilz V eussent mérité ne desseruy mais de la seulle bonté de leur Dieu, qui faict miséricorde, à celluy qui neult fayre miséricorde, et esleue et abaysse celluy qu'il veult. Car en quoy leur debuoit il estre plus obligé, ne attenu de leur faire ce bien, que aux aultres hommes idollatres.

Toutesfoys et nonobstant Dieu les auoit amés et choisis entre les aultres peuples et nations de la terre, les preseruans de tous leurs ennemys , à cause de soy mesme, et affm que son sainct nom fust glorifié en ceste nation et non blasphémé des infidelles, que les mallins ne vinrent à dire en mespris et conteyaement , disant qui est leur Dieu? Et iaçoit ce quilz ne vallussent rien, si a il vouUu magnifier son nom en ce peuple afjligé, mesprisé, persécuté et hay de tous les roys , princes et peuples de la terre. Encores nont sceu congnoistre qui Hz estoynt , ne de quelle masse de péché estoynt sourtis. Car s'il luy eust pieu, comme dict est, et aussi bien prins d'aultres hommes sans eulx pour estre honnorés et pour fayre ses sacrifices et son sainct seruice. Mais luy a pieu de eslire ce peuple et en fayre vne fourteresse ou rampai contre tous les idolâtres, a deffendu l'arche et l'aliance du testament, iuré et promitz d' estre leur Dieu, leur bouclier, leur force, leur deffence, leur ayde et secours enuers tous et contre tous leurs ennemys, moyennant qu'ilz fussent son peuple, qu'ils gardassent ses ordonnances et commandementz , nayans aultre fiance que en luy, et que son sainct temple,

XVI Epislre.

ne fiist contaminé, ses sacrifices obsemé-s, et que la saincte cité de Uiérusalem fust gardée saincte, en laquelle voulloit estre adouré , et serui • leur promettant que en ce fasant Hz prospereroint , Hz auroint bénédictions en toutes leurs œuures. Mais incontinent quilz ne garderoint l'aliance, et pache quilz a\ioint faicte auec leur Dieu , et quilz delaysseroint ses ordonnances et commandementz il les delaysseroit .- son ire, sa fureur et vengence se embraseroit sus eulx. (ce quilz auoint expérimenté par les mains pesantes de MoyseJ les menassant de leurs ennemys, les Philistins, les Assiriens, les Babilloniens , les Caldéens . et aultres peuples, leur disant quHlz viendroint de tous coustés pour les assaillir saccager et destruyre , comme plusieurs foys leur est aduenu , et ainsi que leur auoit esté prédict par les prophètes , même par lerémie a ceux de Hierusalem, leur dénuncant quilz seroint menés captifs en Babilloyne , et que ces grandz fléaux et seruiteurs de Dieu en sa fureur Nabucadnezar et Senacherif les destryroint. Lesquelz n'ont rien voullu croyre , ains s'en mocquoint disans ; Nous sommes le peuple de Dieîi , Nous auons le temple de Dieu , et ne sera pas ainsi que ce lerémie nous presche. Car combien que ce Renard de prophète dit que Hierusalem sera destruicte et que nos serons menés captif z en Babillone, si est ce que nos ncn croyons rien, mais sera mis prisonnier iusques à ce qu'il soyt accompli ce quil a dict et presché contre 7ios et nous princes. Car que peult il sauoir de ce qui est aduenir mieux que les aultres? Certes ce n'est que vng faulx prophète,

Epistre. xvu

X)n(j bauart , et ne dict rien qui nous plaise y ne faict que crier, -^Mais nous ne ferons aultrement qu'auons accoustumé; car nous voyons que cependant que nous auons sacrifié à la Boyne du ciel, nous en sommes bien trouués. Dempuis que ce leremie est venu et quil nous a presché ceste nouvelle loy nous n auons iamais lieu que mal assauoir yuerres , pestes , famines, malaises, et infinies aulires pouuretés. Parquoy nous viurons comme nous pères et prédécesseurs et si croyons et ferons ainsi qu auons accoustumé , et sacrifierons à la Royne du ciel, veu qu'auons heu par le passé, lors que auons ainsi vescu, abundance de biens, mais dempuis n' auons heu que diuisions, debatz , noyses, regretz, malvol lance , guerres, pestes, famines. Brief qu'on ne nous parle plus ainsi. Toutes foy s leur aduint ce que leremie leur auoit predict; cest assauoir eulx et leurs princes furent captifz et menés en Babillone. La ville de Hierusalem ruynee, saccagée et destruicte, selon la parolle du prophète, qui n'estoit que ong poure homme seruiteur de Dieu. Lequel par ses parolles fust mitz prisonnier, et ceulx de Hierusalem détenu en la fosse, iusques à ce que la ville fust prinse et saccagée.

Que pensés vous maintenant princes de Geneue estre au regard de ceulx cy ? qui estoint si grandz, si richez, si puyssans et hault esleuez, ayans obtenu tant de grâces de Dieu et preserués de leurs ennemys du temps qiiilz estoint tyranisés oppressés eprouués. Mais quand Hz ont esté faictz riches et puyssans ont esté destruictz et rédigés à

XVI II Epistre.

néant. Certes peu au rien estes au regard d'eux. Si ce peuple donc de Dieu n'a pas euité son iu- (jement, que feront les poures infidelles , et ceulx qui ne le veullent pas recognoistre ont apparoisiront Hz ie vous prie? Toutes foys vos confessés dauant tous hommes que iamais Dieu ne fist plus de grâce ne de miséricorde aux en fans d'Israël en les desliurant de tyrannie et seruitude ont Hz estoint détenus, qu'il a faict à vous et à vostre cité en la desliurant de ses ennemis. Aussi certes ceulx qui le vouldroient nyer ne le pourroint en bonne conscience qui ne fussent vaincus en leurs cueurs. Mais fault que tous le confessent ainsi. Car chacun sçait bien et voit clerement de quelle tyrannie, de quelle captiuité et seruitude spirituelle et corporelle, Dieu nous a desliurés, en ce temps si dangereux et ce tant miraculeusement de tous vous aduersaires et ennemis capitaux. Ensorte qu'il vous fault tousiourt confesser et dire sans faintize, que ce n'a pas esté de vous forces et vertus , ains seullement de la bonté et miséricorde de vostre Dieu , qui a heu plus de pitié et d'esgard à sa paroUe que ne pas à vous prudences forces ne sagesse. Laquelle a voullu faire près cher purement dans votre cité, l'ayant préparée de long temps à ce. Et l'a preseruee de tous ses ennemys iusques à présent, pour en fayre vng refuge de fidelles , vng bouclier et boulleuard contre les ennemys de vérité. Mais si de cela vous en monstres ingras enuers Dieu et ses membres ne recognoissans les biens et grâces qu'il vos a faictes , craignes qui ne vos abandonne , ainsi quil est advenu es aultres {appelles le peu-

Episire. xix

pie de Dieu) attendu que Dieu vos a plus hault esleués en ses dons que nulz aultres, et mitz le miruel et principal exemple de bien et vertu , en vos faysant plus de grâces que a peuple de la terre de présent. Gardés doncques ie vous supplie très heureux princes que vous ne soyez et votre peuple le siblement et la mocquerie des aultres nations de la terre. Car ie vous puys bien dire et assertener que cependant que vous gardiés l'aliance que auez iuré et promitz auec votre Dieu , et que iustice et équité régnera en vos et en votre cité. Car Dieu bataillera pour vos ainsi qu'il a faict iusques à présent. Mais incontinent que fer es h contraire, et que vos esleués en hault vous attribuant ce qui appartient à Dieu , le délayssant et en vos fiant à vous murailles à vos artilleries et grandz boulleuardz , il est à craindre qui ne vous délaysse comme les aultres, vser de vos forces et couteaux de plop ou de burre et qu'il ne vos aduienne comme à ceulx desquelz avez veu les exemples dauant vous yeulx qui sembloit que toute la terre deubt trembler dauant eux et leurs puyssances et richesses.

Et pourtant ie vos supplie au nom de Dieu que recognoistrés celluy qui vos a faict tant de grâces, et desliuré de tant de maulx ausquels estiés détenus, et de ceulx qui n'ont iamais taché à aultre chose que de vous ruyner tyranniser et rendre en seruitude. Car comme bien scaués vos anciens ennemys n'ont iamais faict aultre chose que poursuiure vos et vous pères à cclla, tant par guerres que aultrement faysant mettre à mort ceulx qui leur ont résisté en face, sans voulloir ouir ne voir

XX Epi sire.

d'aulcung droict , reffusans tousiourl d'entrer en iugemeni pour monstrer et produire les droictz de vous libertés et franchises sinon par contraincte. Mais ont faict mourir vous enfans de ville sans cause ne raison , les renuoyant dans des barilles salles en quatre quartiers et les faire pendre dauant vos yeulx. Et qui plus est quand Hz venoint dans votre cité ne leur ausiés refuser territoyre ne contredire d'estre lougés dans vous maysons ont leur plaisoit. Et eulx et les leurs empourtoint or, argent^ vos biens, vos marchandises, et commettoint aultres choses intollerables et indignes à racompter desquelles tous laisse à penser. Et plusieurs bons citoyens et bourgoys recepuoint aulcunes foys pour recompense et payement des cops de haton, iniures et ouUraiges.

Et quand n'ont peu faire plus grande nuysance à vos ancestres pour auoir faict seruice à vng filz du duc de Sauoye, le retirant en asseurant dans votre cité de la faueur de son père qui le voulloit faire mourir par ce qu'il auoit coppé les génitoyres au paillard de sa mère les pourtayit dans vng plact dauant elle en ouant messe à Thonon. Na il pas pour cclla au despict d'eulx et à votre grand preiudice , en bien faysant pour obtenir qui ne feust pas mitz à mort , en sa faueur il alliena ou transffera les grandes foyres de votre cité les remettant au Roy de France pour les mettre à Bourges et puys à Lyon.

De quoy en sont sourtis beaucop de maulx et fâcheries en votre cité comme scauez. le me tais des insollances grandes que vos Prebstres chanoy-

Epistre. xxi

nés, moynes et tout ce genre sacerdotal faysoint dans votre cité, et à vos pères, et de la multitude d' abo^mination , paillardises et infamités qui y estoient. Et entre toutes les aulires choses Dieu vous a desliurés de cecy et d'vne aultre chose encores plus dangereuse et exécrable que la première c'est de Vydollatrie et tyrannie de vos âmes ont vous estiés détenus . faisans fornication auec le boys et pierres, adorans la grande paillarde qui est V Antéchrist, ce que Dieu a faict miraculeusement contre la volunté de plusieurs faisant prescher la parolle, laquelle peu de gens la voulloint recepuoir au commencement dans voire cité, ains la plupart y resistoint de toutes ses puyssances. Craignais d/estre subiogués des ennemys desquelz Dieu vous a desliurés par son bras et non par vous forces vous faisans princes au lieu quilz vous voulloint rendre subiectz, captif z ou esclaues. Et ceulx qui venoint pour vous nuyre et rédiger en seruitude vos ont serui pour vos mettre en liberté. Et ne fault pas dire que vos mourailles vos agent deffendu car nestoint pas encores faictes , et en aulcuns lieux votre cité estoit enuironnee, seullement d'haix de boys comme vos iardins sont clos et environnés pour deffendre les chefures , des choux et des arbres. Et finallement la guerre finie incontinent après voslre desliurance , vne partie de vos mourailles ie vous demande ne sont elles pas tombées et ruynees de parolles sans artillerie, pour mieulx vous donner à cognoistre que ce nestoint pas vos murailles, vos forces, vos artilleries, ne les hommes qui ont gardé et desliurés vous et votre cité.

XXII ttpislre.

mais a esté celluy qui a bataillé tousiourt pour vous contre lequel aulcuns ont tant longuement bataillé et résisté; craignans que si recepuîés sa parolle que vostre ville fust demouree seulle , déserte et inhabitée de gens , et que vng chacun la laysseroit seulle. Mais la grâce à Dieu vous voyés tout le contraire, car Dieu vous a faict fouyre tous vos ennemys loing de vostre cité et au lieu diceulx aués des amys, des fidelles chres tiens , plus de gens de bien et d'honneur qui n'y en heust oncques. Lesquelz vos a enuoyé et enuoye de toutes pars ce que vos doibt estre chose admirable et playsante dauant vos yeulx. Aussi certes en faictes le semblant que les recepués comme vous propres bourgoys et frères chrestiens ainsi que Dieu commande, lequel vous a faict encores vne admirable grâce de vous aussi desliuré de toutes partialités. Doncques ie vous supplie de rechef tous Chrestiens et heureux princes de baillier et atribuer cecy du tout à Dieu et non aux hommes de garder vérité, vraye amour et charité fraternelle, les vngz auec les aultres sans detracter ne mespriser le conseil et aduys du moindre de vostre Conseil , V admonestant en toute doulceur, comme frère , quand il fauldroit par ignorance : Suppourtans les infirmités de vostre poure peuple , principallement de ceulx qui ne cheuent non malicieusement, punissant toutes foys les transgressions , non seullement de la loy de Dieu, ains ceulx qui mesprisent vous ordonnances ciuilles et réformes à la parolle de Dieu , principallement ceulx qui résistent par certaine malice; Les corrigeant comme percs et non par

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vengence, mais ayans pitié d'eulx estans desplaysans de leur forfaict. Emitans sus toutes choses ce que toutes heureuses et flourissantes pnncipaultés monarchies et principaultés ont fouy et euité au temps pacé et du temps quilz ont prospéré et si longuement régné en autorité entre les hommes. C'est assauoir noyses regretz enuies vengences maluoulances parcialités guerres ciuilles plus dangereuses que les estrangieres et sus tout ambition de reigner et dominer Ivng sus Vaultre. Lesquelles choses ont esté et sont auiourd'huy la desctruction d'vne republique. Car nos voyons en toutes hystoyres humaines tant ciuilles que aultres que incontinent ces choses entrées aux cœurs des sénateurs et excellens hommes ou aultres, leurs principaultés s'en sont mal trouuees; et principallement quand Hz ont voullu mettre en effect et exécution leurs ambitions, enuies et cupidités de régner ; car alors les parcialités et diuisions sont venues par lesquelles leurs communaultés et principaultés sont tombées en décadence et peu à peu ruinées. Aussi c'est la principalle pour te des ennemys et des monarches pour entrer au dedans , comme voyés des romains , des caldeens , des babilloniens , persiens , mediens et plusieurs aultres, desquelz les hystoires font mention qui nestoint pas grande chose au commencement de leurs règnes non plus que vous, mais par leurs grandes vnions concordes et alliances vsans et se aduisans par bon conseil sans estre menés ne conduictz d'affection oblicque, ont esté dominateurs presque de toute la terre. Mais incontinent quilz se sont voullus glorifier esleuer et faire des

XXIV Epistre.

parcialités, ou paruenir en ceste ambition et cupidité de gloyre pour dominer et estre extimés plus que les autres (de quoy vollontiers chacun sus soy en porte le mosle) tout leur cas est venu en ruine comme on toit de présent a cause .de césar et pompée les deux principaux romains par lesquelz et par leurs mndications et parcialités , les libertés et franchises romaines ont esté perdues et leur septre mitz au bas. Mais i espère bien tant de tous et de l'amour quaués à Dieu et à sa parolle que si telles choses voulloint aulcunement pulluler entre vos, quevostre prudence y mettroit bon ordre, ainsi qu'il a faict par la grâce de Dieu iusques à présent^ ait nom duquel et par lequel vous supplie tous affectueusement recepuoir Vœuure et Vadmonition chrestienne de vostre obéissant seruiteur comme d'vng plus souffisanl , et combien que vostre magnificence et seigneurie scache bien comment elle se doibt conduire , régir et gouuerner, si est ce que en cest endroict il est tant asseuré de vostre clémence et bonté que ne mespriserés les aduertissementz dHcelluy non plus que d'vng aultre. Cognoissans quHl n'y a personne si grand ne se scaige au inonde qui n'aie hesoing d'admonition et aduertissement et aulcwies fois des plus moindres et mesprisés de tous les aultres. Car il n'y a vstencille si petit ne vil tenu en vne maison qui ne serue et soit nécessaire aul- €une fois aultant que le plus honnorable qui y soit et si ne sert à tous il proffite à aulcuns. Aussi certes si ceci ne sert à présent pourra grandement proffiter au temps aduenir à vostre postérité et principallement pour auoir souuenance de père en fllz.

Epistre. x\v

des miracles et grâces que Dieu vous a f aides et à vous enfans, auxquelz auez maintenu fort virillement vous libertés et franchises , leurs laissant après vos l'héritage de principaulté au lieu que vous ancestres vos auoint laissé fiefs et comme poures esclaues d'vng euesqm duquel Dieu en ce temps vos en a desliuré miraculeusement par moyens incompréhensibles, vos remettant iustement le bien qu'il poussedoit et de l'église entre vos mains, que vos pères et prédécesseurs auoint donné pour desseruir à Dieu et à ses membres pensant bien faire et comme Von dict à bonne intention, entendant par cella faire grand sacrifice à Dieu. Mais dempuys que Dieu vos a donné la grâce de cognoistre à qui et comment ces biens doibuent estre disposés , conserués et desdiés , les aués mieulx employés que non les aultres iusqucs à présent. Et à Vaduenir ie vous supplie encores d'en mieulx faire et de garder sus toutes choses quilz ne soynt prophanés et que mil n'en face le sien propre, affin qu'en voullant aduancer qu'on ne recule; Car l'on dict en vng commun langaige que le bien venant de cire s'en va et font comme cire. Priant Dieu que vous donne et à vous enfans scagesse prudence, force et constance, d'en bien user sainctement l'office chrestien de principaulté que vos a baillé entre les mains pour maintenir et deffendre son honneur et gloire, de bien aussi régir et gouuerner le peuple qui vous a mitz et donné en charge faisans que puyssiés perseuerer iusques à la fin ainsi soyt il. Donné de vostre cité au grand houlleuard de sus le Lac L'an 4 550 par

Vostre obéissant seruiteur

Anthoine FROMMENT.

AVX LECTEVRS.

Vand ie ay bien considéré de prés messieurs les lecteurs la loy que Ciceron a mise en son liure d'oraterie, ou Grâce en liure de poysie, concernant ce qui est requis à vng vray historiographe ou a vng poyte ou orateur; Certes ie m'en treuue bien loing et plus que insouffisant, non seulement de parfayre, mais de commencer vne telle charge que ceste icy, d'escripre telz actes ou hystoyres chrestiennes de Geneue. Touteffoys ie scay bien que si nous nous voulions tousiourt arrester ou regarder telle parfection aux hommes de présent est requise, certes iamais homme ne se mettroit à escripre principallement en hystoy-

Aux Lecteurs. xxvii

res, car nul ne pourroit eslre parfect, ne aproucher de ceste Loy, non plus que d'auoir ce que S. Pol requiert a vng vray euesque. Mais pour ce que vng aultre plus souffisant n'a vouUu prendre la peyne me suys ingéré ce fayre, à la persuasion de plusieurs bons personnaiges ; veu que les vngz et les auUres excusoient en plusieurs manières : Les vngz certes craignoyent d'emouuoir la malegrace des hommes (ce que ne peult estre autrement) : Les aultres de perdre leur labeur; et des aultres la plus part qu'ilz n'ont pas veu ne ouy les affayres. Parquoy i'ay accepté ce labeur odieux et de mallegrace, vos priant m'auoir pour excusé en ce que pourries estre offencés, considérant que vng hystoriographe ne peut satisfayre à tous; mais qu'il vos playse prendre mon œuure laquelle sera diuisée en deux parlies , les quelles recepurés comme chose meilleure ou d'vng plus souffisant que moy, l'inlerprectant à la meilleure part : Car si aulcuns infidelles ont heu vne certayne reigle en escripuant hystoyres prophanes de

xxviii Aux Lecteurs.

non point espargner vérité de laquelle ne sommes offencés, combien plus nous qui sommes hystoriens debuons escripre hystoires véritables! Certes sans nulle comparayson et ce sans que personne se doibge offencer. Car vérité ne doibt personne escandaliser. le pense bien de l'aultre cousté mes bons amys lecteurs que tout ainsi que ie demande de vos d'estre excusé en mon ignorance^ que aussi par vng mesme réciproque ou argument ie doibs fayre le semblable icy en mes escrips, ce que certes aussi faict voulontiers si mon offre l'eust peu iuslement souffrir ou compourter; Et vos offre que ma chair vouldroit suppourter beaucop de choses et les dissimuler si m'esloit loysible contre mon esprit, car ie suys bien assuré que plusieurs diront (et principallement ceulx qui se sentiront cassés : ou qui seront icy honnorés comme Pillate au grand Credo) que ie me promes bien d'espourter de dire beaucop de choses qui ne sont point icy escriptes. Si est ce neantmoins ie puys dire en bonne cons-

Aux Lecteurs. \\\\

cience que ie n'ay point escript chose que ie n'aye veu, ouy, ou expérimenté^ et par gens dignes de foy vérifie comme tesmoing de veue, et secretayre en cest affayre. Toutesfoys si suys ie bien marry que ie ne puys dire aultrement du bien de ceulx des quelz ne fault au conlrayre. Et à la mienne volonté que en bonne conscience ie le puisse fayre; mais en cest office il fault Ihouer ce que est digne de louange, et vitupérer ce que est digne de vitupère ou pour mieux correctement parler fault desclarer Peffect de l'hystoyre simplement, layssant le iugement es lecteurs, sans point pourter d'affection oblicque ne peruerce, ne aussi pour dénigrer le nom des personnes, mais seullement affin que la vérité de l'hystoyre soit gardée entière en tous temps sans flaterie de personne. Car il faut que vng vray hystoriographt; dise vérité et rien obmettre ne adiouster à l'hystoyre, ou aultrement ce ne seroit pas hystoyre, ains vne pure playsanterie et flaterie d'hommes et folle re torique comme voyés presques en toutes ces

XXX * -4^^ Lecteurs.

hystoyres prophanes des roys, des empereurs, des princes et des papes qui ne ressitent que leurs vaillances, leurs sainctetés et prohesses, et non leurs vices, leurs tyrannies et fouilles . Mais les vrayes et celles de la saincte Escripture sont tout au contrayre et ci donnent a entendre l'infirmité des hommes, et qu'ilz ont esté et sont sans acception de personnes ne de grandz, ne de petis, ne de roys, ne de princes, monstrans que tous ont failly, et ny a pas iusques à vng qui face bien, mesme les plus grandz et excellens, extimés seruiteurs de Dieu, comme Dauid, Salomon, Sançon, ou des aultres Roys, princes, seigneurs, patriarches, prophètes, voyre les apostres de lesus Christ. Lesquelz ont esté loués en ce qu'ilz n'ont pas failly et esté dignes de louange, et aussi au contraire vitupérés et reprins en ce qu'ilz ont esté dignes de vitupéré et reprehension. Aussi de nostre temps si ie faysois auUrement, ie semblerois aduys que nous vouldrions fauoriser à partie, fayre des ydolles des hommes, et que aul-

Aux Lecteurs. xxxi

€uns d'eulx ne fussent subietz à infirmités quelscunques 5 comme les aultres. Si ne venions à d'escripre que leur saincteté et louange que seroit vne aultre ou plus dangereuse erreur que la première. Non pas que ie veulle preuuer par cecy que les infirmités des saintz hommes empeschent l'elexion de Dieu ne d'estre ses seruiteurs voyre mesme enfans d'icelluy, mais seruent et proffitent grandement à congnoistre Phommej et le humilier dauant le Seigneur qui seul est sans reprehension, lequel prie que tous le puyssiés congnoistre.

Amen.

ÇtU/Zcu/^fri^ TCM-eC.

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