‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 25 sur 84 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

La response que fut faicte par ceulx de Geneue

au Duc de Sauoye, et aux Ambassadeurs

des Cantons de Suysse est telle.

EuLx de Geneue, petit et grand Conseil, et la plus part du gênerai, auoyr bien considéré principallementceque concerne l'honneur de Dieu, et qu'il fault plus obéir à Dieu que aux hommes; voyre plus tost renuncer à père, mère, frères, femmes etenfans, cl perdre ses biens et possessions que renuncer ou abandonner l'Euangille de lesus Christ , ne à leurs libertés, ont respondu fort constamment

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au Duc de Sauoye et es aultres alliés, au mode que s'en suyot, rondement et brefuement; c'est qu'ilz perdront plus tôst tous la vie, femmes et enfans, et mettront le feu aux quatre coingz de la ville, auant que consentir à ce que le duc demande ne de bailler congé aux Prescheurs qui preschent la parolle de Dieu. Touteiïbys s'il y a personne qui puysse monslrer parla Saincle Escripture qu'ilz disent mal, ou qu'ilz nous abusent, ilz seront 1res bien receus, et ouys, et noz Prescheurs griefuement punys, voyre mitz à mort comme eulx mesmes se sont oufferts à la mort et s'ouffrenl iournellement à la mort que ce qu'ilz preschent est la pure parolle de Dieu.

De laquelle response ceulx de Berne, et les aultres cantons qui tiennent la part de l'Euangille, furent grandement estonnés, voyans vne telle constance dans Geneue. Et le Duc de Sauoye, et tous les siens furent encores plus indignes que au parauant tellement qu'ilz se disputèrent les vngz les aultres sans rien fayre. Ce voyant le Duc de Sauoye et toute sa séquelle, plus enflambé d'yre contre Geneue que auparauant consultèrent derechief par ensemble de mettre en exécution ce que par eulx auoit desia esté conclus, c'est assauoyr de leur fayre la guerre. Et donnèrent la charge à l'Euesque de fayre la guerre en son nom contre ceulx de Geneue, iusques à toute extrémité, sans aulcune miséricorde ne rançon; auquel promirent tous luy donner ayde et faueur, de toute leur puyssance. Lequel mit en exécution diligement sa charge, sans auoyr toulelfoys rendu sa bourgesie, et dcbuoyr qu'il auoit

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de la Cité de Geneue. 113

à Geneue, que est contre toutes loys des Princes, et ainsi en son nom , la guerre fust commencée, rompant son serment. Car fault entendre que le Duc de Sauoye ne voulloit et n'ausoit donner entendre que ce fust en son nom , ne bailler aulcunc ayde ne faueur, magnifestement, craignant de perdre son pays, comme il a faict et ainsi que luy auoit esté phophetizé. Car ce qu'il craignoit luy est tombé sus sa teste ; aussi estoit obligé en icelle perte, par le conlract faict à S* lullin, et despart de Payerne, que en nuysant ou baillant ayde à nuyre en quelque chose que ce soyt à ceulx de Geneue. son pays de Vaulx et de Getz estoit confisque es troys villes, Berne, Fribourc et Geneue. Ce nonobstant l'affection, ou plus tost la suasion de ses Prelatz, la tellement transpourté pour maintenir la Papaulté qui s'est du tout oblié : enuoyant lettres à ses Gouuerneurs, Gentilz hommes, Prouosts et aultres Officiers de son pays, a nuyre et destruyre à Geneue, comme plus amplement est contenu dans ses lettres, dont beaucop d'icelles sont tombées entre les maingz des Seigneurs de Berne et de Geneue. Parquoy ne fault pas estrc cmerueillé si iuslcment il a perdu son pays, rompans la foy et serment de Prince , selon son contract faict et obligation de son sel et serment. Touteffoys si n'eust perdu que le pays que les Alliés tiennent, ne s'en soussieroit guyeres, car il luy coustoit d'entretenir qu'il ne luy valloit de reuenu et si estoit ypolhequc en Allemaigne pour vue grande somme de'denyers, comme puys entendre, de plus de cent huilante mille escus, de quoy fault

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payer la censé annuelle, à rayson de cinq pour cent, 9 mille escus à ceulx qui la tiennent, vng chascun rate pour rate : tellement qu'il a fallu aux Bernoys vendre et alliener beaueop des biens d'Eglise, pour payer le capital; de laquelle allienalion en a esté grande murmure, et aulcuns Predicans en ont pensé auoir de la fascherie ne l'approuuant pas; mais y en a des aultres predicans qui ont approuué l'acte, en achetant d'iceulx biens, en sorte qu'il y auoit diuision non petite entre eulx. Les vngz en l'approuuant, les aultres non. Ce nonobstant telle vendition et allienation de biens d'Eglise n'a pas peu encores satislTayre au principal, mais leur fallut fayre des tailles disoynt i!z, tant sus les genlilz hommes que aultres ayans biens riere le pays , sans excepter Geneue , pour du tout affranchir le pays, comme plus amplement sera dict vne aullrc fovs.

de la Cité de Geneue.

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