CHAPITRE XXIV
Comment les Fribourgoys ont quitté la comhour-
gesie auec ceulx de Geneue, et la cause pour-
guoy plusieurs citoyens, qu'on appela
Pyneysans, abandonnèrent la ville.
Es Fribourgois, alliez et confédérés auec ceulx de Geneue, differens en religion, les voyans affeclionés après ceste Loy Euangellique, qu'ilz appelloynt Luthérienne, et que pour rien n'ont voullu désister d'icelle, ne par menasses, ne par guerre, ou aultrement, Iceulx donc Fribourgois les voyans oppressés de l'Euesque, et aultres ayans commencé la guerre contre eulx (auec ce estoint assés persuadés en eulx mesmes , à cause de la religion) les ont pensé estonner ou fayre peur, de renuncer la bourgoysie, comme si sans eulx deussent estre destruytz, ce que eussent este si Dieu n'y eust aultrement pourueu : car Tayde et faueur qu'ilz bailloynt à l'Euesque leur nuysoit grandement; et certains Fribourgoys, qui estoynt auec les Pineysans, les fachoint fort, et aultant ou plus que les aultres, car cclla bailloit courage aux ennemys. Mais d'aultant plus qu'on leur faysoit des maulx , des menasses et oullrayges, d'aultant plus auoynt courage, au nom de Dieu, à résister
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contre leurs ennemys, et de fayre prescher et suyure l'Euangile.
Or après toutes prières, remonstrances, et menasses faictes de désister de ceste doctrine, sont venus ces Fribourgoys, leurs alliez et combourgoys, rompre leur combourgoysie, quittant et renuncant toutes alliances anciennes et nouuelles, particulières et communes; pensans que par cella deussent renuncer à leur religion et auoir crainte d'eulx et de la guerre que leur Euesque auoit commencé, ou pour le moins, pour fayre perdre couraige à plusieurs de la cité, ce que fust. Car beaucop de citoyens et bourgoys s'enfouyrent dehors la ville, pour la crainte de la guerre, voyant tant d'assaults et tant d'ennemys esleués contre vng si petit nombre de gens ; car pour vng qui auoit couraige de se detfendre (ie dis seuUement dans la ville) y en auoit dix au contrayre. le laysse à parler de ceulx qui estoynt dehors la villC;, et de leur puyssance, car pour vng ilz estoynt plus de mille. Mais ceulx qui absentèrent Geneue pour leur playsir, ou pour crainte , laissant leurs frères et citoyens en dangier de perdre leur ville, furent estimés traytres, et dempuys ne se sont fiés en eulx ; ains ceulx qui sont voullus retourner dedans se sont reachaptés pour argent, qui ne peuluent iamals estre en office publicque, non plus que les condampnés. Et furent principallement ceulx qui ne congnoissoynt et ne vouUoynt congnoistre rien de la religion Chrestienne, mesmement ceulx qui auoynt plus de cueur au Duc de Sauoye, à l'Euesque et aux Prebstres que non pas àl'Euangille, ne à la ville. Moyennant tout
de la Cité de Geneue.
teffoys qui n'eussent esté des Peneysans, faysoynt encores leur paix, car à ceulxla n'y a point de rançon, veu qu'iiz sont allés auec l'Euesque, et aultres ennemys de Geneue, es Chasteaux de Peney, lussi et Gaillard lenir garnison contre leur sang, et debuoyr qu'iiz auoynt à la ville, menans traysons secrètes auec les Prebstres, Michel Guillet, etaultres traylres estans encores dans la ville, faysans mille tyrannies, larrecins, pilleries, meurtres, bruslemens de gens, de maysons et granges de ceulx de Geneue.