CHAPITRE XXV
Comment le Duc de Sauoye s' excusait es Ambassadeurs de Berne, de cette guerre, quand ils alloyent à luy.
, cause que ceulx de Geneue n'ausoynt enuoyer Ambassadeurs, ne messagiers, au Duc de Sauoye, craignans que ne leur eust faict quelque violence ou use de voullonté !sans rayson comme aultres- %foys leur auoit faict, leur renuoyant leurs ambassadeurs en quatre quatiers salles dans des barrillcs, sus des chenaux, et les leur fayre pendre dauant leurs yeux au près des portes de leur cité , ce que tous princes infidelles trouuoyent estrange, luy ont enuoyé par plusieurs
^^if^
122 Actes et Gestes merueilleux
foys des Ambassadeurs de leurs bons alliés et confédérés Messieurs de Berne, pour luy fayre des remonstrances des oultraiges et maulx que ses Gentilz bommes et subietz leur faysoynt, auec ceulx de Peney, le priant de les fayre cesser. Mais il sexcusoit tousiours, disant qu'il n'en sçauoit rien, et que ce n'estoit pas fait par son commandement et voulloir, ains c'est l'Euesque de Geneue, leur Prince, qui a question auec eulx, duquel, ne leur différent, le ne me mesle, et si n'ay rien que voir sus; auquel se fault addresser et non à moy. Toutteffoys ie feray bien telles deffenses sus mon pays, et metlray tel ordre sus mes subietz qu'on aura occasion de soy contenter, delFendant que nul ne soit si ausé ni si hardi, sus la peyne de son indignation, de fayre nul oultraigeàceulx de Geneue, en leurs personnes ne en leurs biens, riere son pays. Mais secrettement enuoyoit lettres à ses officiers, faysans tout au contrayre de son dire, s'entendant auec ses gentilz hommes et gouuerneurs du pays, tellement que si on n'eust trouué telles lettres signées et sellées de sa part , on ne sçauoyt que fayre contre luy, tant subtillement menoit son affayre. Ce nonobstant à la fin les renardz furent prins à la trappe; et leur est aduenu ce que dict le Prophète ; Les cautelleux et les fins sont prins en leurs cautelles et finesses ; car n'y a rien si secret, qui ne vienne en manifeste clarté, ne mal qui demeure impuny.
de la Cité de Geneue.
ITRE XXVI
La trayson de Michel Guillet, qu'on appelle communément ainsi dans Geneue.
A principalle et plus dangereuse trayson qu'on eusse encores faict, ne imaginé, contre Geneue, fust ceste entreprinse de l'Euesquc, de Michel Guillet, des Prebstres ^^i? r^'ç^^T^/ ^ y/y^ ^ ^ \e\irs adherens, auec le ^^^EïT^P^S^^^^^s^ Duc de Sauoye, machinée dans Chamberi. Lesquelz auoynt intelligence auec certains de Geneue, à qui cousta la vie : lesquelz debuoynt ouburir les portes de la ville, vne nuict et fayre signe par certaynes cheminées des maysons , auec des torches de feu, comme plusieurs firent, donnans entendre; c'est l'heure d'entrer, et aulcuns auoynt desia encloué et verroillé l'artillerie de la tour de Riue, de laquelle estoit garde le boussu , à qui cousta la vie, lequel bailla les clefs d'icelle tour à lehan Leurat, l'vng des traytres, par la canonyere , et donna l'industrie aux ennemys de tirer auec pouldre, sans mener bruict; et luy mesme rcmplict l'artillerie de foin au lieu des boulletz : ce que sa femme luy reprocha, le trouuanl paillardant auec sa chambrière, luy disant; ha traytre tu me trays comme la ville; tu as baillé les clefz à lehan Leurat, par la canonyere, laquelle chose
424 Actes et Gestes merueilleux
fust ouye d'aulcunz citoyens, et incontinent fust appréhendé, et mitz à mort, et sa teste mise sus pierre de Nyton. Le serrurier aussi laques Brongo, qui auoit contrefaict les clefz de la ville, et auoit faict des instrumentz de fer pour rompre les portes, fust pris et exécuté. Mais l'affayre fust menée si secrettement, dedans et dehors la ville, que personne n'en sauoit rien, sinon ceulx qui estoynt de l'intelligence, lesquelz se debuoynt congnoistre à vng mot de guet, et tuer toute la reste. Aussi auoynt les traytres perce des maysons les vngz des aultres, et mitz des artilleries dedans icelles maysons, mais lacques Mabousson, qui eust la teste tranchée au millieu du Mollard. et plusieurs aullres le sçeurent à leurs despens, qui estoynt de la trayson. Touteffoys aulcunz absentèrent la ville, voyans qu'elle estoit descouuerte; lesquelz iamais n'y sont dempuys retournés, car aussi s'ilz eussent esté appréhendés , ou l'estoynt encores, leurs sentences sont iectées à tenir iournée au gibet, sans aultre resolution du Conseil , ne reueue de procès. le ne dis pas seuUement ceulx qui ont mené la trayson, mais les consentans d'icelle, comme l'Escuyer de Pesmes, l'vng des principaulx gentilz hommes de la ville qui eust esté exécuté comme les aultres, sans la requeste de Mess" de Berne, leurs bons alliez, lesquelz demandèrent à ceulx de Geneue, pour luy sauluer la vie, en cas semblable, ce que leur fust octroyé. Geste trayson fust briefuemenl conspirée, et bien tosl eut esté exécutée si n'eust esté descouuerte, Gar l'Euesque et ses adherans, par le moyen du Duc de Sauoye, et du
de la Cité de Geneue. 125
Cardinal de Tournon^ et le frere du comte de la Chambre, heurenl incontinent leué en Dauphiné 500 hommes de pied, gens exercites en guerre; lesquelz conduysoit sccrettement la nuict, le Capitayne Mestral , de Voyron, en Dauphiné, pour se trouuer aux portes de Geneue à vne mesnie heure, et au signe du feu , et mot du guet, auec les aultres que Michel Guillet, de Prato et les aultres, debuoyut fayre venir par sus le Lac du grand boys de Ripaille, ont ilz auoint faict leur assemblée, et pensoynt toutallement venir au dessus de leur entreprinse. Lesquelz furent tous eslonnés se trouuant frustrés de leur attente, estans auprès des portes de Geneue. Car au lieu de trouuer les portes ouuertes, elles furent mieulx fermées, et la dragée preste pour leur donner la coullation. Ce voyans s'en sont retournés fort peneux et mal contons qui n'auoynt peu mettre en effet leur trayson. El les bons citoyens de Geneue fort estonnés de ce qu'ilz trouuerent aussi leur artillerie, que leur fust vng principal argument, sans le reproche de la femme du boussu, de croyre que la chose estoit véritable, car plusieurs ne le pouuoynl croyre, pource que n'auoynt esté informés que d'vng seul homme de bien du Dauphiné entendant la parolle de Dieu, auquel desplaysoit que Geneue et l'Euangille fussent milz en ruyne. L'Eucsque informé de la trayson rompue, s'enfuyt la nuit de l'Eluyset.
Actes et Gestes merueilleux