CHAPITRE XXXIII
Quelles relicques furent trouuees en l'Eglise S' Pierre, au lieu du bras de S' Anthoine.
Près que les images furent abbatues dans l'Eglise Sainct Pierre, vindrent à visiter les relicques qu'ilz appelloynt les os des Sainctz, entre lesquelles en y auoil vne desquelles 'on auoit plus grande reue- ^rence dans Geneue, que de toutes les aultres, qu'on appelloit le bras de S* Anthoine, ont ils trouuerent au lieu du bras vne pible, ou membre viril naturel d'vng cerf, qui fust pourté et monstre au Conseil , et presque par toute la ville pour voyr l'abus si grand qui auoit este en ces relicques par le passé; disans voycy le bras de S^\nthoine qu'on nous faisoit adourer, et boyre du vignage. Or il fault entendre que en tout le pays n'y auoit pas
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vne telle solempnité ne superslilion que ceste icy : car quand il estoit question de mettre fin à quelque chose doubteuse et de grande importance, c'esloit de fayre le serment sus le bras de S* Anthoine, dans S^ Pierre; lequel ne se faysoit sans grande sollempnilé, au son des cloches, tous les Prebstres assemblés à vne grande messe solempnelle, en leur baillant cinq (lorins : lesquelz donnoynt entendre que celluy qui se pariuroit, la main luy debuoit venir sèche dans vng an. Aussi au deuant et à la monstre de la chapelle ou de la bouticque du S* Anthoine, y auoit tout plain de mains de cire sèches et tout plain d'aultres choses, que c'estoit merueille que de ce serment sus le bras de S* Anthoine, ou plus tost sus la pible de cerf. Vng chascun trembloit quand il estoit question de le bailler ou de le prendre ; tellement que vng homme estoit réputé cruel de le prester, et encores plus fol de le recepuoir et accepter, car dempuys n'estoit tellement extimé des hommes que par le passé : comme aduint à vng enfant, nommé Françoys d'Espagne, qui le bailla à son père, que fust chose fort estrange à tous les citoyens etbourgoys de Geneue.
Or dempuys qu'ilz eurent commencé au principal lieu d'abbatre les ymages, estant assemblés plusieurs diceulx chiez Pierre Verne, après soupper, vouUoynt aller par toutes les aultres Eglises de la cité, fayre le semblable. Mais aulcuns dirent que les gens penscroynt qu'on fust yure, en allant ruyner les ymages à telles heures, et qu'il estoit plus expédient d'attendre lendemain le matin , pour ouîter toutes callomnyes et occasion d'escandalle, ce
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l'aduys de tous fust tel. Or le lendemain fort matin venu, tous ceulx ou à tout le moins vne grande partie, qui tenoynt la part de l'Euangille, furent assemblés au son du tabourin , en sorte que plusieurs pensoynt qu'il y eusl quelque allarme des ennemys eomme desia par plusieurs foys auoynt heu et se sont mitz en armes et en rencli de bataille, pour aller batailler contre toutes les aul- Ires ydolles des Eglises de la ville, et les ont mises en pièce et bruslé, sans en rien reseruer, non pas mesme vng tableau fait par grande excellence, en l'Eglise de Pallaix, qui auoit cousté sept à huit cens escus et donne par Pierre Foysseau Flourentin , duquel fust présenté aux compagnons cent escus et qu'on ne le brisa pas. Mais plusieurs de la compagnie disoynt; il est escript en la Loy ; Tu mettras bas les ydolles par toute la terre que tu poussederas, sans en rien reseruer, non pas mesme la poultre d'icelles, et que mauldicl est celluy qui les iaict et qui a confiance en icelles. Et des aultres disoynt; Le commandement de Dieu dict qu'il ne fault fayre des ymages, ne les adourer; et S' lehan ; qu'on se garde des ymages. Et ainsi mirent tout par terre.
de la Cité de Geneue.