‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 35 sur 84 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Comment, et quand, les images furent abbatues dans Geneue, et les Prcûstres s'en allèrent.

Es Disputes finyes, le rapport des Auditeurs à leurs Seigneurs et Supérieurs faict, au petit et grand Conseil de Geneue et auoyr esté assés congnu publicquement et iugé qui auoit le droict ou le tort; les Prebstres neantmoins se voyans perdus en leurs causes ont résisté et poursuiuy leur train vng certain temps, et tant qu'ilz ont peu. Les Predicans aussi de l'aultre cousté prescboynt contre eulx et leur manière de fayre; remonslrans par les Saincles Ecriptures, que selon Dieu, les images qu'ilz appellent ydolles, statues ou simulacres, la messe et toute la papaullé debuoynt estre abbatues, ainsi que les Disputes auoynt assés prouuc et clarifié, comme vng chascun auoit bien entendu et que la prudence humayne, et crainte des hommes, ne doibt empescher

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le Magistrat, puys qu'il est ordonné de Dieu de fayre ce qu'il doibt, d'abballre tout ce qui a esté esleué contre l'honneur et la gloire de Dieu, si veult prospérer en bien.

Nonobstant toutes remonstrances qu'ilz sçeussent fayre, les Sindicques et Conseil de Geneue se deffendoynt tousiours qu'elles ne fussent abbattues , iaçoit ce qu'ilz eussent veu et iugé entre eulx que c'estoyt chose raysonnahle et congnu qu'elles debuoynt estre mises bas. Mais le Docteur Carolly et les Prebstres leur persuadoynt secrètement tout àl'opposite; et que cella ne debuoit estre faict que par le consentement d'vng Concilie et de toute l'vniuerse Chrestienté; en sorte qu'ilz estoynt mieulx ouys et creus de ceulx du Conseil que les Predicans, car leur donnoynt entendre qu'ilz se mettoynt en grand dangier. Le Conseil aussi auoit grande crainte, à cause de la guerre, et se arresloynt à ce que ce Docteur et leurs Prebstres disoynt. Aussi auoynt vue grande prudence humayne laquelle les empeschoit de ce fayre , et disoynt ; Si vous mettes bas les images, les messes et toute la Papaulté, comme ces Prescheurs et ceulx qui leur fauorisent, veullent, certes, pour vng enncmy que vos aués vos en aurés cent : et au lieu de vostre grand et ancien ennemy, le Duc de Sauoyc, vous aurés le Roy de France , qui est son nepueu, pour vostre aduersayre, et l'Empereur, qui est aussi son bcaufrcrc; lesquelz, à la suasion des Euesques et gens d'Eglise, pourront grandement nuyre à vos et à vostre cité, principallement à ce temps de guerre, veu qu'ilz sont tous allVon-

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tans voslre cité de toutes pars et ne pourries sourtir sans cstre sus leur pays, en dangier de vos personnes. Et non seullemenl de ces Princes fort redoubtés par toute la terre, mais mesme pourries auoir nuysance du Pape, des Cardinaux et Euesques de toute la terre, veu que vostre cité est l'ouuerture de l'Euangille en ce pays et la principalle ville de la langue Françoyse, de tous les Olobroges, qu'on appelle Sauoysiens, que aye faict de nostre temps prescher l'Euangille. Parquoy n'est besoing en ce temps, que abbatiés les images, la messe, ne les aultres choses, ains que faciès comme aués de coustume : car aultrement seront tous comme loups enragés après la berbi, contre vos, pour vos destruyre et ruyner.

Mais Dieu ne regarda à telles prudences humaynes, ne à la force , ne à la crainte et verlu des hommes (mesme les Ministres n'entendoynt le fayre sans le voulloyr et conseil du Magistrat lequel souuenteffoys les en auoynt priés) ains succita vne vintaine de petis enfans contre tout l'entendement des hommes, vne Dimenche, à Vespres, après que Farel eust presche à S^ Pierre en la grande église quathedralle. Du temps que les Prebstres chantoynt leurs Vespres, et en disans le Psalme 114, In excitu Israël de egipto , etc., ces pelis enfans, sans que personne y pensa rien, commencèrent à crier, à brayre et à urler comme les Prebstres : et quelcun dict; vos maudisses en chantant ceux qui ont faict les ymages et ont confiance en icelles, et encores les laissés là. Alors ces pelis enfans poursuiucnt à fayre vng grand bruict, rè-

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muans les sièges des fourmes, ont les Prebstres se souloynt assoyer et de frapper, baisser et releuer ces sièges, en derrision des Prebstres, tellement que tous furent estonnés ouans ce bruict. Alors le Magniftique Mesgret dict à Baudichon , qui esloynt dans l'Eglise auec les aullres, n'y pensant aultre chose: Certes cecy passe nostre entendement; Dieu veult fayre quelque chose que nous n'entendons pas. Et soubdaynement voicy venir Amy Perrin, lehan Golle et certains aultres ouans le bruict qui souuenteffoys auparauant auoynt prie et requesté le Conseil de mettre bas les ydolles, comme auoit esté delïini , ce que le Conseil n'auoit iamais vouUu fayre. Lesquelz voyans ces petis enfants faysans tel bruict contre les Prebstres et se ioyans de leurs marmousets, entrèrent dans le cueur du temple, et à la présence des Prebstres soubdaynement ietterent parterre leurs ydolles, et soubdaynement à les rompre et briser. Et mes petis enfans à courir et saulter après ces petis dieux, et cryoynt à haulte voix ioyeulx au peuple que estoit arresté dehors l'Eglise; Nos auons les dieux des Prebstres, en voullés vous? et les iectoynt après eulx. Et les Prebstres à fouyr dehors du temple pensans estre perdus, et à courir aux Sindicques, et de courir après leurs dieux : et des folles femmes de la ville à plourer et gémir, mauldissans ces cagnes qui ont des- Iruict leurs bons Sainctz. Or voicy venir aulcuns des Sindicques, fort eschauflés, Chican et Bandierc, et de crier et menasser cculx qui faysoynt cecy. Mais à la fin ny sçeurenl que fayre, sinon que l'vng d'iceulx dict; Si sont vrays Dieux, qu'ilz se def-

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fendent si veullent, nous n'y sçauons plus que fayre. Et furent Irouuees enuyron cinquante hosties (les Prebstres consacrées à leur coustume, lesquelles le Magnifficque Mesgrel donna à manger à son chien barbet disant, si ce sont vrays dieux ne se laisseront manger à vng chien; mais les deuoura tous à vng cop; et ainsi tous les dieux blancz, et les ydolles des Prebstres furent brisés ou mangés du chien barbet dans Geneue.

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