CHAPITRE XXXVIII
V ordre que fut mis en l'Eglise de Geneue, après que les Preùstres s'en furent allés.
Es Clianoynes, Prebstres et Moynes s'en sont allés, comme i'ai dict, se voyans frustrés de toutes leurs entreprinses, et principallement de leurs \^ceremonyes Papales; consi- ^^A ^^^^^i^fjyM derans aussi qu'ilz ne seroynt ^.^^T'^^^^^^s^ plus maintenus, ne du Conseil, ne des citoyens et bourgoys de Geneue, veu que leur doctrine, vie, et conuersation estoit magnifestée et congnue, et qu'il leur estoit impoussiblo d'estre en cella plus soubpourtés ne soubtenus. Iceulx donc de Geneue, au lieu de la doctrine des Prebstres, de leurs messes et ceremonyes, ont receu vnc Reformalion Euangelique, et ilz ont prins la Cène de nostrc Seig"^ lesus Cbrist, en pain commun ; et au lieu de leurs Prebstres ou Sacrificateurs, ont prins des Predicans et Pasteurs, qui leur ont annoncé rEuani^ille purement, et administré les sainclz
160 Actes et Gestes merueilleux
sacrementz de l'Esglise Chreslienne , sans reseruer ne retenir aulcunes cérémonies Papalles, ne manières de fayre externes, aullres que la ParoUe de Dieu n'enseigne, mariant et baptizant comme la S^^Escripture monstre ; delayssans tout ce qui auoit esté in uenté des hommes contre Dieu et sa paroUe, comme festes, dances, yurogneries, dissolutions, messes, blasphèmes, ieux de sortz, bourdeaux publicques, ainsi qu'il est contenu en leur Reformalion Clirestienne. Baillans touteffoys licence à tous Prebstres, Chanoynes et Moynes auant que s'en aller, et à tout le genre Sacerdotal qui vouldroit viure dans leur cité , selon Dieu et équité, qu'ilz puyssent demourer seurement dans icelle comme bons amys et bourgoys, pouuans posséder et gaudir de tous leurs vniuerselz biens Ecclésiastiques, leurs vies durant, et les biens patrimoniaux, et les laysser a eulx et à leurs hoirs et successeurs. Et dauantage si telz n'auoynt assés, et ne pouuoynt viure, de leur assister et ayder, s'ouffrant à la Seigneurie fayre comme la charité et debuoir d'vne Eglise et Republicque chrestiennement pollicée le requiert. Laquelle Reformation fust faicte en telle sorte que tous fidelles l'ayant veue disoynt que dempuys le temps des Apostres n'y auoit heu Eglise plus pure que celle de Geneue : Vray est que vng peu de temps après, comme sera dict au deschassement des Prescheurs, fust vng peu esbranlee. Toutesfoys a esté tellement restaurée que à présent n'y a Eglise, ont l'Euangille soyt preschee, que soit plus pure, ne mieulx poUicee que ceste cy, par la voix et famé de ceulx qui ont expérimenté et veu les aullres.
de la Cité de Geneue. 161
Non obstant toules ces choses, peu de Prebslres, au regard du grand nombre qui y estoil, ont voullu acquiesser au bon voulloir de la Seigneurie, et offres qu'on leur faysoil, ains s'en sont voulius aller, et en s'en allant hors de la cité ont emmené tous ce qu'il leur a pieu de leur bien, sans contrediction ; Et pour toute recompense ont layssé leurs putains, excepté les plus belles, auec grand nombre de batardaille, comme a esté dict, lesquelz a fallu retirer à l'Hospilal et nourrir à Geneue; leur rendant bien pour mal, car si on leur eust enuoyé leurs bastards après, comme on chassa toutes les putains publicqucs de la cité, n'eusent faict que leur debvoir et le pouuoynt iustement fayre sans reprehention. Touteffoys ceulx de Geneue ne l'ont pas faict, ains ont voulius vser de plus grande humanité c'est assauoir de nourrir leurs propres baslardz que eulx mesmes car leur faysoynt la guerre et tout plain de traysons auec les ennemys. Ce que ceulx de Geneue mesme les papistes Irouuoynt fort estrange et plus que chose inhumayne disans que les bcstes brutes mettent la vie pour leurs petis et ceulx cy ont faict et monstre leur cruaulté publicquement non seullement enuers leurs paillardes et bastars de les auoyr layssé en nécessité et presque mourir de faim, mais qui plus est, à ceulx qui leur auoynt tant faict de bien qui les auoynt nouris et entretenus si long temps gros et gras dans leur cité, et souuenteffoys aulcuns de leurs propres femmes leur auoynt faict beaucop de seruices cl maintenant estre sourtis de la ville se sont milz auec les ennemys à fayre la guerre contre nous n'espargnant ne corps, ne bien.
Actes et Gestes merueilleiix
Aussi certes ceulx de Geneue se pouuoynt iuslement cl à bon droict plaindre de leurs Prehstres. Car n'ont heu guyeres plus grandz ennemys que eulx auec les traytres de la ville aussi faysoynt la guerre de hors et de dans par leurs intelligences secrètes auec leurs amys qui estoynt encores du grand nombre dans icelle cité, comme le tout fust iustement magnifesté.