CHAPITRE XL
La guerre et desliurance de Geneue des ans 4535, et 4536.
^ '^Ê5^^^^^\ ^ commune oppinion des phillosophes est que après [les grandz tonnoyres et ventz viennent les pluyes, principallement si voulons croyre »à Socrates qui disoit à sa femme Xantipe , en luy iec-
__^ ^ ..^^ tant de l'eaûe sus sa teste, ie
scauoys'^biTn que après le tonnoyre viendroit la pluye. Aussi disons nous communément que après la bise vient le vent, après le mal temps vient le beau temps, et après ténèbres la lumière, comme est escript es blasons des armoiries de Geneue, POST TENEBRAS LUX. Es armories de Geneue, auant qu'ilz eussent receu VEuangile, estoynt cesles icy; Post tenebras espero lucem, mais 1 auoir
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receu iiz ont milz en icelles, et en leur monnoye. Post tenebras lux, c'est à dire que après viendroit lumière ; Et disent à présent ; Nostre blason des armories n'a pas esté vng présage , vne prophétie ou pronostication vayne, car après les ténèbres nous auons heu la lumière. Desquelles ténèbres le Scign"" nous a desliurés par la prédication de son Euangille. Et ainsi que les enfans d'Israël, non seullement du corps, ont esté desliurés de Dieu miraculeusement, des ténèbres palpables d'Egypte rt des tyrannies et oppressions innumerables de Pharao, mais de l'esperit, et des ténèbres des faulx prophètes et enchanteurs; aussi Geneuc, après auoir esté longuement tyrannisée et oppressée de ses ennemys mortels les Duez de Sauoye, et de leurs Euesques et Prebstres, ont esté desliurés et milz en liberté, et du corps et de l'esperit, par TEuangille de lesus Christ. Car au lieu qu'ilz estoynt subieclz par force à la principaullé de leurs Euesques, l'ayant vsurpé sur eulx, par subtilz moyens, comme les Papes aux Romains, et d'aultres Euesques en plusieurs lieux, se faysans par succession de temps, Princes espirituclz et temporels, et des aultres conseigneurs auec vng Roy de France, comme celluy de Grenoble au Daulphiné, se faysans craindre par leur excommunication. Aussi celluy de Gencue a ainsi faict pour auoir principaullé. en sorte que Gencue n'auoit plus sinon vng petit bourgeon qui leur dénota principaullé, c'est que, sans l'Euesque ilz auoynt les visiteurs des maysons et des rues, que les Romains ont encores, et les appellent Edil-
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les; et aussi le Conseil de Geneue auoit vne aullro chose qu'il faysoit le commandement de l'Euesquc quand l3on lui sembloit, et \\iy eussent peu commander comme à l'vng de leurs bourgoys de ville, car il s'estoyt faict bourgoys de Geneue, promitz et iuré de maintenir la combourgesie de Berne et Fribourc, et leurs libertés et franchises. Mais dempuys a vouUu fayre au contrayre les voullant rédiger en seruitude tyrannicque, non seullement soubz luy, mais soubz d'aultres Princes, desquelles choses, en ce temps ont esté desliurés, et restitués eulx mesmes Princes et Seigneurs, sans subieclion quelconque. Et dauantage , disent ilz au lieu des ténèbres ont leurs Prebstrcs les detenoynt par leurs doctrines et inuentions humaynes, ont heu la lumière euangelique par laquelle peuluent voyr clerement de présent. Et de tout cecy ont esté desliurés miraculeusement, et par les moyens qui s'ensuyuent auec les aultres précédents.
Ceulx de Geneue, tant en gênerai que en particulier, confessent et disent que ceste desliurance n'a pas esté des hommes, ne par les hommes, mais par vne certayne prouidence de Dieu admirable. Car selon les hommes c'estoit chose impoussible d'estre desliurés de la main de leurs ennemys, assauoir du Duc de Sauoye et de leur Euesque , veu les grandes et longues résistances ou assaux de guerre a l'enlour de leur cité, considerans aussi la multitude des ennemys contre vne si petite pougnée de gens : les empeschemens de viures sans rien entrer, les pilleries et bruslemenlz de biens, les scramouchcs accoutu-
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mees en guerre, el qui plus est les grandes intelligences, alliances el faueurs qu'ilz auoynt, voyre dans la cité, auec ceulx qui Icnoynl le parti du Duc, les aultres de l'Euesque , les aultres de la messe et PapauUé, contre vng si petit nombre (le gens de l'Euangille ; Brief il y auoit aussi grande crainte et diuision el impoussibilité aux hommes de subsister car du couslé du Duc de Sauoye y auoyt encores beaucop d'alliances el d'affinités, d'vne part l'Empereur son beau frère ; le Roy de France son nepueu; le Roy de Portugal son beau père; les Suysses ses Alliés, et tout son pays situé tout à l'entour de Geneue, enuyronné de tout cecy, comme vng parc de brebis, ouy de deux centz lieux à la ronde. Et de l'aultre part l'Euesque pouuoit auoyr non seullemeut faueur el ayde et support de ceulx cy, parle moyen du Duc, ains du Pape, et des Cardinaux, Euesques et Prebstres, voyans que Geneue est la porte et le passaigc d'Itallie, de France, et d'Allemagne, pour fayre chancelier toute la Papaulté. Or toutes ces choses mises au deuant de ceulx de Geneue estoynt argumenlz et obieclz pour les fayre rendre el donner crainte à la chair, et de n'auoir aultre reffuge que à Dieu; auquel seul les Prescheurs de la parolle les addressoynt, leurs reinonstrans les grandes desliurances et les grandes merueilles que Dieu auoil faicl à ceulx qui ont heu foy : leur monslranl les exemples des Escriptures, comment au temps passé il auoil desliuré son peuple de ses enncmys, cl que ainsi feroit à eulx, moyenant qu'ilz eussent leur fiance toutalle en luy. Aussi certes n'auoynt
auUre espoir ne refuge que en Dieu seul ; car aussi les hommes les auoynt deslaissés, et principallement ceulx qui leur debuoynt secourir et ayder en leur nécessité, par la combourgesie et alliance, et les Fribourgoys l'auoynt desia quittée et rompue, comme a esté dict.
Et leurs aultres combourgoys, confédérés et alliés, M" de Berne, aultre quanton de Suysse, lenans vne mesme religion, ne les pouuoynt ou ne les voulloynt secourir, craignans les ennemys de leur religion, ou par le respect qu'ilz pouuoynt auoir entre eulx. Et cherchoynt les moyens de tracter la paix, et de moyener auec ce Duc de Sauoye, auquel ont souuenlesfoys enuoyé ambassades et lettres, pour le prier de pacifier ces affayres, ce que n'a enuers luy rien proffité : car il sauoit si bien fayre ses excuses, et colloriser ses responses, que les Bcrnoys ne voulloynt plus perdre temps après luy, ne donner ayde de gens à Geneue, mais leur firent vne responsc absolue par lettres, qu'ilz ne les pouuoynt secourir, ne leur fayre aultre chose sinon de les recommandex à Dieu, car la chemise, disoynt ilz , nous est plus près que la robe.
Laquelle response pensa abbatlre le cueur de plusieurs, et fayre perdre couraige aux bons citoyens et bourgoys de Geneue, et aulcuns tomber comme à desespoyr : et disoynt les vngz aux aultres, en grande affection; Hz sont noz alliés, et ont promilz de nous secorir contre noz ennemys à noz despens; et ilz nous deslayssent au besoing, plusieurs qui sont mortz, comme Michel Balthesard, Amy Bandiere conseilliers, lehan Philippe capilayne
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gênerai, et aultres disoynt; Certes, ilz n'atendent aullre chose sinon que nous rendions à eulx, mais nous n'en ferions rien. Des aultres disoynt pour bailler couraige; Il n'est pas ainsi, car ilz tiennent vne mesme religion, et vng mesme Euangille que nous tenons; iamais ne leferoynt; et ne rompront leur foy et promesse; soyés asseurés qu'ilz ne permettront point, que nous mourions ici de faim (car fault entendre qu'il n'y auoyt desia plus de viures, et falloit ietter hors de la ville ceulx qui n'eussent peu seruir en deflense.) Mais en y auoit d'aultres ayans ouy la response, qui furent plus fortifiés que au parauant, et disoynt, se consoullant parmi la ville, les vngz aux aultres; Certes Mess" de Berne nous ont remitz à vng grand et fort maisire ; et à qui ? à Dieu, respondoynl ilz ; aussi faut il qu'il y aye tout l'honneur à nous desliurer, non pas les hommes; Ha ha, disoynt ilz, si nous auons foy, il nous desliurera de nos ennemys; y en a desliuré d'aultres, et faict de plus grandes choses que ceste icy : nous sommes asseurés qu'il le fera contre toute espérance; car Dieu monstre tousiours sa puyssance es choses désespérées selon les hommes, et quand il semble que tout soit perdu c'est alors que tout est gaigné. Comme fust faict ; car il succita de merueilleux moyens, ie dis telz que les Francoys (desquelz on auoit plus de crainte que de toute aullre nation) ont esté en partie le moyen de leur desliurance; mesme ceulx qui au commencement de la guerre, vindrent contre Geneue, du Daulphiné, par la Irayson de Guillet, sont dempuys venus à leur aydc, et ont grandement proflilé, auec
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Mons"" de Verey et sa compagnie. Car quand les Bernoys entendirent que les Francoys venoynt au secours, ne furent pas lasches à decendre, et d'auoir la robe plus près que la chemise, se mettans en grand dangier des ennemys et du froict.