CHAPITRE XLI
Des maux qu'on souffrit à Geneue, auant qu'estre deliuré : des violences commises par les Peneysans , et des supplices de quelques personnes exécutées pour cause de Religion, par les Peneysans.
A I s auant que ceulx de Geneue fussent desliurés ilz souffrirent et endurèrent beaucop de maulx, d'oultrai ges, pouretés, famines, froiclz, et pertes de biens et de gens; principallement de ceulx qui sont sourtis comme traytres, et se sont retirés auec les ennemys, aux garnisons de Peney, lussy et Gaillard. Lesquelz faysoynt, iour et nuict, à force allarmes, pilloynt et desroboynt tous les biens, bestial, et meubles, qu'ilz pouuoynt trouuer de ceulx de Geneue, voyre les petis et ieunes enfans qui estoynt ça et la par les escolles : hommes et femmes qu'ilz pouuoynt prendre estoynt menés es susdicts Chasteaux, mal tractés, et plusieurs mis à mort misérablement, comme
de la Cité de Geneue. 173
hérétiques et Lutlieriens. Et entre tous les aultres vng Francoys, qui s'estoit retiré dans Geneue, pour ouyr presclier l'Euangille, nommé Frère Pierre Goudet, d'auprès de Paris, lequel fusl Iray par vng sien Oncle, Commandeur de Roddes, Frère Loys Brunis, se tenant vne lieu près de Geneue, à vng lieu appelle Compesieres, qui par vng bourgoys de Geneue, luy enuoya les lettres de trayson pour retourner en France. Et estant hors de Geneue, non guieres loing, fusl appréhendé des Peneysans, iugé et condampné d'estre bruslé tout vif, à petit feu, pource qu'il estoit marié, et auoit renoncé à la messe et à toute la Papaulté, encores si se fust voullu reuocquer, et renuncer à ce que l'on preschoit dans Geneue, on luy sauluoit la vie, à laquelle chose ne vouUut acquiesser, ains demoura constant à son opinion. Voyans sa constance, qu'ilz appelloynl obstination, le firent mourir d'vne mort la plus cruelle que oncques on ouyt parler en ce pays; car le firent languyr en mourant, et le bruslant à petit feu par l'espace de deux iours; parlant plus constamment à la fin que au commencement ; et quand ils virent qu'ilz ne le pouuoynt fayre renuncer, le picquoynt de leurs lances et allebardes, iusques à tant qu'il rendit l'esperit, et plusieurs qui l'ont veu en ont rendu tesmognage; Toutesfoys les poures gens villagoys, qui virent cella, s'en alloynt plourans et gemissans en leurs maysons, estans marrys d'vng tel oultraige.
Consequemment, huict iours après la mort du susdict, fust prins Anlhoine Recireme, mercier et bourgov^ (]o ('.(Mieue, des Peneysans, et mené au
Actes et Gestes merueiUeux
au Chasleaii de Peney, la ont luy couppa la teste sans cause ne rayson , sinon pource qu'il cstoit de Geneue.