REGISTRES PUBLICS
D'APRÈS FLOURNOIS.
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le Duc doit bien" tôt venir à Gex ? i«««vV'-
^•1 »ia que
'\ avec plusieurs chevaux: parce qu'il est enb nemi de la ville, on donne divers ordres H pour sa garde et sèureté.
Avis que Guillaume Ducis mène quelques ^-lyr^ prattiques au pont d'Arve: on ordonne que si quelcun a esté prattiqué, il ait à le révéler.
Hôtes obligés de révéler chaque iour à leur Capitaine ceux qui seront logés chés eux.
Lettres du Conseil à Messieurs de Fribourg et à Besançon Hu- 16 gués, afin qu'il prenne garde que le Duc ne vienne pas en ville.
Marchands. On leur permet d'aller à Lion , pour ce que le Duc 17 s'estoit retiré de Gex. On révoque cette permission et on ordonne que personne ne sorte de la ville, parcequ'on apprend que les Gentilshommes du Duc s'assemblent.
Lausanne. On écrit à Messieurs de la dite Ville, afin qu'ils avertissent Messieurs de Fribourg si la ville étoit assiégée ; et touchant les Lansquenets.
Batteliers et bateaux. Ordre qu'ils restent tous en Ville. J. Lullin envoyé à Berne avec une lettre , pour avertir nos ^3 amis de la défense des vivres et des menaces qu'on nous fait,
II Extraits des
et que le Duc doit bien tôt aller à Gex avec une grande compagnie. On écrit aussi à Messieurs de Fribourg touchant la défense des vivres ; comme aussi à Besançon Hugues, et Hugues Vandel.
Si Janvier. Sccours. On écHt à Messieurs des 2 Villes, que chaque ville
envoyé 25 hommes à notre secours à nos dépens, et on donne ordre à Besançon Hugues et Hugues Vandel de les faire marcher iour et nuit afin qu'ils soient assés tôt.
S Février Ambassadeurs de Berne; le Sautier leur porte du vin, après
quoy les Sindics les vont voir.
4 . Sindics élus en Conseil général, Guillaume Hugues, Claude
Savoye, Claude du MouUard, et Henri Porral.
5 » Conseil ordinaire élu en Conseil des 200 , qui fut composé de
6 . 26 y compris le Trésorier. Le dit Conseil après avoir prêté ser-
ment élit ceux du Conseil des 200 dont on écrit les noms en un livre.
•9 » Mich. Sept, Bon Offîcher, et Rob. Vandel élus pour partir
demain avec les Ambassadeurs des 2 Villes, pour être en seureté.
ts . Charivary (cherevaria) exigée de la veuve de Cl. Preux par
le Capitaine du Bourg de four.
^^^ » Noble Jean Gouglimberg (Guglemberg) de Fribourg , on luy
paye 200 écus qu'il avoit prêtés.
Blé se vendoit cinq tlorins la coupe.
^!? » Dom d'Arlod élu en 200. auditeur de la cour de Monsieur le
Lieutenant en la place de Cl. du Moulard qui avoit esté fait Sindic.
?0 Murs. I>jQg 4nib. à Berne et à Fribourg. On leur écrit de ne pas re-
venir qu'on n'ait relâché les vivres , et que le Conseil ne le leur
^^ ' ait fait savoir. Les dits Ambassadeurs étant de retour, on élit
Cl. du Moulard et J. Lévrier pour se trouver à la iournée de Basic : Lévrier refusant on élit Nicolin Ducrest. * Avril. Mich. Sept, et Bon. Afficher Ambassadeurs retournés de
Berne et de Fribourg où ils étoient allés à cause de la défense des vivres, rapportent qu'ils ont demandé droit contre le Duc à cause des iniures dommages et intérêts: que les Fribourgeois ont dit qu'ils vouloient nous aider à poursuiure notre droit, et que les Bernois nous prient d'attendre un peu , si nous le trouvons bon; autrement qu'ils veulent poursuiure le droit contre
Registres publics. u\
le Duc avec nous: et cependant qu'il en faut parler en la diète de Bade.
Ambassadeurs. Ordonné en 200 d'en élire pour aller à Berne f^ J"'"et à Fribourg pour faire conte de ce qu'on leur doit : après quoy on en élira d'autres pour aller tenir le droit contre le Duc.
Laurent Brandebourg présente des lettres de Messieurs de ^^ Fribourg et expose que ses dits Supérieurs avoient appris que quelques uns de Genève avoient aflîbhé certains écrits (cedulas) qui induisoient à la nouvelle loy , contre l'autorité Episcopale de cette ville; etqu'ilsont des livres lesquels ils divulguent, ce qui est contre la volonté de Messieurs de Fribourg. Il parle aussi des disraes : et du tiers des 7000 écus d'or qu'on doit recevoir du Duc- On répond que si on avoit affiché des écrits , cela avoit esté fait sans le sceu du Conseil , lequel n'entend pas le permettre, mais s'y veut opposer. Pour le tiers des 7000 écus, on luy fait d^s remontrances.
Mandat de 13 florins au roy des arbalestriers, et autant à ce- ^^ luy des archers.
Le Duc s'approchant de Genève , on ordonne de faire bonne ^^ ' ggirde.
Monsieur de Senarclans accompagné de 5 autres Àmbassa- ^^ * deurs de la part des Estats du pays de Vaud , expose que le Duc ayant été au pays de. Vaud , et les Estats ayans été assemblés à Morges, Monsieur de Viry s'estoit plaint de quelques lettres qu'on avoit accordées contre luy et sa iurisdiclion priant (|u'on les révoquât. On leur répond qu'on vouloit leur faire plaisir en tout ce qui seroit possible , mais que celte affaire regardoit notre Prince, aux ordres du quel nous ne pouvions contrevenir, et ainsi qu'ils pouvoient recourir à ses officiers , et que nous leur aiderions en ce que nous pourrions.
Dismes. Ordonné en 200 qu'on les payera comme de coûtu- so . me et que ceux qui voudront se défendre par la voye du droit, le feroient à leurs dépens, sans que la Ville se njôle de les soutenir
Prescheur : Touchant celuy qui prêche l'Evangile (de predicante Evangelii) ordonné que pour le présent le maître des Ecoles cesse de lire l'Evangile, et qu'on prie Monsieur le Vicaire
IV Extraits des
(ju'il ordonne que par toutes les paroisses et par tous les couvens on prêche l'Evangile selon la vérité, sans y mêler aucunes fables ni autres inventions humaines , et que nous vivions de bon accord comme nos pères , sans y mêler aucune invention i» Jiiiiici. p. Veyron ayant frappé l'image du crucifix devant Sainte
Claire on ordonne qu'on prenne des informations contre luy.
Cl. Roset prête serment d'exercer fidèlement l'office de Secrétaire , en l'absence de Rob. A'andel
1? . Légat en Savoye écrit ; on répond de bouche au messager que
nous voulons vivre Chrestiennement et selon Dieu et la loy de Christ.
10 » Bon Officher , Dom Franc , I. LuUin et Ant- Lect. Ambassa-
deurs relournans de Berne et de Fribourg apportent une quittance de Messieurs de Fribourg de 450 écus sol, et la copie de la sentence de Payerne traduite eu François signée par le secrétaire de Soleure, par laquelle ils avoient baillé 40 écus. On ordonna d'en faire une copie (le Conseil étoit assemblé en la Haie du Moulard, où il s'assembloit assés souvent.) Ils font leur rapport
?-> ' en 200, et disent que Messieurs de Fribourg leur avoient re-
proché qu'ils étoient de la Loy Luthérienne, et qu'ils avoient répondu que cela n'estoit pas. Ils aioutent que pour arrêter leurs contes avec Messieurs de Fribourg, ils leur avoient fait plusieurs remontrances touchant les charges que nôtre ville a supportées, les priant qu'ils se contentassent pour l'argent qu'ils avoient demandé à l'occasion de leur sortie, des 7000 écus qui leur avoient été adiugés à Payerne par Messieurs les Suisses.
Qu'ils leur avoient dit qu'ils avoient charge de répondre touchant la secte Luthérienne, que nous voulions vivre comme eux qui sont nos frères. Que Messieurs de Fribourg avoient été satisfaits de cela et des dits 7000 écus, et qu'ils les avoient priés de vivre comme leurs prédécesseurs Qu'ils leur avoient dit que nous souffrissions que Monsieur l'Evesque vînt à Genèue , et que si nous leurs écrivions, ils écriroient au dit Evesque, afin qu'il vînt demeurer avec nous. Qu'ils avoient dit encore que s'ils savoient que nous nous fissions Luthériens , ils nous envoyeroient une ambassade avec les lettres de nôtre bourgeoisie déchirées,
Registres publics. v
et qu'ils revoqueroient la bourgeoisie. El qu'ils avoient remis 1833 écus d'or, de nôtre part des 7000 écus qu'on avoit eus du Duc. Ils dirent aussi qu'ils avoient été à Berne, où ils avoient prié Messieurs de Berne de se vouloir contenter de 5000 écus, que nous avons exigés des 7000 qui leur ont été adiugés à Payerne, avec les 7000 qui nous appartiennent. Que Messieurs de Berne avoient répondu qu'ils vouloient être payés de ce qui leur est dû au quit de la dernière guerre , parce que les paysans veulent qu'on les paye, et qu'ils avoient reçu 2000 écus. On ordonna d'écrire â Messieurs de Fribourg qu'ayant appris ce qu'ils disent de Monsieur nôtre Evesque, nous sommes conlens qu'il vienne quand il luy plaira, comme il a fait cy devant, puisque nous sommes siens , et qu'il nous fera beaucoup de plaisir de demeurer icy.
Richard Vellut ayant exécuté dans Genève des lettres du Pape so Aotat. soit du Légat en Savoye, ce qui est contre la seigneurie de Monsieur nôtre Evesque et l'autorité de la ville, on ordonne au Sautier de le faire mettre en prison.
Livre de la Sentence de Payerne contenant 67 feuillets; on i'C promet 16 florins à Fr de Belley pour le copier.
Péage de Chesne ; les officiers du dit lieu voulans l'augmenter, 3 sepicmine. on écrit au luge de Gaillard que nous voulons payer les péages comme de coutume, mais que nous ne voulons pas qu'on les'augmente , nous voulons tenir aux sentences de Payerne et autres.
Entrée du vin amodiée a fl. 3200 à condition qu'on laisse s aller 4 quarterons par septier.
Grâce de F. Portier, signée par l'Evesque au château de la Tour lo de May , enterrinôe.
Lettres de Berne en faveur du Duc et du Vidommat de Genève- /j On répond qu'il ne tient pas à nous, et que le Duc n'a pas observé ni accompli ce qu'il devoit pour mettre en effet la sentence de Payerne, et que quand il aura donné la seureté qu'il doit donner, nous luy ferons telle réponse qu'il aura suiet de s'en contenter. On lit les dites lettres en 200 et on approuve la réponse qu'on y a faite.
L LÎillin et M. Guillet élus pour aller à Berne , avec le Sindic ^.-, Savoveet Dom Franc qui sont à Fribourg. On luy donne charge
VI Extraits des
de remontrer la pauvreté de la ville , en les priant d'attendre encere quelque temps leur payement, comme aussi de se plaindre des choses innovées par le Duc , et d'en demander iustice à forme des arrêts de S. lulien et de Payerne. Le Conseil des 200, 'JG Seiiiemhrc est eucore assemblé parce que M. Guillet refusoit d'aller à Berne on ordonne que s'il continne à refuser^ on exécutera l'arrêt // Octobre. contre luy, et que le Sindic Dumoulard y iroit. Savoye, Dumou-
lard. Franc et Guillet Ambassadeurs reviennent de Berne et Fribourg et rapportent qu'ils ont baillé à Berne mille ôcus d'ordont Q^ , ils ont quittance, ou 351 écus pour le complément de la 3* par-
tiède nos7000 écus payés par le Duc selon la sentence de Payerne.
Gabelle sur la chair, de 2 onces par livre, ordonnée en Conseil des 60 , parcequ'on devoit beaucoup de grandes sommes.
Prêtres. Le Conseil ordonne qu'on leur diroit qu'ils contribuassent à porter les charges de la ville, et pour ce suiet qu'ils payassent la somme que nous devons à Messieurs de Basle.
L Goulaz condanné à bailler 25 écus sol au Chanoine P. Verly de Fribourg pour ses dépens dommages et intérêts ; après quoy ils s'embrassent, i yvvcmbt'A'. Gabelle sus dite sur la chair arrêtée en 200, et qu'il y auroit 3
boucheries, une à Longemale , une vers le pont du Rône, et une autre au grand Mezel.
^ ' Conseil gênerai, auquel après avoir dit l'Oraison Dominicale
selon la coutume, on conflrme tous unanimement en levant la main les status , ordonnances, constitutions et impots faits par les Conseils généraux precedens.
Vente du vin mise à 12 sous 6 deniers-
lean Louys Ramel élu Sindic en la place de feu Guillaumo Hugues.
Lieutenant élu , Cl. de Chateanneuf: Andi. tous élus, Henry Pollier et Pierre Rosset boucher.
\. Goglimberg Nie. Foguel , et un autre Ambassadeur de Fribourg demandent le payement de ce que la ville doit à Guillaume Cheseaux et autres Capitaines qui ont servi Genève, comme aussi ce qu'on leur doit pour la peine qu'ils ont prise pour nous à Payerne. On les prie de se contenter de ce qu'ils ont reçus. Enfin on accorde avec eux de leur bailler encore à chacun 30 écus. Ils di-
6 ])dcei)thrc.
Registres publics. \ii
sent encore que Messieurs de Fribourg ont ouy dire que nous ne 8 Uihnvhrc voulions pas obéir à notre Prince, et que si cela est ils ont charge d'en parler devant le grand Conseil. On leur répond que nous ne croyons pas que notre Prince se soit plaint: que s'il l'a fait, il n'a pas bien fait , par ce que nous luy obéissons et luy voulons obéir en tout ce que nous devons.
Evesque- On envoyé vers luy M- Sept, B. Officher, A. Chap- 13 peaurouge, N. Ducrest et I. Philippe Ambassadeurs, au suiet de la gabelle de la chair , et de la Justice.
Item ; Les Ambassadeurs reviennent de voir l'Evesque, et rapportent qu'il les avoit entretenus de bonnes paroles pendant deux iours , leur promettant de tout accepter et d'accorder les lettres qu'ils demandoient , mais qu'au 3""^ iour il leur avoit dit qu'il ne leur voubit rien accorder, non pas seulement pour la valeur d'un écu ; que nous l'avions offensé en occupant sa iurisdiction . et que peut-être nous luy en demanderions pardon à genoux et à mains iointes ; et qu'il vouloit que les dits Ambassadeurs s'obligeassent à luy faire rendre sa iurisdiction. On ordonne d'attendre encore 8 iours, et s'il n'arrive rien de nouveau sur ce suiet, on assemblera le ( onseil des 200.
Prédicant. Ordonné que Messieurs les Sindics convoquent le ^' ' Conseil l'apres disnée en la Halle du Moulard, et qu'ils y appellent Cl. Bernard, Cl- Paste , AmyPerrin, I. Goula , Est- Dada, et autres du party du nouveau Prédicant; qu'on appelle aussi le dit Prédicant et qu'on luy face des remontrances , en sorte qu'il cesse de prêcher et s'en aille.
Emeute. L'aprés disnée après vespres Monsieur de Chateauneuf Lieutenant de la sommaire iustice représente qu'au iourd'huy à midy estant survenu une querelle et grand bruit entre quelques prêtres de cette ville et quelques citoyens , à l'occasion de quoy plusieurs couroient avec les armes en l'Eglise de la Madelaine , il estoit venu vers les diis citoyens selon le devoir de sa charge , et leur avoit imposé silence, lesquels avoient obéi avec humilité: e(! après quoy il estoit venu vers la troupe des prêtres assemblés en la rue des Chanoines , pour les détourner de la violence qu'ils vouloient faire {ah invasione per eos cepta) lesquels à son commandement estoient presque tous retournés dans leurs maisons,
vni Extraits des
excepté Guill- Canal, Chapellain de S Germain, qui avec Estienne son frère, quoy que le dit Lieutenant le leur défendit, étoit allô avec emportement et furie du côté de la Madelaine avec ses armes: que comme il avoit voulu retenir le dit Guillaume, il s'estoit rebellé contre luy , et ayant levé son arquebuse l'en avoit voulu frapper : mais que No. I. Lect avoit promtement retenu la main du dit prêtre: qu'il avoit arrêté et fait mettre en prison le ditEstienne, mais que le dit prêtre son frère s'estant enfuy luy s'estoit échappé : requérant qu'on face iustice de l'un et de l'autre. F. L. Ramel et Cl. Savoye aioutent qu'en sortant du Conseil ordinaire ilsavoient vu l'entreprise furieuse des prêtres contre les citoyens, et qu'ayans pris leurs bâtons de iustice ils avoient fait poser les armes à ceux qu'ils avoient pu, de l'un et de l'autre party. L'on seut que cette affaire avoit commencé à l'occasion d'une dispute commencée par Cl. Pellin vicaire de la Madelaine, etAmy Perrin, Cl. Bernard , et Cl. Salomon (dit Pasta) qui avec un autre étoient entrés dans la maison du dit Vicaire , et en beuvant comme ils parloient du Docteur de Lira, lequel Pellin disoit estre bon et approuvé, ce que les autres nioient , ils avoient mis la main à l'épée : alors quelqu'un montant au clocher avoit sonné le tocsain , et ainsi tous avoient couru aux armes,, tant les prêtres que les autres : et que Dieu avoit bien aidé pour que l'affaire se fût terminée si heureusement. On appella A. Perrin. Cl Bernard et Cl. Salomon, et on les interrogea sur cette querelle. Perrin répondit qu'il estoit vrai que comme Cl. Pellin vicaire de la Madelaine blâmant ce qui avoit esté dit par Ânt. Froment homme docte et lettré, avoit donné parole de disputer avec luy, et avoit promis de soutenir par les S'^es Ecritures que le dit Froment avoit erré, luy Perrin avec CI. Bernard et Cl. Salomon étoient allés trouver le dit Pellin . et luy avoient demandé s'il ne vouloit pas faire cette dispute dans un lieu public ; lequel avoit répondu qu'il ne vouloit pas disputer autrement que pour un livre qu'il leur montreroit : qu'eux trois donc avec L Chautens estoient entrés dans la maison parroissiale de la Madelaine (dans la maison de la Cure) et ayans ietté leurs espôes sur un lit avoient donné de l'argent pour aller quérir du vin^ et avoient commencé à boire avec plusieurs prêtres. Enfin qu'on leur avoit montré un livre
Registres publics. ix
intitulé De Lyra, qui'enseignoit le contraire de ce qui avoit été dit par le dit Ant. Froment. Qu'alors voyans qu'on reprenoit la parole de vérité pour l'autorité de Nicolas de Lyra qui n'est pas un docteur approuvé , ils avoient dit ; vous déviés réfuter ce qui a este' dit par Ant. Froment pour les Paroles et Escritures de Dieu. Qu'enfin une troupe de prêtres estoit entrée dans la maison , à la tête desquels étoit un certain pédagoque de la Roche tenant une épée dégainée. Ce que voyant Cl, Bernard; il leur dit. Nous sommes venus à la bonne foy , nous avons envoyé quérir à boire , nous avons ietté nos épées sur le lit et nous ne sommes venus que quatre dans vôtre maison pour disputer ; et cependant vous avés fait venir séditieusement une troupe de prêtres en armes; que veut dire cela'i et qu'ils avoient pris leurs épées de dessus le lit pour se défendre de ceux qui les attaquoient: mais que les prêtres avoient fait sonner le tocsain par ceux qu'ils avoient mis au clocher, au son duquel plusieurs s'estoient assemblés contre eux en furie , auxquels ils avoient résisté avec quelques citoyens qui étoient survenus, iusqu'à l'arrivée de Messieurs les Sindics. — On les exhorta à faire que Ant. Froment cesse de disputer et de prêcher comme il a commencé de faire; et à vivre comme leurs pères, se contentans du prédicateur ordinaire. Ils répondirent qu'ils vouloient ouir la Parole de Dieu qui ne peut ni ne doit iamais être cachée, et qu'ils étoient contraints d'ouïr de tels predicans , parcequ'ou n'avoit pas observé l'arrêt du Conseil des 200 de faire prêcher la Parole de Dieu par toutes les paroisses — On leur dit de faire taire le dit Froment , et les autres qui prêchent par les maisons, et on défend à eux et aux leurs toute violence [opéra facti). On ordonne de prier Monsieur le Vicaire de châtier les prestres qui ont fait l'insulte , qui ont sonné le tocsain , et qui ont voulu frapper Monsieur le Lieutenant ; et d'avoir le soin que nous ayons des prédicateurs de la Parole de Dieu par toutes les paroisses. On résout aussi de le prier de retenir le Cordelier qui a prêché l'Advent pour prêcher tous les iours de festes, du moins iusqu'au Carême, et d'avertir les Dominicains de se pourvoir d'un bon prédicateur pour le Carême prochain. — Le Conseil ayant exposé ces choses à M- le Vicaire gênerai, il leur promit qu'il feroit tout ce dont ils le prioient, les remerciant de leur diligence. On libère des prisons Est. Canal, à la prière de M le Lieutenant.
Extraits des
9 Janvier. %7^ (^^ à"4^i^ Jeudv 2 Janvier on assembla le Conseil des
n200 et avec liiy la plus part des citoyens et
bourgeois : ass. les chefs de famille. On parla
des moyens de trouver de l'argent pour payer
les intérêts à Messieurs de Basle.
Les Ambassadeurs qui avoient été vers l'E-
vesque firent leur rapport comme cy dessus-
On résolut que pour payer les 200 écus des dits intérêts on feroit un rôle de 300 personnes qui preteroient la dite somme laquelle on leur rendra de la gabelle de la chair.
Ordonné qu'on écriroit à l'Evesque qu'il luy plût de nous envoyer des Ambassadeurs qui eussent tout pouvoir de traitter avec nous ce qui tourneroit à l'honneur et au profit de luy et de ses suiets.
On exposa qu'à l'occasion du prédicant il y avoit eu des querelles en divers lieux entre les citoyens , qui pourroient engendrer une grande division si on n'y remedioit par un bon conseil- Sur quoy ordonné que personne ne soit si hardy que de prêcher soit dans les maisons particulières soit dans les lieux publics, sans en avoir eu permission de Messieurs les Sindics et de M. le Vicaire, et que tous ceux qui connaîtront tels predicans soient obligés de les révéler à Messieurs les Sindics ou à M- le vicaire, qui tout aussitôt les doivent saisir et emprisonner , et procéder contre eux par la voie du droit : et si M. le Vicaire néglige d'exécuter cette resolution après qu'il en aura esté informé , que Messieurs les Sindics sans attendre autre chose aillent avec leurs guets, leurs Capitaines et dixeniers , s'il est besoin , pour faire telle capture.
Parceque plusieurs demandent la parole de Dieu , ordonné que celuy qui a prêché le dernier advent au convent de S. François de Rive nommé Christofle Bocquet , lequel presque tous ont agréable et entendent très volontiers , à ce qu'on dit,
Registres publics. xi
soit retenu pour prêcher iusques au Carême prochain aux dépens des sept curés, de la ville : et si les Dominicains de Palais ne se pourvoyent pas d'un prêcheur de la parole de Dieu qu'il demeure tout le Carême : cependant qu'on leur die un mot afin qu'ils y pourvoyent du mieux qu'ils pourront.
Parcequ'au suiet du susdit Predicant plusieurs ont proféré les uns contre les autres diverses paroles offençantes et pleines de discorde , on conclut et on arrêta par serment en levant la main que tous les citoyens bourgeois et habitans pardonnent les uns aux autres les dites offenses , comme chacun d'eux a témoigné de les pardonner à haute voix et en levant la main, et que doresnavant aucun ne soit si hardy que d'iniurier personne ou de luy reprocher quoy que ce soit.
Le 7 Janvier un messager de Fribourg présenta des lettres î" de ceux de Fribourg qui ont repondu pour nous à Basle qui nous font savoir que Messieurs de Basle les ont appelés à ostage au suiet des intérêts qui leur sont dûs; c'est pourquoy ils demandent aussi qu'on les libère de caution.
Le 12 Janvier ordonné qu'Antoine Lect portera l'argent des ^^ dicts intérêts à Messieurs de Basle, et passera par Fribourg avec M. Favre qui priera ceux de Fribourg de demeurer caution pour nous encore pour un an ou deux, pendant lesquels on fera en sorte qu'on trouvera de l'argent pour les sortir de caution: les priant que s'ils sont nos amis ils le veuillent montrer en cette occasion:
Le 13 Janvier en conseil des 200 ordonné qu'on parle en- '-^ core à Monsieur le Vicaire général qu'il ait soin que les sept Curés donnent au religieux qui prêche ce qui est nécessaire pour son entretien r s'il le refuse que les Sindics y pourvoyent et on verra qui supportera ces dépens.
Les Sindics proposent que pour l'ordre du grand Conseil ils ont fait faire des cries par la ville touchant l'impôt sur la chair, auxquelles Girard Pottu et plusieurs autres bouchers s'étoient opposés: avoient retenu au Bourg de Four la crie et le clerc qui lisoit , et avoient empêché lesdites cries par violence : et enfin s'csloient assemblés au couvent de Palais , où ils avoient complolté entre eux que tous les bouchers de cette ville ces-
XII Exivails des
seroient de vendre de la chair , de sorte que Vendredy, Samedy, Dimanche et auiourduy Lundy ils n'en ont point exposé en vente , sinon ledit Girard Pottu qui pour se moquer de la Ville > du Prince, de la Justice , de Dieu et des hommes, avoit exposé en vente en son banc de Longemale de la chair puante , d'un avorton mort depuis huit iours; à cause de quoy on l'avoit emprisonné. Les Sindics dirent encore qu'hier le petit Conseil avoit esté assemblé qui avoit résolu de défendre ausdits bouchers de tenir boucherie pendant un an et un iour, de les priver des pasquis communs de la ville; d'abbattre les bancs du grand mésel ou de la grande boucherie (raaioris macelli), de défendre qu'on ne tint boucherie qu'en la place de la Juiverie, à Longemale, et en l'allée sous la maison de Marin Versonnex devant la chappelle de notre Dame du pont du R'^ne et que jamais on ne rebâtît les bancs en la rue du grand mézel.
Là dessus entrèrent 23 bouchers qui demandèrent qu'on relâchât Girard Pottu, disans qu'ils s'estoient opposés auxdites cries pour ce qu'ils n'estoient pas obligés à cet impôt. Apres quoy ledit conseil confirma et approuva ladite resolution prise en petit Conseil en tous ses points, et ordonna qu'on retiendroit les dits bouchers en la maison de Ville iusqu'à ce qu'on eût abbattus les bancs du grand mezel et qu'on feroit le procès à G- Pottu. En suite les Sindics allèrent sur le champ faire abbattre les dits bancs , et les firent porter aux hôpitaux : et après qu'ils furent retournés au conseil on fit savoir ladite resolution aux bouchers et on leur défendit d'offenser ni d'iniurier personne au suiet desdils bancs, et de les rétablir iamais, avec menaces d'estre privés de la bourgeoisie en cas de rébellion.
Fi Janvier. Le 24 Janvier ordonné que Girard Pottu soit conduit par les
Officiers de M. le Lieutenant et par les guets de la ville avec le Sautier , autour de la Ville , tête nue , portant en main un flambeau de quatre livres ; après quoy il sera privé de sa bourgeoisie comme pariure , et pour s'être opposé aux cries publiques contre son serment : et outre cela il sera condamné aux mêmes peines que les autres.
0j y Le 25 Janvier on lut des lettres de Messieurs de Fribourg
par lesquelles ils demandent que nous leur préparions autant
Registres publics. xm
de gens de guerre arquebusiers que nous doanerons aux Bernois. On leur répondit que nous estions fâchés de ce qu'ils estoient contraints à quelque guerre , et que Messieurs de Berne ne nous avoient rien du tout écrit : cependant que nous estions prests à les servir selon notre pouvoir
Le 31 Janvier frère Ferra ayant dit qu'il n'y avoit point -^l J'invu-i de chambre au couvent de Rive pour celuy qui prêche l'Evangile, ordonne que les Sindics iroient au dit couvent et en feroient sortir les religieux, qui n'ont point de licence du Provincial et qui ne sont pas de la Ville , afin qu'il y ait place pour ledit prédicateur (Christophe Boquet).
Le Dimanche 9 Février en conseil général on élut pour Sin- » Fénhi dics Nicolin du Crest , Pierre Malbuisson , Jean Coquet , et Claude Bauld. Lesquels l'apres disnée prêtèrent le serment en la maison de Ville entre les mains des quatre anciens Sindics selon la coutume, et en suite prirent leur place; après quoy ils receurent le serment de Conseillers desdits 4 anciens Sindics.
On lut des lettres de Messieurs de Fribourg touchant le predicant. Ordonné de leur récrire que nous n'entendons pas de soutenir aucun predicant Luthérien , et que nous ne voudrions pas encourir leur indignation pour un Cordellier ; et que quand leurs gens viendront ils verront qu'ils ont suiet d'estre contens.
Ordonné qu'on laisse aller le prédicateur qui a prêché l'Ad- // vent, là où il est demandé pour prêcher, et qu'on luy face présent de 3 écus d'or; et cela afin qu'il n'y ait pas de la dissention entre les auditeurs des deux prédicateurs, comme on en a vu cy devant; et qu'on se contente d'un, ass. de celuy qui doit prêcher le Carême prochain selon l'ordre.
Le 11 Février on élut le conseil des 60. (On élut 68 Conseillers dudit Conseil , outre ceux du 25) Apres quoy on procéda à l'élection du Conseil des 200. où furent compris lesdits Conseils des 25. et des 60.
Le 14 Février ordonné qu'en considération de la paix de u toute de la ville tous les Capitaines et dixeniers aillent par leurs quartiers pour avertir tous les citoyens, bourgeois et ha-
XIV Extraits des
bilans, de s'assembler Dimanche matin au pré de Rive pour publier et faire entre eux une paix générale , et que personne n'y aille armé, mais tous remplis d'une amour fraternelle /J Février. Le 15 Février pour ce qu'il est dangereux de faire une si
grande assemblée de peuple , à cause des paroles qu'on peut dire dans une pareille occasion, qui peuvent engendrer des débats , ordonné de la renvoyer à un autre temps, gj , Le 21 Février Cl. Dufour docteur aux droits, ayant été élu
iuge des excès pour le Conseil Episcopal prêta serment entre les mains des Sindics.
Jean Goguelimberg , Nicolas Fogel , Jaq . Verl , et 3 autres ambassadeurs de Fribourg dirent qu'ils avoient charge de Messieurs de Fribourg de parler du predicant , et que nous ne tenons pas ce que nous avons promis : que nous souffrons qu'on batte impunément les prêtres; et que si nous tombons en la foy Luthérienne, ils nous quitteront, et nous remettront nôtre bourgeoisie. Ils demandèrent qu'on assemblât le grand Conseil pour y exposer leur charge ; ce qu'on leur promit , et on leur dit qu'ils dévoient plutôt aiouter foy à ce qui leur avoit été répondu par le Conseil , qu'à ce que quelques particuliers leur avoient pu diref.y » Le Dimanche 23 on assembla tous les chefs de famille. Les
dits Ambassadeurs exposèrent que Messieurs de Fribourg avoient ouy dire que nous voulions entrer dans la secte Luthérienne, que nous avions un prédicateur qui soutenoit des blasphèmes contre la Messe et les Saincts etc etc. et que si nous tombions dans un tel labyrinte , ils romproient notre bourgeoisie : mais que si nous voulions vivre comme eux , ils nous aideroient selon leur pouvoir eu toutes choses. Ils donnèrent leur commission par écrite avec la copie de la lettre que nous leur avons écrite le 10 de ce mois , à laquelle ils disent que nous contrevenons: qui est telle:
« Aux Magniiiques puissans et très redoutés Seigneurs Mes- « sieurs l'Avoyer et Conseil de Fribourg nos très honorés Sei- « gneurs entiers amis et très chers combourgeois
« Magnifiques Seigneurs, Nous avons veu vos lettres tou- « chant le prédicateur que l'on a donné à entendre à vos Ex-
Registres publics. xv
« cellences estre Luthérien ; ce que n'entendons pas estre , mais « estes mal informés, car n'avons ouy de luy sinon bonne « doctrine; et si c'est vray que ne l'avons pas fait venir prête cher en cette Ville, mais c'ont été les Cordelliers ausquels « estoit à avoir le prêcheur l'Avent passé , comme auront cette 4 Carême prochaine les lacopins de S Dominique , c'est à sa - « voir à chacun son tour. Et ne voudrions , Magnifiques Sei- « gneurs permettre nr Luthérienne ni autre secte , ni estre à « vôtre maie grâce pour un Cordelier, d'où qu'il soit. Cestuy là « n'estoit pas d'icy ; il a prêché icy l'Advent , il va autre part « prêcher le Carême. A ce qu'escrivent vos Excellences, cer- « taines gens avoir esté battus audit prêcheur contredisans , « s'il s'est fait quelque baterie c'a été pour autre occasion : « car n'avons en façon que ce soit entendu qu'à sa parole y « ait eu nuls contredisans . et de ce les Officiers de M. notre « Prince ont pris les informations, et nous a promis M. le Vi- « caire en faire bonne iustice ■■ ce sont affaires d'Eglise , nous « luy en laissons la charge. Prians le Créateur Magnifiques « Puissans et très redoutés Seigneurs qu'il luy plaise de sa « grâce vous préserver et augmenter : de Genève ce 10 Fe- « vrier 1553.
« Vos très humbles serviteurs, entiers amis, et féaux com- « bourgeois Les Sindics et Conseil de Genève- »
Apres avoir lu ces lettres on repondit aux Ambassadeurs de Fribourg que nous n'avions point contrevenu à nôtre lettre ni ny voulions contrevenir : que nous voulions faire iustice des délinquaus lors qu'il y auroit un dénonciateur , à forme de nos franchises ; que nous voulions vivre comme cy devant en la foy de Dieu, comme nous leur avons écrit. On leur dit aussi que ceux qui les avoient si mal informés contre nous méritoient d'estre punis, les priant de nous dire qui sont ces rapporteurs de mensonge s'ils sont de notre ville , afin qu"on en face iustice ; et s'ils sont des suiets de Fribourg qu'ils prient leurs Seigneurs de nous vouloir ouir en droit contre ces menteurs. Ils repondirent qu'ils étoient satisfaits, et qu'ils ne demandoient pas qu'on assemblât le Conseil gênerai , parce qu'ils avoient trouvé étans dans la ville que ce que l'on leur en avoit
Extraits des
dit n'étoit pas vray; offrans leur aide et service en toutes choses. Ils ne voulurent pas dire ceux qui les avoient informés de mensonges.
.2 ji,„., Le 2 Mars en Conseil des 200 on élut Claud. Roset pour Se-
crétaire de la Ville, qui avoit déia tenu le registre depuis plusieurs mois , dès la mort de Robert Vandel-
Le 4 Mars la Chappelle du Temple près et hors de la porte de Rive étant vacante par la mort du dernier Commandataire de Compesiere arrivée il y a longtemps , Messieurs les Sindics d'alors s'estoiont réservé le possessoire iusqu'à ce qu'il vint quelcun à qui ils remissent la clé et les droits : maintenant Nô. Cl. Faulcon de S. lulieu les demandant ordonné qu'on examinera cette affaire.
7 ' Le 7 Mars Richard Yellu fut élu secrétaire de monsieur le
Lieutenant, soit Scribe de la lustice , en la place de Cl. Roset. Parce que quelques uns se sont plaint de Baudichon de la Maison neuve qui a iniurié le prédicateur, et luy a fait plusieurs menaces : on i'appella en Conseil, et on luy fit des remontrances et des défenses de l'offenser à l'avenir, a peine de châtiment
13 » Le 13 Mars en Conseil des 200 on permit à Pierre Viugle
libraire d'imprimer la Bible en François, conformément à celle qui a esté imprimée à Anvers , sans y aiouter ni retrancher ; et on luy refusa la permission d'imprimer un livre intitulé l'Union-
ji , Le 14 Mars Faucon continuant à demander les Clefs du tem-
ple de Rhodes, et L Conte auquel les Sindics l'avoient amodié s'y opposant, on les renvoya à un autre iour.
êô . Le 25 Mars on lut des lettres de Messieurs de Berne qui fai-
soient mention de ce qu'on a attaqué Guillaume Farel ; de ce qu'on a chassé le serviteur du bonnetier: de ce qu'on a repoussé les prédicateurs de l'Evangile ; de ce qu'on a fait peu de cas de leurs lettres en faveur de l'impression des livres; du prédicateur moderne; que le Conseil permette la publication de l'Evangile; qu'on permette de reprendre les séducteurs; et certains autres articles qui ont beaucoup troublé tout le Conseil k cause de la division qui en pourroit naître; de sorte
Registres publics. xvii
qu'on n'a sceu que résoudre là dessus. On appelle Claude Salomon et Baudichon de la Maison neuve qu'on dit qui ont sollicité ces lettres : ils furent examinés après leur serment et ils confessèrent qu'ils avoient été à Berne depuis 15 iours, et qu'ils avoient sollicité ces lettres vers Messieurs de Berne. On convoque le Conseil pour le lendemain , et le 60 aussi , pour faire réponse ausdites lettres.
Le 26 Mars 12 bouchers vinrent demander pardon au Conseil de l'offense qu'ils avoient faite de s'opposer aux cries et de cesser de vendre de la chair , reconnaissans humblement leur faute , et prians qu'on revocât la défense d'en vendre , et de pasturer aux pasquis communs. On les renvoya au 1^' Conseil des 200.
Entrèrent eu Conseil Thomas Moine , Barthelemi Faulchon , André Maillard , Perceval de Pesmes , Franc, du Crest et plusieurs autres au nombre d'environ 200. Ledit Moine exposa que nonobstant l'édit de vivre unanimement et de demeurer tous frères en une même loy et foy , quelques uns s'efforcent de semer une autre loy et la discorde, et qu'ils ont appris qu'il y en a qui sont allés à Berne et ont informé Messieurs de Berne . en sorte que les dits S»"» de Berne ont écrit d'une manière qui trouble toute la ville, pour ce qu'on craint les divisions et dissensions à cause de ces lettres. C'est pourquoy ils supplient qu'on leur apprenne qui sont ceux qui sont allés vers Messieurs de Berne: s'ils y ont été députés par le Conseil, quelle charge et quelles instructions ils ont eu, et ce qu'ils en ont apporté , afin qu'ils sachent s'il n'y a rien contre le bien commun et pour la ruine de la République- Le Conseil après en avoir délibéré leur répondit que deia hier pendant six heures et encore auiourdhui le Conseil avoit esté assemblé pour cette affaire ; qu'on assembleroit encore le Conseil des 60. et en suite celuy des 200. s'il est nécessaire: et enfin les chefs de famille et le General si la chose le demande, et qu'ils doivent être contens de cette réponse que leur font leurs Sindics; qu'au reste ceux qui ont été à Berne n'y ont pas este envoyé par le Conseil. Alors Thomas Moine dit qu'on luy avoil donné charge de demander qu'on amenât devant eux ceux qui
Si) J/f/JV
xvui Exiraiis des
avoient fait cela, qu'ils les vouloient voir, et qu'ils ne sortiroient point de la salle où ils étoient qu'ils ne fussent venus , afin de voir ce que iustice demandera : que si le Conseil ne les fait pas venir, ils les iroient chercher. Les Sindics leur repondirent qu'ils ne cesseroient point que cette affaire ne fût faite, et qu'ils leur apprendroient ce qu'ils auroient fait.
Le dit Moine et les autres demandèrent tous d'une voix qu'on fît iustice et qu'on fît en sorte que ce que nous avions promis à Messieurs de Fribourg, que nous vivrions comme nos pères fût exécuté- Et levant les mains enhaut ils s'écrièrent « Faites iustice et nous vous soutiendrons : Faites que « nous ne soyons pas iniuriés par ceux qui nous appellent « Papistes Pharisiens, et qui ne cessent de nous iniurier. » Un nommé Nicolas de Perroux chaussetier dit qu'hier au soir il avoit ouy Henry Dolcns étant avec ses camarades en la place du Moulard où il y avoit plusieurs honnestes gens, qui disoient, « Sortons d'avec ces faulx témoins, étalions vers notre bande» : Roland Raimond pria le Conseil qu'il n'y ait point de bande entre nous , et qu'on se garde de ceux qui veulent faire deux partis. Enfin après qu'on leur eût fait encore quelques remontrances , et des défenses de n'offenser personne , ils se retirèrent chés eux.
S8 Mars. ^^ 28 Mars en Conseil des 60 , comme on opinoit touchant
la réponse qu'on feroit aux sus dites lettres de Berne, entrèrent Girardin de la Rive et Barthélémy Faulchon qui exposèrent que plusieurs citoyens étoient venus à S* Pierre qui murmuroient de ce quelques autres citoyens s'étoient retirés en la maison de Baudichon de la Maison neuve armés : c'est pourquoy ils disoient qu'ils vouloient aller à eux : D'où il est à craindre qu'il n'arrive quelque tumulte et ovaille, (ovallium) demandans qu'on y pourvût. On ordonne que les Sindics iront vers ceux qui sont à S* Pierre , et en suite vers ceux qui sont en la maison de Baudichon pour leur défendre de ne s'offenser point , et leur ordonner de retourner chés eux. Pendant qu'ils allèrent à S* Pierre une troupe de citoyens s'assemblèrent en la place du Moulard, et comme les Sindics faisoient les dites defTenses à ceux qu'ils avoient trouvés
Registres publics. >^ix
assemblés à S^ Pierre, P. Vandel et I. Gueula survinrent pour les prier de faire cesser ce tumulte de peur qu'il n'arrivât pis: comme ils parloient I. Portier dégaina un poignard, et sans rien dire en donna un coup au dit Vandel par derrière en trahison à l'épaule gauche dans ladite Eglise. Incontinent après on sonna le tocsain avec la cloche , ce qui fit que presque tout le peuple courut de toutes parts en armes, sans savoir pourquoy. Quelques uns menèrent de l'artillerie en la place du Moulard , et déployèrent l'étendard que portoit Perceval de Pcsmes, et s'assemblèrent en grand nombre- Les autres étoient en la maison de Baudichon qui les atlendoient en bon nombre.
Le Conseil s'assembla promtement au Moulard pour y pourvoir après quoy ils allèrent vers ceux qui etoient en la maison de Baudichon. On avisa pour bien de paix que chaque party donneroit des ostages à l'autre pour faire la paix, ce qui fut fait ; On donna de la part de ceux qui estoient en la maison de Baudichon, Michel Sept, Jean Lullin, et Eslienne de Chapeaurouge, qui furent conduits en la maison de P. Malbuisson Sindic: et de la part des autres ou donna l. Malbuisson, L de Pesmcs, et ven. Fr. Goyet Chanoine de Genève, tous six citoyens; ces trois derniers furent conduits en la maison de L Philippe capitaine gênerai. On fit des cries générales à son de trompe de ne point s'offenser ni s'iniurier les uns les autres, de poser les armes, et de retourner en paix chacun chés soy, à peine de la vie.
Devant qu'on fit ces cries et qu'on donnât les ostages il y avoit un grand tumulte et on craignoit que les deux partis ne s'attaquassent, pour ce que l'un et l'autre étoit fort. Une partie du peuple couroit au Moulard ne sachant pourquoy : une autre partie couroit vers le Capitaine General : chaque parti croyoit de combattre pour la défense de la ville. L'on ne gardoit point l'ordre par lequel chacun doit aller au quartier qui luy est assigné, ce qui sentoit la sédition : car ceux qui dévoient aller aux tours, aux murailles ou aux Portes venoient au Moulard : ceux de S' Gervais qui dévoient courir à leurs remparts, cntroieut en armes dans la Ville en-
XX Extraits des
tendans le tocsain : Cl. Balessert boucher voulut frapper I. Philippe qui commandoit d'aller en son quartier, mais ledit Capitaine gênerai le blessa.
39 Mars. Le 29 Mars on assembla le Conseil des 60 pour assoupir
les différons et les débats du iour précèdent. On amena en Conseil les six ostages. On ordonna d'emprisonner celuy qui sonna le tocsain , si on le pouvoit trouver : Et de prendre des informations contre laques Mauris qui appella I. Philippe traître après qu'on eut fait les cries. On appela Baudichon de la Maison neuve et Cl. Salomon , et on leur demanda si ce n'avoient pas été quelques uns du Conseil ordinaire qui les avoient mus à aller à Berne ass. I. Philippe, I. Lullin , Michel Sept, Est. de Chapeaurouge, Fr Favre, Cl. Roset, ou quelque autre. Apres avoir prêté le serment ils répondirent que les sus nommés ni aucun autre du conseil ne leur en avoit parlé , mais eux seuls l'avoient fait sans en avoir demandé conseil à personne, et qti'ainsi ce sont eux seuls qui en doivent porter la peine en leurs personnes et biens s'ils ont fait quelque faute, ce qu'ils ne croyent, puisqu'ils n'ont eu recours qu'à leurs combourgeois, requerans qu'on leur gardât leur droit. Alors se levèrent Dom. d'Arlod et Cl. Bernard qui dirent volontairement qu'ils avoient sceu qu'ils dévoient aller à Berne, mais qu'ils ne leur avoient donné aucunes instructions ni de bouche, ni par écrit; mais seulement qu'ils leur avoient dit qu'ils fissent ce que Dieu leur inspireroit. Sur cela l'on fit des défenses audits Baudichon et Cl. Salomon de ne se mêler plus d'écrire ni de faire écrire quoy que ce soit de ce qui se passe en cette ville, ni de rien innover contre les cries. On ordonne d'assembler les 200. pour le lendemain pour faire la paix.
gQ , Le 30 Mars en conseil des 200 on fit venir les ostages et
on les fit seoir en leur place- Apres avoir fait des remontrances et des exhortations à la paix , on ordonna qu'après disner chaque capitaine eût à assembler ceux de son quartier pour les exhorter a la paix et pour leur en lire les articles dressés dans ce conseil , dont on donna aussi une copie à M. le Vicaire, afin qu'il eût soin de faire bien vivre ses
Registres publics. xxi
prêtres : et que pour affirmer la dite paix générale on face demain des processions générales.
Teneur des dits Articles.
« Au nom de Dieu Créateur et Rédempteur. Père. Fils et « S. Esprit, Amen. Est pour bien de paix résolu Que toutes « ires rancunes, iniures et malveillances étans entre aucuns « de nos citoyens, bourgeois et habitans, tant Ecclésiastiques « que Séculiers, tant batteries qu'outrages et reproches faits « d'un côté et de l'autre, soient totalement pardonnées.
« Item, qu'iceux Citoyens, bourgeois, et habitans et toute la généralité de la Cité , de quelque estât et condition qu'ils soient, doivent dès icy en avant vivre en bonne paix et union, sous l'observance des commandemens de Dieu , et ainsi qu'avons vécu par le passé sans faire nouveauté quelconque ni de parole ni de fait, iusqu'à ce que généralement soit ordonné de vivre autrement.
« Item , que nul ne soit si osé ni si hardy de parler contre les saints Sacremens de l'Eglise, mais en cette chose chacun soit laissé en sa liberté selon sa conscience , bans se reprocher l'un à l'autre, soit Ecclésiastique ou laie, chose que ce soit.
« Item , que nul ne soit si osé ni si hardy de prêcher sans licence du Supérieur et de Messieurs les Sindics et Conseil , et que le prescheur ne doive dire chose que ne soit prouvée par la S*» Ecriture.
« Item , que nul ne soit si osé ni si hardy de manger de la chair le Vendredy ni le Samedy, ni faire autre chose qui puisse scandaliser son prochain et frère Chrestien.
« Item, que nul ne soit si osé de chanter ni faire chanter chanson les uns les autres, ni touchant la foy et la loy.
« Et à celle fin que la paix et union de toute la cité puisse durer perpétuellement, Dieu aidant; un chacun tant en gênerai qu'en particulier lèvera la main en faisant le serment dû à Dieu d'observer l'appointement sus écrit , sur peine de 60. sous la première fois et pour la 'î^e fois de 60. sous et d'être mis en prison 3. iours au pain et à l'eau, pour la
2 Avril.
XXII Extraits des
tierce fois sus peine de 60. sous et d'estre banni de la ville pour un an et un iour.
« Item, que nui ne soit si osé ni si hardy de renouveller ni faire débat , noise et émotion , qui soit contre l'accord paix et appointement sus fait, sur peine d'estre puni à la forme de la crie Vendredy dernier passé faite.
« Item, que gens mariés doivent cecy à leurs femmes et enfans notifier , afin qu'ils n'y contreviennent sur peine d'estre châtiés pour eux de la peine pécuniaire.
Apres cela, les ostages furent délivrés et rendus de part et d'autre. Apres disner chacun s'estant rangé sous son Capitaine, on publia les dits articles dans les places, le peuple louant Dieu d'une telle paix et accord.
Le Mardy 2 Avril en conseil des 60. on élut pour Ambassadeurs vers Messieurs de Berne Nie. Ducrest Sindic et M. Roy Conseiller. On dressa leurs instructions, ass. qu'ils dient à Messieurs de Berne de quelle manière nous avons agi envers Guill. Farel , touchant celuy qu'on a banni, et touchant le Libraire ; au reste qu'ils les supplient de nous Faisser vivre selon nos coutumes, et qu'ils veuillent nous être favorables.
Le 4 Avril les bouchprs du grand mezel requirent qu'on leur permît de vendre de la chair comme auparavant s'offrans de servir comme les autres. Le Conseil des 60. ordonna qu'ils fissent amende honorable , confessans leur faute et en demandans pardon , parce qu'ils avoient grandement failli : après quoy ils seroient reçus comme les autres.
Le 8 Avril en conseil des 200. on ordonna qu'on pardonneroit à tous les bouchers qui viendroient demander pardon dans 4 iours.
Le 11 Avril Nie Ducrest et Fr Roy Ambassadeurs retournant de Berne, rapportèrent qu'ils y avoient trouvé Baudichon de la Maison neuve et Cl. Salomon qui leur avoient dit qu'ils étoient venus pour se défendre , au cas quon leur eût donné charge de parler contre eux : qu'ils étoient entrés avec eux en Conseil et s'esloient assis à leur gauche : qu'ils avoient présenté une requête qui avoit été lue, de laquelle ensuite
Registres publics. xxin
M. l'Avoyer avoit donné les articles à eux Ambassadeurs en leur demandant s'ils y vouloient répondre, ce qu'ils n'avoient pas voulu, parce que on ne leur en avoit pas donné charge; et qu'on leur avoit dit que le Conseil avoit fait dessein de nous envoyer des Ambassadeurs pour voir ces affaires
Le 15 Avril en conseil des 200. les dits Ambassadeurs firent /5 Avril. leur rapport : on lut aussi des lettres de Messieurs de Berne.
Le 16 Avril on rapporta que Baudichon , l. Favre , Est. ^<* Dada , Amy Perrin , lean Gueula et Nie. Chamoct s'en estoient allés avec le messager de Berne. De peur qu'ils n'aillent à Berne et qu'ils ne facent quelque chose au préjudice de la ville on résout que le Sautier les suivroit, et leur feroit commandement de revenir, sous peine de désobéissance.
Le 18 Avril P. Vaux, P. Rosset, et plusieurs autres ven- 18 . deurs de sel se plaignirent de ceux qui venoient des villages et vendoient le sel au Moulard par quartes à leur préjudice. Ordonné qu'on ne permette point d'en vendre sinon à forme des franchises. E. Dada, Baudichon, I. Goula, L Favre qu'on avoit fait revenir du chemin de Berne , dirent qu'ils n'estoient allés sinon au devant des Ambassadeurs de Berne qui doivent bientôt venir. On leur fit des remontrances, et ils dirent qu'ils vouloient vivre selon les édits faits en dernier lieux pour la paix.
Le 22 Avril on ordonne que le controlleur feroit refaire la 2? croix qui étoit aux confins , au de là de la porte de S' Gervais vers S. Jean.
On dit à Baudichon, de Pesmes, M. de Thorens , et autres, de cesser de faire des assemblées, qui peuvent causer du scandale. — P. Burchon présenta des lettres de grâce de M"^ l'Evesque nôtre Prince, d'un homicide qu'il avoit commis, données le 26 Mars dernier : on les reçoit avec respect comme estans prêts à y obéir.
Le Dimanche 4 May après le coucher du soleil comme 4 Mai. plusieurs citoyens se promenoient il y eut quelques paroles entre eux qui furent d'abord pacifiées; après quoy P. Verle de Fribourg Chanoine de Genève armé de pié en cap vint en courant au Moulard où quelques citoyens se promenoient
XXIV Extraits des
en attendant d'aller boire ensemble ; et branlant sa hallebarde contre eux il cria « Où sont les Chrestieus? qu'ils viennent après moy ; venés venés. » Quelcun luy ayant osté sa hallebarde il dégaina une large espée et se ietta sur les citoyens, mais ayant été blessé par quelques uns il s'enfuit; tous les autres aussi se retirèrent plusieurs ayans été blessés 'de part et d'autre. Comme deux ou trois du Bourg de Four y accouroient , ils rencontrèrent une troupe de prêtres en la Cour de S. Pierre qui en blessèrent un d'eux de 28 playes. Le Sindic Coquet faisant #a charge et défendant de se battre fut fort blessé en la tête. On dit que la troupe des prêtres éloit cause de cela , qui sonnèrent le tocsain à la sollicitation de Marin Yersonay. Amy Perrin et Cl. Bernard furent aussi blessés. Le père se battoit contre son fils, et le frère contre son frère- Cette nuit Marin Versonnex fut emprisonné pour avoir sonné le tocsain 5 Mai. Le 5 May en conseil des 60. on résolut d'écrire à Mes-
sieurs de Fribourg et aux parens dudit M. Verle : on envoya les lettres par un messager exprès.
On parla de Marin de Versonnex prisonnier, et on dit que M. le Vicaire vouloit qu'on le relâchât : mais sur ce qu'on témoigna qu'on avoit ouy qu il disoit qu'il avoit fait sonner le tocsain , et que si cela étoit à faire il le feroit encore , on ordonna qu'il ne seroit point relâché que par le consentement des 200. et qu'on procederoit contre luy.
Ce matin au point du iour on a trouvé ledit s»" Verle mort sur les degrés de la maison de l. Chaullemps près du Moulard : il a esté enseveli à S. Pierre, et on luy a fait tous les honneurs qu'on a pu. M- le Vicaire a donné ordre au procureur iiscal d'en prendre information.
On lut des lettres de Messieurs de Berne portans que les Ambassadeurs de Savoye demandent qu'on diminue la peine de l'arrêt de S*^ lulien, offrent la seureté , et demandent la quittance des 21 mille écus. Ordonné d'élire deux Ambassadeurs pour aller à Berne, avec charge de ne consentir à aucune diminution de peine, ni modération d'hypothèques, encore moins au changement d'aucun article du traitté de Payernc.
Reijistres publics. xxv
Le 6 May en conseil des 200. on élut CI- Savoye, Fr. Favre ^ -^'"Het Matthieu Carrier pour Ambassadeurs à Berne.
Ordonné qu'on prendroit de plus amples informations contre Marin Versonnex et les autres qui sont coupables du tumulte. On dit à M. de Thorens de n'aller pas par ville avec tant de gens, mais de se contenter de ses serviteurs.
Le 8 May on tint le conseil en la halle du Moulard où on -^ • résolut qu'on prendroit des informations de la mort de Verle, où 2 de Messieurs les Siudics assisteroient avec le procureur fiscal et M. le Lieutenant.
Le 9 May les parens du défunt Chanoine P. Verle presen* ^ ' terent une lettre de Messieurs de Fribourg, et demandèrent qu'on leur remît son corps pour le transporter à Fribourg. On leur répondit que M. le Vicaire , les Chanoines et les prêtres l'avoient enseveli dans l'Eglise de S. Pierre selon leur coutume, et qu'ainsi s'ils le veulent emporter, qu'ils le demandent au dit Vicaire : et que nous étions fort affligés de sa mort. A six heures du soir les parens du dit Verle ayans déterré son corps, accompagnés de tout le peuple de Genève, des croix, des religieux, et des parroisses , avec quantité de prêtres, et 24 flambeaux allumés, dont la ville avoit donné 12. avec les pennonceaux , le portèrent honorablement sur le bateau pour le conduire à Fribourg.
Plusieurs furent emprisonnés qu'on accusoit d'être complices de cette mort.
Le 18 May le procureur fiscal dit aux Sindics que M. le ^'^ Vicaire luy avoit dit qu'il ne permettroit point qu'ils assistassent à l'examen des prêtres qui sont prisonniers pour la mort de Verle.
Le 20 May M. Bastian de Diesbach et M. Vingarlet Ambas- -^ sadeurs de Berne représentèrent que leurs Supérieurs ayans appris les troubles qui étoient parmy nous, et que Messieurs de Fribourg nous avoient envoyé des Ambassadeurs les avoient députés pour traitter de la paix et l'établir entre nous.
Les Ambassadeurs de Fribourg exposèrent aussi leur charge en 200. touchant M. l'Eveque de Genève. On leur répondit que nous étions ioyeux des offres qui nous étoient faites, et
XXVI Exlraiis des
nous étions résolus d'envoyer des Ambassadeurs vers notre Prince qui le prieroicnt de revenir ; et cependant s'ils le trouvent à propos eux et Messieurs les Bernois commenceront à negotier l'accommodement , comme nous les en prions.
On répondit à Messieurs les Bernois que nous les remercions du bon soin qu'ils avoient de nous, et que nous ne souhaittions autre chose que d'avoir leur bienveillance, et de vivre en paix ; que nous les priions de mettre la main à l'œuvre afin que nos différons soient appaisés par leur moyen r on leur demanda aussi conseil si nous ne devions pas demander l'Evéque notre Prince , et luy envoyer des Ambassadeurs afin de le prier de venir.
On résolut aussi que personne ne se mêleroit de faire venir M. notre Prince, sinon le Conseil.
Messieurs les Fribourgeois dirent qu'ils étoient prêts de nous aider en tout ce qu'ils pourroient , mais qu'ils n'avoient pas charge de traitter. Cependant qun si Messieurs les Sindics le trouvent bon ils écriront à M. l'Evéque de venir. On ne le trouva pas à propos, pour ce que ce sera mieux pour notre honneur qu'il n'y ait que nous qui le facions venir.
Messieurs les Bernois agréèrent notre réponse , et dirent qu'ils s'employeroient de tout leur pouvoir à pacifier nos différons. Pour ce qui est d'envoyer à notre Prince , qu'on ne leur en avoit point donné de charge , et que nous fissions ce que nous trouverions à propos.
21 Maij. Le 21 May les Ambassadeurs de Fribourg vinrent en Con-
seil avec les parens du défunt Chanoine Verly : ils demandèrent à qui ils dévoient recourir en cette ville pour obtenir iustice contre les coupables de ladite mort. On leur répondit que Messieurs les Sindics avec leur Petit Conseil étoient iuges des causes criminelles.
On élut Bon OlTicher, Dom Franc, Est. Dada et J. d'Arlod pour Ambassadeurs à M. l'Eveque, avec charge de le prier de venir, et de luy dire que nous étions fort fâchés qu'il eût été offensé par quelcun , par des menaces ou autres paroles , et que nous souhaittous de vivre sous son gouvernement et de le reconnoitre pour prince comme de vrays suiets.
Registres publics. xxvii
Le 23 May les Ambassadeurs de Fribourg et les parens de 93 May. Verly firent partie criminelle contre tous ceux qui se Irouveroient coupables de la mort dudit Chanoine, et contre tous ceux qui s'estoient trouvés en la place du Moulard au temps de ce meurtre, môme contre le Sindic J. Coquet qui y avoit été blessé ; contre Est. de Chapeaurouge qui étoit présent etc.. requerans qu'ils fussent tous arrêtés . et qu'on procédât contre eux à forme du droit, mais pourtant selon les franchises de la ville. Le Sindic Coquet et Est. de Chapeaurouge répliquèrent qu'ils étoient alors au Moulard comme officiers pour appaiser la querelle, et qu'ils n'avoient pas tiré l'épée , mais avoient mis la paix tant qu'ils avoient pu , et ainsi qu'ils n'étoient pas coupables. On répondit à Messieurs les Fribourgeois qu'on étoit prêt à faire iustice , et qu'on procéderoit contre tous ceux qui se trouveroient coupables par les informations ; et qu'on feroit mainforte à M. le Lieutenant et à M. le Proc. fiscal pour arrêter tous ceux contre qui ils feroient partie.
Le 24 May sur ce que Messieurs les Fribourgeois deman- 21 . dent d'assister à l'examen des prisonniers , ordonné de leur répondre que selon nos coutumes la partie instante n'y assiste pas ; et de les prier de prendre en bonne part que la iustice se face selon nos franchises et bonnes coutumes.
Ou proposa si le Sindic Coquet assisteroit à l'examen et au procès des prisonniers pour ce que Messieurs les Fribourgeois ont parlé contre lui : comme s'eslant trouvé au lieu où s'estoit fait le meurtre. Ordonné qu'il y pourra assister jusqucs à ce qu'on ait prouvé qu'il est coupable, auquel cas il sera emprisonné comme les autres.
Le 25 May les Ambassadeurs étans retournés de Fribourg ?j > et de Berne firent leur rapport.
Le 26 May en 200. on parla du moyeu de faire la paix, 26 et on ordonna que pour ce suiet on pricroit Messieurs les Ambassadeurs de Berne et de Fribourg de .se trouver avec le Conseil ordinaire pour consulter quel moyen on ticndroit pour y parvenir.
L'aprcs disncr on pria Messieurs les Ambassadeurs de Fribourg de demeurer pour nous aider à faire la paix, pour ce
xxviii Extraits des
qu'on disoit qu'ils vouloient s'en aller. Ils répondirent qu'ils ne le pouvoient pas faire pour ce que leur charge éloit finie.
fr .Vai/. Le 27 May le Conseil des 200- fut assemblé à la requeste
de M. Bastian de Diesbach et le Banderet Vingarler Ambassadeurs de Berne- Ils y exposèrent que Messieurs de Berne ayans appris les troubles et differens qui étoient nés à l'occasion de la mort de M. P. Verly, de peur que les parens du deffunt ne nous fissent quelque violence , les avoient envoyés pour s'informer de la chose et pour pacifier nos differens autant qu'ils le pourroient, et faire pour nous tout ce que de vrays alliés doivent faire. Qu'ils avoient vu et entendu amplement nos differens; et qu'il ne leur restoit plus qu'à dire la fin de leur charge , qui étoit que pour pacifier plus promptement toutes choses, il fût permis à chacun de suivre les mouvemens de sa conscience , en telle sorte que personne ne fût contraint : que les festes, { solennitates ) la messe, et les images demeurent pour celix qui les veulent. Et pour ce qu'il y en a plusieurs qui désirent d'ouir ceux qui prêchent l'Evangile, ils souhaitteroient qu'on leur donnât un prédicateur en l'une des sept Eglises parroissiales, ou en l'un des convens, et que personne ne fût repris pour y estre allé ou n'y estre pas allé ■ comme aussi que ceux qui voudront aller à la messe y aillent, et qu'à cause de cela ils ne soient pas mesprisés par les autres : au contraire que chacun demeure en sa volonté et en son franc arbitre. Qu'on permette aussi que le libraire vende les livres du vieux et du nouveau Testament-
On les pria de demeurer avec nous pour nous aider, et on leur répondit pour ce qui est du prédicateur, de la Messe, et autres choses, que nous desirons de nous tenir aux articles qui avoient été faits cy devant.
so » Le 30 May la Chappelle de S. Henneraond en l'Eglise Par-
roissiale de S. Gervais étant vacante , on y présenta au nom de la ville J. Cristin Recteur des Escoles, pour ce qu'elle éloit du patronat de la Communauté, comme étant des biens de Michel Verga traître.
4 Juin. Le 4 Juin les prisonniers pour la mort de M. Verly ayans
demandé un procureur, on leur donna M. J. Butini.
Registres publics. xxix
On emprisonna encore pour le même suiet P. Lhosle , Fr. Rosset, P. Charbonnier et Cl. Mercier.
Le 10 Juin sur ce que le fiscal ne vouloit pas que les pré- io juin. Ires prisonniers fussent examinés en présence des Sindios , on résolut d'en écrire à M. l'Evéque afin qu'il le permette.
Les autres prisonniers étoient Cl. Salomon , Antoine Barbey, Jaq, Fichet, Henri Dolens, et J. Roseta dit Aigardentier.
Le 18 Juin Louys Mathier Châtellain de Peney ayant pris fg , un prisonnier dans les limites de Genève , près des fossés de S. Gervais , rompant ainsi les franchises; le Conseil l'obligea à le remettre en liberté dans le même lieu où il avoit été pris ; dont on prit des testimoniales.
Le 22 Juin en conseil des 200, on lut des lettres de M. l'E- 22 < veque, portans entre autres choses qu'il élisoit J. Malbuisson pour son fourrier, afin de luy pourvoir des lits, des tapisseries, et autres choses nécessaires. On parla en Conseil de l'honneur qu'on feroit à M. notre Prince en son entrée et si on luy iroit au devant- Ordonné qu'aucun n'y iroit sinon par l'ordre du Conseil ordinaire , auquel on en donna toute la charge.
Le Sindic Baud ne s'estant voulu trouver au iugement des prisonniers pour la mort de P. Verly , mais ayant absenté la ville exprès, on résolut de luy écrire par un guet de venir demain matin, pour se trouver à la sentence définitive, autrement qu'il aurait encouru la peine arrêtée contre ceux qui contreviennent aux ordres du conseil , ass. d'estre banni pour un an et iour , et condamné à 25 écus d'or d'amende.
Le 23 Juin ayant lu une lettre du Sindic CI. Baud par la- 23 quelle il accepte la peine, on élut à sa place Claude Savoye pour assister à la iustice.
On prononça en faveur de Jaq. Fichet et d'Henry Dolens une sentence d'absolution de l'accusation intentée contre eux pour la mort de Verly.
Le Mardy 1 Juillet environ à 5 heures après midy entrée / j^uut. de M. Pierre de la Baunne notre Prince (voir Grenus frag. hist. p. 133).
XXX Extraits des
Ceux qui furent au devant de l'Eveque contre les défenses furent I. Levrat Capitaine, P. Comparet et Cl. Rosset dit Rolet sergens, Bes. Jornal , f. Odet, et Fr. Ducrest, L. et Cl. Gaillard , Bes. du Mur, I. Perreal. Tho. Ferra , Fr. Roy etc. 2 Juillet. Le 2 Juillet, parce que le Prince a ordonné qu'on relâchât
les 3 prêtres prisonniers pour l'insulte du 4 May, ass. L. Berthollet, Aimé Manillier, et P. Servand , Ordonné que les Sindics l'aillent prier que s'il les veut avoir, il en face s'il luy plait un commandement par écrit , afin qu'à l'avenir nous n'en soyons pas blâmés. Ce que l'Evoque dit qu'il feroit.
On parla du peu d'obéissance qu'on rendoit aux arrêts du Conseiî , comme on avoit vu le iour précèdent en ceux qui ôtoient allés en si petit nombre au devant de l'Eveque avec leurs arquebuses. Le Sindic Nie. Ducrest dit qu'il leur avoit par deux fois défendu d'y aller, mais qu'ils avoient repondu qu'ils alloient vers leur Prince.
Le môme iour le Conseil s'assembla en la halle du Moulard ; sur ce que M. notre Prince demandoit que Ton publiât une procession générale pour demain, et aussi le Conseil gênerai. Ordonné qu'on publie auiourd'huy la procession , et qu'on assemble demain matin le conseil des 200. pour voir si on assemblera le gênerai.
o > Le 3 Juillet en Conseil des 200. ordonné qu'on assemble lo
Conseil gênerai aussitôt après la procession.
On résolut aussi que Messieurs les Sindics iroient vers M. notre Rev. Prince, et le prieroient d'ordonner que ceux qui sont du nombre des bannis de la ville, et qui y sont retournés sans la permission des Sindics et du Conseil se retirent et sortent de la ville.
4 . Le 4 Juillet on tira de la grotte une copie des Libertés de
Genève signée par P. Brasct et L. Daux notaires le 22 Juiii- 1459 pour la faire voir à l'Eveque : quelques iours après on la rendit et on la remit dans la grotte. o ' Le 5 Juillet on proposa que n^e Rev. Prince avoit résolu
d'envoyer ses officiers pour prendre certains criminels qui sont sortis hors des limites et franchises de la Ville, et qu'ainsi qu'il demandoit qu'on luy baillât des gens de la Ville pour
Registres publics. xxxi
accompagner ses officiers. On résolut de le prier de nous pardonner si nous ne le pouvions pas faire, parceque nous craignions que M. le Duc ne s'en prît à nous, comme si nous faisions contre les arrêts de S, lulien et de Payerne-
On rapporta encore que ledit Prince avoit dit qu'on fît iustice, et que si nous ne la faisions pas, il y en avoit iusqu'au nombre de 80 de la ville qui le feroient fort et que nous avisassions de marcher droit. On résolut de le prier de ne pas recevoir telles gens pour le faire fort, de peur de faire des partialités dans la ville.
De plus qu'il demandoit qu'on fît le procès aux prisonniers, et que nous permissions que ce fût en présence de son Conseil. On répondit que cela seroit contre nos libertés ; cependant que pour ôter tout soupson nous étions conteus qu'un de Messieurs de Fribourg et un de Messieurs de Berne assistassent à l'examen avec les Sindics et Conseil , mais seulement pour ouir, et non pour interroger.
De plus , qu'il demandoit que son procureur fiscal , comme instant dans la cause des prisonniers assistât au procès. On luy répondit que s'il vouloit que ledit fiscal fût instant et présent, il seroit obligé de payer les dépens et l'exécution de la sentence.
Le 6 Juillet le Sindic Nie. Ducrest rapporta qu'il avoit dit 6 Juiii,t aux Ambassadeurs de Fribourg, que ceux de Fribourg disoient qu'ils vouloient aller à Gaillard : que s'ils le faisoient , cela seroit fort fâcheux pour la ville ; qu'ainsi il les prioit d'y aviser : qu'ils luy avoient répondu qu'ils empêcheroient de toutes leurs forces qu'ils n'y allassent. On dit encore que le bruit couroit que quantité de gens armés de Fribourg étoient arrivés à Nion qui nous menacent. On donna charge à I. Philippe Cap^ gênerai de s'en informer, pour pourvoir à la seureté de la ville.
Le 7 Juillet se présentèrent en Conseil Petremand de Pra- 7 , roman Avoyer de Fribourg , Humbert de Praroman ancien Avoyer. l'ancien boursier, le bourgmaistre , le banderet, le secrétaire de la iustice et 2 autres, qui parlèrent de la iustice que les parens du Chanoine Verly demandoient ; on ré-
xxxii Extraits des
pondit qu'on feroit toute sorte de diligence [)Oui' la leur faire. On leur parla de ce que quantité de gens armés s'estoienl assemblés à Gaillard avec les parens de Verly , ce que nous trouvions fort étrange, c'est pourquoy on les prioit d'en vouloir faire remontrance à leurs gens. Ils repondirent (ju'ils savoient bien qu'il y avoit environ 80 tant des parens que des serviteurs de Verly, mais qu'il n'y en avoit pas davantage et que nous ne craignissions point, parce qu'ils ne venoient que pour demander iustice, pourvu que nous la leur voulussions faire.
On ordonna qu'on demanderoit les prisonniers au procureur fiscal, qu'il les remît selon la teneur des libertés de cette ville: ce qu'on fit: Le procureur fiscal vint en Conseil et répondit qu'il étoit vray qu'il retenoit neuf prisonniers pour la mort de M. P. Verly, les(|uels il ne pouvoit pas remettre à cause de l'ordre de M. le Prince qui a évoqué la cause à soy; disant que si les citoyens vouloieut envoyer quelques uns de leur conseil pour assister au procès on commenceroit à le faire. Sur quoy ont résolut que Messieurs les Sindics iroient vers M. le Prince, et le prieroient de vouloir permettre qu'on nous remît les prisonniers selon la coutume, et de nous garder son serment. Que s'il dit qu'il peut évoquer Ja cause à soy , on lui dira qu'il a dû nous faire remettre les prisonniers dans 24 heures après leur emprisonnement , et après cela parler de l'évocation : que s'il les remet, on verra en suite si cette évocation se doit faire; mais s'il le refuse, contre nos libertés et franchises, que Messieurs les Sindics aillent vers les Ambassadeurs de Berne pour les prier qu'ils facent des remontrances à notre Prince comme ce refus énerve entièrement nos franchises.
L'apres disnée les Sindics rapportèrent que s'estans acquittés de leur commission, l'Eveque leur avoit répondu qu'il évoquoit toute cette affaire à soy à la prière de Messieurs de Fribourg et des parens et amis de feu M. Verly, pour les causes de soupson qu'il dira en son temps ; c'est pourquoy il leur défendoit de se mêler de ce procès. Sur quoy ordonné que Messieurs les Sindics iroient prier Messieurs les Ambas-
Registres publics. xxxni
sadeurs de Berne de uous donner conseil là dessus , leur remontrant que cela est contre nos franchises pour lesquelles nous avons si long temps combattu. Ils trouvèrent à propos d'aller tous ensemble trouver l'Evéque et les Ambassadeurs de Fribourg pour les prier de ne pas permettre que nos libertés fussent rompues.
Ordonné d'assembler demain le conseil des 60, et de n'y pas appeler Baudichon de la Maison neuve.
On parla de Rodolphe Petremand qui avec 2 ou 3 autres cavaliers avoit attaqué L Philippe, I. Lullin et Fr. Favre près du convent de Palais , les appellant traitres Luthériens. Comme aussi d'une assemblée de beaucoup de gens armés qu'on dit qui s'est faite au château de Gaillard On en donna avis aux Ambassadeurs de Berne et de Fribourg, ces derniers répondirent qu'ils avertiroient leurs gens de ne pas faire ces choses.
Le 8 Juillet en conseil des 60. on exposa toutes ces choses , et on aiouta que l'Ëveque disoit qu'il pouvoit évoquer la cause à soy , selon le l^^" article des franchises. Sur quoy on résolut que les Sindics avec 5 ou 10 des plus âgés du peuple iroient faire des remontrances à l'Eveque le priant d'observer les franchises contre les quelles cette évocation seroit , comme les dits vieillard le témoigneront. Que si l'Evéque refuse encore de remettre les prisonniers, que les Sindics implorent l'aide des Ambassadeurs de Berne et de Fribourg pour le maintien de nos libertés.
L'apres disnée les Sindics rapportèrent qu'ils étoient allés chés M. l'Eveque avec les Ambassadeurs de Berne et six des plus anciens de la ville , où estoient venus les commis de Fribourg et les parens de Verly, qui en présence dudit Prince s'étoient plaint de nous, disans qu'ils nous avoient demandé iustice, mais qu'ils ne l'avoient pas pu avoir; c'est pourquoy ils l'avoient demandée au Prince qui avoit promis de la leur faire. Que l'Evéque leur avoit refusé de leur remettre les criminels , comme ayant évoqué la cause à soy. Que les Ambassadeurs de Fribourg conseilleroient que nous permissions cette évocation pour maintenant, en protestant que c'estoit sans préiudice de nos franchises.
8 Juillet.
XXXIV Extraits des
Les Ambassadeurs de Berne entrèrent et dirent que nous avisassions si nous voulions consentir à cette évocation, ou non : Ordonné de leur répondre que nous n'y consentirons point, puisqu'elle est entièrement contre nos franchises; et qu'ils nous veuillent aider de leur conseil.
On assembla à la même heure le Conseil des 200. qui ordonna qu'on assembleroit le gênerai pour le lendemain. Et parce que y ayant beaucoup de gens armés près de la ville , il étoit à craindre qu'on ne fît quelque attaque pendant que le Conseil gênerai seroit assemblé , on donna charge aux Capitaines et dizeniers d'avertir leurs gens de se tenir sur leurs gardes, et on ordonna que les portes de la ville demeureroient fermées et que personne n'en sortiroit.
(Pour la suite du procès de Verly voir Grenus, fr.h. p. 184). 9 Juttiet. Le 9 Juillet., après cela entrèrent Messieurs les Ambassa-
deurs de Berne qui dirent qu'ils avoient considéré entre eux qu'il nous pourroit arriver du mal , de ce que la iustice étoit différée à cause du différent entre l'Eveque et nous , et que pour bien de paix ils trouvoient bon qu'on choisît quelques uns de nôtre part , avec quelques uns de la part de l'Eveque, et quelques uns des Bernois et des Fribourgeois afin de former le procès. On leur répondit comme cy devant que si on nous remettoit les prisonniers nous voulions bien que deux de la part de l'Eveque, deux Bernois et deux Fribourgeois assistassent au procès , mais sans avoir voix. Autrement nous assemblerons le conseil gênerai et ferons ce qu'il ordonnera.
Le môme iour le conseil s'assembla en la halle du Moulard à la requeste des Ambassadeurs de Berne qui dirent que nous devions encore parler aux Fribourgeois de ladite affaire et retarder le conseil gênerai. On dit aussi que les prisonniers étoient tenus fort étroitement , et on pria les Ambassadeurs de Berne d'en aller parler à M. notre Prince.
Le Prince et les Fribourgeois dirent que si nous ne voulions pas faire autrement que comme nous avions dit ; ni eux non plus sinon comme ils ont dit : et qu'ils s'en iroient, et après cela ils aviseroient d'un autre remède. iO 1, Le 10 Juillet le conseil des 60. et des 200. fut assemblé à
Registres publics. xxxv
la requête des Ambassadeurs de Fribourg qui parlèrent de ladite affaire des prisonniers. On leur répondit que si M. le Prince nous les remet comme il doit, et s'il permet que nous procédions à forme de nos franchises, nous sommes contens à leur considération, sans préiudice de nos franchises, que pour cette fois le procureur fiscal soit instant en ladite cause dont nous serons iuges ; et que 2 Bernois 2 Fribourgeois et 2 de la part de l'Evéque , sans avoir aucune voix assistent à la formation du procès. Les Fribourgeois l'approuvèrent et l'allerent proposer au Prince , qui accepta cet expédient , promettant de faire remettre les prisonniers avec protestation que cette remise ne preiudicie point à son authorité et prééminence et qu'en temps et lieu l'affaire de l'évocation sera iugée par les Bernois et Fribourgeois On en dressa des lettres testimoniales.
Parcequ'il y avoit des gens en armes, tant à Gaillard avec Ciaspard Verly, qu'aux Estrambières et au Grand Sacconnet , on ordonne que les portes de la ville seroient gardées.
On nomma 9 commissaires du conseil pour assister tous les iours à l'examen des prisonniers.
Le 11 Juillet on élut Ant. Chicand pour assister au dit pro- // irnitet. €ès en la place du Siudic Coquet qui est suspect aux Fribourgeois.
Le 12 Juillet le Conseil alla aux prisons Episcopales et re- '^ quit le procureur fiscal de leur remettre les prisonniers pour la mort de Verly; ce qu'il fit requérant qu'on en fît iustice = il remit donc tous ceux-cy. P. Vandel, Ami Perrin, Dom. d'Arlod, Cl- Genève, l. Rosette, Jaq. Fischet, L Pecolat, L Veillard, et Noble Philibert de Compois s"" de Thorens et Jaquema femme de L Chautemps dit Pitiod — Cette remise se fit par le dit procureur fiscal aux Sindics dans les prisons, et à l'heure môme les Sindics remitent les dits prisonniers au geôlier des mêmes prisons pour les garder sûrement à peine de la vie ; et cela selon la coutume. Ensuite les Sindics sur un mandement par écrit de l'Eveque remirent au dit procureur fiscal L. Bertolet, P. Servand , et Amé Manillier prêtres, qui étoient prisonniers pour avoir fait sonner la grosse cloche du dernier tumulte le iour de la mort de Vcrlv.
xxwi Exirails des
13 Juillet. Le 13 Juillet on parla de quelques hommes armés qu'on
a vu à Collonges sous Montoux, et on en donna avis à Messi:urs de Berne et de Fribourg.
f^ , Le 14 Juillet on assembla le 200- à la demande de Mes-
sieurs les Ambassadeurs de Fribourg qui exposèrent que M. n""" Prince leur avoit dit qu'il avoit donné contre les citoyens des articles de plainte de ce qu'on lui avoit osté sa iustice , enfraint son authorité et privé de sa iurisdiction , demandant qu'on luy en face réparation.
Ils exposèrent encore qu'ils avoient appris que Samedi dernier certains Luthériens, en mépris •d'eux qui étoient dans la ville et au scandale de tous les Chrestiens et gens de bien de l'un et l'autre sexe avoient abbattu une certaine image de la B. Vierge qui étoit au coin du Boui-g de Four vers la porte du château ^ et l'avoient brûlée avec impiété au mépris et au deshonneur des Saints : c'est pourquoy ils nous prioient de ne laisser pas ces choses impunies, parce qu'ils ne les pouvoient pas supporter. ,
Ils exposèrent aussi qu'ils avoient appris que le même Samedy quelques citoyens armés d'arquebuses au nombre de plus de 40 étoient sortis vers le pont d'Arve, et avoient cherché par les maisons leurs Fribourgeois parens de défunt Verly sans doute pour leur faire du mal : c'est pourquoy ils deniandoient qu'on en fît iustice.
Ils dirent aussi qu'un citoyen de Genève avoit appelle Messieurs de Fribourg méchans et traîtres, ce qu'ils ne peuvent pas souffrir. On résolut qu'on leur répondroit 1» qu'on feroit telle réponse aux articles donnés par le Prince, qu'il en seroit content -^ 2*^ que nous n'avions rien ouy dire de ceux qui ont brisé et brûlé la dite image, et que si cela est arrivé nous ne le laisserons point impuni , et que nous en ferons prendre information. 3° Qu'on avoit dit que certains gentilshommes en habit déguisé avoient trouvé I. Curtet un de nos citoyens dans son champ et l'avoient tant battu qu'ils l'avoient laissé pour mort, c'est pourquoy ses parens et voisins étoient accourus en ce lieu là pour l'apporter en ville ; mais qu'ils n'avoient cherché aucuns Fribourgeois , ni n'es-
^^__^- Ueijistr es publics. xxxvii
toient point sortis pour leur faire aucun desplaisir. 4^ Ou'on ne savoit point qu'aucun les ait iniuriés, et qu'on ne le souffriroit point, puisque nous voulions soutenir leur honneur comme le nôtre : c'est pourquoy on les prioit de vouloir dire ce qu'ils savoient, afin qu'on en fit information.
Le Mardy 15 Juillet on ne tint point le conseil ordinaire '^ Juillet. parce qu'on procéda à l'examen des prisonniers, à la pressante sollicitation de Messieurs de Fribourg.
Le 17 Juillet les Sindics à la requête du procureur fiscal ^^ allèrent avec leurs guets et olTiciers au couvent de Palais pour chercher quelques uns qui étoient accusés de la mort de Verly: ils trouvèrent P. Comberet dit l'Hôte qui demanda qu'on luy gardât les franchises accordées à l'Eglise, mais on ne laissa pas de le prendre.
Le 18 Juillet L Balard et Fr. Roy Conseillers se plaigui- '^ rent que Baudichon de la Maison neuve les suivoit hier comme ils venoient du Couvent de Palais où l'Hôte avoit été pris, et disoit après eux : « Par le sang de Dieu il y a tant de traî- « très ; la main me fourmille que ie ne fais contre les traî- « très : » ce qu'ils soupsonnoient qui s'adressoit à eux. De plus que ledit Baudichon avoit dit à Balard qu'il n'avoit pas dit cela pour luy , mais pour celuy qui l'accompagnoit qui est un traître. On luy dit de suivre la voye ordinaire s'il veut qu'on luy face iustice, en s'adressant au procureur fiscal.
On proposa que le Sindic Cl. Baud n'assistoit pas au procès des prisonniers, demeurant hors de la ville : ordonné de luy écrire de venir, et s'il n'obéit pas, d'assembler le conseil des 60. et des 200.
Le 22 Juillet le Sindic CI. Baud étant retourné de la cam- -- • pagne dit qu'il étoit nécessaire qu'il vaquât à ses affaires, et qu'il ne pouvoit plus vaquer à celles de la ville, ni y demeurer; c'est pourquoy il demandoit qu'on en élût un autre en sa place : et quelque remontrance qu'on luy piU faire il s'en alla.
Le Dimanche 3 Aoust les parens de P. Vandel, d'Ame Per- 3 Aoust rin et des autres prisonniers pour la mort de P. Verly, avec l. et P. Butini leurs procureurs exposèrent (pie le procureur
X XXVI 11 Extraits des
fiscal avoit produit des articles dans leur procès qui étoieut contre les libertés et franchises de cette ville, surtout contre le 10. 11. et 61. chapitr.es, protestant de la nullité des dits articles. Sur quoy on ordonna qu'on en opineroit demain en présence des Ambassadeurs de Berne et de Fribourg.
Le 4 Aoust on lut des lettres de Messieurs de Berne qui demandent l'argent qu'on leur doit : Ordonné de leur écrire qu'ils ayent encore un peu de patience, et qu'on en parlera à M l'Evéque et à Messieurs du Chapitre. On parla des 3 prêtres prisonniers pour l'insulte de Verly, ass. L. BertoUet , Ame Lapalud , et P. Servand.
Messieurs les Ambassadeurs de Fribourg dirent que le procureur fiscal leur avoit dit que nous l'avions troublé dans la poursuite de la iustice contre ceux qui sont soupsonnés de la mort de Verly, c'est pourquoy ils prioienl que nous permissions que iustice fût faite. On leur répondit que nous ne l'avions point troublé, mais qu'il avoit commencé un procès contre nos franchises et libertés, et que nous luy avions dit qu'il procédât à la manière accoutumée et non contre les franchises et qu'il ne tiendroit pas à nous que iustice ne fiU faite.
Le 5 Aoust Thomas de la Maison neuve accompagné de Baudichon son frère se vinrent plaindre qu'avant hier comme ils venoient de Romont avec certains marchans Allemants , en passant par un bois qui est audelà de Rolle , où les brigans ont accoutumé d'attaquer les marchans , Gaspard Verly accompagné de 8 ou 10 arquebusiers qui estoit caché dans une certaine maison qui est dans ce bois , l'estoit venu attaquer par derrière l'épée à la main , et sans lesdits marchans qui luy avoient crié de prendre garde à luy, il étoit perdu priant qu'on y pourvût. Ordonné de dire au procureur fiscal (ju'il entende sa plainte, et qu'il reçoive la déposition desdits marchans.
Le 6 Aoust Nicod de Pralo procureur fiscal exposa qu'il avoit appris que Messieurs les Sindics iuges des causes criminelles dévoient lui remettre certains prisonniers pour en faire iustice, c'est pourquoy il prioit qu'on lui accordât des
Registres publics. xxxix
guets de la ville pour luy faire main forte. On le luy accorda pour celte fois , avec protestes que cela ne preiudiciera point à la ville pour l'avenir.
Ordonné que P. Comberet dit l'Hôte, chartier citoyen de Genève aurait la tête tranchée à Champel, comme coupable de la mort de P. Verly.
On libéra George femme de I. Chautemps comme innocente de cette mort.
La femme d'Aimé Levet Apothicaire capitaine de S. Gervais exposa par une requête que M. de Charanzonay Chanoine de Genève et curé de la Madelaine avoit pris le dit Levet et après l'avoir bien battu l'avoit mis au château de Gaillard en prison. Ordonné qu'on parleroit au Chatellain de Montagnier commis de la part des parens de feu P. Verly, qu'on dît qui l'a fait arrêter , et qu'on luy demanderoit s'il ne veut pas nous garder la bourgeoisie, dont on luy montrera le texte. Il répondit qu'il étoit prêt à garder les franchises, la bourgeoisie et tout ce qui y est contenu ; mais que pour la détention d'Aimé Levet il n'entend point d'avoir contrevenu à la bourgeoisie , pour ce qu'il avoit déià demandé iustice icy à Genève, mais que le dit prisonnier s'estoit enfuy, et ainsi il étoit contraint de le faire arrêter là où il le trouvoit. Messieurs les Sindics luy dirent qu'en vertu de la bourgeoisie il se déportât de la poursuite contre ledit Levet par devant d'autre iuge que l'ordinaire. Il répondit qu'il en communiqueroit avec ses maîtres et les parens de Verly. Les Sindics prièrent les Ambassadeurs de Berne d'avertir ledit Commissaire en vertu de la bourgeoisie qu'il la veuille garder.
Le 8 Aoust- On prononça une sentence d'absolution en fa- 8 Aoust. veur de No. Philibert de Compois S' de Thorens, P. Vandel , Amé Perrin , Dom. iMaître, P. d'Arlod, l. Pecollat , et L Veillard, prisonniers au suiet de la mort de P. Verly.
Le 12 Aoust le procureur fiscal dit que ceux contre qui il n agissoit avoient appelé de ses lettres au siège Métropolitain de Vienne , et y avoient obtenu une citation et des lettres de défenses; et que Messieurs les Sindics avoient dit que telles lettres étoient contre les libertés de la ville, c'est pourquoy
XL Extraits des
il les falloil révoquer . mais qu'ils ne consentiroient point h leur revocation , que les lettres de Vienne ne fussent annulées- Ordonné qu'on consentiroit à la cassation du dit appel et qu'aussi les lettres décrétées à Tinstance du procureur fiscal seroient révoquées.
17 Aoiixr. Le 17 Aoust le conseil des 200. fut assemblé pour la de-
mande des parens de P. Verly, qu'on leur communique le procès de P. l'Hôte et des autres. Ordonné qu'on ne leur baille pas la dite copie , parceque ce seroit contre notre coutume, et qu'on écriroit à Messieurs de Fribourg pour s'en excuser, en leur disant pourtant que pour leur faire plaisir nous leur accorderons le procès de P. l'Hôte, pourvu qu'ils nous écrivent que cela à l'avenir ne preiudiciera point à nos coutumes
Touchant Aimé Levet prisonnier ordonné d'écrire à nos Ambassadeurs à Berne atin qu'on remontre à Messieurs de Fribourg qu'ils agissent contre la bourgeoisie.
26 » Le 26 Aoust on paya à l'hôte de la tète noire deux cens
quarante trois florins pour les dépens de Messieurs George Syennet et I. Rodolf de Diesbach Ambassadeurs de Berne.