‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 75 sur 84 · Le 27 Aoust Claude Savoye et L Lullin Ambassadeurs re · texte numérisé non relu

Le 27 Aoust Claude Savoye et L Lullin Ambassadeurs re

vinrent de Berne.

'29 » Le 29 Aoust on présenta des lettres de grâce données à

p. Lauson de Gex pour M. lEvéque et Pr. de Genève au château de la tour de May le 27. Juillet dernier : Le conseil répondit qu'ils estoient prêts à obéir aux susdites lettres

Parceque que le procureur de la foy a parlé de deux femmes prisonnières pour hérésie, lesquelles le vicaire de la foy entend de condamner : Ordonné qu'on voye leur procès et qu'on consulte ce qu'il y a à faire.

30 ^ Le 30 Aoust Egn. Machard secrétaire de M. l'Evéque pré-

senta des lettres de sa part, et dit que le dit Prince étoit fort irrité de ce que nous molestons les chanoines et le clergé pour avoir de l'argent-

31 . Le 31 Aoust le conseil des 200. fut assemblé au suiet des

lettres de M. de Menthon qui écrit que M. le Duc de Nemours veut venir icy. Oh résolut de luy écrire autant hon-

Registres publics. xli

nestement qu'il se pourra que nous étions bien aises que ledit S'' Duc voulût venir à n^e Dame de grâces , et que nous souhaitions de luy faire plaisir en ce que nous pourrons; neantmoins que nous le supplions de le prier qu'il veuille différer pour maintenant d'entrer dans la ville, pour ce que nous l'avons refusé à M. le Duc de Savoye son frère.

On lut les lettres de M. l'Eveque apportées par Mâchard , nonobstant lesquelles on résolut que les Sindics iroient vers Messieurs du Chapitre et demanderoient la réponse touchant l'argent qu'on leur demande ; et cependant qu'on répondroit audit secrétaire que Monseigneur est mal informé, pour ce que nous ne molestons point le clergé ; mais que Messieurs de Berne nous ont écrit qu'ils vouloient être payés, et que s'il en arrivoit du mal , le clergé seroit en un aussi grand danger que nous.

Le Lundy 1. 7'"* les Sindics dirent que selon l'arrêté d'hier ' Septembre. ils avoient demandé à Messieurs du Chapitre s'ils ne nous vouloient pas aider à payer nos dettes ; et qu'ils avoient répondu qu'ils le feroient volontiers s'ils le pouvoient , mais qu'ils ne le peuvent pas.

Le 4 7*^^, on lut une lettre de M. de Menthon , qui conti- ■''■ nue touiours à solliciter que nous permettions que M. le Conte vienne ; Ordonné d'en donner avis à Messieurs de Berne et de Fribourg pour savoir leur sentiment.

Touchant l'affaire des deux femmes prisonnières pour hérésie, lesquelles le vicaire de la foy a dit qu'il remettroit à Messieurs les Sindics iuges des causes criminelles, ordonné qu'on voye leur procès- No. Peter Syonner Ambassadeur de Berne étant arrivé, on le pria d'aller à Ville-la-grand pour soliciter l'élargissement d'Aimé Levet , et on élut I. Lullin et C. Savoye pour l'y accompagner ausquels on bailla des lettres de Messieurs de Fribourg par lesquelles ils consentoient qu'il fût relâché.

Le 6 7*^^ le Vicaire et les officiers de l'inquisition de la foy ^* • ayans remis à M. le Lieutenant deux femmes accusées d'heresie , ass. Claude fille de P. de Humilly femme d'Amy de Boujal de Peney, et laquemôle femme d'André Colin de Ge-

7 Septembre.

XLii Extraits des

neve, après qu'on les eut ouyes et veu leur procès, on les condamna à avoir la tôte tranchée à Charapel.

Le 7 7'"*' on assembla le 200. au suiet des lettres de M. de Menthon. P. Pechod se présenta en Conseil pour en soliciter la réponse : il dit qu^il étoit venu hier de vers M. le Conte, à qui il avoit ouy dire qu'il vouloit venir pour rendre son vœu. On résolut de luy répondre de bouche que nous croyions avoir suffisamment répondu cy devant, mais puisqu'il ne s'en contente pas, nous écrirons à Messieurs de Berne et de Fribourg pour avoir leur conseil là dessus, lequel nous suivrons.

12 , Le 12 7re l'un des Religieux de S. lean de lerusalem se

présenta de la part du Commandeur de Compesières et demanda les clefs de la chapelle , lesquelles I. Conte a , en offrant de payer la prise d'une année pour la garde, et les gages du prêtre qui a servi.

./4 , Le 14 7''e on reçut des lettres de Messieurs de Berne et de

Fribourg, après quoy on résolut de répondre à P. Pechod qu'il die à m*^ de Menthon qu'après avoir pris conseil de nos amis nous le prions de supplier M. de Nemours de se contenter de la réponse que nous avons faite en dernier lieu.

Le 30 7rp L de Genève batelier présenta des lettres de grâce à luy faites par l'Evéque à l'occasion d'un homicide : on mit sur ces lettres qu'on étoit prêt à y obéir.

Le 9. 8^'e le conseil étant assemljlé en la hâle du Moulard. L Philippe citoyen et marchand de Genève exposa qu'il avoit appris que Messieurs de Fribourg vouloient envoyer beaucoup d'Ambassadeurs ( grossam Ambassiatam ) contre luy , sur ce qu'ils disent qu'on leur rapporte que ledit L Philippe avoit dit du mal des dits S»"» de Fribourg , ce qu'il nie expressément, suppliant qu'on luy accorde le Conseil des 200. afin d'aviser comme il se doit". conduire en cette affaire. Ordonné qu'on l'assemble demain.

Le 10. 8bre en conseil des 200. No. I. Philippe exposa que quoy qu'en servant la ville il eût tâché de ne nuire à personne , cependant il avoit appris qu'on avoit fait de faux rapports de luy à Messieurs de Fribourg de sorte qu'ils avoient dessein d'envoyer contre luy des nombreuses ambassades, afin

9 Oclohn

Registres publics. xliii

de luy faire beaucoup de dépens. C'est pourquoy il prioit que l'on luy donnât un bon conseil , et si on le trouve à propos que l'on lui accordât des lettres à Messieurs de Fribourg avec des Ambassadeurs à ses dépens , et que l'on interrogeât tous ceux du conseil par serment s'ils ne luy avoient iamais ouy dire de mal des dits Fribourgeois, en public ou en particulier. Ce que l'on fît , et on demanda à tous les assistans s'ils n'avoient iamais ouy que ledit I. Philippe eût dit, Par le sang de Dieu ces Messieurs de Fribourg sont tous traîtres et méchans , ou autres mauvaises paroles contre leur honneur. Chacun répondit qu'ils n'avoient rien ouy de semblable, et quaussi ils ne l'auroient pas souffert : après cela on luy accorda des lettres, et on nomma Bon Offîcher pour Ambassadeur vers Messieurs de Fribourg.

On élut aussi I. Coquet Sindic et Mathieu Carrier, pour Ambassadeurs vers M. l'Eveque, sur ce qui avoit été exposé par le secrétaire Machard.

Le 14 8bre en la hà!e du Moulard , les Sindics eurent or- '^ '^<ot.e. dre du Conseil d'aller prier les Ambassadeurs d'écrire à leurs Supérieurs qu'ils ont été mal informés sur le suiet de I. Philippe, et qu'il leur plaise de terminer cette affaire sans procès.

Le 19 8*"-e Hants Frants Naeguely et Michel Augspurger Ambassadeurs de Berne vinrent pour demander le payement de ce que la ville leur doit. Ordonné qu'on en écrira à l'Eveque, pour luy demander conseil pour le payement.

Le 22 S^i'e en conseil des 200. demandé par l. Philippe au ^^ suiet du procès que Messieurs de Fribourg luy font , on élut B Offîcher et Do. Franc, pour Ambassadeurs pour aller à Fribourg pour luy.

Le 24 fib"'» frère Cl. Boulard montra une lettre par laquelle ^-* M. l'Eveque leur écrit qu'ils aient à prêcher selon les bonnes coutumes, priant qu'on leur die ce qu'ils doivent faire, s'ils doivent prêcher ou non On luy dit qu'ils prêchassent l'Evangile, et qu'ils ne prêchassent rien qui ne se piU prouver par la S»« Ecriture.

Le 28 8*»^ P. Bienvenu et L Bordon Ambassadeurs verg !?5 M. l'Eveque étans arrivés rapportèrent qu'ils l'avoient trouvé

XLiv Extraits des

a Lion le Saunier et qu'ils l'avoient suivi à Àrbois : qu'il n^ Jeur avoit dit autre chose sinon qu'il demandoit qu'on luy rendît certaine iurisdiction , moyennant quoy il avoit dit qu'il se vouloit aider à payer, et enfin qu'il nous vouloit envoyer des Ambassadeurs qui parleront avec nous aux Ambassadeurs de Berne afin que Messieurs de Berne attendent encore un peu. On assembla le conseil des 200. où ils repétèrent leur rapport ; mais parcequ'on trouva la réponse de l'Eveque légère , on résolut de chercher un autre moyen de payer Messieurs de Berne , et qu'on diroit aux Ambassadeurs de Berne que nous avions écrit à M. l'Eveque pour avoir quelque secours et bon conseil, mais que nous l'avions espéré vainement ; que nous les prions de considérer que notre ville depuis^ 8 ans en ça a supporté tant de charges , qu'à présent elle craint qu'elle ne puisse 7pas payer ses créanciers: que les supplions d'avoir pitié de nous , que nous avons espéré iusque à ce iour d'avoir quelque secours de M. nôtre Eveque et Prince , de Messieurs du Chapitre et des autres prêtres , mais que nous n'y voyons pas de l'apparence ; c'est pourquoy nous les prions de prier leurs Seigneurs d'attendre encore un peu, et cependant qu'ils nous conseillent comment nous pourrons faire avec ledit Eveque et Messieurs du Clergé afin qu'ils nous aident à payer comme nous le souhaittons. Ils demandèrent cette réponse par écrit, et on la leur donna. On leur bailla 22 Vs écus pour leurs iournées-

?/ Ociobrc. Le 31 octobre on assembla le conseil des 200. sur ce que

les Ambassadeurs de Berne n'étoient pas satisfaits de la réponse qu'on leur avoit faite, et pour trouver quelque moyen de les payer afin de ne pas les irriter , on renvoya à en délibérer au Conseil gênerai qui se doit tenir après la S"^ Martin.

70 yovemhre. Le 30 9^'^ On lut Ics lettres de notre llever. Prince, de ne

prêcher point l'Evangile, avec les cries sur ce sijiet : on n'opina point là dessus, parceque tout le conseil se leva et sortit, tout étonné de ce qu'on défendoit de prêcher l'Evangile dans le temps qu'on a accoutumé de le lire et de le publier.

? ih'ccmbre. Le Mardy 2 x^^e auiourd'huy après la prédication du matin

quelques uns des auditeurs se sont levés et ont asseuré pu-

Registres publics. xlv

bliquement et à haute voix que le prédicateur avoit mal dit, de sorte qu'il s'est fait un grand tumulte , sans toutesfois qu'aucun coup eût été donné- Alexandre du Moulin Parisien disant hautement au milieu de la place de S* Pierre que ledit prédicateur avoit prêché contre les saintes lettres, fut pris par les guets par l'ordre des Sindics^ et mené à la maison de Ville , où après l'avoir fait répondre il fut condamné à être banni à perpétuité à peine de la vie^ et conduit à l'heure môme par les guets hors de la ville , parcequ'il avoit fait cet insulte contre les bonnes mœurs et nos franchises.

On ordonna aussi qu'on diroit au prédicateur de l'Advent qu'il ait à ne prêcher que l'Evangile, pour éviter le bruit. De plus qu'Antoine Froment duquel ledit Alexandre a parlé soit cherché , et si on le trouve qu'on l'emprisonne.

On lut encore les lettres du Prince de ne pas prêcher l'Evangile, et les cries sur ce point : et parcequ'elles paraissent excessives, tant à l'égard de la défense de lire l'Evangile, qu'à légard des peines qui y sont contenues^ on résolut qu'on les rendroit au procureur fiscal et qu'on lui diroit qu'elles sont excessives : cependant qu'on confère avec Messieurs du conseil Episcopal et s'ils veulent que l'on face des cries qu'ils les dictent à forme des franchises et de l'édit fait au mois de Mars dernier.

Le 20 x^'-e en conseil des 200. on lut des lettres de Mes- 30 Décembre sieurs de Fribourg sur quoy on résolut d'y envoyer des Ambassadeurs et on nomma pour cela Nie. Ducrest Sindic et I. Bordon.

Et parceque ces lettres parloient d'assembler une armée , on résolut que si Cl. Richardet qui est élu Cap. pour le secours de Fribourg depuis longtemps, refuse d'y aller, le Sindic Cl. Baux exercera cette charge, et se pourra choisir un Lieutenant tel qu'il voudra.-

Le 22 xb'e on reçut des lettres de Berne , et à ce suiet on 2i parla du prédicateur de l'Advent, et on résolut de dire à iM. le Vicaire que pour le bien de la ville , il faut que ledit prédicateur Dominicain soit arrêté- Ce iowr à cause des lettres de Berne le procureur liscal as-

XL\i Extraits des

sembla une grande quantité de peuple et de prêtres . en la place du Moulard , pour attaquer Baudichon de la Maison neuve et Farel envoyés par Messieurs de Berne, et ceux qui bon luy sembleroit. Ledit Baudichon et plusieurs autres citoyens craignans la violence de tels loups , se souvenans de l'attaque qui leur avait été faite le iour précèdent par les de Pesmes et la. Malbuisson , se munirent d'armes contre eux en bon nombre.

23 Uc'ccmbrc. Le 23 x^re en coHseil des 200. au suiet de la lettre de Mes-

sieurs de Berne, on résolut qu'on iroit vers M. le Vicaire pour savoir si le procureur fiscal veut garder seurement le prédicateur, et promettre de le représenter toutes les fois qu'il sera nécessaire, et si M. le Vicaire veut assigner la iournôe demandée par Messieurs de Berne pour comparoUre contre le prédicateur , afin qu'ils soient satisfaits. Que si lesdits Vicaire et procureur fiscal le refusent, on prendra des lettres testimoniales de leur refus, et eu suite on donnera des gardes au prédicateur qui le gardent sûrement, et l'accompagnent dans les prédications qu'il a encore à faire-

24 . Le 24 x^'e le conseil qu'on appelle des Testes d'hostel, ou

Chefs de maison , fut assemblé à cause des lettres de Messieurs de Berne- On résolut que le prédicateur dont ils se plaignent seroit soigneusement gardé en. la maison Episcopale et qu'on luy donneroit 3 gardes outre les 3 qu'il a déià . et afin que quand Messieurs de Berne viendront ils puissent agir contre luy.

35 • Le 25 xbi« on alla prier M. le A'icaire de vouloir faire gar-

der sûrement ledit prédicateur : il refusa de le faire, et on en prit des lettres.

S6 » Le 26 x^'e, on somma encore M. le Vicaire de garder ledit

prédicateur . afin qu'il réponde â Messieurs de Berne quand ils viendront.

'27 » Le 27 x^re on reçut des lettres de Messieurs de Fribourg

par lesquelles ils ôcrivoient que si nous permettions à Farel de prêcher, ils quitteroient nôtre bourgeoisie, parcequ'ils ne peuvent en aucune fasson souffrir une autre loy. Ordonné d'assembler le conseil des 200.

Registres publics. xlvii

Le 28 xb'e en conseil des 500. sur les dites lettres on ré- '2S Décembre. solut qu'on leur répondroit que nous ne voulions permettre de prêcher sinon à forme de ledit fait cydevant en nôtre conseil.

E Jeudy 1. Janvier quelques uns apportèrent Jen Conseil des 200. la crie faite ce même iour par les paroisses, de ne point lire les saintes lettres ni le saint Evangile de Dieu. Personne n'en fut content , et cependant on ne fit rien là dessus.

Le 5 Janvier No. Bastian de Diesbach , Peter Syonner, la-

cob Triboulet, et Graffenried Ambassadeurs de Berne

exposèrent que leurs supérieurs les avoient envoyés avec charge de demander le payement de la somme de 9900 écus que nous leur devons pour le secours qu'ils nous ont donné , et demeurer icy iusqu'à ce qu'ils l'aient receu. Ils demandèrent aussi qu'on leur fît iustice de ce prédicateur dont ils ont écrit , faisans partie contre luy pour les iniures qu'il a dites à Messieurs de Berne , et pour ce suiet demandant le conseil des 200. On résolut touchant l'argent qu'on assembleroit le conseil des 200. pour chercher les moyens d'en avoir, et qu'on parleroit encore à Messieurs du Chapitre s'ils nous veulent aider en quelque chose : Touchant le prédicateur , qu'on répondroit que c'est une affaire spirituelle , qui regarde M. le vicaire et l'OfTicial , et qu'on les prioit de recourir à leur iugement et que nous leur aiderions de tout nôtre pouvoir à avoir iustice.

Le 7 Janvier le conseil des 200. fut assemblé pour ouir les Ambassadeurs de Berne : on députa 4 Conseillers pour les aller quérir. Ils exposèrent les mêmes choses que cy dessus, à quoy ils aiouterent que la bourgeoisie que nous avions avec leurs Supérieurs ne pouvoit pas souffrir l'iniure qui leur avoit

y jdui

xi,Mii Extraits des

été faite par uolre prédicateur, puisque par elle nous avons iuré de soutenir et procurer leur honneur de toutes nos forces, ce que nous n'avons pas fait, au contraire nous soutenons ce prédicateur Dominicain qui médit contre leur bonne réputation , et méprisans leur manière de vivre nous maltraittons et molestons ceux qui désirent d'entendre la parole de Dieu , et nous condannons, chassons et bannissons ceux qui la prêchent : que nous défendions entièrement leur manière de vivre et le S'' Evangile de Dieu , les regardans comme des gens qui vivent contre l'ordonnance de Dieu. C'est pourquoy ils font partie formelle contre ledit prédicateur qui a iniurié leurs Supérieurs demandans qu'on leur face iustice. On leur répondit qu'on assembleroit demain le grand Conseil pour leur faire réponse.

On opina sur leur demande, et on résolut que pour avoir de l'argent on obligeroit à payer ceux qui doivent à la ville , on emprunteroit, et on vendroit ou engageroit les biens de la communauté : qu'on verroit aussi ce que Messieurs du Chapitre voudroient répondre. Et touchant le prédicateur, qu'on s'adresseroit au vicaire et au conseil Episcopal , et s'ils refusent de rendre iustice, qu'on verroit comme nous en agirions, puisque nous sommes obligés à soutenir l'honneur de Messieurs de Berne comme le nôtre propre.

No. Hans Gneuts et Banderet Ambassadeurs de Fri-

bourg entrèrent et exposèrent que leurs Seigneurs avoient ouy dire qu'aux festes de Noël il y avoit eu quelque différent entre nous au suiet de la foy . c'est pourquoy ils avoient été envoyés vers nous pour cette seule fois pour nous déclarer que si nous nous détournons à une autre foy et loy qu'à l'ancienne, ou si nous permettons qu'on nous proche une nouvelle loy , ce que la bourgeoisie que nous avons avec eux ne porte pas, ils nous la rompront et quitteront. On leur répondit que nous voulions vivre comme nous avions fait iusques à présent, selon la loy et les édits de nos conseils, comme nous l'avons écrit à leurs Supérieurs , et non autrement. Ils demandèrent qu'on assemblât le grand Conseil, ce qu'on leur accorda.

Registres publics. xlix

On rapporta que le bruit couroit que ceux qui s'assembleront le iour des Rois, doivent détruire les Eglises, le crucifix et les images.

Le 8 Janvier on assembla le conseil des 200. avec les chefs * Janvier. de famille en grand nombre, de sorte que la sale étoit pleine, pour répondre aux Ambassadeurs de Berne et de Fribourg. Touchant le prédicateur on résolut de répondre que ce n'est pas à nous à connoître des causes des prêtres, et que nous avons un Prince qui a un Vicaire , un Officiai , un iuge des excès, un Lieutenant de la sommaire iustice, et autres officiers , et qu'il plaise à leurs Excellences d'implorer leur iugeraent. Et si cette réponse ne leur plait pas, on leur dira que s'ils trouvent bon nous appellerons ce prédicateur par devant eux afin qu'ils le puissent entendre , et traitter amiablement cette affaire. Que pour l'argent nous travaillons sans cesse à en trouver.

Pendant que 4 conseillers allèrent quérir les Ambassadeurs de Berne, on rapporta que Messieurs du Chapitre prioient Messieurs les Citoyens de prendre leur réponse en bonne part, qui étoit 1» qu'il n'étoit pas en leur pouvoir de débourser la somme qu'on leur demande : ^o que les biens du Chapitre ne sont pas à eux, et qu'ils n'en peuvent pas disposer, parcequ'il y a d'autres Chanoines qui sont dehors de qui ils pourroient être blâmés et qui pourroient saisir les biens qui sont hors de la ville 3** que nous soutenons ceux qui prêchent contre leur loy, et que s'ils donnoient maintenant de l'argent, on diroit qu'ils en ont donné pour soutenir les prédicans , ce qui tourneroit à leur grand deshonneur , et ils en pourroient être rudement repris par le Pape, par l'Evéque, et par les princes voisins. 4" qu'ils écriront de cette affaire à l'Evéque.

Les Ambassadeurs de Berne entrèrent, ausquels on fil la l"^" réponse : quand ils l'eurent ouye ils dirent qu'ils n'en étoient pas satisfaits, parcequ'ils n'avoient point charge de leurs Supérieurs de recourir à d'autres luges qu'à nousv, et qu'il paroit par notre réponse que nous ne cherchons que des subterfuges et des délais, c'est pourquoy on voit assés

L Extraits des

que nous ne voulons pas garder ce que nous avons promis, ni soutenir l'honneur de Messieurs de Berne ; c'est pourquoy iJs ont ordre de présenter les lettres de bourgeoisie {dvilegii et horgesiae) et de nous requérir que nous eu ôtions nôtre seau, et ils ôteront le leur; et cependant qu'ils ne s'en iront point d'icy sans remporter l'entier payement de ce qui leur est dû , ou du moins des gages ; nous prians d'y aviser.

Alors on leur fit la 2<ie réponse, laquelle ils acceptèrent, à condition qu'ils ne quitteroient point de leur droit par là, et que ledit moine prédicateur comparoitroit devant le grand conseil, et qu'il répondroit à quelques serviteurs de Messieurs de Berne lettrés, touchant ce qu'il a dit contre eux; môme s'il est besoin devant tout le peuple au cloistre de S. Pierre ; et alors ils reprirent volontiers les lettres de bourgeoisie (bullas) qu'ils nous avoient présentées.

Parceque cette affaire se poursuit d'une telle manière que l'on peut facilement reconnoître que Messieurs de Berne l'ont fort à cœur; on avisa, de peur que ledit prédicateur ne s'écartàt à la persuasion des prôtres ou d'autres et que la ville n'en souffre à cause de cela , qu'il seroit amené en la maison de ville pour y être gardé seurement : ce qu'on fit, et le dit moine demanda qu'on lui montrât les articles sur lesquels on vouloit disputer avec lui , afin qu''il pût étudier et penser à sa réponse.

Messieurs les Fribourgeois entrèrent et proposèrent les mêmes choses que hier ; on leur fit aussi la même réponse , qui est que nous voulons vivre comme nous avons fait, selon les arrêts de nos Conseils et les édits que nous avons fait publier, comme nous leur avons souvent répondu. Claude Salomon dit Paste orfèvre entendant cette réponse, dit qu'il vouloit vivre selon l'Evangile et la Parole de Dieu , et non pas selon la volonté des hommes, et que s'il ne l'a pas fait cy devant , il espère qu'il le fera à l'avenir , avec l'aide de Dieu. I. Chautemps et Claude de Létra, dirent la même chose, et Cl. Bernard aiouta qu'il imploroit le texte des franchises, où il est écrit que les édits et ordonnances qui ne sont pas conformes à la raison peuvent être revues, ne se soumettant

Registres publics. li

à aucune asliiction , et protestant de sa liberté. Enfin on ordonna d'assembler les 200. pour le lendemain.

Le 9 Janvier outre les conseillers du 200. plusieurs citoyens ^ Janvier. et bourgeois se trouvèrent en ce conseil , entre autres les Docteurs I. L. Blecheret et L. Beljaquet.

Messieurs les Ambassadeurs de Berne accompagnés de Guillaume Farel , P. Viret, et Ant. Froment, qu'ils disoient être serviteurs de Messieurs de Berne entrèrent. On leur dit que s'il leur plaisoit on feroit entrer le moine, ce qu'ils acceptèrent : on fit donc entrer ce moine Guy Furbiti de l'ordre de S. Dominique , et on le fit asseoir à gauche sur un banc relevé. Les Ambassadeurs de Berne par la bouche de M. de Diesbach lui opposèrent l" qu'en l'Advent dernier il avoit dit publiquement en son sermon que dans le partage de la robe de notre Seigneur s'estoient trouvés quatre bourreaux dont l'un estoit Allemand : et comme ils sont de cette nation , ils croyent que cela a esté dit contre eux

Le moine dit qu'il ne vouloit point répondre de ces choses à Messieurs les Ambassadeurs ni aux leurs, à moins qu'on ne lui donnât un iuge Ecclésiastique, parcequil luy est défendu sous peine d'excommunication de comparoître devant un iuge laïc.

Messieurs les Ambassadeurs répliquèrent que ce qu'il avoit prêché il l'avoit dit publiquement devant le peuple assemblé au son de la cloche, et que là il avoit dit qu'il vouloit soutenir publiquement tout ce qu'il disoit par les S^'-^^ Ecritures de Dieu , et qu'alors il ne disoit pas qu'on lui donnât un luge: c'est pourquoy ils demandent qu'il tienne sa promesse et qu'il réponde publiquement.

Le moine dit qu'on luy gardât les franchises et la manière de vivre de la ville, et qu'on luy donnât un iuge compétent et quelcun qui luy fît partie formelle; et que comme il ne pouvoit avoir failli qu'en deux manières ou contre la foy; ou en disant des iniurcs à quelcun ,- il répondroit alors à l'un et à l'autre égard.

Alors le petit Conseil se sépara des a^itres pour aviser sur ces choses, et en suite étans rentrés et rassis, le Sindic Nie

LU Extraits des

Ducrest dit au moine « Beau père, Nous esperans vôtre amia- « ble réponse vous avons fait venir devant l'excellence de « Messieurs les Ambassadeurs nos très honorés Seigneurs et « très chers combourgeois afin que par voye d'amicalité nous « puissions vuider le cas sans autre procès , et vous n'y « voulés point répondre ; mais demandés luge : pourquoy « connaissons assôs que vous cherchés plaid avec leurs Ex- « cellences et cherchant cela et les ayant iniuriés, vous n'es- « tes point ami de la cité de Genève , mais ennemi ; car « l'honneur d'iceux est celuy de Genève ; pourquoy vous al- « lant contre iceluy , descendes de là haut, et vous seés à « bas sur un banc, et on vous dira le reste. Ce que le moine « fit, et le Sindic continua, Beau père pour ce que l'hon- « neur de Messieurs de Berne est le nôtre, et qu'autant le H voulons nous porter comment le nôtre propre avisés que « vous répondrôs à leurs Seigneuries afin que le cas se puisse « amiablement traitter. Il répondit que si on luy donnoit un « iuge Ecclésiastique, il répondroit à tout, autrement non.

Alors Messieurs les Ambassadeurs dirent à Viret qu'il luy parlât, lequel luy dit s'il ne luy vouloit pas répondre. A quoy le moine répondit qu'à l'imitation de Christ il ne vouloit pas comparoltre ni répondre devant un iuge temporel. Viret luy replicant et alléguant les S^^» Ecritures, le Conseil le pria de se taire, et de ne pas faire là une dispute, mais de traitter l'affaire à lamiable. Messieurs les Ambassadeurs répondirent qu'ils ne pouvoient rien faire que selon leur charge, et qu'ils ne vouloient point traitter à l'amiable des dites iniures, ni comparoître pour ce suiet devant d'autres iuges que nous. Sur quoy on avisa que pour contenter et les uns et les autres on prieroit M. le Vicaire et l'Official de venir, ou d'envoyer quelcun en leur place, qui s'assît devant le dit moine , et qui luy donnât pouvoir de répondre : ce qu'on dit à Messieurs les Bernois. A quoy ils répondirent que ce leur étoit tout un , pourveu qu'ils fussent ouys et qu'on leur fît iustice ; disans pour tant qu'ils ne vouloient soumettre la connoissance de l'affiiirc à aucun autre qu'à nous- On alla vers Messieurs le Vicaire et lOflicial et on les pria que

Registres publics. lui

pour le bien de la Republique ils vinssent au conseil , ou y envoyassent quelcun. M- de Gingins Vicaire répondit qu'estant malade il ne pouvoit pas y aller. M, Guillaume de Végy Officiai répondit qu'il ne vouloit pas venir en conseil, cela luy avoit été défendu par M. l'Eveque. Comme on eut rapporté cette réponse, Messieurs les Ambassadeurs se retirèrent en leur logis, pour ce qu'il étoit tard.

On remontra au moine qu'il ne devoit pas refuser de répondre devant nous, afin que l'affaire se traittàt amiablement et que nous n'entendons pas qu'il réponde comme devant des iuges mais seulement par voye amiable. Il répondit alors qu'il n'avoit iamais dit que l'un des 4 qui regardoient partager la robe de N. S. fût Allemand, et que Messieurs les Ambassadeurs étoient mal informés : mais qu'il ne répondra point devant nous en iugement ; mais que s'il plait à Messieurs les Ambassadeurs, et si nous le luy permettons, il ira dans leur logis et leur répondra à toutes choses : et si les dits Ambassadeurs veulent donner deux docteurs Allemans, et nous deux Parisiens qui soyent iuges, il est prêt à répondre non seulement à Farel , à Viret , et à Froment , mais encore à cent ou à deux cens semblables prédicans et à disputer luy seul contre tous. On luy ordonna de se retirer, et qu'on le garderoit sûrement comme auparavant.

Enfin les Sindics allèrent trouver le Vicaire, et luy dirent que le grand Conseil qui les altendoit encore en la sale , les avoit envoyés pour demander le conseil Episcopal : il l'assembla d'abord, et alors les Sindics exposèrent que depuis le 5 de ce mois nous avons bien eu du chagrin, comme ils savent, au suiet du moine qui a prêché l'advent à S. Pierre à cause de ce qu'il avoit dit contre Messieurs de Berne, les- (fuels nous en demandent iustice : (jue iusques à présent désirans de soutenir l'honneur des Officiers Episcopaux nous avions différé de connoître de la cause dudit prédicateur, et même, nous avions essayé d'accommoder cette affaire à l'amiable; c'est pourquoy nous avions prié les dits Officiers pour le bien de la république de venir assister aux réponses dudit prédicateur ce qu'ils avoient refusé ; et le prédicateur aussi refusoit

u\ Ex Ir ails des

de répondre sans leur permission. Cependant que nous étions en danger de perdre notre bourgeoisie avec Messieurs de Berne qui nous la veulent rendre. C'est pourquoy nous priions Messieurs du conseil Episcopal de nous donner un luge Ecclésiastique lequel qu'ils voudront d'entre eux qui donne permission audit prédicateur de répondre et qui entende sa réponse, alïïn que l'affaire se traitte de telle manière que Messieurs de Berne soient satisfaits, et que notre bourgeoisie subsiste.

Ils répondirent qu'ils ne le pouvoient pas faire, parcequ'en donnant cette permission ils s'excommunieroient ; et qu'ils ne pouvoient rien faire touchant le prédicateur que procéder à des lettres d'excommunication et sous peine de xrebellion iusques à ce qu'il fût relâché. Alors les Sindics suivant leur charge protestèrent que quelque acte que nous fissions dans cette affaire , nous n'entendions point de contrevenir à la iurisdiction et authorité de M. le Prince, attendu notre susdite réquisition , dont ils demandent acte. Ils vinrent faire leur rapport en Conseil, qui ordonna que l'apres disnée le conseil ordinaire s'assembleroit pour remonstrer à Messieurs les Bernois ce que nous a répondu le Conseil Episcopal et pour les prier de se contenter de demander iustice devant un iuge Episcopal, et que nous leur aiderons autant que nous pourrons, et même serons instans avec eux, s'il est nécessaire.

L'apres disnée on fil les dites remontrances aux Bernois qui dirent qu'ils rendroient réponse le lendemain.

On exposa que I. Lambert comme ou sortoit du Conseil étoit entré en l'antichambre de la maison de ville, et avec son épée avoit abbaltu les armes {insignia) du Sindic Cl. Baud qui étoient attachées à la muraille en mémoire de ceux qui ont maintenu les libertés de la ville., et les avoit honteusement brûlées , après les avoir rompues. Ordonné de l'appeler en conseil le lendemain- 10 .hiuvîcr. Le 10 Janvier en conseil des 200. Messieurs les Ambassa-

deurs de Berne dirent, qu'ils n'avoient point charge de leurs maîtres de recourir à aucun autre iuge qu'à nous, c'est pour-

Registres publics. lv

quoy ils nous prioient de déclarer si nous voulions les ouïr en iugenient contre ledit moine, ou non : et sur ce qu'ils ont appris qu'il disoit qu'il disputeroit contre tous les prédicans qui voudroient, si deux docteurs de Paris et deux Allemans présidoient à la dispute, ils disent qu'ils ne se soucient point d'avoir d'autres docteurs, parceque ceux qui sont avec eux suffisent pour disputer contre ce moine : et quoy qu'il fût raisonnable que comme il a prêché publiquement contre eux, aussi il répondît publiquement devant le peuple, cependant pour le présent ils se contentent qu'il réponde devant le conseil, après quoy l'on verra ce que l'on fera.

On demanda au moine s'il vouloit répondre devant nous comme devant ses iuges : il répondit que non, parcequ'il étoit Ecclésiastique , qui ne pouvoit se soumettre à un autre qu'à son iuge ordinaire , et qu'il ne vouloit pas préiudicier à l'Eglise ni à M. l'Eveque. Ce qu'entendans Messieurs les Ambassadeurs ils dirent qu'ils ne vouloient recourir à aucun autre iuge qu'à nous; c'est pourquoy ils demandoient que nous prononçassions là dessus.

Apres qu'on en eut délibéré on répondit à Messieurs les Ambassadeurs que nous estions fort fâchés de ce que le dit moine avoit dit dans son sermon contre leurs Seigneuries ; que nous voulions défendre leur honneur plus que le nôtre, et leur aider à leur faire avoir réparation de l'iniure ; que ledit moine n'avoit pas prêché par notre ordre , et même qu'il ne devoit pas prêcher à S. Pierre , mais en laissant son couvent il avoit été mis et maintenu en la dite Eglise par les prêtres par force et par armes . où il avoit dit ce qu'il avoit voulu : que nous craignans le tumulte des prêtres et de leurs adherens n'y avions pas pu remédier ; et qu'il ne tenoit pas à nous qu'il ne répondit par devant nous, mais à M. le Vicaire, qui non seulement refuse de donner un iuge, mais encore nous contraindre à relâcher ledit moine par des lettres d'excommunication réitérées. C'est pourquoy nous les suppliions qu'il leur plaise de comparoître devant ledit iuge Ecclésiastique ordinaire , soit le vicaire , l'offîcial , ou autre , et nous poursuivrons la cause avec eux comme la nôtre pro-

Lvi Extraits des

pre ; ou du moins qu'il leur plaise d'C'crire à leurs maîties qu'ils le permettent, s'ils ne le peuvent pas eux seuls; afin que nous ne contrevenions pas à l'authorité ef iurisdiction de nrc Prince , mais que nous luy conservions son droit , comme nôtre bourgeoisie le demande, où son authorité est réservée.

A quoy les dits Ambassadeurs répondirent qu'ils ne pouvoient pas comparoir ailleurs; et que nous leur dissions si la réponse que nous venions de faire étoit une sentence ou non, après quoy ils nous diroient le reste de leur charge. On leur répondit qu'on ne disoit pas cela comme une sentence, mais seulement pour les supplier qu'ils nous donnent conseil , et qu'ils écrivent à leurs maîtres, ou du moins qu'ils attendent que nous écrivions à Messieurs de Berne s'ils veulent permettre que cette affaire se traitte devant les iuges Ecclesias • tiques selon nos coutumes. Ils dirent qu'ils ne vouloient pas écrire ces choses , puis qu'ils savent assés la charge qu'on leur a donnée, mais que si nous voulions écrire ou envoyer à leurs Seigneurs ils attendroient encore un peu. Ils aiouterent qu'il leur sembloit que cette affaire se devoit disputer en public, puisque ledit moine a débité sa farine en public.

Ils dirent aussi que pour pacifier cette ville, il leur sembloit que nous devions choisir un lieu en l'une des églises parroissiales de la ville, auquel on établiroit un prédicateur de l'Evangile au sermon duquel tous ceux qui voudroient aller y iroient , et ceux qui voudroient aller à la messe y iroient ; personne ne seroit contraint , mais chacun vivroit libre en sa conscience; et qu'ils avoient vu agir de la sorte en plusieurs lieux, et par ce moyen éviter les tumultes : demandans réponse là dessus. On leur répondit qu'on les remercioit de ce qu'ils vouloient bien attendre que nous eussions la réponse de Messieurs de Berne , et qu'on leur rendroit réponse au reste dans un autre conseil.

On élut I. Lullin pour Ambassadeur à Berne qui s'excusa.

Il Janvier. Le 1 1 Janvier en conseil des 200, on résolut de répondre

aux Ambassadeurs de Berne, 1° touchant l'argent, que nous

sommes si embarrassés et si occupés de l'affaire du moine,

Hegistres publics. lvïï

que nous ne pouvons pas vaquer à chercher les moyens d'avoir de l'argent , mais qu'en attendant le retour de l'ambassade que nous envoyons à Berne, nous aurons plus de loisir. Pour ce qui est du lieu qu'ils demandent pour un prédicant, qu'on les prie de se souvenir qu'il y a près d'un an que par la volonté , résolution et consentement de tout le peuple , nous avions fait des édits dont nous avions donné une copie à leurs Excellences, lesquels nous gardons maintenant et que nous avons dessein de garder , comme aussi nous l'avions souvent dit à Messieurs de Fribourg qui sont pareillement nos corabourgeois : et que suivant ces articles nous solliciterons M. le Vicaire de faire prêcher l'Evangile en sa pureté par les paroisses : que s'il ne le fait pas , nous prendrons soin que les curés le facent ; les priant de se contenter de cette réponse.

En suite ayant opiné sur cette affaire on résolut unanimement qu'on ne permettroit point de prêcher dans les convens pendant toute cette année, et qu'on diroit à M. le Vicaire qu'il ordonne aux sept curés de prêcher dans leurs paroisses la parole de Dieu , et d'annoncer le S. Evangile ; et s'il ne le veut pas, que nous ordonnerions que l'Evangile de Dieu seroit prêché par toutes les paroisses-

L'apres disner pour éviter la dépense d'une ambassade à Berne on alla faire de nouvelles instances vers le Vicaire et le conseil Episcopal mais ils persévérèrent dans leur refus d'un iuge Ecclésiastique.

Le 12 Janvier en conseil des 200- on opina des excuses que /t^ Janvia I. LuUin allègue pour ne pas accepter d'aller en Ambassade à Berne , entre autres par ce qu'il est soupsonné d'estrc de la faction Luthérienne. On l'admit en ses excuses, et on élut en sa place Cl. Roset secrétaire du Conseil : on élut aussi Nie Griffon pour aller vers notre Prince.

On alla encore faire de nouvelles instances vers M. le Vicaire, luy représentant que s'il s'obstinoit dans son refus, il étoit à craindre que Messieurs de Berne ne quittassent notre bourgeoisie , et protestant de tous les dépens et dommages dont un pareil refus seroit cause : mais tout cela fut inutile.

Lviii Extraits des

19 Janvier. Le 19 Janvier Nie. Griffon revint de vers l'Evéque et ap-

porta des lettres pour nous, pour le Vicaire, et pour les Ambassadeurs de Berne.

02 , Le 22 Janvier on rapporta qu'Antoine Chicand, Amy Ger-

vais , et quelques autres étans allés à la chasse au bois de Peney, le S^" du Château de Yeruier, les avoit attaqués et les avoit maltraittés d'iniures et de coups, quoy qu'ils ne sortissent point des terres de M. notre Prince : sur quoy on résolut d'écrire au Châtelain de Gex qu'il en fasse iustice à forme des arrêts de S' lulien et de Payerne.

Q4 , Le 24 Janvier on reçut une lettre du Châtelain de Gex ,

par laquelle il dit qu'il va prendre information de cette affaire, et qu'il en fera iustice.

Cl. Roset revint de son ambassade de Berne , et fit son rap- ^ port de la réponse qui luy avoit été faite par les deux Con-

seils ; sur quoy on résolut d'assembler le conseil des 200. et d'y appeler les Ambassadeurs de Berne-

Q^ , Le 25 Janvier en conseil des 200. après avoir lu les let-

tres de notre Prince qui se plaint de sa iurisdiction et ouy le rapport de Cl. Roset touchant la réponse que Messieurs de Berne luy ont faite , on envoya 4 Conseillers pour dire â Messieurs de Berne s'il leur plaisoit de venir. Ils vinrent ass.

Bastian de Diesbach , P. Syonner , Hans Tribollet et

Graffenried , qui dirent l** qu'ils demandoient selon la charge qu'ils en avoient de leurs Seigneurs par les lettres qu'ils en avoienl reçues , si nous ne voulions pas faire répondre par devant nous le prédicateur qui a iniurié publiquement Dieu et leurs Seig" , et leur rendre iustice sur ses réponses. 2^ Si nous voulons leur payer ce que nous leur devons pour le secours qu'ils nous ont donné dans la dernière guerre contre le Duc de Savoye ; disans qu'ils avoient ordre de demeurer icy iusqu'à fin de payement, protestans de leurs dépens et dommages. 3° Si pour le repos de la République nous ne voulons pas permettre à un prédicateur de l'Evangile de prêcher , et luy donner un lieu pour cela. Aioutans qu'ils avoient ordre exprès sur le refus des dites choses de présenter et remettre le seau de notre bourgeoisie, et de couper le leur. Suivant

Registres publics. l\\

cet ordre ils remirent devant nous les lettres de ladite bourgeoisie, demandans qu'on apportât les nôtres pour en ôter les seaux en cas de refus. Protestans néanmoins que lors que la bourgeoisie sera rompue, ils n'entendent pas de remettre l'iniure faite à leurs Seigneurs, mais la poursuivront contre le prédicateur et ceux qu'ils trouveront à propos.

Apres qu'on les eût ouys , le peuple étant fort troublé à cause de la restitution de la bourgeoisie, on pria les dits Ambassadeurs que pour l'amour de Dieu il leur plût de reprendre leurs lettres de bourgeoisie et de les remporter, et que nous ferions en sorte qu'ils auroient de nous une telle réponse qu'ils en seroient satisfaits.

Ils répondirent qu'ils ne vouloient pas les reprendre, iusqu'à ce qu'on eût répondu à toutes leurs demandes.

On résolut de faire répondre ledit prédicateur ; et cependant qu'on assembleroit le Conseil des tôtes d'iiostel à qui on proposeroit toutes ces choses , après quoy ledit Conseil iroit à M. le Vicaire et au conseil Episcopal , et qu'on les prieroit de, nous vouloir donner un luge Ecclésiastique qui préside au iugement dudit prédicateur, et s'il refuse nous protesterons que quoy que nous facions, nous n'entendons point contrevenir à l'authorité du Prince, ni à sa iurisdiction , ni aux franchises de la ville, ni à celles du Clergé; mais que ce que nous ferons sera seulement pour le bien de la République et pour la conservation de notre bourgeoisie. On dit cette résolution aux Ambassadeurs, et en même temps tous les assistans les prièrent fort et les requirent avec larmes de reprendre leur bourgeoisie ce qu'ils firent, en protestant qu'ils la rendroient et la quitteroient si nous ne satisfaisions pas à leurs demandes. Ils demandèrent encore que ledit prédicateur répondît en public. On répondit qu'on le feroit répondre 1° en 200. après quoy on verroit comme on pourroit les satisfaire.

L'aprés disnée on assembla le conseil des Chefs de maison , à la sortie du(iuel les Sindics et une bonne partie du dit Conseil allèrent vers M. le Vicaire, et luy représentèrent que pour éviter que nous ne connussions de l'afTaire du prédicateur comme Messieurs les Bernois le demandoient, nous avions

Lx Extraits des

envoyé un Ambassadeur à Messieurs de Berne , qui nous avoient répondu qu'ils ne pouvoient recourir à aucun autre tribunal qu'à nous en cette affaire par ce qu'ils estimoient que les prêtres étoient partie avec le prédicateur : que les Ambassadeurs nous avoient rendu notre bourgeoisie en 200. assurans qu'ils avoient charge de la rompre si nous ne leur faisions pas iustice. C'est pour quoy presque tout le peuple de Genève étant là assemblé avoit conclu qu'il falloit faire en sorte que la bourgeoisie demeurât : et ainsi qu'on luy venoit demander et au Conseil Episcopal qu'ils nous donnassent un iuge Ecclésiastique qui assistât au dit iugement eu notre sale de la maison de ville, protestans etc. etc. Le Vicaire dit que le lendemain il assembleroit le conseil Episcopal pour faire réponse en sorte que nous serions satisfaits.

36 Janvier. Le 26 Janvier deux Sindics allèrent recevoir la réponse du

conseil Episcopal composé de Messieurs Amé de Gingins vicaire, G. de Végy, Dufour , I>ecrosa , de Prato , et André Viennois secrétaire. Ledit vicaire leur fit cette réponse « Mes- « sieurs les Sindics Vous savez que M. de Genève a esté in- « formé du mode de la capture et détention du beau père « qui a prêché les Advens, et qu'il a commandé la dite cap- « tare être reparée par ses lettres patentes qui vous ont été « intimées , et en estes assés informés , et ce estre fait , que « nous ministrions bonne iustice à forme du droit et des fran- « chises de la Cité ; auquel commandement nous offrons d'o- « béir, et vous admonestons que veuilles avoir sur le tout « bon avis. On repéta les protestations et on en prit les let- « très testimoniales. »

37 . Le 27 Janvier en conseil des 200. après qu'on eut rapporté

la réponse du Vicaire et du conseil Episcopal on résolut que que le prédicateur répondroit à Messieurs les Ambassadeurs, nonobstant toutes excuses. On le fit entrer et on le luy signifia. II protesta qu'il n'enlendoit point répondre devant nous comme devant ses iuges ni déroger à son privilège et à la iurisdiction de M. le Prince.

Alors entrèrent Messieurs les Ambassadeurs de Berne , et firent leurs demandes. A quoy le prédicateur répondit •

Registres publics. lxi

« Proposés les articles auxquels vous voulés que ie réponde « et ie feray ce que ie pourray- Les Ambassadeurs luy dirent « pourquoy il avoit eu l'audace de blasfemer Dieu et Mes- « sieurs de Berne dans ses sermons ayant dit entre autres « 1^ Qu'il y avoit 4 bourreaux qui divisoient la robe de N. S. « lesus Christ, et iceux sont encore de présent, les l^^^ sont '< les Allemans, les seconds sont les Vaudois, les 3™es les Ar- « riens, les imes les Sabelliens.

Le prédicateur demanda qu'on luy proposât tous les articles, après quoy il verra d'y satisfaire : disant pour tant qu'il n'étoit pas obligé de répondre de la foy ni même des iniures, sinon devant un iuge compétant , cependant qu'il étoit content de répondre. Il dit donc qu'il n'avoit iamais proféré ce qui étoit contenu dans ledit article, et qu'il n'avoit iamais sceu d'où lesdits bourreaux étoient , ne l'ayant iamais trouvé yjar écrit. Les Ambassadeurs demandèrent d'estre admis à prouver cet article.

« 2 Que ceux qui mangent de la chair le Vendredy et Sa- « medy sont pires que les luifs et les Turcs , et que chiens « enragés, et encore plus méchans ceux qui les soutiennent.

Le prédicateur répondit qu'en cet article et dans les autres il n'a point entendu d'offenser, blâmer, dénigrer ni d'iniurier Messieurs de Berne , ni les autres Allemands : qu'il avoit prêché selon la coutume de France et de cette ville qu'aux dits iours il ne falloit point manger de la chair , et que ceux (jui le faisoient agissoient contre l'Eglise et les édits de la ville, et ne faisoient pas bien: niant le reste contenu en l'article, et aioutant que s'il prêchoit encore il diroit la même chose, et ne croiroit pas pour cela offenser personne: il dit encore que quand il auroit dit ce qui est contenu en l'article , il ne l'auroit pas fait pour iniurier personne , disant seulement en gênerai que ceux qui mangent de la chair en ces iours là vivent mal , sans nommer Messieurs de Berne ni les Allemans.

a 3** Tous ceux qui lisent l'Ecriture en vulgaire ne sont M (|ue paillards, gourmans , yvrognes , blasfemateurs , mé- « chans, meurtriers et larrons, et ceux qui les soutiennent « sont méchans, et Dieu les punira.

LXH Extraits des

Il répoudit qu'il n'avoit iamais iniuiié [hlasfemasse) Messieurs de Berne , et qu'il ne vouloil pas présentement répondre de sa prédication.

Les Ambassadeurs luy répliquèrent qu'en parlant universellement il les avoit compris, puis qu'ils lisent ladite Ecriture. Le Moine dit que quoy qu'il eût parlé en général, il ne parloit qu'aux Genevois ; et qu'il étoit défendu par toute la France de lire l'Ecriture en vulgaire ; et qu'il n'avoit pas prêché les dites iniures;

« 4^ Gardés vous de ces hérétiques, de ces Allemans comme « de ladres et pourris , et ne converses point avec eux , ni « en marchandise ni autrement , et n'ayés point d'alliance « avec eux en leur donnant vos filles ; car mieux vaudroit « les donner aux chiens.

Le prédicateur nia d'avoir prêché cet article.

« 5° Notre Seigneur disant trois fois à S. Pierre s'il l'ai- « moit , il l'a constitué, et les Papes, et la puissance de l'E- « glise. Au contraire de quoy font ces méchans hérétiques de « cette nouvelle loy , qui ne veulent obéir ni au Pape, ni « aux Cardinaux, Eveques , curés, vicaires et prêtres. Tels <' qui ne veulent obéir à eux sont des brebis du diable, et « marqués d'iceluy, et sont pires que chiens enragés, mé- « chans, traîtres, larrons, meurtriers et brigans, qui doi- « vent être au gibet.

Le moine dit qu'il ne vouloit pas répondre à cet article . parceque tout ce qu'il avoit prêché c'estoit seulement aux Genevois, et non aux Allemans ni autres. Les Ambassadeurs demandèrent que le moine répondît à cet article affirmativement ou négativement. Il répliqua qu'il ne devoit pas répondre, parceque cet article est de la foy . de laquelle il ne doit pas répondre par devant nous; et que quoy (ju'il ait prêché à Genève pour corriger les vices qui y sont, il ne l'a pas fait dans le dessein d'iniurier personne. Sur quoy on ordonna qu'il répondroit affirmativement ou négativement, à peine d'estre tenu pour confessé. Il fit encore la même réponse, et on prononça que cet article csloit confessé-

« G'^ On luy dit qu'il avoit prêché hors de son lieu , à main

Registres publics. lxiii

« armée- » Il répondit qu'il ne l'avoit pas fait de son mouvement, mais par le conseil des prêtres et du Convent de Palais , disant que lorsqu'il commença à prêcher , un certain prêtre le vint trouver , et luy dit que Messieurs les Ecclésiastiques luy donneroient sa nourriture pendant tout l'advent, s'il vouloit faire ses sermons de l'advent dans l'église de S. Pierre : ce qu'il avoit accepté à la persuasion des Religieux de son Convent , et ainsi qu'il avoit prêché à S. Pierre . et estoit allé prendre ses repas chés I. Portier en la maison Episcopale.

« 7" On luy proposa qu'il avoit dit , le suis détenu et gardé < à cause d'une sorte de gens qui ne valent guère. » Il répondit qu'il n'avoit pas dit comme cela , mais seulement que ceux qui l'avoient accusé vers Messieurs de Berne ne valoient guère.

Alors les Ambassadeurs dirent qu'ils acceptoient ce que le moine avoit confessé, et qu'ils demandoient d'estre admis à prouver ce qu'il avoit nié. Avouans au nom de leurs Supérieurs qu'eux et leurs Supérieurs étoient de ceux qui mangeoient de la viande au temps susdit ; qu'ils étoient Allemans, qu'ils lisoient l'Ecriture sainte écrite en vulgaire ; qu'ils obéissoient à Dieu et non au Pape , ne se soucians de ses inventions ; qu'ils soutenoient ceux qui annonçoient la Parole de Dieu; que le prédicateur étoit détenu à leur instance : c'est pourquoy ils estimoient que ce qu'il avoit dit étoit contre eux et pour les iniurier , demandans qu'il répondît s'il vouloit soutenir ce qu'il avoit prêché ou non , et qu'il déclarât par le conseil de qui il les avoit iniuriés

Le Moine répondit qu'il avoit prêché comme il avoit fait par le conseil des Ecritures, et que s'il comparoissoit devant son iuge ordinaire, il répondroit du mieux qu'il pourroit par les S*«s Ecritures. Les Ambassadeurs répondirent que si ce que le moine avoit prêché étoit vray, ils meriteroient tous une peine corporelle ; c'est pourquoy ils demandoient que par la loy de talion, ledit prédicateur fût puni d'une pareille peine que celle qu'ils auroient méritée.

Sur quoy le Conseil ordonna que Messieurs les Ambassa-

Lxiv Extraits des

deurs seroient admis à prouver les articles niés, et on leur dit que nous étions préls à recevoir les dépositions des témoins-

L'apres disnée en conseil ordinaire comparurent les Ambassadeurs de Berne qui produisirent 8 témoins , en présence du dit Moine, qui dit qu'il n'avoit rien à obiecter contre eux , puis qu'il ne les connoissoit pas , ne demandant rien autre sinon qu'on luy fît iustice.

ss Janvier. Le 28 Janvier les Ambassadeurs de Berne produisirent en-

core six témoins. Ils dirent aussi qu'ils avoient appris qu'un certain Provincial étoit arrivé en cette ville , qu'on disoit

/ qui vouloit parler au prédicateur , prians qu'on prît garde

que personne ne luy parlât.

^^ • Le 29 Janvier en conseil des 200, les Ambassadeurs de

Berne demandèrent qu'on procédât en leur cause , offrans d'exhiber d'autres témoins, s'ils n'avoient pas suffisamment prouvé-

On fit venir le prédicateur auquel on demanda , s'il avoit quelque chose à alléguer pour sa défense. Il répondit qu'il avoit déia plusieurs fois protesté qu'il ne comparoissoit pas et ne répondoit pas devant nous comme devant ses iuges : Et qu'il répétoit encore la même protestation. Enfin après avoir fait plusieurs excuses, disant qu'il n'avoit iamais eu la pensée d'offenser Messieurs de Berne en aucune chose, il dit qu'il éloit prêt de répondre par les Ecritures à eux et à leurs serviteurs à tout ce qu'on luy proposeroit, et qu'il savoit ce que dit S. Pierre que nous devions être prests de répondre à tous touchant notre foy , et ainsi qu'il vouloit rendre raison de sa foy. Les Ambassadeurs acceptèrent cet offre, sans toutefois déroger à leurs droits. Enfin ledit prédicateur et Guillaume Farel commencèrent à disputer sur les articles proposés par Messieurs de Berne , ce qu'ils firent pendant deux heures , et on renvoya le reste au lendemain parcequ'il étoit tard.

Le 30 Janvier en Conseil des 200. Messieurs les Ambassadeurs entrèrent avec Farel et Viret . et d'autre côté le susdit Moine. Ils disputèrent pendant 4 heures, et demandèrent

Régi s 1res publics. lxv

qu'on s'assemblât encore à 3 heures après midy pour les ouir. Sur quoy fut avisé que c'estoit assés disputé pour auiourduy.

Lg Mardy 3 Février après disner les Ambassadeurs de Berne 3 F<<vrier. étans entrés et ayans vu qu'il n'y avoit que le conseil ordinaire, dirent qu'ils auroient souhaitté d'avoir le conseil des 200. auquel ils avoient quelque chose à exposer. Sur quoy on arrêta de l'assembler le lendemain matin.

Sur les 4 heures après midy entrèrent en la sale du Conseil Estienne Dada et Nie. Porral citoyens, ledit Porral fort blessé ; se plaignans que Cl. et Nie. Permet accompagnés de Jaques Desel et de quelques autres les avoient attaqués et ainsi blessés en la place de S. Pierre prés du pilier (pillare) demandans iustice. Incontinent après vinrent plusieurs autres qui avec grande furie dirent que Nie. Berger chapellier avoit été tué en sa boutique au Perron d'un coup de poignard par Claude Pennet , et qu'à l'occasion de ce meurtre il y avoit un grand tumulte et que tout le monde couroit aux armes.

Messieurs les Ambassadeurs vinrent aussi en Conseil et exposèrent qu'un grand nombre de gens couroient aux armes par la ville , et qu'il étoit à craindre qu'il ne se fît une grande tuerie, prians qu'on y pourvût, et ofTrans de faire ce qu'ils pourroient pour appaiser et pour accommoder cette affaire. Messieurs les Sindics les prièrent d'aller vers ceux qui étoient en armes et de les exhorter à poser les armes. Apres cela plus de 500 hommes en armes vinrent en la maison de Ville , disans qu'ils ne s'estoient assemblés pour autre raison sinon parcequ'ils craignoient que les prêtres n'eussent coniuré une 4" ou b'^ émeute ; ainsi qu'ils s'estoient assemblés pour éviter leur fureur, comme aussi pour faire mainforte à Messieurs les Sindics pour chercher le meurtrier , prians qu'on fît iustice de ceux qui étoient cause du tumulte.

En suite Messieurs les Sindics suivis de leurs officiers entrèrent dans la maison episcopale où on disoit que les meurtriers s'étoient cachés, mais ils n'en trouvèrent aucun quelque diligence qu'ils fissent : ils y laissèrent des gens pour faire garde pendant la nuit. Cependant il arriva qu'un prêtre

Lxvi Exlrails des

appelant doucement la servante du geôlier pour avoir certaines clefs pour porter aux meurtriers, un ieune homme répondit en déguisant sa voix, Que voulez vous? et ainsi il apprit que les dits meurtriers étoient cachés dans l'Eglise de S. Pierre- Les Sindics donc bien accompagnés cherchèrent dans la dite Eglise pendant 3 heures, et enfin trouvèrent ledit Cl. Pennet cordonnier ( excofferius) et I. Portier notaire cachés dans le haut du clocher, armés d'épées, de fourches de fer, de haches [achonibiis) de poignards et de mailles de fer. On les prit et on les conduisit en la maison de Ville.

La même nuit quelqu'un déclara à ceux qui veilloient en l'Evéché qu'il y avoit dans le buffet (in huffeto) de L Portier certains écrits faits contre la ville : ils ouvrirent ce buffet et prirent ces écrits, qu'ils remirent en suite aux Sindics.

4 Février. Le 4 Février Messieurs les Ambassadeurs de Berne entrè-

rent et dirent qu'ils avoient du déplaisir de nos fâcheries, et t\ue si nous les voulions éviter, il falloit faire iustice et Dieu nous aideroit.

On résolut qu'on meneroit Cl. Pennet et L Portier aux prisons et qu'on leur feroit leur procès,

5 . Le 5 Février on lut le procès contre Cl. Pennet homicide:

le Sindic Nie. Ducrest prononça la sentence contre luy, et on luy trancha la tête le même iour à Champel.

L'apres disnée on assembla le conseil pour l'affaire de \. Portier. Comme on en parloit on amena des gens qui portoient des lettres au Chapitre, au Conseil Episcopal et à Michel Guillet ; et parce qu'on craignoit qu'on ne traittât quelque chose contre la ville, on les ouvrit, et on y trouva que les prêtres , Portier et Guillet traittoient quelque chose en Suisse [in Allemania) qui se doit proposer Dimanche prochain en la Tournée de Bade.

François Texecuteur vint dire que le procureur fiscal luy avoit dit de dépendre le corps de Cl. Pennet qu'on avoit attaché au gibet avec la tête ; à quoy il avoit répondu qu'il ne feroit rien sans la permission de Messieurs les Sindics. On appella le procureur fiscal pour en savoir la raison : il répondit que c'estoit à la sollicitation des parens du dit Pen-

Registres publics. lxvii

net, et qu'il avoit préparé six flambeaux de la part de l'Eveque et six que Messieurs du Chapitre avoient donnés pour porter ledit corps à la sépulture ecclésiastique. On luy dit qu'il prît garde de ne rien faire dont nôtre peuple fût irrité ; et qu'il savoit bien si l'on pouvoit ester le corps d'un exécuté par la iustice.

Le 6 Février en conseil des 200. Messieurs les Ambassa- 6 Février. deurs de Berne demandèrent qu'on reprît l'afTaire du prédicateur, protestans des dépens. On leur dit qu'ils savoient les affaires pressantes que nous avions , et qu'ils nous eussent pour excusés.

No. I. Bourgeois cit. de Lausanne Ambassadeur de ladite ville exposa que ses supérieurs entendans que nous avions des difîerens et des disputes entre nous, l'avoient envoyé pour présenter leur aide et faveur pour faire quelque accord. On luy répondit qu'on les remercioit, et que s'il arrivoit que nous eussions besoin de leur aide nous la leur demanderions ^ cependant que nous espérions en Dieu que toutes choses se termineroient doucement.

En suite on avisa qu'il n'y avoit rien qui fût plus capable de tenir la ville en paix et de réconcilier l'amitié , que l'administration de la iustice. C'est pourquoy on parla de i. Portier prisonnier chés lequel on avoit trouvé des lettres de constitution d'un Gouverneur de la ville de Genève , faites contre nos libertés , et que l'on savoit avoir machiné avec quelques autres contre la ville. On ordonna qu'on éliroit un procureur gênerai de la ville qui seroit instant tant contre Portier que contre les autres conspirateurs, aGn que leur machination et coniuration se pût mieux découvrir.

On élut pour cette charge L Lambert. (Pour la suite voir Grenus, p. 138).

Le 7 Février se présentèrent N. Pierre Tossis et Henry Nix ^ • Ambassadeurs de Fribourg.. qui présentèrent leur charge par écrit, contenant en somme que si nous permettions les predicaus de la nouvelle loy, ils nous remetlroient leur bourgeoisie, requerans qu'ils fussent encore entendus en 200. On leur répondit qu'on ne pouvoit pas l'asseînbler le lendemain

Lxvni Extraits des

à cause de la création des Sindics^ mais qu'on l'assembleroit le lundi suivant.

(Pour la suite voir Grenus, p. 138.) 8 Ft'vrier. Le 8 Février on exposa aussi en conseil des 200. que le

Mardy précèdent comme on cherchoit des meurtriers dans l'Eveché, on avoit trouvé dans l'appartement de I. Portier certaines lettres de constitution et création d'un Lieutenant ou Gouverneur de Genève pour M. l'Eveque, et des blancs signés scellés des armes du Duc. De plus qu'on avoit trouvé ledit Portier au haut du clocher de S. Pierre, armé d'une hache d'armes, d'une cotte de mailles, d'une épée et d'un poignard (pugnardo) caché avec Cl. Pennet meurtrier; c'est pourquoy il avoit esté mis en prison. On résolut que les dites lettres seroient lues et interprétées au présent conseil gênerai ; ce qui fut fait. Apres quoy on arrêta qu'on feroit le procès au dit Portier et qu'on le contraindroit à répondre là dessus , et que pour ce qu'il a fait contre la ville et ses libertés , quand même il obtiendroit grâce de nôtre Prince , on ne l'admettroit pas.

On rapporta que M. le Vicaire général avoit décrété des lettres contre Messieurs les Sindics pour les obliger à relâcher ledit Portier. Sur quoy on résolut qu'on n'obéiroit point à ces lettres ni à aucunes autres , nonobstant lesquelles on procéderoit par iustice contre ledit Portier, parce qu'il s'agit de machination contre la communauté. On ratifia aussi la constitution de L Lambert premier procureur gênerai contre » Portier et ses complices.

Enfin on procéda à Télection des Sindics , qui furent Michel Sept, l. Aimé Curtet, Amy de Chapeaurouge et François de Villard.

On élut aussi pour trésorier gênerai Aimé Bonna. iO . Le 10 Février entrèrent en conseil Messieurs Wingarten ,

Syenner , Tribollet et GrafFerrier Ambassadeurs de Berne , et proposèrent que M. Bastian de Diesbach ayant été rappelé par leurs Supérieurs, M. Wingarten avoit été envoyé en sa place ; qu'ils avoient été déià icy près de six semaines pour trois affaires, 1^ pour avoir iustice de l'iniure faite à leurs

Registres publics. lxix.

SeigiJes par le moine Guy Furbity; 2» pour avoir le payement de ce qui leur étoit dû pour les secours qu'ils nous avoieut donné contre le Duc de Savoye; 3» pour obtenir un lieu dans la ville propre pour y faire prêcher l'Evangile par un de leurs prédicateurs. Desquels 3 articles ils n'ont pu avoir encore aucune réponse prians qu'on y arrivât. Aioutans qu'ils nous en auroient plus instamment sollicités ces iours passés n'estoit qu'ils ont vu que nous avions des affaires fort pressantes, de l'homicide, du tumulte, de la création des Sindics et des Conseillers. Et parcequ'ils ontsceu que M. notre Eveque et Prince avoit taxé certaines lettres de création et établissement d'un gouverneur et Lieutenant au temporel dans cette ville , avec tout pouvoir de punir les criminels, en date du 12 Janvier dernier, et ainsi qu'il avoit établi un Lieutenant des soldats et Conseillers de Fribourg avec un tel pouvoir contre nos libertés et franchises, surtout contre la iurisdiction des causes criminelles , dont la connoissance appartient aux Sindics et citoyens de Genève de temps immémorial . Voyans que cela estoit à notre grand préiudice , et afin qu'ils procurassent et maintissent notre honneur et profit, comme ils sont obligés par le serment de la bourgeoisie faite avec nous, ils avoient informé de toute cette affaire leurs Supérieurs , leur ayans envoyé une copie des dites lettres : desquels ils avoient eu réponse et charge de nous dire, comme ils font maintenant, que nous prenions garde de ne permettre point qu'on établisse un tel Lieutenant et gouverneur, pour ce que par ce moyen nôtre iurisdiction des causes criminelles nous seroit ôtée , et si ce lieutenant avoit lieu, cela tourneroit aussi au préiudice de Messieurs de Berne , sur tout par l'exaction de ce qui leur est dû par cette Ville. C'est pourquoy ils protestent qui si quelcuii des bourgeois ou citoyens de Genève consent à une telle infraction de nos franchises et libertés par laquelle aussi ils pourroient souffrir du dommage en leur dette, ils agiront nommément contre leurs corps et biens. Offrans d'être touiours prêts à nous conserver et maintenir en nos libertés et franchises et iurisdiction et de nous donner toute aide et

i^xx Exlrails des

secours : que nous nous souvinssions quelle guerre l'Evequo nous a deia faite cy devant, qui maintenant s'efforce de nous ôter nôtre iurisdiction , qu'ils ont ordre de nous présenter leur secours, parceque leurs Supérieurs ne veulent pas permettre qu'on nous fasse de telles iniures : et qu'ils proposeroient volontiers toutes ces choses en 200.

On leur répondit que nous rendions grâces à leurs Supérieurs et à eux autant que nous pouvions de toutes leurs bontés, et que nous acceptions avec un humble remerciement ce qu'ils nous offroient ; que si nous avions besoin de leur secours nous le leur demanderions. Que touchant les 3 articles, nous leur rendrions réponse le plus tôt que nous pourrions, les prians de nous excuser si nous ne l'avions pas encore pu.

Le moine prisonnier ayant dit certaines choses qui faisoient voir que quelcun lui avoit parlé, cntr'autres que notre bourgeoisie avec Fribourg ôtoit rompue ou le seroit bien tôt, on le fit venir et on l'interrogea qui luy avoit dit cela; il répondit que c'étoit un moine nommé fr. B. François Bongain : (Bonilucri). On luy fit de grandes remontrances qu'il avisât comment il repareroit l'honneur de Messieurs de Berne, autrement on le resserreroit davantage.

On élut le conseil des 60. et celuy des '200.

(Le conseil des 200. y compris ceux des 60 et l'Ordinaire, ne fut composé que de 174. en tout. Le Conseil ordinaire éloit composé de 17. y compris les 4 Sindics, le Trésorier, le Lieutenant, et le Secrétaire).

il Fi'rrier. Le 11 Février en conseil des 200. Messieurs les Ambassa-

deurs de Fribourg exposèrent leur charge et lurent leurs Instructions, comme ils avoient fait en conseil ordinaire- On leur répondit que nous avions fait des édits touchant nôtre manière de vivre en la foy , desquels nous avions souvent écrit à leurs Excellences , et maintenant sommes encore en cette entière volonté de vivre selon eux, et les maintenir de tout nôtre pouvoir, prians leurs Excellences de prendre cette réponse en bonne part. Ils la demandèrent par écrit et on la leur donna.

Reyisires publics. lxxi

Afin que Messieurs de Fribourg pussent voir clairement que nous ne nous plaignions pas à tort que notre Eveque nous veut ôter nôtre iurisdiction , on trouva à propos de les informer des lettres de création d'un Lieutenant et Gouverneur de Fribourg faites par ledit Prince, et de les leur montrer: ils en demandèrent une copie, qu'on leur donna: et ils dirent qu'ils n'avoient rien sceu de cela, et qu'ils croyoient que Messieurs de Fribourg leurs supérieurs l'ignoroienl , et qu'ils ne vouloient pas permettre qu'on nous ôtât notre iurisdiction et qu'on fît rien contre nos libertés.

Messieurs les Ambassadeurs de Berne entrèrent et représentèrent les mêmes choses qu'ils avoient dites en Conseil ordinaire le iour précèdent. Apres les avoir remerciés et accepté leurs offres comme hier, on répondit que nous voulions vuider le 1^' article touchant le moine , après quoy nous aviserions aux autres : et parcequ'il étoit du Lieutenant député par M. l'Eveque , qu'il n'y avoit personne de nous qui le voulût accepter, et que nous les priions de nous avoir pour recommandés quand il sera nécessaire.

On appella le prédicateur et on luy lut les articles : il dit qu'il y avoit répondu , et qu'il n'avoit iamais prêché comme cela ; et comme il sembloit qu'il parlât contre ce qu'il avoit confessé, on luy lut ses réponses; après quoy il dit que s'il avoit ainsi parlé touchant ceux qui mangent de la chair, il l'avoit fait par mégarde, car il n'avoit iamais trouvé dans les saintes Ecritures qu'il fût défendu de manger de la chair, mais seulement dans les décrets de l'Eglise et dans S. Thomas.

Messieurs les Ambassadeurs demandèrent qu'on leur décla rat s'ils avoient donné des preuves suffisantes, par ce qu'ils avoient encore bon nombpe de témoins qu'ils présenteroient s'il en étoit besoin. On leur répondit que leurs preuves suffisoient , excepté touchant le l^^ article , de ceux qui avoient partagé la robe de Christ.

Le 12 Février on parla de la grâce faite par l'Eveque à 12 F(<n l. Portier : on répondit à sa femme et à Nicod de Prato qui la sollicitoient qu'on assembleroit un conseil pour cela.

13 Verrier.

i^xxii Extraits des

On fit la même réponse à ceux qui présentoienl la grâce par laquelle il estoit ordonné d'ôter du gibet le corps de Cl. Pennet et de l'ensevelir honorablement.

On fit venir le moine , et on luy demanda comment il entendoit de faire réparation d'honneur à Messieurs de Berne. Il pria qu'on eût son affaire pour recommandée, et que nous y procédassions en équité et en iustice , se soumettant à nôtre connoissance et ordonnance, et promettant d'y obéir. Il aiouta que si nous luy permettions de prêcher le dimanche suivant, il s'excuseroit et feroit réparation d'honneur à Messieurs de Berne en sorte que nous serions satisfaits, se soumettant au cas qu'il ne le fît pas, à entrer dans les prisons et y attendre nôtre ordonnance.

Le 13 Février en conseil des 200. ou répondit touchant la grâce de Cl. Pennet , que ces lettres étoient relatives à d'autres premières, lesquelles quand nous aurions vues, nous y répondrions.

On répondit touchant les lettres de grâce de I. Portier , qu'avant qu'y répondre, comme nous savions qu'elles avoient été écrites à Genève, nous voulions parler à celuy qui les avoit écrites.

On proposa rafi"aire du prédicateur ; on lut les articles et les réponses, avec la lettre qu'il avoit écrite à Portier. Ou le fit venir et on l'interrogea là dessus : il répondit qu'il étoit vray et certain qu'il ne pourroit pas prouver ces articles par le vieux ni par le nouveau Testament, mais qu'il les prouveroit bien par les décrets, et par S. Thomas, prédicateur de son Ordre. Il aiouta que s'il nous plaisoit et à Messieurs les Ambassadeurs de Berne de luy permettre de prêcher Dimanche prochain, il prêcheroit de telle fasson que l'honneur de Dieu et de Messieurs de Berne seroit publiquement réparé , priant qu'on le traittât doucement. Messieurs les Ambassadeurs ayans répété leurs preuves en présence du dit frère Guy prièrent que nous prononçassions là dessus nôtre ordonnance. Enfin on prononça cette Sentence, Que ledit frère Guy avoit dit et prêché les paroles contenues dans les six derniers articles, c'est pourquoy il doit les révoquer, et

Regiiftres publics. lxxiii

confesser devant tout le peuple qu'il avoit mal dit. Les Ambassadeurs demandèrent la copie du procès et de la sentence, qu'on leur accorda.

Ils proposèrent aussi l'article de l'argent qu'ils demandent, et l'autre article du prédicateur de la vérité Evangélique , qu'ils veulent avoir, demandans la réponse laquelle ils dirent auoir déià attendu six semaines. Ils prièrent aussi qu'on fît iustice à eux et à leurs serviteurs, de ceux qui les iniurient par les rues tous les iours. On ordonne qu'on leur répondroit 1^ touchant l'argent, qu'ils savent les guerres et autres fâcheuses affaires que nous avons eues, qui nous ont entièrement épuisés d'argent , de sorte qu'il nous est absolument impossible d'en trouver à présent : et que nous envoyerions des Ambassadeurs qui iroient avec eux quand .ils retourneroient à Berne pour prier Messieurs de Berne de vouloir avoir patience. 2° Que pour le prédicateur nous ne demandions tous rien autre sinon qu'on prêchât le S. Evangile et la parole de vérité de notre Seigneur : et afin que nous le pussions entendre d'un meilleur accord nous avions pris soin d'avoir un Cordelier qui prêcheroit dans leur Couvent le Carême prochain selon nos Edits, en sorte que tous indifféremment pourront en être contons. Que nous les priions de trouver bon que nous n'eussions point d'autre prédicateur en cette ville, parceque si nous recevions un des leurs qu'ils nous présentoient , notre peuple qui n'estoit pas encore informé de son bien dire et de la parole de Dieu , pourroit s'irriter contre nous, et s'emporter à des tumultes comme ceux qu'ils avoient vu. De plus que si nous appercevions que ledit prédicateur du Carême prêchât autrement qu'il ne faut, nous le reprendrions , et le ferions d'abord sortir de peur que le peuple ne fût infecté de fausses prédications et que si quelcun de leurs serviteurs reconnoit qu'il erre et nous le fait savoir, nous appellerons ledit Cordelier pour y pourvoir.

Le 15 Février en conseil des 200. le Cordelier appelé Fr. I5 F,<ri Coutellier entra accompagné de fr. laq. Bernard et de fr. Epée ; (ensis) il fit une grande harengue, {arenquam) comme il avoit été envoyé icy par le Provincial , pour prêcher le

Lxxiv - 'Extraits des

' Carême, et que s'il nous plaisoit de le recevoir, il feroit en sorte que nous serions contens. On luy fit des remotitrances qu'il ne prêchât rien autre que le pur Evangile de Dieu, ce qu'il promit de faire.

On parla de fr. Guy Furhily, et on résolut que s'il ne vouloit pas obéir à la sentence qui avoit été prononcée contre luy , on le conduiroit aux prisons iusqu'à ce qu'il fût prest à le faire.

Les Ambassadeurs de Berne entrèrent et exposèrent leurs trois demandes : aioutans que pour ce qui regardoit le moine qui les avoit iniuriés, ils estoient assés contens de la sentence pourveu qu'on l'exécutât. On leur répondit touchant l'argent qu'on leur doit, comme cy devant , touchant le lieu (ju'ils demandent pour un de leurs prédicateurs, de même : touchant le moine qu'il avoit dit qu'il vouloit obéir à la sentence, et que nous luy donnerions sa lesson par écrit, ass. la manière en laquelle il prononceroit qu'il avoit mal dit, afin qu'il ne pût point faire de faute : c'est pourquoy s'il leur plait de se trouver à Midy, ils en seront témoins : que s'il refuse de le faire on le conduira aux prisons.

Apres midy fr. Guy Furbiti fut conduit à S. Pierre pour y confesser et reconnoître publiquement qu'il avoit prêché contre Dieu et les hommes: à forme de la sentence prononcée contre luy. Et parcequ'il s'écartoit au lieu de satisfaire â la sentence, (quia vagans et vascillans setitenciae satisfacere neglexit) il fut- selon l'arrêt conduit aux prisons de la rue de la Cité. (lusqu'icy il avoit été touiours tenu prisonnier en la Maison de Ville).

16 Fi'tricr. Le 16 Février fr. François Coutellier Franciscain donna

neuf articles sur la manière dont il prêcheroit priant qu'on en retranchât ce qu'on trouveroit à propos. On en retrancha trois, de l'invocation de la Vierge Maiie, du Purgatoire et des prières pour les morts, et de l'invocation des Saints; et on luy dit de recommander la charité et les œuvres de miséricorde.

On parla de fr. Guy prisonnier qui hier n'avoit pas obéi à la sentence ; on ordonna qu'on iiuterrogeroit qui l'en avoit

Registres publics. lxxv

empêché, et à la persuasion de qui il avoit causé le tumulte qu'on vit hier,

Dom. Franc demanda des lettres au padement de Dole, à l'occasion du péage de Champagnole.

On résolut d'écrire à Messieurs de Berne que quand il leur plairoit de rappeler leurs Ambassadeurs nous leur envoyorions les nôtres pour clore avec eux, et pour voir comment on les pourroit contenter.

Le 20 Février on parla de frère Guy Furbity qui ne veut ^0 Février. point obéir à la sentence , et on résolut de le mettre dans les prisons basses iusqu'à nouvel avis.

On vint encore solliciter la réponse à la grâce faite au corps de CI. Pennet , et on fit la même réponse.

Messieurs les Ambassadeurs de Berne exposèrent 1*^ que comme ils demandoient une place pour un de leurs prédicateurs , nous leur avions promis que nous aurions un prédicateur de la parole de Dieu , dont ils avoient été contens : Cependant ayans ouy nôtre prédicateur ils ont veu le contraire , puis qu'il est entièrement opposé à la vérité : c'est pourquoy ils prient que nous le corrigions comme nous l'avons promis, autrement ils ont leurs serviteurs qui sont doctes, et qui le reprendront publiquement ; ou du moins que nous leur donnions une place pour un de leurs prédicateurs pendant qu'ils seroient icy, qui ne prêchera rien sinon la vérité, et ne dira rien contre les images ni la messe: mais seulement leur annoncera la parole de Dieu et à ceux qui voudront Touïr. On leur répondit touchant notre prédicateur que nous ferions en sorte qu'il feroit comme il nous l'avoit promis, ass. qu'il ne prêcheroit que ce qu'il pourroit soutenir et prouver par l'un ou l'autre testament.

2^ ils exposèrent qu'ils voudroient bien savoir si nous voulions faire exécuter la sentence que nous avions prononcée à leur instance contre le lacobin. On leur répondit que nous voulions qu'elle fiit exécutée , et que nous avions ordonné qu'il fût étroitement resserré iusqu'à qu'il eût obéi, ou autrement que nous aviserions.

3*' ils exposèrent qu'au temps de l'advcnt dernier un pré-

Lxxvi Ex traits des

dicateur appelé Alexandre avoit été banni par nous à peine du gibet , parcequ'il avoit démenti le lacopin : ce qu'il n'avoit pas eu tort de faire, comme il avoit enfin paru par la confession du lacopin. C'est pourquoy ils prioient que comme il n'avoit soutenu que la vérité, on luy permit de retourner et de demeurer en cette ville. On leur répondit qu'il avoit été banni à cause du tumulte qu'il avoit fait, et que nous ne pouvions révoquer notre sentence, ce que nous les priions de prendre en bonne part.

4'^ ils prièrent qu'on leur donnât la place qu'ils ont demandée pour prêcher l'Evangile, et qu'on leur assignât une heure au iour afin qu'ils ne troublent personne : paicequ'ils ne peuvent plus endurer les iniures que quelques uns du peuple leur font, quelques uns ayans dit qu'ils prêchoient en un lieu obscur comme une étable à pourceaux. On leur répondit qu'ils savoient ce que nous leur avions déia répondu ià dessus si souvent , que nous ne pouvions pas faire autre chose , et que nous étions fâchés de ce qu'on se moquoit ainsi de leur prédication.

23 FévricF. Le 22 Février en conseil des 200. on lut des lettres de

Messieurs de Fribourg par lesquelles ils nous blâmoient touchant la Foy et touchant la iurisdiction de nôtre Prince : on y fît réponse.

On lut des lettres de M. de Beaux-rigaux louchant un livre intitulé La confession de mX^ Noël Beda. On luy répondit que nous ne savions ce que c'éloit et ne connoissions point l'imprimeur-

Messieurs les Ambassadeurs de Berne exposèrent qu'ils avoient déia ouy par 4 fois le prédicateur Cordelier, lequel nous avions promis qui ne précheroit que la vérité Evangelique, ce qu'il ne fait point, au contraire il corrompt l'Ecriture par ses erreurs , comme ils le feroient voir si nous voulions, et montreroient les points auxquels il a erré" c'est pourquoy ils requeroient (|ue nous y avisassions; autrement ils ne pourront pas retenir les leurs qu'ils ne le reprennent publiquement. Ils prièrent encore que nous permissions qu'Alexandre qui avoit été banni retournât dans la ville, puis

Registres publics. lxxvii

que nous avions vu dans la suite qu'il avoit eu raison de reprendre le prédicateur. Ils aiouterent que lorsque leurs serviteurs prédicateurs et eux mesmes alloient par la ville , ils ontendoient touiours le même peuple parlant d'eux ignominieusement , et disant qu'ils prôchoient dans une étable à pourceaux , que comme des hérétiques ils n'osoient produire en public leur sermon séditieux, et autres telles iniures; ce qu'ils ne pouvoient plus souffrir : même que quelques uns disoient que ce qu'ils demandoient ils le faisoient seulement à la requête de quelques uns de la ville , et non par le commandement de leurs Seigneurs ; c'est pourquoy ils étoient prests à nous faire voir leurs ordres. Requerans selon leur charge qu'au moins pendant qu'ils seroient €n cette ville nous leur donnassions un lieu public en l'une de nos Eglises , et une heure en laquelle ils pussent entendre leurs prédicateurs, afin qu'ils n'entendent plus parler d'estable à pourceaux {hm de poër) et ils feront en sorte qu'on ne parlera point de la messe ni des images.

On leur répondit que nous croyions assés qu'ils n'avoient rien demandé que par l'ordre de leurs Supérieurs. Touchant le Cordelier, que nous l'avertirions qu'il ne prêchât que la vérité, selon l'Ancien et le Nouveau Testament, et que s'il faisoit autrement nous y pourvoirions. Touchant Alexandre qu'il avoit été banni pour un an seulement, à cause du tumulte, et que nous ne pouvions révoquer nos sentences. Touchant le lieu et l'heure pour prêcher , que nous étions fâchés des ignominies qu'on leur faisoit, et que si nous en savions les autheurs nous les punirions : que ce n'estoit pas à nous à faire donner une chaire à leur prédicateur , mais à M. nôtre Prince et à son Vicaire, qui gouvernent le spirituel. Toutes fois que s'ils prenoient eux mêmes une place , ils étoient puissants . et nous ne pouvions ni n'osions leur résister : c'est pourquoy qu'ils facent comme ils trouveront être mieux : parceque nous ne nous mêlerons point de leur donner une semblable place : que nous les priions pourtant de se contenter de la prédication que nous leur avions promise , et qu'ils prissent nôtre réponse en bonne part , ôtans persuadés que nous ne pouvions pas mieux faire.

Lxxviii Extraits des

Ce qu'ayans ouy ils dirent qu'ils n'attendoient pas une telle réponse, et qu'ils avoient crû qu'on leur devoit accorder quelque chose : qu'ils attendroient pourtant la réponse de leurs supérieurs , après quoy ils suivroient leurs ordres.

On résolut que les Sindics cousulteroient comme fr. Guy Furbiti seroit contraint à l'observation de la sentence. Si Fccrier. Le 24 Février Guillaume Farel et Viret entrèrent, Farei

exposa qu'en présence de M. le Sindic Sept fr. laques Bernard Cordelier l'avoit iniuriô , l'appelant Schismatique et hérétique, dont il avoit donné avis à Messieurs les Ambassadeurs de Berne, demandant qu'on luy fît iustice du dit Cordelier. On appela ledit fr. Bernard : Farel dit en sa présence, « N'as tu pas dit qu'il y avoit plusieurs schismatiques qui « disoient qu'il ne falloit pas saluer la Vierge , et qu'il ne « falloit pas nous munir du signe de la croix, ce qui est hé- « retique?» Ledit fr. laques dit qu'il n'avoit pas ainsi parlé, mais qu'il avoit dit qu'au temps passé ont régné et ont été beaucoup d'hérétiques qui ont presché et semé paroles contre la S'® Ecriture choses hérétiques, et contre Dieu ; mais iamais n'entendit qu'ils fussent venus à défendre que l'on ne fît le signe de la croix , et qu'on ne saluât la Vierge Marie. Il aiouta qu'il entendoit que maître Guillaume Farel étoit prêcheur de Dieu et de vérité, non point hérétique- Ce qu'entendans nous priâmes Farel de laisser cela ; et ne le prendre pas à iniure ; nous en priâmes aussi Messieurs les Ambassadeurs-

Parceque c'est une chose assés connue (jue Messieurs du Chapitre ont fait sortir du Convent de Palais le prédicateur à l'occasion duquel on a fait tant de dépens; et qu'ils l'ont nourri le remettant à I.' Portier avec lequel ils avoient traitté pour ses dépens de bouche , et l'ont soutenu dans les iniures qu'il a proférées ; on avisa qu'il seroit bon de dire à Messieurs les Ambassadeurs de Berne qu'il leur plût pour les dits dépens de demander iustice contre les dits du Chapitre , et que nous nous ioindrions à eux et insisterions avec eux pour en avoir raison.

Le 27 Février Messieurs les Ambassadeurs de Berne cxpo-

Reyistres publics. lxxix

seient qu'ils avoient appris que laq. Bernard Cordelier avoit iniurié Guillaume Farel ces iours passés, et parceque ledit Farel est des serviteurs de Berue , ils ont interest de savoir s'il est tel que ledit Bernard l'a appelé. On entendit ledit Bernard avec ledit Farel ; le Cordelier demanda pardon et on accommoda cette affaire.

Lesdits Ambassadeurs de Berne exposèrent qu'ils avoient déia souvent ouy le prédicateur Cordelier, qui ne tient point sa promesse ; Car il cache la vérité évangelique : c'est pourquoy si nous n'y mettons ordre ils écriront à leurs Seigneurs que nous promettons une chose et en faisons une autre; aioûtans que si nous ne les voulons croire ils montreroient de point en point en quoy ledit prédicateur a erré. On résolut qu'on luy feroit des remontrances de se corriger , et qu'on prieroit Messieurs les Ambassadeurs d'y estre presens.

Le Dimanche 1 IVlars en conseil des 200. Messieurs les Am- / -W</n bassadeurs de Berne exposèrent qu'ils avoient reçu des lettres de leurs Supérieurs qui leur donnoient ordre de poursuivre l'exécution de la sentence contre le moine, et qu'il ne fût pas relâché qu'il n'eût satisfait au iugement en leur présence. Touchant l'article de l'argent, que leurs Seigneurs s'étonnent que nous ne voulions pas les payer, et que nous parlions encore de contes, qui ont déia souvent été faits : cependant qu'ils sont contens que nous leur envoyions nos Ambassadeurs pour en traitter. Qu'ils nous prioient de faire ce plaisir à leurs Supérieurs, de donner un lieu à un de leurs prédicateurs qui prêche la vérité Evangelique, puisque le Cordelier du quarème ne la prêche pas, mais la corrompt- Enfin qu'ils nous prioient de les expédier le plus tôt que nous pourrions.

On leur répondit que nous rendions grâces à Dieu et à eux de ce qu'ils traittoient si amiablement avec nous. Que pour la place qu'ils demandent pour un- prédicateur nous ne pouvions ni n'osions la leur donner, parceque c,e n'est pas à nous à en disposer, les prians de prendre notre réponse en bonne part : puis que nous ne le pouvons ni ne l'osons faire : cependant qu'ils sont puissans, et que s'ils prennent une place où il leur plaira , nous ne pouvons le leur empêcher , car

i.xxx Extraits des

nous ne sommes pas en état de contredire à leur puissance. Touchant le Moine , qu'il est toujours dans les prisons desquelles nous n'avons pas le dessein de le délivrer iusques à ce qu'il ait satisfait à la sentence , et qu'on ne fera rien sans le leur faire savoir. Touchant leurs salaires et iournées, que nous ferons en sorte qu'ils soient contens ; et que nous envoyerons des Ambassadeurs à Messieurs de Berne avec charge de clorre les contes , et de chercher des moyens d'avoir de l'argent : comme aussi pour les prier de nous vouloir aider à poursuivre les dépens , dommages et intérêt contre ceux qui ont fait prêcher ledit moine en l'Advent dernier, qui a publié toutes ces iniures.

liiara. Le 2 Mars en conseil des 200- entrèrent Nie. Ducrest, lean,

Pierre, et laq Malbuisson, I. Lect , Ant. Gerbel , Ant. Prodhom , Bart. Faulchon , Amy Andrion , Fr. Roy, Girardin et Philippe Delarive, et quelques autres qui firent de grandes plaintes disans qu'un prédicant avoit prêché hier la nouvelle loy au cloistre de Rive , demandans qu'on leur répondit si ce prédicateur avoit prêché par l'ordre et consentement du Conseil , et déclarans qu'on n'eût point a le tenir en seureté. Messieurs les Ambassadeurs 'de Berne entrèrent et dirent que ce qu'ils avoient si long temps demandé, avait été fait par l'inspiration de Dieu sans qu'ils en sceussent rien, dont ils luy en rendent grâces, et que la place que nous leur avions refusée leur avoit été donnée de Dieu qui avoit mis au cœur de nos citoyens de prendre ladite place par la seule inspiration du S. Esprit et sans qu'aucun en fît instance : qu'ils nous reraercioient de ce que nous l'avions permis, et qu'ils feroient savoir à leurs Seigneurs comme nous avions eu en cela beaucoup de complaisance pour eux : qu'ils nous prioient de permeltre-que ledit prédicateur continue à prêcher audit lieu que le Seigneur Dieu leur avoit donné , et que nous ne fissions point de fâcherie à ceux qui le viendroient entendre. Qu'enfin ils nous prioient de les expédier afin qu'ils s'en pussent aller, nous remercians de nos services et courtoisies, {curialitalcs) et offrans de nous servir là où ils pourront.

Registres publics: lxxxi

On résolut de répondre que comme ils nous avoient prié de leur donner une place dans la ville où l'un de leurs prédicateurs leur prêchât et à ceux qui le voudroieut aller ouir, du moins, pendant qu'ils seroient à Genève, nous leur avions répondu que ce n'estoit pas à nous à faire cela ; et qu'ils fissent comme il leur plairoit parcequ'ils sont puissans : que leurs prédicateurs avoient prêché : et que puis que les dits Ambassadeurs s'en veulent aller, nous les prions de vouloir emmener avec eux leurs prédicateurs, de peur que la ville ne se remplisse de divisions. Et parcequ'il y a des difFerens et des disputes entre nos citoyens à l'occasion des dits prédicateurs nous donnerons charge à nos Ambassadeurs d'aller à Berne et à Fribourg pour les prier d'envoyer des Ambassadeurs qui entendent les dits differeus et qui facent un accord amiable; enfin que leur prédicateur se retire, et s'ils le trouvent bon nous ferons aussi cesser le prédicateur Cordellier, duquel ils se plaignent qu'il ne prêche pas comme il doit.

Les Sindics accompagnés de quelques Conseillers allèrent faire cette réponse aux Ambassadeurs de Berne en leur logis, lesquels répondirent que nous prissions garde que nôtre conduite nous fût avantageuse, et que nous fissions en sorte qu'ils pussent persévérer dans la volonté qu'ils ont de nous servir : que nous ne leur imputassions point d'avoir pris une place pour le prédicateur, parceque ce n'est pas eux qui l'ont fait, mais une partie des citoyens pour entendre la parole de Dieu , les quels ils nous recommandent nous prians qu'à cause de cela ils ne souffrent aucun dommage. Et parceque l'on a pris cette place , cela est venu de Dieu , et non point d'Eux , ils ne v,eulent ni ne peuvent ôter au peuple ce que Dieu luy a donné, mais nous prient que nous ne nous opposions point à ce que Dieu a fait, ou du moins que nous agissions d'une telle manière avec ceux qui aiment et qui écoutent la parole de Dieu , qu'ils n'aient pas suiet de se plaindre; qu'ils savent que ceux qui aiment les Bernois ne seront point contraires à ceux qui recherchent la parole de Dieu.

L XX XII , Extraits des

L'apres disnée on opina sur cette réponse , et on résolut de parler en particulier à ceux qui vont ouir ledit prédicateur et au prédicateur même s'il se peut, pour leur persuader de retourner en la maison qui a appartenu à I. ïaccon, et de s'en contenter iusques à ce qu'il en ait été connu des Ambassadeurs de Fribourg et de Berne qui viendront icy ; afin qu'on puisse mieux éviter tout danger de scandale.

3 Mars. Le 3 Mars I. Lambert procureur gênerai exposa qu'il a

appris qu'il y avoit plusieurs prattiques dans la ville pour l'affaire de L Portier; c'est pourquoy il prioit qu'on y avi sât : ce qu'on luy promit.

6 » Le 6 Mars Nie. Ducrest , P. et L Malbuisson, L Lect ,

Phi. de la Rive, Fr. Roy, et Bart. Faulchon entrèrent et se plaignirent que quelques citoyens alloient la nuit par la ville chantans des chansons pleines d'iniures contre eux, ce qu'ils ne peuvent pas souffrir. Ils prièrent aussi qu'on leur répondît si nous avions donné une place au prédicateur de la nouvelle loy , protestans qu'ils 'n'y consentent point, et que s'il en arrive quelque mal à la ville ils n'en seront pas cause ; et qu'ils n'entendent point que nous tenions en seureté ledit prédicateur, n'estant pas leur faute s'il luy arrive quelque mal , puis qu'il ne tient pas à eux qu'il ne cesse de prêcher. On leur répondit que nous ne consentions pas non plus à ces prêches , et qu'il ne tenoit pas à nous qu'on ne cessât de les faire, mais plutôt à eux qui sont du Conseil et qui refusent d'y venir selon leur devoir. Que pour ceux qui les iniurient, s'ils les nomment on en fera information, et on les châtiera.

L Philippe entra et exposa que quelques uns de ses amis l'avoient prié de nous supplier pour L Portier, c'est pourquoy il nous prioit de le relâcher et luy pardonner pour cette fois, moyennant quoy il prèteroit à la ville une bonne somme d'argent, laquelle en a bien besoin. On luy répondit qu'on verroit ce qu'on pourroit faire selon la iustice.

On élut pour Ambassadeur pour aller à Berne Cl. Savoye, L LuUin, Est. Dada, et- L D'arlod , lesquels iront aussi à Fribourg.

Registres publics. lxxxiii

Le 7 Mars on paya 150 écus pour les lournées des Àmbas- ^ sadeurs de Berne; oq bailla aussi 50 écus à nos dits Ambassadeurs.

(Exécution de I- Portier voir Grenus p. 190).

Le 13 Mars on mit une autre serrure en la grotte de S. l^ Pierre , afin qu'on n'enlevât point les droits de la ville.

Le 17 Mars maître Guil. Farel présenta une requête contre ^^ le Cordelier qui prêchoit le Carême : on ne luy fit point de réponse.

Nie. Ducrest, I. L. Ramel , L Liffort, P. et L Malbuisson, L Bordon , Fr. Roy, Marin Versonnex , Girardin et Philippe de la Rive, Perceval , L et Guil. de Pesmes , Bart. Fauchon, P. Baux , Berterat , Vindret et Pensabin exposèrent qu'ils avoient appris qu'hier M. le Sindic Sept avoit dit au prédicateur ordinaire Cordelier, que Guillaume Farel serviteur de Messieurs de Berne se plaignoit par une requête des choses qu'il avoit prêchées , et faisoit partie contre hiy; et qu'eux exposans tant en leur nom que de leurs adherens ne vouloient permettre que Farel ni aucun autre reprît ledit prédicateur, autrement que le peuple se souleveroit contre ledit Farel, duquel ils dirent beaucoup de maux. On n'ordonna rien là dessus, mais le Sindic Sept dit de son authorité qu'il iroit parler au dit prédicateur pour le consoler.

Le 18 Mars frère Coutellier, Cordelier prédicateur ordinaire is donna des articles par lesquels il demanda qu'il pût prêcher du sacrement de l'eucharistie, de la confession sacerdotale, et des privilèges et indulgences concédées à l'ordre des frères Mineurs. On luy répondit qu'il prêchât comme il l'avoit promis, n'avançant rien qu'il ne pût prouver et maintenir par la S^e Ecriture, et qu'on ne luy donnoit aucune permission du contraire.

Le 19 Mars I. LuUin et Est. de Chapeaurouge .\mbassa- 19 deurs revenans de Berne rapportèrent que Messieurs de Berne vouloient leur entier payement, et qu'ils ne conseilloient pas d'envoyer des Ambassadeurs. Oue pour ce qui est de se ioindre à nous contre ceux qui sont cause des dépens à l'occasion du prédicateur, ils n'avoient pas encore eu réponse, et

Murs.

Lxxxiv Extraits des

' qu'ils y avoient laissé les autres deux Ambassadeurs Cl. Sa-

voye et Dada pour l'atleudre.

27 Mars. Le '27 Mars on lut des lettres de Messieurs de Berne pré-

sentées par Farel.

lean Cuentzoz et 3 autres Ambassadeurs de Fribourg qui étoient arrivés le iour précédent exposèrent que leurs Seigneurs auroient bien souhaitté que nous nous fussions comportés de telle sorte envers eux, que la bourgeoisie qu'il y a entre eux et nous et qui nous a beaucoup coûté eût pu subsister : Que nous nous devons assés souvenir que nous leur avons écrit à diverses fois ces temps passés, que nous voulions vivre à forme de nos Edits , et que nous ne voulions pas tomber en la nouvelle Loy Luthérienne : Cependant que nous avions écrit une chose et que nous en avions fait une autre; parceque contre ce que nous avions promis, nous permettions à Guil. Farel prédicateur de la nouvelle secte de prêcher publiquement 1» dans les maisons, et maintenant au convent des fr. Mineurs au son de la cloche: Que leur bourgeoisie ne pouvoit pas subsister avec ces presches et avec la nouvelle Loy. Ils présentèrent aussi certains articles qui conimençoient par Les Rebellions etc, par lesquels ils disoient qu'il paroissoit assés que nous avions fait contre notre Prince et que nous avions énervé sa iurisdiction et son authorité : et ils dirent que leurs Supérieurs avoient considéré que M, l'Eveque ayant été reconnu par nous pour nôtre Prince , et ayant été réservé en la bourgeoisie , nous l'avions rompue en faisant contre luy. C'est pourquoy leurs Supérieurs leur avoient baillé les lettres de bourgeoisie avec charge de nous les remettre, et de reprendre leurs sceaux des nôtres. Ainsi, qu'ils nous les apportoient , demandans que nous leur rendions leurs sceaux , et que nous repn^nions les nôtres des leurs: Que si nous le leur refusions ils demandoient le grand Conseil. On Ie>ir répondit que nous avions beaucoup de déplaisir que Messieurs leurs Supérieurs fussent si fort irrités contre nous, dont nous ne savions pas la cause- que nous ne croyions pas d'avoir rien fait contre la bourgeoisie ni qui les doive obliger à nous la rendre et à la rompre; et que si

Registres publics. lxxxv

leur charge portoit d'entendre notre réponse aux articles qu'ils nous présentoient , nous leur ferions bien voir s'ils sont contre la vérité : cependant qu'on feroit assembler le 200. comme ils le demandent.

Le 29 Mars en conseil des 200. Messieurs les Ambassadeurs ê9 Mars. de Fribourg exposèrent les mêmes choses qu'ils ayoient dites en conseil ordinaire, aioutans que si on ne leur rendoit pas les sceaux de leur alliance, ils demanderoient qu'on assemblât le conseil gênerai. On les pria par plusieurs fois qu'ils reprissent leurs lettres de bourgeoisie, ce qu'ils firent enfin, en protestant que si on ne leur accordoit pas le conseil gênerai, ils les rendroient. Apres quoy on leur répondit que nous n'avions rien fait qui les dût obliger à rompre la bourgeoisie ; que les articles qu'ils nous avoient présentés étoient contre toute vérité, et que s'ils étoient bien informés ils verroient le contraire ; et que parceque la chose est de très grande importance nous aviserions de leur faire une réponse dont ils seroient satisfaits. Apres qu'ils se furent retirés on résolut de leur répondre qu'ils savent la dépense que nous avons faite yjour obtenir la bourgeoisie . à laquelle nous n'avions point contrevenu : que si nous leur avons écrit que nous voulions vivre comme nos pères, nous le faisions aussi , et qu'ils n'ont pas encore vu que nous ayons abbattu les temples et les cérémonies : que si Farel a presché, nous ne luy avons point donné la place, mais qu'il l'a prise luy même, estant venu avec Messieurs les Amljassadeurs de Berne pour soutenir l'honneur de Dieu et de Messieurs 'de Berne contre le lacopin qui avoit prêché l'Advent : que quoy que nous ayons souvent été requis, par les dits Ambassadeurs de luy donner une place, nous le leur avons touiours refusé : qu'ils savent combien i4s nous ont exhortés de conserver la bonne 4»race de Messieurs de Berne, à qui nous sommes obligés en tant de manières ; cependant que nous n'avons point osé leur complaire en cela , mais nous nous y sommes opposés autant que nous avons pu ; et parceque nous avons vu que nous ne pouvions pas empêcher ces prêches , nous avons envoyé des Ambassadeurs vers Messieurs de Berne et de Fribourg

Lxxxvi Exlraits des

pour leur demander qu'ils nous envoyassent des Ambassadeurs pour ouir nos differeos et les pacifier. C'est pourquoy nous les prions de prendre cette réponse en bonne part , et nous recommander à leurs Supérieurs. On résolut qu'on assembleroit le Conseil ordinaire l'apres disnée pour leur faire cette réponse ; auquel on résolut d'aiouter que nous n'avions pu faire autrement à l'égard des prêches de Farel à cause (jue nous devions iusquà 9900 écus à Messieurs de Berne : que pour ce qui est des articles, nous les priions de nous être amis et pères comme ils l'ont été iusqu'icy, et de ne pas soutenir l'Eveque contre nous, auquel ils n'ont aucun devoir mais à nous.

On alla donc au logis de la Coupe où ils étoient logés, et on leur fit celte réponse, dont ils ne furent pas satisfaits, et demandèrent le conseil général qu'on leur accorda. 30 Mars Le Lundy 30 Mars ou appella le Conseil gênerai au Clois-

tre de S. Pierre au son de la grosse cloche comme de coutume; on y proposa ce que Messieurs les Ambassadeurs de Fribourg demandoient, et ce qu'on leur avoit répondu. On lut aussi l'édit qu'aucun ne soit si hardi de parler de rompre la bourgeoisie à peine de la vie, qui fut ratifié tout d'une voix. On fit entrer Messieurs les Ambassadeurs de Fribourg qui exposèrent leur charge et mirent les lettres de bourgeoisie dessus la table, et demandèrent celles que nous avions afin d*en ôter les seaux. On les pria fort de garder ces lettres, mais ils sortirent du conseil, après quoy on résolut de leur faire la réponse suivante-

« Magnifiques Seigneurs, Nous avons ouy ce qu'il vous a « plu de nous dire de la part de vos Seig" et Supérieurs. a Et quant à ce qu'il vous a plu nous mettre en avant des « lettres et arrêts que nous avons écrit , en ce temps que « nous écrivimes ne prôchoit encore point Farellus que sceus- ^< sions , et n'a point prêché ne eu place de nôtre consente- « ment; mais est allée la chose ainsi, qu'un lacopin qui <' prêcha l'Advanl passé dedans S Pierre, prêcha publique- « ment plusieurs outrages contre l'Excellence de Messieurs de « Berne, ce qu'il promettoit publiquement maintenir, dont

Registres publics. lxxxmi

« lesdits Srs de Berne nous écrivirent que deussions estre as- « sures de sa personne , comme se couste par leurs lettres : « et pource en après lesdits s""» de Berne envoyarent 4 Am- '< bassadeurs pour avoir le drgit contre luy , et avec eux « amenarent de leurs prescheurs pour luy répondre s'il vou- « loit maintenir ce qu'il a presché ; lesquels leur ont pres- « ché en une maison de l'un de Messieurs de Berne : Depuis « iceux prescheurs sont allés prescher à Rive , toutesfois sans « une licence; et combien que par les dits Soignas Ambas- « sadeurs de Berne , par un article , outre trois autres ar- '< ticles, tant de l'argent que leur devons, que du prédicant « qui les a blâmé , eussions esté plusieurs fois requis de leur « donner place, à quoy n'avons iamais consenti, et par ainsi '< ne tient point à nous, et n'avons fait chose pourquoy ayons « contrevenu à la bourgeoisie. Et quant aux articles que •< nous ont baillé, de l'autorité de M. de Genève, quand il * seroit besoin et qu'ils voudroient ouyr , nous leur ferions « apparoistre la chose n'estre pas ainsi. Et par ce que Mon' «( de Genève n'a pas été réservé de leur part en la bour- «c geoisie, il nous semble qu'ils n'ont pas le devoir à luy < mais à nous. C'est pourquoy nous les supplions en vertu « du serment par eux à nous fait, qu'ils nous veuillent être « en aide à maintenir nos droits, tant contre luy qu'autres, « et ne soutenir point ces articles contre nous, mais penser « aux frais qu'avons eu iusques à présent , et dont encore « nous sommes grandement débiteurs à Messieurs de Berne, «auxquels tant à cette cause que pour pouvoir paciGer nos « differeus , et trouver moyen de vivre en paix , nous avons rt envoyé des Ambassadeurs auxquels nous avons donné charge « de les supplier , comme aussi l'Excellence de Messieurs de « Fribourg, de nous vouloir ottroyer de leurs Ambassadeurs « pour venir icy pour ouyr nos diCforens et nous estre en « aide et trouver moyen que puissions ensemble vivre en <•< bonne paix et union. Et pourtant les prions qu'il leur « plaise prendre cecy en bonne part, et ne nous présenter « point la bourgeoisie pour la rompre , mais leur plaise l'ob- « server et garder et nous estre touiours bons Seigneurs ,

Lxxxviiï Extraits des

'^ pères et protecteurs. Et quant à nous, Magnifiques Sei- « gneurs , nous ne recevrons point la restitution de ladite «( bourgeoisie , et quand bien vos Seig^s et Supérieurs se- « roient de ce vouloir de la rompre nous ne le pouvons faire, • « pource maximement que leurs Excellences ibintes à Mes- << sieurs de Berne d'une part , et nous faisans l'autre partie , « l'avons deux fois iurée; ainsi ne la pouvons rompre les uns « sans les autres : c'est pourquoy nous protestons n'y vou- (( loir point consentir.

Lesdits Ambassadeurs ayans ouy cette réponse présentèrent des. lettres données à Fribourg le 23 Mars 15 34 par lesquelles leurs Supérieurs nous appellent à tenir une Journée à Lausanne le Dimanche de Quasimodo. On les pria de reprendre les lettres de bourgeoisie, et on leur dit que nous-ferions en sorte en la lournée que leurs Supérieurs en seroieni contens : après plusieurs prières réitérées et plusieurs refus, disans qu'ils n'en avoient point d'ordre, ils furent contens de reprendre lesdites letties pour attester qu'ils nous avoient présenté lesdites lettres de bourgeoisie, et que nous les avions refusées. On les en remercia et on les pria de supplier leurs Seigrs de prolonger le temps de la Journée à cause des fêtes de Pasques, et de nous recommander à leurs Seigneuries.

Et parceque lesdits Ambassadeur^ nous avoient reproché que nous avions fort offensé l'Eveque, on leur remontra que ces articles touchant ledit Evoque étoient tout pleins de mensonge, et on leur fit lire deux lettres et un commandement par lesquels il appert que l'Eveque même est cause de la dernière guerre que nous avons eue.

Nicolin Ducrest et quelques autres protestèrent contre ceux qui avoient fait venir Farel, et semblables prédicans à cause des dommages et intérêts qui pourroient arriver à cause d'eux. Le Sindic Sept répondit que luy et tout le conseil ordinaire avoient déia protesté il y a longtemps des dommages contre ceux qui sont cause des différons 2 À! vil. Le leudy 2 Avril en conseil des 200. on arrêta qu'on di-

roit à Farel et aux autres qu'ils ne sonnassent point la cloche de Rive pour le sermon auiourduy et demain , afin d'observer la coutume- (C'estoit le Jeudy et le Vendredy saint).

Registres publics. lxxxix

Parcequ'il y avoit soupson de quelque sédition à cause des menaces et praltiques de plusieurs, on résolut que les dizaines feroient le guet.

On taxa la chair de bœuf à 7 deniers , celle de mouton à dix, et on ordonna qu'on n'en vendroit qu'aux boucheries de Longemale , du Pont du Rône , et de la luiverie ( auiourduy le Grand mezel).

Messieurs Triboulet et Grafferier Ambassadeurs de Berne exposèrent que leurs Supérieurs ayans appris que nous demandions des Ambassadeurs qui avec ceux de Fribourg pussent accommoder nos differens, les avoient envoyés pour cela ; et comme ils ont appris que Messieurs les Ambassadeurs de Fribourg ont été icy et s'en sont retournés sans traitter des diflFerens, ils s'offroient à nous servir en ce qu'ils pourroient selon la charge qui leur a esté donnée.

Le 4 Avril on élut pour aller en ambassade à Fribourg 4 Ann. Nie Ducrest et Claude Savoye.

Messieurs les Ambassadeurs de Berne dirent à Messieurs les Sindics en particulier qu'eux et nous avions été fort iniuriés par quelques uns de Genève, qui avoient publié au pays de Vallay que nous avions abbattu les autels, les images, et autres choses saintes à la demande de Messieurs de Berne : prians qu'on en prît information, parcequ'ils vouloient faire partie contre ces gens là et les poursuivre en iustice. On résolut d'en informer.

Le Dimanche 5 Avril iour de Pasques on reçut des lettres J du Duc.

Le 6 Avril fr. Guy Furbity prisonnier fit demander un con- ^> fesseur qui luy administre le Sacrement de l'Eucharistie; sur quoy on résolut que parcequ'il est opiniastre , et q-u'il ne veut pas obéir à ce qui a esté iugé, on ne luy permettroit point de parler à personne sinon en pré.sence des Sindics.

Cl. Savoye s'estant excusé d'aller en Ambassade à Fribourg on ioignit à Nie. Ducrest, l. Amé Curtet et Dom. Franc.

Le 11 Avril on reçut des lettres de nos Ambassadeurs por- n tans que Messieurs de Fribourg veulent tenir la marche à laquelle ils nous ont cités : on élut pour Ambassadeurs pour y

xc Extraits des

aller le Docteur I. Louys Blecheret, le Sindic Michel Sept, et Cl. SavoyeiS Avril. Le 13 Avril I. Aimé Curtet vint en poste de la iournée de

Lausanne, pour dire que Messieurs de Fribourg avoient dit que les iuges que nous y avions envoyés étoiént encore nos bourgeois, et n'estoient pas libres du serment qu'ils nous avoient preste, et que nos procureurs n'avoient point de procure par écrit : sur quoy on Ht promptement expédier une procure par Messieurs Blecheret et Sept , et une constitution de iuge par Cl- Savoye et Carrier, avec absolution de tout lien de serment. On donna encore trois blancs signés par précaution. Ce qui fut approuvé par le 200. assemblé le iour même : auquel on lut les lettres du Duc pour aller à Chambery reçues le 5 Avril ; on résolut qu'on n'y envoyeroit point, puis que nous ne sommes pas ses suiets de peur que cela ne soit tiré en coutume.

ij , Le 17 Avril Aimé Levet ayant refusé de fermer sa bouti-

que pendant la procession , quoy que le Sindic Curtet le luy eût fait commander par les guets., fut condamné à 3 iours de prison au pain et à l'eau.

Michel Sept et L Aimé Curtet revenans de la iournée de Lausanne firent leur rapport, et dirent que la Marche avoil été renvoyée au 28 Avril.

30 > Le 30 Avril les Ambassadeurs retournèrent de la Marche

tenue à l'instance de Messieurs de Fribourg et firent leur rapport en 200.

Ceux de la Corraterie se plaignirent qu'on tenoit des putains aux estuves qui sont en leur quartier : sur quoy on résolut de commander aux hôtes des estuves de les chasser, et de publier qu'elles aillent au lieu accoutumé. /" ilfoîf. Le Veudredy l*"" May on résolut d'envoyer des Ambassa-

deurs à Fribourg pour prier Messieurs de Fribourg de n'agir pas avec nous avec tant de rigueur, et de ne pas rompre la iDOurgeoisie , ne croyans pas à ceux qui leur font des mauvais rapports de nous.

4 , Le 4 May ou rapporta que le iour précèdent Amy Perrin,

I. Gueule, L Blanc et quelques autres étoient allés à l'Eglise

^^^,^;*.^-^' Registres publics. xci

de la Madelaine, où ils setoient querellés avec des prêtres et des femmes; et en suite étoient montés au clocher et avoient empêché de sonner ceux qui sonnoient vespres, et en avoient frappé quelques uns, ce qui avoit causé grand bruit dans ce quartier là Sur quoy on résolut d'envoyer les autheurs en prison au pain et à l'eau.

Jaquemette femme d'Amy Moutcnier se plaignit qu'estant le iour précèdent près du Convent de Rive, fr. laq. Bernard, et un autre Cordelier l'avoient battue iusqu'à effusion de sang, parcequ'elle disoit à une putain qui entroit dans le convent qu'elle feroit mieux de demeurer avec son mary. Sur quoy on résolut que Messieurs les Sindics iroient audit convent et demanderoient aux Religieux que ledit Bernard et l'autre fussent rais dans leurs prisons , dont les Sindics garderoient les clés, iusqu'à ce qu'il en fût connu.

Le 5 May on élut pour Ambassadeurs pour aller à Fri- 5 May. bourg 1 Amy Curtet, Est. Pecolat , et Matthieu Carrier.

On dit aux Capitaines des dizaines d'avertir leurs gens de se tenir prests pour le ieu du papegay pour Dimanche prochain-

Le 7 May on donna avis qu'un homme venant de Cham- r .May. bery de la feste du suaire avoit dit qu'il y avoit ouy dire que le Duc se gouvernoit par le conseil de Michel Guillet, et que devant la feste de Pentecoste ledit Duc entreroit dans la Ville, et y feroit couper la teste à plusieurs des principaux.

Le 8 May Louys Bernard demanda qu'on relâchât fr. laq. S • Bernard son frère, puis que la partie étoit contente^ ce qu'on lu y accorda.

Le 14 May Curtet, Pecolat et Carrier Ambassadeurs rêve- '* nans de Fribourg rapportèrent que Messieurs de Fribourg leur avoient dit qu'ils ne vouloieut plus absolument continuer la bourgeoisie , et qu^ils avoient en leur présence coupé leur sceau des lettres de bourgeoisie et vùuloient avoir le leur qui est de vers nous. Sur quoy on résolut que s'ils envoyeut leurs Ambassadeurs pour demander leur sceau, on leur diroit que la bourgeoisie de Berne faite par eux et Messieurs de Berne avec nous, ne pou voit pas se rompre sans Messieurs

xcn Extraits des

de Berne, et que nous ne pouvions ôler aucun sceau sans Messieurs de Berne.

/.5 May. Le 15 May Nie. Fogel et N. Roguenet Ambassadeurs de Fri-

bourg exposèrent qu'ils avoient charge de nous demander que nous leur rendissions leur sceau attaché aux lettres de bourgeoisie, nous présentans le nôtre qui avoit été coupé desdites lettres, à forme de la sentence de la marche de Lausanne. De plus qu'ils avoient charge de nous dire qu'ils étoient prêts à payer les péages, les pontenages et autres choses dues par les marchans , comme ils faisoient devant la bourgeoisie. Comme on parloit de cette affaire, on vint dire que du côté de la porte de Rive on voyoit venir un grand nombre de processions des villages etc. (voir Grenus p. 192).

i6 » Le 16 May parcequ'à tout propos les prêtres sonnent la

grosse cloche de la ville , et fort inconsidérément : on résolut d'enfermer la dite cloche avec une porte dont les Siudics garderoient la clé : ce que M. le Vicaire approuva.

17 » Le 17 May un homme rapporta que comme il étoit hier à

IVion 5 quelques uns de Messieurs de Fribourg luy avoient dit, « Tu es de Genève, mais à tout le moins quand nous y fe- « rons quelque iour guerre, que les gens de bien se mettent « à part.

S2 » Le 22 May parceque quelques uns disoient par la ville qu'il

seroit bon d'envoyer h Fribourg des Ambassadeurs qui leur fussent agréables pour les prier encore pour la bourgeoisie , on résolut d'envoyer des Ambassadeurs à Berne pour demander des Ambassadeurs à Fribourg qui les prient de n'agir pas contre nous avec tant de rigueur.

êi . Le Dimanche 24 May le conseil s'assembla à cause du grand

bruit qu'il y avoit dans la ville, parceque quelques uns la nuit précédente avoient été si téméraires que de défigurer neuf images de pierre qui estoi<'nt sur le portail du couvent des Cordeliers, en leur coupant la tête, les bras, les mains et autres membres, ce qui est au grand deshonneur de la iustice de la ville. On appella les voisins, qui dirent qu'ils ne savoient qui c'estoit, seulement ils avoient vu la nuit précédente à onze heures environ neuf hommes avec une échélo

Registres publics. xcm

dressée contre le dit portail, et avoient ouy donner quelques coups. On fit ce iour et les suivans de fort exactes informations pour découvrir les autheurs de cette insolence , mais inutilement, quoy qu'on emprisonnât plusieurs qu'on soupsonnoit.

Le 26 May on ordonna qu'on referoit ces images le plus 36 Muij. tôt qu'il se pourroit, aux dépens de ceux qui se trouveront coupables.

Le 31 May il y eut un grand tumulte à cause de certaines 3i . danses faites par des femmes de S. Gervais déguisées qui porloient des branches de buis : George Marchand donna un soufflet à l'une d'elles.

Le Mardy 2 luin en conseil des 200. on proposa si l'on 3 inin. devoit publier quelque chose outre la coutume, au suiet de la procession de la fesle Dieu , qui se doit faire leudy prochain , parcequ'il y en a plusieurs qui peut estre ne nettoyeront pas les rues et ne les orneront point. On résolut qu'on ne feroit point de cries que les ordinaires.

On parla des danses qui causoient diverses querelles, comme de celles des femmes du Moulard , de celles de la Fusterie , et de celles de S, Gervais et autres quartiers de la ville qui font des danses malhonestes, et qui semblent plutôt faites en dérision qu'autrement. On résolut de défendre par les dizaines de faire de pareilles danses^ et que chacun se contente de danser devant sa maison.

Le 8 luin Cl. Bernard et quelques autres citoyens firent *^ » des plaintes contre M. lean Vicaire de S. Gervais: on appella ledit Vicaire, qui disputa long temps avec m^ft" P. Viret prédicateur, et parcequ'on vit que ledit Vicaire ne soutenoit point sa question par aucun bon argument : et qu'il se détournoit entièrement de la vérité , on luy fit des remontrances qu'il ne corrompît plus l'Evangile , mais qu'il se tût ou qu'il prêchât la vérité, autrement on procéderoit contre luy, et on ne luy permettroit plus de prêcher ainsi. Il promit de prêcher la vérité.

Le 9 luin on résolut d'amodier la dime de S. Victor. o .

Le 12 luin on parla des images du portail de Rive rom- /g .

xciv Extraits des

pues, et on résolut qu'on les ôteroit , et qu'on les mettroit en un lieu seur et secret iusqu'à ce qu'on les pût refaire, et qu'on chercheroit une image de S. François pour mettre sur ledit portail au lieu de S. Antoine de Padoue.

Le disme de l'hôpital qui fut du Prieur de S. Victor fut amodié pour 30 paires, scavoir 30 coppes de froment et 30 d'avoine (c'estoit ce qui étoit enclavé dans les franchises).

15 iiiin. Le 15 luin on lut des lettres de Berne portans que le Duc

de Savoye s'estoit plaint à eux , que certain gonfalon des procession de Chablais qui venoit ici avoit esté rompu. Ordonné de récrire que cela n'est pas vray.

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