CHAPITRE IV
Le commencement qu'on prescha lEuangilk pub/icquement dans Geneue .- par qui, et comment fut faict .- Du Moyne qui preschoit à Rive nomme Bocqucîi.
4WR pour retourner à nostre ^ propoz, que auons laissé à dire quand Fromment. preschoit du commencement en la salle de Boytet près du iMollard. De ce temps là y auoit vng homme nommé Christoffle Boucquet, vestu en courdellier, cougnoyssant vérité, qui preschoit au conuent de Riue les Aduents, que les superstitieux en la Papaulté ont de coustume obseruer, et ieuner iusques à Noël , par l'espace d'vng moys. Lequel incontinent après qu'il auoit paracheué son sermon plusieurs du peuple s'en alloinl derechief ouyr prescher From-
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meni, en la salle qu'il avoil louée. Mais le nombre creust tellement le iour de l'an après Noël , que la multitude d'hommes et femmes fust si grande, eslans tant effectionnez d'ouyr la parolle de Dieu, qu'il ne peult paruenir iusques dans sa chambre, car la mayson , les degrés, le porche, et les rues estoint si playnes que l'vng foulloit l'aullre. Et commencèrent à crier à haulle voix les vngz aux aultres, au Mollar, au Mollar : et le- myrent au Mollar sus vng banc de peysonniere, et crioyent encores plus fort, hommes: Preschés nous, preschés nous la parolle de Dieu. Auxquelz respondit à haulle voix; c'est aussi celle qui demeurera éternellement, et leur fisl signe de la main qu'ils fissent silence et se turent. Le peuple estant appaysé commença à prescher, se mettant à genoux à terre, louant les yeux au ciel, auec larmes et ioincles mains , exortant le peuple d'inuocquer Dieu auec luy esleuant sa voix si hault que vng chascun l'entendoit parler, comme si fussent tous auprès de luy disant :
Le Pr esche du Mollar d faict ^
par Fromment.
0 Dieu éternel père de toute miséricorde , tu as promis à tes cnfans de leur donner tout ce qu'ilz te demanderont en foy , sans rien leur refuser, moyennant que ce soyt chose iusle et raisonnable. Tu as touiours cxaulcé les tiens enfans oppresses de toutes choses. Tu sais maintenant qu'il est de bcsoing à ce poure peuple mieulx que luy
ne moy, c'est qu'ilz ouenl principallement la parolle: combien que nous tous auons esté ingrats de te recougnoistre pour nostre seul père, et celluy que tu as enuoyé ton propre filz lesus Christ à la mort pour nous, pour nostre seul Saulueur, Avocat et Maistre. Touleïïoys, Seigneur, tu nous as promiz que toutes les foys et quantes que le poure pécheur se relirera à toy, par le moyen de ton filz lesus Christ, nay de la Vierge Marie, tu le exaulceras. Car nous sçauons, et si sommes asseurés que tu ne demandes point la mort et la confusion des poures pescheurs, mais veulx qu'ilz se conuertissent et viuent. Et si veulx qu'ilz soyent retirés de ténèbres d'ydollatrie d'erreur et de mensonge , en vraye repentance, non pas qu'ilz demeurent tousiours soubz celte §^rande tyrannie de l'antechrist, soubz la main du dyable, et de ses seruiteurs, qui sont les faulx prophètes, ennemys et aduersayres de ta saincte parollc contre laquelle ne font que batailler par leurs faulses doctrines, malices et inuentions humaynes, controuuées de leurs testes, ne tachant à aultre chose qu'à ruyner et dissiper ton œuure, ainsi que Satan leur Seigneur el maistre, faict dès le commencement du monde. Parquoy, nostre Père, tu voys ce poure peuple, qui est aueugle et conduict par les aueugles, tellement qu'ilz sont tous tombés dans la fosse de perdition , et ne pourroint estre reloués si ce nestoit de ta bonté et miséricorde. Il te playra donc Seigneur, le rcleuer et l'exaulcer corne moy, leur donnant Ion sainct sperit pour ouyr ta saincte parollc, leur
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ouurant les yeulx et leur amour, et les oreilles de leurs entendementz, pour en faire leur proffît et recongnoistre leurs faultes et péchez, ne regardant leurs iniquités, mais la bonté de ton filz que tu as donné à la mort pour eulx. Or puys qu'il t'a pieu, Seigneur, moy enuoyer à ceulx ci, pour leur donner à entendre ta saincte voullonté, la voye de leur salut, sans qu'ilz l'eussent merilé ne desserui, tu leur feras, et à moy. Seigneur, ceste grâce, par ta bonté infinie, de la leur voulloir communiquer, en leur faysant entendre, ouyr et recepuoir, par ton sainct sperit, ce que tu mettras en la bouche de ton seruiteur et ambassadeur, indigne certes de pourter la tienne telle et si grande ambassade. Toulteffoys, Seigneur, puis qu'il ta pieu et m'as voulu eslire, entre les choses foybles et debilles de ce monde, pour confondre les grandes, tu me donneras force, constance et sçagesse, telle que tous aduersayres ne sçachent contre dire , affin que ta vertu et puyssance soit magnifestée, non seullement en ceste ville, mais par tout le monde. Car aultrement ne seroit à ton seruiteur poussible de subsister à la présence de tant de gens ne d'vne si grande multitude d'aduersayres , si ne te playsoit fortifier ton seruiteur par ta puissance et vertu. Monstre donc Seigneur, que ta puyssance est grande , que tu as plus de vertu que Satan, ne les siens, et que la force, ta vertu et prudence n'est pas comme celle des hommes. Te suppliant très affectueusement qu'il le playse nous fayre cheminer sainctement et purement comme tes enfans, et perseuerer ius-
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ques à la fin^ le prians tous ensemble, ainsi que nostre Saulueur Icsuschrist nous a appris de prier, en disant, Nostre Père qui es aux cieulx, etc.
La lecture du teste de l'Euangile fust faicte de S* Matliieu, au septième Chapitre, ainsi que s'ensuyt:
Donnés vous garde des faulx prophètes, qui viennent à vous en vestemens de brebis, et par dedans ce sont des loups rauissans ; vous les cognoistrés en leurs fruictz.
Notre Saulueur lesus Christ, vray Dieu et homme conceu du S^ Sperit, nai de Vierge Marie, congnoissant les choses lesquelles debuoient aduenir à ses Apostres, et finalement à nous, les exortoit d'estre scaiges et prudens comme serpens, et simples comme coUumbes, pour et atfin qu'ilz se deubssent donner garde des faulx prophètes qui debuoient venir à eulx, en vestemens de brebis, et de ceulx qui desia estoint venus au monde. Donnant entendre que les faulx prophètes et l'anlechrist ne viendront pas en face ydeuse aux hommes, se disans estre des trompeurs, mais soubz la coulleur de saincteté, et en la plus belle apparence du monde, apparoistront, en sorte que les enfans de Dieu y seront déceus, tant sera belle et apparente leur doctrine et vie, ilz seront coUorisys de toute saincteté, vestus de peau de brebis, ayans leurs deffenses et bouclier des Sainctes Escriptures, mal entendues et interprétées à leur fantazie. A ceste cause nostre Dieu ne veult pas auoir vn peuple fol ne esseruellé, mais qu'il soit doué d'vne grande prudence de Dieu, non
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pas comme celle des enfans de ce siècle, ou du monde, airis comme vrays enfans de lumière, a sçauoir cognoistre et discerner les esperils. si sont de Dieu ou non, scachans fayre différence de doctrine de Dieu à celle des hommes, et des vrays Prophètes. Car celluy qui n'a cesle prudence, et ne sçait faire ce différent , se mesprise et ne croit pas le conseil de lesus Christ, qui dict qu'on se donne garde des faulx prophètes, et si n'est pas prudent comme serpent, mais est plus tost vng fol, et semblable au pourceau, qui ne sçait fayre différence, ne discerner la chose saincte bonne et honneste, à la villayne et deshonneste, recepuant tout à la vouUée. Ce que n'estoit pas permitz fayre ainsi aux hommes, en la Loy de Moyse. Car on faisoit grande différence des bestes nettes aux immondes, c'est à dire des bestes deffendues, et non prohibées d'en manger, tellement qu'il n'estoit loysible ne permis de manger des choses deffendues en la Loy, comme du pourceau et des aultres bestes qui auoient l'ongle fendue, et ne ruminoint point, car celluy qui faysoit au contraire estoit grandement à reprehendre, comme transgresseur de la Loy. Or si ainsi estoit que en la Loy de Moyse Dieu a eu esgard aux bestes, et falloit discerner d'icelles, voyre se garder d'en manger, qui estoit cérémonie, et chose deffen due pour certain temps, et pour entretenir le peuple d'Israël, ou pour le contenir en quelque exercisse, afTin qu'il ne fust enclin à aultre seruice que au commandement de Dieu, comme de non eslre ydollatre, et se fourger des aultres nouueaulx dieux
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en leurs enlendemens, ainsi que tous hommes y ont esté et sont enclins et adonnés pour seruir Dieu à leur fantaizie : car auUrement ne penseroint pas auoir assés bien satisfaicl à leur debuoir, si n'auoint inuenté quelque seruice à Dieu, de nouueau, auHre que le sien, comme si Dieu se soussioyt de nos fantazies. Par plus forte rayson debuons sçauoir discerner et congnoistre ce que nostre Dieu nous a baillé par ses S'^^ Escriptures, et ce que nous faysons si est de Dieu commandé ou deffendu , veu que ne deuons rien adiouster ne diminuer à ce que Dieu nous a baillé, non pas mesme quand ce seroit vng Ange du ciel qui nous vouldroit auUrement dire, ny deuons adiouster foy, ne l'ouyr, ne croyre, si n'est conforme à l'Escripture S'^, ains nous prendrons garde si sont faulx prophètes, et auoir la prudence du serpent, car si le serpent est si prudent en sa génération, qui n'est que vne beste brute, ayant en soy vne telle abstuce que de fermer les oreilles pour non pas ouyr la voix de l'enchanteur, et changer sa vielle peau, en temps deu, que deuons nous plus tost fayre affin que n'entendions et ensuyuions la doctrine faulse et conlrouuée des hommes, sinon de nous en donner garde , selon le conseil de lesuchrist, qui nous en admoneste, et fermer les oureilles du cueur pour nen estre séduyt et trompé d'iceulx. Et dauantaigc les fouyr et éuitcr comme les basillicques, qui nuy. sent es hommes, non seulement de présence, mais de veiJe : et qui plus est despouiller la leur et la nostre ancienne peau, en vestissant vne nouuelle, reiectanl la vielle, comme le serpent. C'est-à-dire estre
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faict nouuclles créatures, estre régénérés par l'esperit de Dieu, veslir \ng nouuel homme qui est Christ, et dépouiller le viel qui est la chair, la concupiscence, péché, Satan, ydollatrie, blasphenne, paillardise, rapine, hypocrisie, orgueil, auarice, que est racine de tout mal, auec la faulse doctrine de l'anlechist et des siens. Car ne nous seruyroit de guieres d'ouyr et d'entendre la parolle de l'Euangille si ne nous voulions changer de nos vies meschantes, ne de congnoislre les faulx prophètes et docteurs, et voyr leur vie meschante. si ne les voullions aussi euiter, non plus que d'auoyr la congnoissance des bestes venimeuses, et habiter avec elles, ou auoyr Texpérience du venin, le voyant au plact, et ne soy garder d'en manger : celluy qui auroit cette congnoissance, et ne s'en garderoit, il seroit incontinent iugé des plus folz plus que insensé et témerayre. Non seullemenl lesuchrist admoneste icy ses disciples et Apostres d'eslre prudcns comme serpens entre les hommes du monde, mais nous tous en gênerai, à leur personne, de se donner garde des faulx prophètes, et en s'en prenant garde, qu'on soit simple comme collumbe, non pas simplesse de foullie, ou d'ypocrisies monastiques, et bigoterie, mais de simplicité de cueur. Car nostre Dieu veult que nous ayons cette simplesse sans fiel ne amertume, comme la collombe, que est doulce et aymable : ainsy qu'il veult que ne soyons enfans de sens mais de malice. Vrayment si nous cheminons par telle simplicité de vie comme il nous enseigne en sa parolle, acillement nous vaincrons nos ennemys : car c'est
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la voye plus seure et plus briefue que nous puyssions auoir que ces armeures, par lesquelles nous fault vaincre les faulx prophéties à l'imilation d nostrc bon Saulueur lesuschrisl, qui par sa vie et conuersalion a conuaincu ses cnnemys et aduersayres, les Scribes et Pharisiens, leur amollissant le cueur par sa douleur et bénignité, non pas à battre ne à frapper, non pas à tuer ne brusler, ainsy que font les tyrans et aduersayres de sa parolle. Voici donc le souuerain moyen et les principales armeures des enfans de Dieu, pour se défendre des faulx prophètes, de Satan et du monde, voyre de les ruyner et abbattre avec ce cousteau de la parolle de Dieu. Aussi l'enfant de Dieu lesus Christ n'a aultres armeures pour se deffendrc contre ses ennemys les faulx Apostres, contre les Scribes et Pharisiens, ne contre Satan, que ceste doulceur, auec le cousteau de la parolle de Dieu qui tranche des deux coustés, et frappe iusques au dedans des mouelles, et iusques à la diuision de l'ame et de l'esperit, en sorte qu'il fault que tout y obéisse, soyt au ciel et en la terre.
Petremant Falquet , le grand Soullier deffendit à prescher.
Cependant qu'il parloit encores voicy venir Petremant Falquet, le grand Soultier de la ville, qui luy fait commandement de cesser et de non plus prèscher : auquel respondit, sans rompre son propoz. à plus haulte voyx qui ne preschoit : Il vaull mieulx obéir à Dieu que aux hommes, car Dieu
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me commande que ie presche sa parolle, el lu le me deffens; ie n'en feray rien par ton commandement, car à ce ne suys tenu d'obéir : Disant au peuple, Ne vous troublés point mes amys, mais escoutés ce que nostre Seigneur lesus dict qu'on se donne garde des faulx prophètes, qui viennent à vous en vestemens de brebis, et par dedans ce sont loupz rauissans; vous les congnoistrés en leurs fruilz.
Or, mes chers frères, en nostre Seig'" lesuschrist, pour se bien donner garde des faulx prophètes, préallablement et deuant toutes choses, il fault congnoistre quelz ilz sont, qu'elle est leur doctrine, quelle est leur vie, comment et dé quoy sont veslus et marqués : ce faict facillement les cognoistrés, et et après les avoir bien congnu, les fauldra fouyr et éuiter, comme ie ay dict ; car ce seroit chose folle à l'homme les congnoistre et voulloir tousiours suiure leur doctrine, tout ainsi comme de sçauoir quelle est la poyson, et quel dommage peult pourter, ce nonobstant pour son playsir en viendra manger et user. Quel est ce de vous, ie vous prie qui ne extima icelluy ce faysant plus que insensé, et priué d'entendement? Et pourtant après qu'ilz auront esté icy, à vostre présence, despeints au vif, de toutes leurs coulleurs, vous fouyrez sur toute chose leur doctrine, vie, el conuersation, laquelle est plus dangereuse et pernicieuse que nulle peste. Car les pestes desquelles Dieu vous a visité par cy deuant, ne vous ont touché que le dehors, mais (•este cy est bien aultre , et plus venimeuse que lous autres venins de la terre, car elle infecte
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l'ame, la tue, et la met à perdition. De laquelle peste et nous et nos pères en auons esté tous infectés desia enuiron par l'espace de mille ans : non pas que elle soit venue tout à vn cop, ne en apparence villayne ou difforme, mais peu à peu est venue, commme chancre, et soubz la coulleur de saincteté, ou soubz la couuerture et le vestement de brebis, ces faulx pasteurs, ces loups rauissans, sont entrés dans la bergerie, et mesme par bonnes intentions, pensans bien fayre. Et combien que lesuchrist et ses Apostres nous eussent assez aduerty de leur venue, et quelz ilz seroint, les monslrant au doigt, en telle sorte qu'il fault confesser que auons esté aueugles : si est ce neantmoins que nous sommes layssés mener et conduyre par le netz, comme poures bestes à l'abreuoir, en la fosse d'erreur et de mensonge : affin que l'Escriplure fust accomplie , disant, qu'il falloit que le filz de perdition, qui est l'anlechrist, fust reuellé , celluy qui est assis sus le temple de Dieu, se faisant adorer comme Dieu ; c'est la grande paillarde, qui se sied sur plusieurs eaues, peuples, et nations de la terre: auec laquelle tous les Roys, Princes, et Seigneurs ont faict fornication, et tous l'ont adouré; et vous mesmes l'adourés encores, et si croyés àluy, vous estes ses seruiteurs en faysant et obseruant ses ordonnances et commandements. le vous prie d'entrer en vous mesmes, et iuger si n'est pas ainsi, ou non, et de considérer quels pasteurs vous aués, quel beau maistrc vous serves, quel Dieu de terre vous adourés, car pour toute re-
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compense ils vous meynent à perdition. Mais afTin que si ne vous détienne trop longuement sur ce propoz, ie vous signifie et declayre ouuertement que c'est le Pape de qui ie parle, et les faulx Prophètes ce sont les Prebstres, Moynes. Caphars, et tous aultres de son mesnayge.
Beaucop de gens diront à présent que c'est nous qui sommes antechristz, et faulx prophètes, et non pas les aultres; disans, vous estes venus à présent de nouueau prescher une nouuelle Loy, pour destruyre la nostre, laquelle est ancienne, et approuuée de long temps par beaucop de gens de bien, par Conciles, et Vniuersités, et de si grandz Docteurs qui ont esté par le passé; mais la vostre n'est que de deux iours, et nouuelle, par laquelle ne faites que troubler toute la terre et les hommes, et la nostre est ancienne. Doncques, et par ces raysons c'est vous qui estes les antechristz , et faulx prophètes , non pas nos Prebstres. Aussi lesuchrist disoyt que es derniers temps deuoyent venir des faulx prophètes , et vous estes de ceulx qu'il entendoit dire, veu que venés en ces temps, et après les nostres : parquoy vous estes faulx prophètes, et si ne faictes que troubler toute la terre , mettre en diuision et débat les vngz les aultres : mais cependant que les nostres ont reigné nous estions en bonnes paix et amylié les vngz |auec les aultres, nous auions tant de bien, tant de bonnes années, que c'estoit merueilles, mais d'empuys que estes venus prescher cette Loy y n'y a heu que guerres ; famines, pestes, mauuaises années.
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diuisyions, noyses, malueuillances les vngz conlrc les aultres. Certes, si vous estes de Dieu enuoyez, comme vous dictes, vous pourleriés la paix auec vous, non pas la guerre, car là ont est paix Dieu y est.
Or, mes frères en nostre Seig*" lesus Christ, vous voyez icy les propoz et allégations que l'on faict à présent contre nous, lesquelz fault confuter, et donner entendre euidemment par bonnes raysons,et auctorité d'Escriptures, qui a le droict, ou le tort à meilleur droict, ou vos Prebstres ou nous, et qui sont les faulx prophètes desquelz lesus- Christ parle, car il fault que les vngz ou les aultres viuent mal, veu que l'vng dict cecy, l'aultre cella, en diuerses oppinions, en sorte que le poure peuple ne sçait de quel cousté il se doibt tourner, voyans tant de diuerses sentences, et vne chascune parti se dict auoir iuste cause. Parquoy, pour bien discerner de la cause, fauldroit premièrement, et deuant toutes choses que les ambes parties eussent vng luge competant, pour sçauoir iuger iustement et selon équité, sans pourter partie, ne sans estre accepteur des personnes, afiQn que n'y eust point d'appellation, non pas que les parties soyent eulx mesmes iuges en leurs propres causes : car si es iugemens civilz tel ordre de pollilique est tenu entr'eux d'auoir iuge competant, bonnes informations, bons tesmoingz, bonnes raysons, et lettres patentes, auanl que iuger, combien plus es choses de Dieu! affin que tout iugement temerayre et legier soyt osté d'entre les Chrestiens? Certes,
sans comparayson, cet ordre doibt estre obserué. Et pourtant pour oster toute suspicion, et senestre affection, ou qu'on ne pense pas que ie parle de moy mesme, ou que ie veuille estre iugé de ma propre cause, vous ne desclinerés ne d'vng cousté ne d'aultre sinon d'aultant qu'on dira vérité par la parolle de Dieu. Nous prendrons doncques un iuge souffisant et competant, produisans tesmoingz, lettres et coustumes anciennes, pour la deffense de nostre droict. Et en premier lieu le iuge ce sera Dieu, qui n'est pas accepteur des personnes, qui iuge d'vng iuste iugement, sans regarder ni le poure ni le riche, ne le fou ne le saige, ains baille le droict à celluy à qui appartient. Secondement son vray filz lesuchrist sera le tesmoingz qui souffiroit assés de luy seul pour en ouyr sentance. Touteffoys , pour plus grande vérification , et que les aduersayres ne puyssent trouuer quelque excuse d'ignorance sus cecy, nous produyrons encores des bons et légitimes tesmoingz, c'est assauoir les Prophètes et Apostres, affin que personne ne pense que ie veuille estre le iuge de mon dire. Tiercement Lettres signées et scellées du sang précieux de nostre Seign"^ lesuchrist, qui est son Euangille, salut à tout croyant, pour l'amour duquel tant de bons seruiteurs de Dieu, tant de bons martyrs en ont rendu tesmoygnage, pour lequel ont esté milz à mort, et espandu leur sang, n'espargnant leur propre vie, à rendre, ce tesmoygnage de lesuchrist contre les faulx prophètes. Quartement sera monstre quel est le der-
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nier temps, el que de long temps ont commencé les fauk prophètes, mesme du temps des Apostres y auoit des antechristz, qui regnoint au monde. Finalement sera alléguée la coustume ancienne, dès le commencement du monde, qu'est d'auoir son commandement de Dieu, de n'estre transgresseur de sa Loy, ne fayre ce que nous sembleroit estre beau et bon, ne de cheminer selon noz testes ou aduis, ne comme l'on dict communément par bonnes intentions, ains selon l'intention et vouUoir d'icelluy. Laquelle ancienne coustume a esté en tout temps obseruée des bons seruileurs de Dieu! Mais ceulx qui ont voulu fayre au contraire , et trouuer nouuelles Loys et ordonnancs , ou cheminer selon leurs intentions, s'en sont mal trouués, comme Saul, qui perdit son royaulme en pensant bien fayre , vouUant fayre sacrifice à Dieu des bestes grasses qu'il auait reserué de tuer. Des aultres en ont esté pescher d'aller en Hierusalem, duquel fust appelé Satan, n'entendant les choses de Dieu , mais celles des hommes. Cella ne sembleroit pas estre trop grande chose deuant les hommes, veu que Pierre le faysoit pensant bien fayre, et à la bonne intention pensant euiter la mort à son maistre. Mais c'est grand cas deuant Dieu de voulloir entreprendre quelque chose que Dieu ne veult pas estre faicte ; mesme pensant luy fayre playsir et sacrifice ce luy est desplaisant, puis qu'il n'est conforme à sa vouUonté. Quel desplaysir doncques doibt il prendre? quand les hommes font euidemment contre ses ordonnances, congnoissans bien qu'ilz font
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mal , et persécutent la vérité de Dieu , se iactans sçauoir les Escriptures Sainctes disans qu'ilz sont grands clercs, et sçauans, et qu'ilz ne sont pas aueugles, ains l'entendent mieulx que nous, disent ilz. Aussi leur péché demeure comme aux Scribes et aux Pharisiens auxquelz nostre Seign^ leur reprochoit qu'ilz estoient aueugles, et conducteurs d'aueugles, et pour ce que vous dictes que vous voyez, et que n'auez point de péché, vostre péché demeure. Si tel reproche est faicl de nostre Seign*^ lesus Christ aux Pharisiens . qui n'auoient pas tant d'orribles blasphèmes, ni tant d'ydolatries que ont de présent les nostres , pensés vous qu'ils soient exemps d'estres reprins de luy. Qui non seullement se disent iusles et sainctz , par leurs mérites , n'estans comme les aultres du commun peuple , mais tous seulz de l'Eglise, et pardonneurs des péchez, par leurs bullles , pardons, confessions oriculayres, messes, et tout plein d'auUres tracasseries, ou badinages, qu'ilz ont conlrouué de leurs testes; ce que les Pharisiens n'ont iamais ausé entreprendre fayre. Vrayment, à bon droict et à iuste tillre , à l'imitation et selon le tesmognage de lesus Christ, les pouuons nommer et appeler faulx Christz et prophètes. Car si ainsi esloit qu'ilz eussent telle puyssance de pardonner les péchez, et de nous rachapter, comme ilz disent , au mémento de leur messe , quant ilz font semblant de dormir, disans; pro
QUIBUS TIBl OFFERBIUS, VEL QUI TIBI OFFERUNT, PRO- SALUTE ET REDEMPLIONE ANIMARUM NOSTRARUM : IcS-
quelz par cella font vne nouuclle rédemption, qui
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si ainsi estoit, certes Christ seroit mort en vain : car si aultre que luy heust heu puyssance , par œuures, par sacrifices, ou aultrement, de nous rachapter, n'estoil besoing qu'il print tant de payne. Mais il a fallu qu'il ay faict luy seul l'appoinctement enuers le père, en luy faysant vn sacrifice aggrcable de son corps ; par lequel est entré au Sainct des Sainctz, estant la propitiation pour les péchez de tout le monde, car aultrement est appelé faulx prophète, faulx Christ, et faulx rédempteur : lesquelz ne deuons croyre, comme nous enseigne lesuschrist, en St-Malhieu 24, disant qu'ilz viendront de faulx Chrislz, et de faulx prophètes, es derniers temps, qui vous diront, Christ est icy , Christ est là : il est aux intérieures parties de la mayson , là dedans au plus profond, mais ne les croyez point, car ce sont de faulx Christz et faulx prophètes, dict il. Le vray Christ est celluy qui nous a rachapté de son sang, et le faulx Christ dict qu'il nous rachapté par sacrifices, ou aultrement. Quand il n'y auroit aultre tesmoygnage que cestuy cy ce seroit assés pour les debuoir congnoislre. et pour en donner iuste iugement d'cstre appelles faulx prophètes : car tout homme qui se faict pardonneur de péchés, ou rédempteur, de quelle auctorité ou moyen que ce soyt, il fault nécessayrement qu'il soit appelle nouueau Christ, et nouueau Rédempteur, et par consequenl faulx Christ et faulx prophète. Mais nous ne congnoissons point d'aultre pardonneur de péchez, ne aultre rédempteur que le vray Christ, lequel fault chercher lassus, par vne vraye foy.
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à la (lextre du Père , et non au profonl de la mayson, dans une armoyre, ainsi que font vos nouueaux Rédempteurs , et Sacrificateurs. Et ne fault pas qu'ilz allèguent qu'ilz le font à la mémoire de la mort et passion de nostre Saulueur et Rédempteur lesuschrist, car leurs escrips les démentent; ils le font en la memoyre premièrement de la Vierge Marie , mère de Dieu, et de nostre Seign^ lesuchrist, de Pierre, de Pol, de Clite, de Grisogone, de Cosme et de Damieno. Voyés leur communicantes, en leur Messel.
Donques pour venir à plus grande probation des choses susdicles, et alfin que personne ne puysse excuser deuant Dieu, en son iuste iugement, qu'il n'aye este assés aduerty et admonesté de lesus Christ, dict encores, pour plus grande vérification et congnoissance des faulx prophètes, desquelz veult qu'on s'en garde , en S^ Luc 22'' Chapistre. Donnant entendre quelz ilz sont, et comme ilz font : c'est qu'ilz viendront nonseuUement en vestemens de brebis et en habis discimulés, mais chemyneront en longues robes, et deuoreront les femmes vefues, soubz humbre de longues oraysons. Non pas qu'il veuille deffendre qu'on ne puysse bien pourler des longues robes pour la nécessité du corps , mays deffent la superstition hypocrisie , et la saincteté qu'on y boute , se extimant estre de l'Eglise, par telles choses, meilleurs ou plus sainctz que les aultres, estans aultrement en capuces accoustrés, tondus et rasés que non pas nous, appelés du commun peuple. Toutelïbys, par telz moyens de pourter ces habis,
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telles longues robes, ont deuoré et mangé les femmes vefues , soubz humbre de leurs longues oraysons. Non pas que ie veuille aussi dire qu'ilz mangent les femmes nefues, ne les gens, mais c'est vne manière de parler fort usitée entre les hommes, ainsi que l'on dict communément des Roys et Princes tyrans, qu'ilz mangent leur peuple, ou que aulcuns Clercz, x\duocatz. Procureurs, Officiers, et Commissayres mangent les gens, c'est à sçauoir leur substance et non les hommes, comme font les Anlhropophagites, qui mangent la chair des hommes. Tout ainsi, disons nous en nostre langue de ceulx cy, qu'ilz mangent les vefues, les mortz , et les vifz, ie dis leur substance, ainsi que disoit le Prophète, parlant de telz deuorateurs ; ilz rompent les os pour avoyr la moylle, et mangent mon peuple, comme l'on mange la chair qu'on cuyt au pot.
Or, regardez maintenant, peuple; ie vous supplie, et iugez vous mesmes qui sont ceulx la qui portent telz accoustremens, telles robes longues, qui mangent les vefues soubz l'humbre de longues oraysons. Vous voyez assés que ce ne sommes pas nous : car sommes accouslrés comme les aultres du peuple , sans faire différence de ces choses externes, ce que ne font pas les vostres, ains seroit excommunié et apostat celluy qui feroit au conlrayre. Et dauantaige, nous ne donnons pas à entendre au poure peuple qu'ilz nous apportent de leurs biens, et nous les saunerons, ou prierons pour eulx, et pour les morlz, lesquelz, par messes et prières, les sourtirons de pur-
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galoyre. Mais les voslres font tout au contrayrc en sorte qu'ilz ont tiré par telle coulleur soubz leur pâte, presque tous les biens de la terre, comme vous voyés : et si n'en fault dire mot, car celluy qui en parlera sera souldaynement mitz à mort ou excommunié, ou appelle hérétique ou Luthérien.
El oultre le tesmoygnage que desia lesus Christ a rendu de ces faulx prophètes, l'Apostre S^Pol, et les autres les viennent à despeindre au vif, en leurs escrips, tellement que n'y a si aueugle, ne si ignare, de présent, qui ne les puysse facillement congnoistre, sinon que soyent ceulx qui aient peur de perdre leurs souppes grasses; car leur baillent telz tiltres etépitetes, c'est assauoir, fontaynes et sisternes sans eaue , mangeurs du troupeau, antechristz, mocqueurs et excommuniateurs de lesus Christ, trompeurs de Magistrats, et mespriseurs de la Seigneurie. Et S* Pol, pour le tout consommer, gens hors de foy, cheminans en la doctrine des dyables, deffendans le mariage et les viandes lesquelles Dieu a créé pour en vser auec actions de grâces, aux fidelles et à ceulx qui ont congnu la vérité : car toute créature de Dieu est bonne , et nulle n'est à reiecter, de laquelle on vse auec actions de grâces, car elle est sanctifiée par la parolle de Dieu, et par orayson. Or, par cecy, vng chascun de vous peult iuger en soy, maintenant si ie dis vérité ou mensonge. Si est ce néantmoins qu'il y a encore beaucop d'aultres testes d'Escripture Saincte qu'on pourroit amener en auant, pour plus grande proba-
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tion de ccsle affayre, mais cella vous doibt souffire pour le présent, à sçauoir discerner si vos pasteurs sont faulx prophètes, ou nous, et quelz ont meilleur rayson, par auctorité et tesmoygnage d'Escriptures. Touletï'oys, quand ne vouldries confesser vérité, y me souflit que les cueurs soyent . conuaincus en eulx mesmes, pour auoir eu cause gaignée dcuant Dieu. Car il n'y a personne devons qui ne sache bien que nous ne deffendons pas le mariage, ne les viandes, en quoy ne pouuons et ne debuonsestre icy condamnés, ne resputés culpablesen bonne conscience, de ce que a dict SK Pol : mais disons et preschons par la parolle de Dieu, que le mariage est sainct, et ordonne de Dieu, dès le commencement du monde, à toutes gens qui n'ont le don de continuer, sans ne fayre aulcune différence, ne du temps, ne des personnes, ainsi que a faict le Pape, à ses Oinclz et à ses Christz, qui veult et ordonne (distin. 34, chap. 15) que tous ceulx qui n'ont femme légitime , qu'ilz aient vne concubine (au Chap. 16) Qui non liabet uxorum, loco illius concubinam habere potestj, leur deffendant le mariage, comme il est dict en ses Décretz, à la distintion 34^, chap. 16®. Car il dict: ie veulx qu'ilz soyent sainclz ainsi que il est sainct. Certes c'est vne merueilleuse saincteté que ceste icy. Je vous en fayz tous tesmoingz et iuges, veu que les congnoiscés de long temps mieulx que moy. Mais alïin qu'on ne pense que ie die ceci par quelque affection déshordonnée, leurs fruictz les donnent aussi à congnoistre quelz ilz sont, car tout ainsi que l'on congnoit la tyriaquc à l'esprenuc,
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et l'or à la touche, aussi l'arbre, les hommes et les faulx prophètes sont congnus en leurs fruiclz. Touchant à la deffense des viandes que S^ Pol parle au chapistre préallégué , nous ne les deffendons non plus que le mariage, ainsi les layssons libres à vng chascun , comme a faict nostre Seigneur lesus Christ, sans constituer aulcune saincteté en l'obseruation d'icelles , exortans touiours le peuple d'en prendre et en vser raysonnablement, sans en fayre nul excs, ne superfluyté, rendans grâces au Seigneur. Mais ceuk cy ont faict tout le contrayre, ne regardant les Escriptures, ne ce que est dict de Dieu par Moyse; vous n'adiousterés ne diminuerés rien en ma Loy, et si ne ferés pas ce que vous semble beau ou bon, mais tant seullement ce que ie vous commande; baillant mallediction à celluy qui y adiouste ou diminue : ne voullant qu'ilz soyent ouys, non pas mesme quand ce «eroit vng ange du ciel, dict l'Apostre, qui vouloit dire prescher, ou bailler au peuple aullre chose que le pur Euangille, ne doibt estre creu, ains reiecté, comme chose exécrable. En quoy auons tous grandement erré et failly, recepuant aullre doctrine , aultre Loy et foy que celle que nostre Seigneur lesus nous auoit baillé anciennement. Lequel a esté enuoyé du Père pour la nous bailler, et nous enseigner la voye et la vérité : mais au lieu d'icelle , auons receu mensonges, reueries, faulses doctrines, deffences de mariages et viandes , et tout plein de badinages, comme choses sainctes et bonnes.
Pa^t^^i.
\^Ccu4x£e^ Se^rrutrcC Ce /u> pajSer secrè/x?rten^
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Le Sermon du Mol lard fust rompu à la sUaslon de Glande Bernard.
Sur quoy et sus ce propoz, fusl rompu le sermon , sans qu'il le peult paracheuer, ne desclarer plus auanl, comme il auoil délibéré fayre. Car voycy venir Claude Bernard fort eschautï'é, l'vng des principaulx qui pour Ihors fauorisoit à l'Euangille, disant à haulte voix; pour l'honneur de Dieu, dessendés de sus ce banc, et que l'on vous saulue la vie; car voicy tous les Prebstres qui viennent en armes; le Procureur Fiscal et le lieutenant de la ville y sont aussi tous assemblés ; saulués vous, ie vous prie. Mais ne voulloit descendre , pour rien qu'on luy dict, non plus que auparauant n'auoit voullu cesser, pour le grand Soutier de la ville. A la fin luy dict; cuites pour l'honneur de Dieu l'effusion de sang. Et le dessendirent de dessus le banc, et le firent passer secrètement par vue petite allée, dans la mayson d'vn citoien et bourgoix de la ville, nommé lehan Chautemps. Mais la nuict venant, le fallut transmuer, pour cuiter la grande fureur des aduersayres, en la mayson d'vng aultre citoien, Amy Perrin, pour vng certain temps. Mais quand fust sceu des Prebstres et du Conseil , qu'il estoit encores dans la ville menassoint son hoste , Amy Perrin , voyre de le brusler, ou ruyner sa mayson, si ne bailloit congé à ce Luthérien Auxquelz respondit fort prudemment en leur Conseil et dict ; nous auons liberté cl franchise de pouuoir tenir vng seruiteur, homme de
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bien en nos maysons, sans conlrediclion de personne, et de retirer celluy qui nous playra, estant sans reprehension pour le garder d'oultraige ; et le layssercnt en paix pour lors. Cependant il proffîtoit ça et la parmy la ville, et son hoste le tenoit et reputoit pour son seruiteur, car aultrement n'y pouuoit subsister, labourant et trauaillant de ses mains, faysant des rubans. Mais à la fin fust contrainct se retirer en vne aultre mayson d vng citoyen Aymé Leuet , faysant de l'appoticayre , mary de celle Glaudine à St-Gerues : en laquelle mayson ne peult guyeres aussi arrester, pour les grandz tumultes et maulx qu'on leur faysoit, iectans des pierres par leurs fenestres, et de la boue en leur boutique, gastant leurs drogues d'appoticayrerie. Tellement qu'il fust contrainct de sourtir au millieu de la nuict de la ville, et le firent conduyre deux iournées par vng nommé Claude Magnin , iusques à ce qu'il fust retourné au lieu de la ont il estoit premièrement desparty pour venir à Geneue , c'est assauoir à Yuona, près du lac d'Yuerdon, soubz la principaulté des deux villes Berne et Fribourt.
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