LE DOMESTIQUE
Monsieur Gustave de Rennes.
PIFFART.
Qu'il entre! (Le domestique introduit Gustave; et sort.)
&cètte 2.
GUSTAVE, PIFFART.
PIFFART.
C'est Gustave , mon cousin.
GUSTAVE
Mon cher Piffart... tu me reconnais?
PIFFART.
Comment te trouves-tu à Paris ?
GUSTAVE
Je suis arrive' hier de Renues.
PIFFART.
Notre pays.
« A tous les cœurs bien nés... « La plus vilaine ville que je connaisse... Et nos chers com-
patriotes... têtus , querelleurs, mauvaises langues... C'est égal le souTCûirde La patrie;... Je vois que tu as fait comme moi..
tu n'as pas pu y rester.
GUSTAVE
Je viens pour affaires.
IMFFART.
Et ta première visite est pour ta famille.
GUSTAVE
Non vraiment... j'ignorais ton adresse , que je comptais demander ce malin a ton ancienne administration... et c'est par erreur que je t'embrasse.
PIFFART.
0 nature!... N'importe.
GUSTAVE
Je devrais être ici depuis huit jours; mais j'ai e'te' arrête' à Angers... ce qui me contrarie , car charge par un M. de Kernouck , un client à moi , de remettre" une lettre à sa sœur , Mme Desperriers , place Vendôme...
IMFFART.
C'est ma propriétaire... celle qui m'a ce'de' son appartement, et qui habite maintenant le second.
GUSTAVE
Superbe vestibule... escalier magnifique... Je monte au premier, je sonne... je me crois chez un ministre... on me dit que je suis chez M. Pifïart — M. Pifïart de Rennes ? — Oui , monsieur. — Qui l'année dernière e'tait commis aux douanes, à cinquante louis? — Oui, monsieur. — C'est mon cousin... Et dis moi... comment cela t'est-il arrive'?
Un matin, en lisant le journal... une ide'e heureuse... Sans rien avoir , j'ai réuni quelques centaines de mille francs, l'argent des autres... et, comme cela se pratique, il m'en est reste' quelque chose.
GUSTAVE
Je t'en fais compliment; et pour un Cre'sus tel que toi, ce que je t'apporte va te paraître bien misérable.
PIFFART.
Qu'est-ce donc?
gustave.
Ce que tu m'as prête' si gene're use ment, il y a trois ans, en quittant le pays... ces six mille francs.
piffart , avec joie.
Six mille francs!... ma foi, cousin, je les avais oublie's... (A part.) Et ils viendront bien a point. ( Haut. ) A moins que cela ne te gêne.
GUSTAVE
Non, mon ami... je suis avocat; je commence à plaider. Pendant ces trois années, j'ai travaille jour et nuit pour acquitter cette dette... Depuis , j'ai fait un petit he'ritage... une dixaine de mille lianes, que prudemment je viens placer a Paris, sur le Grand Livre.
PIFFART.
Vraiment!... Te voilà donc à la tête de cinq cents livres de rente ?
GUSTAVE
Eli mon Dieu! cousin , je n'ai pas d'ambition; aussi, je te jure bien que si ce n'e'tait que cela, je me trouverais trop heureux.. .mais il s'en faut.
PIFFART.
Que veux -tu dire ?
GUSTAVE
Que le découragement s'est empare' de moi...etque la vie m'est insupportable.
PIFFART.
A ton âge... à vingt-cinq ans!... Est ce que par hasard tu serais amoureux ? ,
GUSTAVE
Justement : et de la plus riche héritière de Bretagne.
PIFFART.
Rien que cela ?
GUSTAVE
La fille de M. de Kernonek , que pend mt deux ans , à Rennes, j'ai vue presque tous les jours... car, grâce au Ciel, son père avait des procès... mais, par malheur, je les ai tous gagne's... Depuis un mois Estelle est ici à Paris , cbez Mme Desperriers, sa tante... Son père doit venir la rejoindre pour rétablir pour la marier... que sais-je? à quelque banquier, quelque grand capitaliste... car , plus il est riche , plus il veut le devenir.
PIFFART .
C'est toujours comme cela.
GUSTAVE
Ils sont tous de même... aussi, j'ai pris la richesse en haine., je la de'teste.
Serment d'amoureux.
Air : Ton guette un petit de mon âge.
Au l'.eu d'accuser la richesse , Tâche mon clier, de la mettre en défaut
Pour cela, poursuis-la sans cessel Sois courageux, entêté, s'il le faut.
La fortune qu'on solicite Est souvent comme la beauté, Qui donne à l'importunité Ce quel refuse au mérite.
GUSTAVE
Pour l'importuner encore faut-il la rencontrer... et le moyen?
PIFFART.
Ne suis-jepas la?
GUSTAVE
Il serait vrai! tu voudrais bien me guider .. te charger de mon sort ?
P1FFABT.
<Jui servirait-on j si ce n'est sa famille ? et toi , cousin , qui 4\ iîfl jadis mon ami , mon camarade.
gustavj: 9 W jpféiwml ^ fnaip*
TuesèôBClotijoursoommc autre foispje craignais que la fortuné ne iVi it< îhàugé... fchbien, mon ami , si tu peux m'avancerdequoi m établir... de quoi acheter une charge honorable... deux cent mille francs...
T1FFART.
tt'est-ce que cela?... une misère! tu les auras.
GUSTAVE
Quoi ! tu pourrais me les prêter?
riFFART.
Je ne dispas cela... car avec toi je puis parler à cœur ou- Tert... J'ai clans ce moment des millions en perspective ; mais pourdel'argent en secrétaire... excepte' lessix mille francs que tu m'a] porte* là {je ne crois pas qu'il y ait d'autres capitaux clans la maison.
GUSTAVE
Mais ce logement magnifique... ce superbe mobilier?...
PIFFART.
Tout cela se doit, mon ami... Tous les gens d'affaires commencent par la. 11 n'y a pas d'autre moyen d'attirer la confiance... elle ne monterait jamais a un cinquième étage... mais elle fait volontiers antichambre au premier ; et voilà où j'en suis... le me suis lance', il y a six mois, clans une entreprise audacieuse que j'ai conçue et exe'cute'c avec mon imagination, mon activité', et les capitaux de mes amis. ..J'ai doublé leurs fonds, et gagné nour ma part soixante mille francs.
GUSTAVE
Soixante mille francs!
PIFFART.
Tout autant... aussi je mène à Paris un train de prince... hôtel , place Vendôme , huit chevaux dans mon écurie , vingt amis dans ma salle à manger... loge a l'Opéra , et tout ce qui ^pnsmt... J'étais adore, mon cher ; celait fort amusant. Par malheur, je me suis aperçu, il y a quelques jours, que j'en étais à mon dernier billet de mille francs.
Mais comment vas-tu faire a présent ?
PIFFART.
Le tout est de recommencer sur nouveaux frais , et j'ai prévenu par dessous main mes capitalistes, mes bailleurs de fonds que je méditais une opération bien plus brillante encore que la première... opération qui exigeait le p? us grand secret et où je n'admettrais que mes amis intimes... Aussitôt tout le inonde arrive... rien ne donne confiance comme un premier succès ; et j'ai déjà plus de demandes qu'il ne m'en faut... Eh bien , mon ami , mon cher Gustave je te donne une part dans l'entreprise ; je t'y associe.
GUSTAVE
Moi | qui n'ai rien ?
PIFFART.
Tu y mettras toujours autant de fonds que moi... et pour te donner un titre brillant et solide., .l'administration , re'unie in ma personne te nomme caissier.
GUSTAVE
Moi!... et commentremplir de telles fonctionsP
PIFFART.
Ce n'est pas difficile... dans ce moment surtout , tu n'as rien i faire... mais bientôt , je l'espère...
GUSTAVE
C'est donc une opération ?...
PIFFART.
Superbe... elles le sont toutes.
Et quelle est-elle?
piffart , avec embarras.
Mon opération ?...
GUSTAVE
Oui.
lis domestique , annonçant.
M"d. Desperriers , et MUe Estelle.
GUSTAVE
Qu'entends-je t c'est elle.
PIFFART.
Eh bien , qu as-tu donc ?
Les Précédens , M AD. IÏESFÉRRIERS, ESTELLE.
PIFFART.
Mes belles et aimables voisines... qui me procure une pareille visite?... André' , des sie'ges.
MAD. DESL'ERUIEilS.
ÎSTon , je ne m'asseois pas., mes chevaux, sont mis... nous liions sortir... Quand on fait ses affaires soi-même, et qu'on ist lance' dans vingt; entreprises... Je n'ai qu'un mot a vous lire ] et c'est pour eela qu'en descendant j'ai voulu... Estelle , levant les yeux , et apercevant Gustave qui la salue.
Ah! mon Dieu 1
MAD. DESPERftliillS , l' iips ; COiaut aussi.
M Gustave... ce jeune avocat de Renues que j'ai eu l'honneur... d'y voir L'année dernière... Comment vous trouvez vous en ce paya ?.. comment se porte mon frère!., nous arrive-til bientôt ?
ESTELLE
Nous apportez-vous de ses nouvelles!
GUSTAVE
Oui, mademoiselle... oui, madame.,, j'allais me pre'senter îhezvous... mais retenu ici par un ami...
PIFFART.
Par un parent.
MAD. DESPERRIERS.
Monsieur est votre pareil?.. Je ne croyais pas que sa faroille fût aussi riche i
(8) estelle , avec joie.
Ni moi non plus.
GUSTAVE
Mais vous sortiez... je ne veux point vous retenir... Voici une lettre dont j'étais charge, et qui vous serait parvenue huit jours plus tôt...
PIFFART.
Si on l'avait mise à la poste... C'est toujours comme cela... c'est l'avantage des occasions et ('es exprès.
mad. dksperrilrs, qui pendant ce temps a lu la lettre.
Ton père m'écrit , il y a huit jours, qu'il sera à Paris à la fin de la semaine.
ESTELLE
Vraiment!
MAD. DESPERRIERS.
Et qu'il vient décidément s'y ëtahlir.
ESTELLE
Ah! mon Dieu!
MAD. DESPERRIERS.
J'en e'tais sûre... quelle folie !.. Lui , un campagnard, abandonner sa terre, son château... une exploitation magnifique qu'il veut vendre , pour faire comme moi, pour hrillerici, pour m'y e'elipser... Mon frère a toujours été' jaloux de moi.
ESTELLE
Ah! ma tante, quelle idée.
MAD. DESPERRIERS.
Oui, ma chère enfant... c'est là son ve'ritahle motif... ton i mariage n'est que le pre'lexte.
- Gustave , troublé.
Un mariage !
MAD. DESPERRIERS.
Oui , il va falloir Pe'tablir... Mais je me flatte qu'on me consultera... car une tante... à succession a voix déliberatïve. (/tagardant la montre qu'elle porte à son cou.) Ah ! mon Dieu... une heure: il f ut que je me rende chez mon homme d'affaires, chez mon agent de change... On nous promet une baisse vour aujourd'hui ; je veux en profiter... (Elle fait un pas pour sortir; mais clic revient , e/ s'adressant àPiffart quipasse auprès d'elle)
Et le but de ma visité... j'oubliais... l'appartement du rezdé- chaussée est vacant ces jours-ci; et comme vous \ous plaigniez dernièrement de n'avoir point de place pour les bureaux que vous voulez créer...
Il est vrai... et j'accepte a\ec grands plaisir... combien?
MAD. DESPERRIERS.
Air, : \afideriUe du pri/itc?ns.
Mais je Le louais , tout compris-, Douze mille francs par année.
PIFFART.
CVstbien... peu m'importe le prix, CY$t une affaire terminé*.
MAD. DESPERRIERS.
Les six mois d'avance , en entrant, C'est l'usage.
PIFFART.
Il est des plus sages.
MAD. DESPERRIERS.
Non pas que je tienne à l'argent.
PIFFART.
Mais madame lient aux usages.
Vous dites: sixmois tf avance... c'ej>t six mille francs... mon caissier va vous les donner... Gustave , payez madame.
MAD. DESPERRIERS.
Comment, monsieur est votre caissier?
PIFFART.
Mieux que cela... un de mes associés dans ma nouvelle opération.
ESTELLE
Il serait possible !
MAD. DESPERRIERS.
M. Gustave que je connais si sage, si prudent , qui même dans les affaires de mon fi ère n'osait rien risquer... Il faut donc que l'entreprise offre des avantages si évidens...
PIFFART.
J'ose m'en flatter.
MAD. DESPERRIERS.
Et j'ai , a ce sujet, des reproches à vous faire... Vous savez que j'ai des fonds , des capitaux que je fais valoir ; et vous ne me dilesrien... vous êtes dune discrétion...
PIFFART.
Nécessaire au succès... et puis l'affaire peut offrir des chances.
MAD. DESPERRIERS.
Aucune, j'en suis sûre... et ce sera comme votre dernière... tout bénéfice.
PIFFART.
Je le crois... aussi je veux bien m'y exposer... mais exposer les autres!... à moins que ce ne soient des amis intimes... et puis toutes nos actions , qui n'e'taient que de deux mille francs, sont déjà retenues.
MAD. DESPERRIERS.
Sont-elles livrées ?
PIFFART.
Pas encore, puisque l'assemblée préparatoire n'a pas même eu lieu.
MAD. DESPERRIERS.
Eh bien, il m'en faut... j'en veux... je l'exige... dussiez-vous m'en donner des vôtres!... sinon, nous nous fâcherons... j'en prends vingt-cinq... D'autres les ont retenues, moi je les paie... Monsieur, votre caissier peut garder les deux mille écus. (En ce moment Gustave passe auprès d Estelle et se trouve placé entre elle et Piffart.) Et dans une heure, vous aurez le surplus, les quarante quatre mille francs qui restent , et que je vais dire à mon agent de change de vous envoyer.
( TO ) riFFART.
Si vous le voulez absolument... je \ ais préparer la quittance .
MAI). DESPRMER8.
A la bonne heure.
TIFF ART.
Et a votre retour, nous causerons de la'ffaire avec nos actionnaires.
MAD. DESrEURIERS.
Adieu , monsieur... Adieu , mon cne'r caissier.
Air de la valse, de liobin des Bois.
Souvent nous nous verrons , j'espère.
TIFFART.
Toujours ,-fiCar il loçe avec moi.
ESTELLE
Monsieur, est aussi locataire?
PIFFAUT.
Il le faui bien ; pardon emploi, C'est trop j uste.
GUSTAVE
J'y crois à peine.
PIFFART.
Parfois un caissier peut partir Au moment où sa eai se est pleine, Jamais quand elle va s'emplir.
PIFFART.
Suvenl vous verrez , j'espère , Dès ce jour il lo^e avec moi ; Oui, prés de votre locataire Il est fixé par son emploi.
™ ] GUSTAVE
M le . • ....
cq I Souvent je vous verrai, j espère,
g / Madame, quel bonheur pourmoi
c/i \ Que pes ne voire locataire
£5 j Je sois rixé par mon emj loi!...
M»1" DÇSPfBBIERS, ESTELLE.
Souvent nous vous verrons . j'espère, Puisque dès atijofird'fiui je voi Que prés de n<>lr«;"!o cataire \ Vous allez rempli un eu.p'.i i. iffart donne la main à Mad. Desperriers, Gustave à Estelle , et ils es reconduisent jusqu'à la porte. )
&CCHC 4.
GUSTAVE, PIFFART.
GLSTAVE.
Je n'en reviens pas... je suis encore tout étourdi... ctje ne is seulement pas où nous allons.
PIFFART.
C'est que tu n'as ni l'habitude ni le ge'nie des affaires...
oila comme on les mené... Cette fois cependant cela va plus
île que je n'aurais voulu., car je n'étais pas encore en mesure
iais n'importe... le sort en est jeté'... ce ii'est pas moi qui
eculerai.
GISTAVE.
■j^loi, ton caissier!... moi, demeurer ici, sous le même toit [Ulistelle... je crains que ce ne soit un rêve... Dis-moi donc, si u as assez de confiance en moi, quelle est cette nouvelle con-
ception de ton génie!.. . cotte bienheureuse spéculation qui doit faire ta fortune et la mienne !
piffart , regardant autour de lui.
Personne ne peut nous entendre... Je t'avouerai franchement que c'est la mon seul embarras... je ne sais pas encore quelle entreprise... j'entreprendrai.
GUSTAVE
Il serait possible!
PIFFART.
Je cherche depuis huit jours... je n'ai encore rien de décide', rien d'arrêté'... il est si diffiJe de trouver du neuf!
GUSTAVE
Tu as perdu la tête.
Non, vraiment.
GUSTAVE
Gomment s'associer a une entreprise qu'on ne connaît point?
PIFFART.
On la connaîtra... dès que je /aurai trouve'e. Je ne force personne... je j >ue , le ; c irte s sur table... et puisqu'il faut ici te faire ton éducation financière', apprends' que toutes les opérations du inonde se réduisent à deux mots : acheter et vendre... Vous achetez bon marche , vous vendez très-cher... voila le secret du commerce.
GUSTAVE
Et payer?
PIFFART.
Payer!... si tu t'inquiètes de cela, tune feras jamaisrien... le ge'nie cre'e, invente... mais il ne paie pas... cela ne le regarde pas... il y a des gens pour cela.
GUSTAVE
Et qui donc ?
PIFFART.
Des contribuables... Matière imposable et corve'able à volonté, et que de nos jours on appelle actionnaires.
GUSTAVE
Que dis-tu?
pifVart.
Sans avoir un e'cu j'achète demain un terrain , un the'àtre une rue, un passage... tout un quartier... Il s'agit de paver... tu emprunteraiss, toi ?
Sans doute.
PIFFART.
Erreur... tu demanderais de l'argent, personne ne t'en donner ùt. . tu cre'e; de; aotioii3.. . et de tous les coi is de Paris on accourt, on se dispute, on se les arrache... on t'offre de l'or... on te presse d'accepter... ne l'as -tu pas vu , tout à l'heure encore?
GUSTAVE
Quoi! exposer leur fortune sms d'autres motifs., .sans raison
PIFFART.
Y .i-t-il do la raison autour d'une table de jeu?... et cependant on y court.
GUSTAVE
Mais toi qui parles, ne t'exposes -tu pas au même danger?... ne peux, tu pas comme eux. être victime?
PIFFART.
Sans contredit...
Air : A soixante ans.
En l'élevant , je suis qu'on dégringrole.
La roche tarpéienne, hélas !
Est, on Ta dit , bien près du Capitule, Un tel danger ne m'arrêtera pasj Que ierre à terre un commençant oulbute, Chacun insulte h son obscur malheur Moi , je saurai tomber avej honneur, Si dans Paris <>n estime la chute , C'est en raison de la hauteur.
Car vois-lu, mon ami Gustave, on s'habitue bien vite à l'opulence , et maintenant que depuis quelques mois j'ai essaye' de la Fortune, je ne saurais plus ctre pauvre... J'aime l'argent, il m'en faut, j'en veux... non pour thésauriser , mais pour le semer, pour le dépenser... Sans cela autant ne pas vivre... Aussi , j'y suie décidé. . Je parviendrai... j'en ai le pressentiment... Cet or que l'on me confie doublera entre mes mains... je ferai leur fortune et la mienne.
GUSTAVE
Et si tu perds tout ?
piffart , souriant.
Crois-tu que je n'y aie pas pense', et que je n'aie pas calcule' cette cbance-là ?
GUSTAVE
Et bien! qu'est-ce que tu feras?
PIFFART.
Je me brûle la cervelle... et nos actionnaires n'auront rien a dire... J'y aurai perdu... pis grand chose, il e>t vrai; mais enfin autant qu'eux .. Du reste , cousin , je n'entends pas
intraîner dans ma ruine... Je t'associe a ma fortune , s il v en a... mais je me re'serv^ les d ingers ; et quoi qu'il arrive , tu ne risques rien... que de f embellir.
GUSTAVE
Je ne veux point d'un pareil partage.
PIFFART.
Aimes-tu mieux végéter toute la vie?.., p2rdre ta maîtresse, la voir au pouvoir d un attire?
GUSTAVE
Plutôt mourir.
Et bien, alors, n'.ih m lounj p >int un pirent qui t'aime* , qui veul faire ton bonheur, et à qui tu peux rendre service.
GUSTAVE
Que dis-tu?
Répertoire Dramatique,
PIFFART.
Eh sans doute... un caissier honnête homme n'est pas déjà si commun., je comptais sur toi pour veillera mes intérêts et pour les défendre... pour maider de tes conseils... mais le péril t'effraie... tu refuses.
GUSTAVE
Jamais.
Atr : de Lantara.
Ami, ce mot seul me décide; Tout ce que j'ai, je !e livre en tes mains. Je suis tes pas... deviens mon #uide, Je m'abandonne à tes destins.
PIFFART.
Je te réponds d'avance des deslins.
Vers la fortune avrc loi je m'élan:e ; Toujours unis dans nos efforts heureux , Nous saurons bien emporter la balance . On pi'se double , alors que r«n est deux. Mais je ne souffrirai pas que tu exposes ton avoir.
GUSTAVE
Je le veux.
PIFFART.
Et moi > je ne le veux pas... tu es un ami, ta n'es pas un actionnaire... Silence ! on vient.
Les Précédens , LABOTIRDINIÈRE.
LAB01RDIN1ÈRE.
Tout va bien, mon cher patron , et je vous annonce de bonnes nouvelles ; mais pardon , vous êtes en affaires ( II se retire a ï écart.)
Gustave , a demi voix.
Quel est ce monsieur?
piffaht , de me m? , le prenant à l'écart.
Un courtier d'affaires que je mets toujours en avant... un coureur, un compère... il y en a en finances comme en toute autre chose., actif, dévoué, prêt atout; car il n'a rien, et me croit très-riche... du reste unh imme dans mon genre... un homme d'esprit... mais d'un esprit secondaire.
GUSTAVE
Je comprends. *
PIFFART.
Approchez , mon cher Labourdinièc \ vous pouvez parler sans crainte devant M. Gustave , ( à demi voix) un grand capitaliste, qui est ifion ami , mon ctissier . et mon associé. LABOl'BDIMÈRE , saluant . et d' un ton caressint.
Monsieur, je vous fais compliment,.. Depuis que je suis dans les affaires ,je ne crois pis en avoir vu dont les chances fussent plus évidemment productives... dont les chances..
piffaut, l interrompant.
C'est bien , c'est bien... gardez cela pour d'autres... il sait ce qui en est.
Les Ac. tonnai 're*.
labourdinière , changeant de ton.
C'est différent... j'ai vu tout noire monde , et d'après les bruits habilement répandus dans le public... « qu il se pre'- » pare en secret une opération magnifique , une ope'ration » étourdissante... peut-être même un emprunt," ils veulent tous souscrire.. «moi, je réponds les choses d'usage... « Il n'y a plus d'actions... c'est bien difficile. »
T1FFART.
C'est ce qu'il faut dire.