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Jean Granier, les Actions de Travail, op. cit., p

2. La question ne s’est pas posée pour l'émission de la Samaritaine en 1914, le montant total des 1.5ooactions à souscrire devant être payé en numéraire au moment de la souscription. De même, en 1887, lorsque le Bon Marché s’esttransformé en commandite par actions toutes ses actions étaient complètement libérées, puis- ‘ qu'elles représentaient les anciennes parts et coupures de la saciété.

employés ont le droit de renoncer à leurs souscriptions, sans encourir pour cela aucune déchéance : on leur rembourse alors le montant de leurs versements avec un intérêt variant entre 4 et 6 o/o,mais on leur retient les dividendes el les primes spéciales dont ils ont pu être crédités.

Certaines entreprises, comme le Trast de l’Acier, ont voulu éviter qu’une cause fortuite ou malheu-. reuse empêchât l’ouvrier de libérer la part sociale qu il avait souscrite: dans ce but,elle sont fait des distinctions suivant la cause de cessation des paiements.

S il s’agit d’un chômage involontaire, par suite de la fermeture temporaire de certains ateliers, l’interruption d'emploi ne comptera pas et les paiements mensuels ne seront plus exigés.

Si l’ouvrier est frappé d’une incapacité de travail, ‘a somme inscrite au crédit de son compte sera augmentée d’une gratification supplémentaire de cinq dollars par action de préférence et de deux dollars et demi par action ordinaire. -

Enfin, si l’ouvrier vient à décéder, alors qu’il servait loyalement la Corporation ou l’une de ses filiales, le montant de ses versements sera augmenté de la même somme et ses héritiers en bénéficieront.

b) Après la libération des actions ouvrières. — Lorsque l’ouvrier, par ses versements, a achevé de libérer les actions qu'ila souscrites, aucune déchéance

n'est possible.

S'il n’a pas la libre disposition de ses titres, ainsi que nous l’avons vu dans certains systèmes comme celui de la Samarilaine, en étudiant la transmission des actions, la société pourra seulement obliger l’ouvrier qui quitte la maison, ou ses héritiers en cas de décès, à accepter le remboursement de la valeur de ces actions.

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Résultats et critique du système des souscriptions ouvrières.

Les systèmes d’actionnariat ouvrier réalisés par des souscriptions du personnel,que nous avons étudiés, n’ont pas tous également réussi. Les souscriptions n'ont pas toujours élé appréciées par les ouvriers et parfois n’ont pas répondu au but que se proposaient les patrons en instituant l’actionnariat dans leurs entreprises, +

Il faut écarter, tout d’abord, les souscriptions obligatoires, auxquelles sont opposés les employés partout où elles ont été inaugurées, comme aux Wagasins du Printemps. Les salariés sont trop disposés à n’y voir qu’un moyen facile pour la direction de se procurer des fonds et de reprendre ainsi une partie des salaires qu'elle a ‘distribués, lorsqu'un certain capital lui est nécessaire:

Dies

La même raison explique l’échéc de la tentative de sir Furness dans ses chantiers de constructions navales, indépendamment même de la campagne personnelle menée contre lui par les Trade-Unions.

En outre, dans l'expérience du Printemps, l’actionnariat a abouti à infliger aux employés une perte sérieuse, car les actions avaient été acquises par eux au-dessus du pair et ellesont considérablement baissé dans la suite.

En dehors des souscriptions obligatoires, l’expérience des Grands Magasins de la Samaritaine, instituée à la veille de la guerre, est encore trop récente pour qu’on puisse se prononcer sur ses résultats. Toutefois, l’empressement des emploÿés à souscrire plus de 500 actions fait bien augurer de l'avenir de cette institution.

L'exemple du Bon Marché a parfaitement réussi ; les employés y sont devenus peu à peu, grâce à l’actionnariat, copropriétaires de tout le capital social, qui appartient maintenant à environ 800 d’entre eux sur plus de 4.000 qu’occupent les magasins,

Mais on ne peut tirer de cet exemple, si intéressant qu'il soit, des conclusions d’ordre général. À l’origine de la Société du Bon Marché se trouve un acte de libéralité tout à fait exceptionnel : celui d’un patron transférant la propriété de son entreprise à ses employés. Ceux qui en ont bénéficié constituent d’ail-

qe leurs unesorte d’aristocratie dans le personnel;et le nombre des employés actionnaires est en somme assez faible, puisqu'il n’atteint même pas le quart du personnel de l’entreprise. Cette société ne doit donc pas tant le succès de son système au principe même de l’actionnariat qu'à la générosité de ses

fondateurs à l'égard de leurs employés.

Les résultats obtenus par le Trust de l’Acier ont été appréciés différemment. Assurément, les trois émissions successives d'actions ouvrières ont remporté le plus grand succèset Les dirigeants du Trust se sont montrés très satisfaits de leur système.

AC que l’on peut cependant critiquer dans ce mode d’actionnariat, au point de vue même de l'intérêt des ouvriers, c’est l'assimilation trop absolue des souscripteurs ouvriers aux souscripteurs capitalistes el,enparticulier,la liberté complète qu’a l'employé de disposer des actions qui lui sont attribuées. On peut craindre, avec juste raison, qu’à la suite d'une crise industrielle surgissant dans l’industrie américaine, les épargnes ouvrières nesoient fortement entamées. Les ‘cours des actions du Trust varient, en effet, d'une façon incessante : émises à 87 dollars et demi, elles sont tombées à 60, puis remontées à 120. Or qu’estil advenu ? Certains ouvriers ont pris peur et ont vendu leurs titres .au moment où ils ne valaient que 60 dollars,craignantune baisse encore plus accentuée ; :

mr d’où un gros préjudice pour eux et une violente haine contre l'institution.

Alors même que l’on aurait réduit au minimum les dangers courus par les épargnes ouvrières, peuton espérer quela plupart des ouvriers aient en leur patron une confiance suffisante pour venir lui abandonner,dans l'espoir d'une rémunération future, toujours aléatoire, le fruit de leurs labeurs et de leurs privations ? [lse peut fort bien que nombre d'ouvriers ne croient pas à la prospérité de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, qu’il se défient de la capacité et surtout des bonnes intentions de leur patron. Cette défiance instinctive n'est-elle pas, d’ailleurs, soigneusement entretenue par les militants du syndicalisme révolutionnaire, qui représentent les patrons comme les « exploiteurs » de l'ouvrier ?

Aussi, M. Charle Gide a-t-il dit très exactement de ce mode d’actionnariat. (1): « En ce qui concerne l’acquisition des actions par voie d’achat, il est clair qu’il n’y a rien autre chose à faire qu'à le recommander à la bonne volonté des patrons et des ouvriers et sans grand espoir de ie voir se généraliser ; car, étant donné l'esprit des ouvriers actuellement, il n'y en aura guère qui consentiront à apporter ou à laisser leur argent au patron pour avoir l'honneur et l'avantage de devenir ses associés. »

1. Ch. Gide, l'Actionnariat ouvrier, p. 1 (Revue d'Economie politique, 1910).

D'une façon générale, il peut paraître singulier de chercher la solution des conflits entre le capital ei le travail & dans le paiement par l’ouvtier d’actions industrielles, alors que l’ouvrier, quilutte constamment pour l'obtention d’uné condition meilleure, se plaint précisément de la modicité de ses rémunérations de salaire (1) «.

C’est que, en dehors des risques souvent très sérieux que fait courir à l'épargne ouvrière le système des souscriptions et de la défiance des ouvriers à l'égard de leurs patrons, la plus grave défaut de ce mode d’actionnariat est d’être, en somme, assez peu accessible aux ouvriers. Sans doute, les chefs d’entreprise consentent à leur personnel des réductions sur le prix des actions et leur accordent des facilités de paiement ; mais c’est encore insuffisant. L’ouvrier n’esi pas un capitaliste ; bien que les salaires aient augmenté dans une très forte proportion, l’ouvrier comme le petit employé peut difficilement, avec accroissement considérable du coût de la vie, réaliser des économies suffisantes pour lui permettre d'acheter des titres. Il n’y aura donc que les chefs de service, les employés à traitements élevés ou les travailleurs très économes, — et encore à la condition qu'ils n'aient pas de trop lourdes charges de famille, — qui seront à même de profiter des émissions.

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