‹ Les actrices de ParisChapitre 1 sur 25 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Le public aimera toujours singulièrement qu'on lui déshabille les artistes.

Entendre raconter que Desdémone prend une prise

de tabac dans les coulisses avant de chanter le Saule

que la belle Hélène, rentrée chez elle, a la passion

du bésigue et que Dorine-Augustine Brohan aime

autant à changer de mobilier qu'à conserver ses amis,

(il est vrai qu'elle se connaît mieux que personne en

meubles et en amis,) voilà une délectation inusable.

Même le côté des hommes prête à des révélations

toujours bien accueillies de la galerie, quand ces

hommes sont des dieux et demi-dieux de la scène.

L'artiste est plus et moins qu'un homme. Il fut un

temps où on le bannissait des sociétés. Il a toujours

régné sur la curiosité universelle. Même aujourd'hui

il PRÉFACE

que Ton permet aux comédiens d'être des citoyens ex

aux actrices des mères de famille , la considération

qu'on ne refuse plus à cette classe de mortels n'a pas

diminué leur prestige. Cela n'a pas tué ceci. Même

n'étant plus hors la loi, ils semblent toujours hors la

banalité ; on les suppose pétris d'une autre argile et

f jetés par le grand fabricateur dans un moule à part. La

curiosité leur fait donc escorte fidèle jusque dans leur vie privée. Pour peu qu'elle trouve un guide qui marche devant elle à travers ces contrées interdites, la voilà qui franchit la rampe, pénètre dans les coulisses comme en une terre promise, en respire à pleins poumons l'air, fut-il méphitique, et s'extasie, fut-ce devant un comparse. En ce temps-ci, on a vu s'écrouler bien des trônes, mais les tréteaux de l'acteur sont restés debout par tous les temps. Sachez dire, n'importe comment, l'histoire d'un comédien célèbre, à plus forte raison d'une comédienne et l'on vous écoutera: et tracez de lui ou d'elle un portrait, fût-ce une méchante photographie de deux sous, on le regardera.

Voilà pourquoi, entre les éléments qui devaient concourir au succès du journal nouveau entrepris naguère

PRÉFACE m

par nous sous le titre de Gazette dei Étrangère^ les croquis d'artistes de Félix Savard, qui, tout à l'heure, vont défiler, réunis en un volume, fixèrent d'abord notre attention. C'est encore un des dons particuliers à l'artiste qu'il est, par son essence même, citoyen de l'univers. Ce n*est pas seulement TOpéra Italien, c'est aussi la Comédie-Française qui a pignon sur rue, à Pétersbourg, à Florence, à Vienne, à Londres même et à Lisbonne comme à Paris. J*ai vu des Russes au moins aussi au courant que nous «mêmes des particularités concernant nos étoiles dramatiques. Raison de plus pour que, dans un journal dédié aux bons rapports des peuples entre eux et à la vie parisienne qui s'offre chaque jour plus séduisante aux visiteurs étrangers, il y ait une place réservée aux images de nos principaux artistes. N'est-ce pas pour eux, en effet, que bien des touristes font exprès le voyage de Paris?... Et voilà comment plusieurs de ces esquisses parurent d'abord dans la Gazette des Étrangers.

Félix Savard, dont le crayon s'est voué ici aux croquis d'artistes, a adopté pour règle essentielle de son œuvre deux qualités rares et difficiles : la bienveil-

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