‹ Les actrices de ParisChapitre 2 sur 25 · LIBRAIRIE CENTRALE · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE CENTRALE

24, BOULEVARD DU ITAUI?fS

vin PRÉFACE

plir tous ses devoirs ad unguem, cela n'empêche nullement de trousser sa comédie ou son article à l'occasion et de remplir son album de dessins d*après les beaux yeux de nos comédiennes les plus fleuries; demandez plutôt à Félix Savard !

H. DE Pêne.

Un soir, vers la fin de Tannée 1858, jVtais entré par hasard au théâtre Beaumarchais. ^

On jouait un drame, Tout pour Vlionneur. Une actrice viAt qui chanta des couplets.

Son regard était plein d'expression : son teint mal, ses traits réguliers et fortement accentués, sa taille bien i^rise, la dilatation de ses narines, tout cela formait un ensemble qui avait quelque chose d*étrange.

Elle avait la beauté majestueuse du type juif; son main* tien était sculptural.

Sa voix était belle et puissante.

Je jetai, en sortant, les yeux sur radicbe : cette femme s'appelait Léonide Agar.

Quelque temps après, je la revis au même théâtre —

chantant encore /mais ne jouant toujours pas —dans une revue du regretté Roger de Beauvoir, Madame la Comète,

Puis, je n'entendis plus parler d'elle.

Un an après — le 18 décembre 1859 — on jouait Don César de Bazan, à l'École Lyrique, oui. Don César sans Frédérick-Lemaître , comment trouvez-vous cela ?...

Or, j'étais là, et, dans la Maritana, je reconnus mademoiselle Âgar.

Un certain Edouard James, ex-jeune premier-rôle du théâtre de Rio-Janeiro, qui avait organisé la représentation, était allé la chercher au café-concert du Cheval- Blanc, oîi elle avait été engagée en sortant du café du Géant, et lui avait fait apprendre ce rôle.

Elle y eut d'assez bons élans.

Frappé de ses dispositions naturelles, un artiste du nom de Talien, qui a fait depuis partie de la troupe de M. Brisebarre, au boulevard du Temple, lui conseilla de prendre deslÈçons d'Achille Ricourt, dont lui-même était élève.

Mademoiselle Âgar hésita : «J'aime mieux chanter! », disait-elle.

Une petite actrice de ses amies, qui suivait aussi les cours de l'école de la rue de la Tour-d'Auvergne, insista, et enfin mademoiselle Agar se laissa amener chezRicourt.

Celui^i, quand il la vit, resta en extase devant elle.

LÉONIDE AGAR t

« Voilà bien la tragédienne que j'ai toujours rêvée I » s*écria-l-il, et les leçons commencèrent aussitôt.

Un soir, Ricourt.m'aborda dans un couloir de son tbéâtricule et avec cette fougueuse volubilité qui le caractérise : « Mon cher » , me dit-il, « venez mardi , vous

• viendrez, n'est-ce pas? un instant, oui,... mardi!... j» Agar joue Phèdre.., Âgar, mon élève, vous verrez I... 9 Elle me rappelle chose. Oh I C'est tout à fait ça... Janin, » vous savez, Janin viendra ; j'irai à Passy dîner avec lui » et je le ramènerai, — Janin... Il nous faut encore une « Rachel, voyez-vous I .. . C'est moi qui l'ai découverte, 9 Rachel, — comme Ponsard, oui, et comme Pierre Du- 9 pont... Ahl c'est-à-dire non, non, je me trompe, ce 9 n'est pas moi... Eh I Mais, attendez donc; si vraiment, 9 c'est bien moi. J'étais au café, — à quel café donc? — 9 enfin, n'importe ! Une petite mendiante y vint chanter » -— Agar aussi chante ! — puis elle récita des vers — 9 pas Agar, la mendiante ! Le lendemain, je lui apportai 9 un joli recueil de tragédies, qui ma foi I m'avait coûté 9 un joli écu et je le lui donnai ; c'était Rachel I... Et

• voilà!... Vous verrez; dites-en ce que vous voudrez 9 dans vos journaux, bien franchement — pas de Rachel, 9 d'Agar ; je n'aime pas les éloges, moi. Je suis comme... » Ah! petite, eh! dis donc, petite, ne manque pas de 9 venir répéter demain, hein ! »

4 LÉONIDE AtiAR

Et rexcellent homme me quitti pour aller morigéner une de ses élèves qui passait.

Je fus exact au rendez-vous ; c'était le 6 mars 1860. M"« Agar joua les deux premiers actes de Phèdre.

L'étude se faisait sentir et surtout la méthode de Ricourt qui fait scander avec soin le vers. Pourtant, ce n'était pas mal.

J'allai voir M"^ Âgar dans sa loge, à sa sortie de scène ; le petit succès qu'on venait de lui faire ne l'avait pas grisée ; depuis, du reste, sa modestie ne s'est point démentie.

— « Monsieur », me dit-elle, « je suis presque hon- » teuse^ d'interpréter ces grandes choses ; car, je vous » l'avoue, il y a six semaines j'ignorais presque qu'il eût 9 janiais existé un poète du nom de Racine et je ne con- » naissais autant dire pas Phèdre ! »

L'aveu était franc, il me plut.

M"« Agar avait alors vingt et quelques années. Ricourt passa un traité avec elle et lui continua ses leçons. Elle finit par quitter le café du Cheval-Blanc et se consacra exclusivement à l'étude.

Elle joua désormais toutesies semaines, tantôt Phèdre^ tantôt Agnès de Méranie.

Ensuite elle apprit la Médée, de M. Legouvé, et sans jamais avoir vu, nous a-t-elle assuré, la Ristori, dans

LÉONIDE AGAft 5

ce personnage écrasant, elle se rencontra avec elle sur beaucoup de points et le rendit d'une façon des plus remarquables.

Cette classe d'artistes et de gens du monde qui compose ce qu'on appelle « tout Paris » vint pendant longtemps l'applaudir. •

Elle récita aussi le songe de Lucrèce, joua une seconde fois la Maritana et créa (m rôle dans le Myosotis, un acte en vers du poète Barrillot.

N'a-t-elle pas joué encore une Vocation et le Doute et la Croyance ? Nous le pensons, mais nous n'oserions raffinuer.

Enfin elle débuta à TOdéon dans Phèdre, puis dans les Horaces et sa création de Mindha, dans les Etrangleurs de VInde, à la Porte-Saint-Marlin, vint la récompenser de ses efforts.

Les portes du Théâtre-Français, malgré beaucoup d'oppositions, finirent par s'ouvrir devant elle. Son début fut signalé par un accident qu'on eut le tort d'attribuer à la malveillance : elle-fit une chute trèsrgrave dans la coulisse; c'était vraiment ne pas avoir de chance.

Elle quitta la rue de Richelieu et, après avoir joué pendant quelques jours à l'Ambigu le rôle de M™* Marie- Laurent dans la Sorcière, elle revint à la Porte-Saint-Marlin créer très brillamment Faustine.

Après quelques mois de repos, elle est entrée à la Gaité et y a joué avec succès la Tour de Nesle et Ghebel, du Fils de la Nuit.

Maintenant, elle est revenue à l'Odéon.

Mais c'est toujours vers le Théâtre-Français qu'elle aspire. Qu'on la laisse y jouer la Médée, de Legouvé, ou Marie Tudor ou Lucrèce Borgia ou Marion Delorme^ et l'on verra !...

Florence Léonide" Agar Charvin est née k Bayonne le 18 septembre 1836. Son père était un ancien militaire.

Après avoir reçu une bonne petite instruction, elle vint à Paris

Elle avait seize ans, peu de lortune et un grand courage. Elle n'était jamais alors allée au théâtre.

Elle commença par donner des leçons de piano ; puis, sachant qu'elle avait de la voix, elle la travailla et chanta dans des cafés-concerts ; elle gagna d'abord 5 francs par jour, et ensuite quinze.

On sait le reste.

M"' Agar a beaucoup étudié toute seule ; elle lit, elle s'exerce sans relâche. Les chefs-d'œuvre classiques lui sont à présent tous familiers.

Elle a du bon sens et préfère un conseil à un éloge.

S. A. I. M"' la princesse Mathilde s'est intéressée à

elle : beaucoup de gens haut placés l'ont patronnée et son salon réunit souvent l'élite de là littérature.

La simplicité de son caractère et sa bonté lui ont fait beaucoup d'amis — trop même.

Je suis sûr qu'elle aura désavoué plus d'une fois en ellemême l'exagération de leur enthousiasme.

M^^* Agar a, nous n'en doutons pas, un magnifique avenir devant elle.

Elle a de la persévérance, de la force, et la conscience

de son talent.

Rien ne la rebutera.

C'est là le véritable secret pour arriver.

Alphonsine, c'est la joie épanouie dans un sourire, c'est la gaielé luxuriante de malice.

Elle est toujours, c'est vrai, à peu près la même dans tous ses rôles, mais si franche d'allures, si pimpante, si originale qu'on ne peut songer à s'en plaindre. Un geste d'elle, un soupir seul communique une folle hilarité à toute la salle; on est entraîné, subjugué. Il faut rire malgré soi de ses petites mines de biche effarouchée et de ses rélicences qui disent tant de choses.

N'allez pas lui parler des traditions en usage, des règles de diction imposées par le Conservatoire, des pauses, des transitions ! Elle s'en moque bien, allez ! Estce qu*elle connaît cela ? Elle tire tous ses effets de sa nature; die a des roulements d'yeux, des pelotonnements.

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des roDroos de chatte; elle a une façon de répéter deux fois les mêmes phrases qui, à elle seule, est toal un charme; sa voix d^enfanl a des inflexions qui étonnent et des susurrements qui font merveille.

Elle est elle, toujours elle ; elle a créé un genre oîi elle seule peut s'aventurer. L'imiter pourrait être ridicule.

Jeanne-Alphonsine Benoit est née à Paris, le 20 mars 1831 .

On Ta connue longtemps sous le nom de Iff** Fleury.

A cinq ans, sa mère la fit admettre au Gymnase- Enfantin, passage de l'Opéra : c'était le seul moyen de lui faire donner, sans bourse délier, un peu d'instruction et de la mettre à même de gagner quelque argent.

Il y avait dans ce théâtre, dirigé par M. Monval Saint- Hilaire, une classe pour les enfants. On leur apprenait en même temps l'art dramatique, le chant et la danse.

Àlphonsine était une intelligente petite fille qui jouait déjà avec autant de grâce que de gentillesse. A sept ans, elle remporta le premier prix de danse; elle tenait l'emploi tour à tour des héroïnes de drame et des soubrettes. Une fois, dans la même soirée, elle chanta Zémire et Azor et dansa la Fille mal gardée. Les habitués du Ihéâtricule l'appelaient leur petite Déjazet.

Un jour, un terrible incendie dévora la pauvre salle. Que faire d* Alphonsine ? Sa mère lui persuada d'aban-

donner le théâtre pour le commerce, et la plaça dans un magasin de jouets d'enfants, en recommandant bien qu'on lui apprît la tenue des livres.

Mais rétablissement était dirigé par un jeune ménage qui passait sa lune de miel en parties de plaisir. Alphonsine les partageait, au détriment de son éducation commerciale, mais à son grand contentement. Cela ne pouvait durer : sa mère la retira. Alphonsine, aussitôt demanda qu'on la remît au théâtre. Son parrain. — un brave tapissier— fut consulté, et, en désespoir de cause, la jeune fille entra au Petit-Lazari.

C'est là qu'a commencé sa réputation.

Elle débuta, en 184S, dans h Petite Fille.

Le drame ne l'effrayait point et elle fit verser bien des larmes dans la Folle de Waterloo.

On répétait à l'Ambigu la Peste noire, du vicomte d'Arlincourt ; le directeur, ayant besoin d'une jeune-preniière, lui envoya l'acteur Alexandre en ambassade : elle refusa ses propositions.

Elle gagnait peu, c'est vrai; mais, quand elle jouait, la direction lui offrait, à titre de /"i^wa;,... une bavaroise au chocolat.

Elle était l'idole des gamins.

Quand elle quitta le Petit-Lazari pour les Délassements, on lui jeta une couronne de Ne rn*oublie% pas, sur

laquelle on lisait: A Alphonsine, les Htis reconnaissants.

C'est à elle que fut adressée un jour cette pittoresque déclaration d'amour dont les chroniqueurs ont fait leurs délices : « Je vous aime, lui écrivait quelque blouse affolée, et si vous voulez me connaître, regardez au paradis : mes jambes pendront en dehors de la galerie. »

Le jour de ses débuts aux Délassements, sous la direction Lajariette, dans la Bouquetière du marché des In/nocents — au mois d'avril 1847 — Alphonsine reçut trentedeux bouquets, et nous vous assurons qu'elle n'était pour rien dans ces manifestations toutes spontanées.

Elle se distingua dans t Amour par les fenêtres ^ Ce qui manque aux grisettes^ Polkette et Bamboche^ Mademoiselle de Carotteville, r parie qu'y pleure^ jj* parie qu'y ritj Fifres et tambours de Beaujolais, etc.

Quand elle joua cette dernière pièce, une de ses bonnes petites camarades, à la place de laquelle on lui avait confié le principal rôle, se permit de la tourner tout haut en ridicule. Aussitôt, le public en blouse de l'amphithéâtre envahit les couloirs des premières galeries, et il fallut que SI rivale évacuât la loge. A la fin du spectacle, les titis portèrent littéralement Alphonsine en triomphe de la rue des Fossés-du-Temple au Jardin-Turc, où l'attendaient des rafraîchissements de choix qui devaient la consoler des ennuis de h soirée .

ALPHONSINE It

Ce qu'il y eut de plus chiir dans tout cela, c'est qu'Aiphonsine eut très-peur.

Si, au point de vue du succès, sa position était trèsbelle, il était loin d'en être de même sous le rapport pécuniaire.

Elle touchait raremerilrses appointément. Heureusement, tout cela allait changer.

Un soir, Alphonsine était allée à la Porte-Saint-Martin voir jouer Frédérick-Lemaître dans le Vieux Caporal. Elle était toute seule ; dans un entr'acte elle sortit pour acheter une orange; sur le boulevard, un monsieur, qui paraissait venir aussi du théâtre, l'accosta comme s'il voulait lui parler.

Alphonsine, toute frissonnante, se hâta de regagner sa place sans mot dire, mais elle ne passa pas tranquillement le reste de la soirée ; elle craignait toujours que le monsieur en question ne l'attendit à la sortie. Ce fut en effet ce qui arriva: il était posté devant le contrôle avec une autre personne et la guettait au passage. Quand ils la virent, tous deux firent mine de courir après elle, l'appelant par son nom, la priant de ne pas avoir peur.

Mais bast! 1 Alphonsine était déjà loin.

Elle rentra chez elle, exaspérée et très-émue.

La nuit pour elle fut noire de cauchemars.

Le lendemain matin, vers dix heures, elle entend

sonner à sa porte ; elle va ouvrir sans défiance, et que voit-elle? les deux inconnus de la veille... Elle pousse un cri et essaie, mais en vain, de refermer la porte.

— « Mais, mademoiselle, dit Tùn d'eux, laissez-nous vous expliquer I . . .

— Pas d'explications! sortez, et plus vite que cela! répliqua Alphonsine.

— Voyons, nous venons vous offrir un engagement!...

— Àh! ah ! un engagement ! je la connais, cette rengaine-là. Allons, prenez garde, je vais appeler, je vais crier ! »

Les deux messieurs étaient fort embarrassés en présence de ce grand effroi. Enfin ils se décidèrent à exhiber leur carte, et Alphonsine se radoucit quand elle vit qu'elle avait affaire à M. Collin, secrétaire de la Porte-Saint- Martin, et à M. Adolphe d'Ennery.

— « Vous avez deux mille francs aux Délassements, lui dirent-ils, maisVous ne les touchez pas; signez cet engagement et vous aurez deux mille quatre cents francs que vous toucherez.

— C'est deux mille quatre cents francs de plus que je ne gagne, dit Alphonsine, alors tout à fait rassurée, et elle s'empressa de signer.

Elle débuta à la Porte Saint-Martin, le 29 septembre 1853, dans les Sept Merveilles du Monde; puis elle joua la Chine à Paris et la Vie d'une Comédienne,

M. d'Ennery la recommanda peu de temps après à la direction de la Galté, qui l'engagea à raison de quatre mille francs par an et qui lui fit jouer les Cinq cents Diabks, le Masque de Poix et les Gueux de Béranger.

Ensuite, nous la retrouvons- encore à la Porte-Saint- Martin, jouant — en représentations seulement — dans le Sang mêlé.

Enfin, le 1" juin 1856, elle débuta aux Variétés dans la Médéede Nanterre.

Toutes ses créations, depuis cette époque, sont connues ; dlons la petite fille, des Enfants terribles ;ses imitations si réussies de M"*® Marie Laurent et la Carte- géographique, dans nous ne savons plus quelles revues; l'Hermione, ^^^ Amours de Cléopâtre; l'épouse excentrique, du JUari dans du coton; la harangère, de V Homme n'est pas parfait^ un type qu'elle a merveilleusement dessiné, quoiqu'il fût un peu en dehors de sa nature, et enfin Xéressa, du Royau7ne des femmes.

Avec quel art elle sauve les situations épineuses, avec quelle délicatesse, quel esprit, quel tact elle lance les mots scabreux I

Ses hésitations surtout sont pleines de mystères.

Voulez- vous des indiscrétions à présent ? En voici : AlphoDsine, cette bonne grosse fille si réjouie, si délurée à la scène, esta la ville une simple bourgeoise qui, loin de

poser pour Tartisle, fait tout ce qu'elle peut pour qu'on ne la reconnaisse pas.

Elle va souvent au théâtre ; elle aime le spectacle à la folie et rit ou pleure — selon la circonstance — si haut, si haut que ses voisins se fâchent quelquefois très-sérieusement de sa bruyante impressionabilité.

Ah ! s'ils se doutaient qu'ils ont affaire à Alphonsine, comme ils la^ laisseraient tranquille.

Un soir, à la première représentation d'une revue quelconque des Délassements, une actrice, au tableau des théâtres, se présente en disant: « Moi, je suis Alphonsine- Cancan, des Danses nationales! »

Aussitôt tous les yeux se tournent vers Alphonsine, assise modestement aux stalles de la galerie. Il fallait la voir alors, toute rouge, cacher son visage derrière son éventail.

Ah ! nous sommes sûr qu'elle aurait préféré en ce moment être n'importe où, fût-ce même à un cours de Cochinchinois ou de Sanscrit, ou bien dans le ballon Nadar.

Autre révélation : Alphonsine est mariée, — oui, mariée depuis huit ans ; la noce s'est faite aux Batignolles,

Et notez que le soir de son mariage elle est venue tout de même jouer les Enfants terribles aux Variétés.

Elle se nomme M"*'' Margaine, tout bonnement; son mari était décorateur. A eux deux ils forment un ménage modèle.

Ils ont trois maisons : Tune à Belleville, une autre à Asnières et une autre enfin à Joinville ; ils n'ont qu'un pied à terre à Paris, et passent une grande partie de leur temps — hiver comme été — à Joinville ou à Asnières. Joinville, surtout, a leur pi^férence. II faut voir avec quelle volupté Alphonsine s'étale dans son canot qui descend la Marne.

Elle a aux Variétés quatorze mille francs d'appointements; avec sa représentation à bénéfice et quelques excursions en province, elle se fait plus de dix-huit mille francs par an.

Elle est jeune encore, mais, soyez tranquilles, elle se retirera plus tôt que vous ne voudrez de la scène.

Faire aussi bien qu'elle, dans son genre, me paraît difficile.

Faire mieux, impossible.

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