CHRISTINE NILSSON
Il parait, du reste, que les superstitions ont quelquefois leur raison d'être ; car, toute jeune, Fenfant fit preuve d'une intelligence des plus précoces.
Elle avait un de ses frères qui s'amusait à racler du violon ; elle lui dérobait, de temps en temps, son instrument et elle apprit à en jouer toute seule.
Ce qui n'était alors qu'une récréation pour elle devint bientôt son gagne-pain.
Le malheur s'abattit sur la ferme et la famille fut ruinée ; mais Christine, malgré son apparence frêle, était une fille de résolution. Son plaisir, c'était d'endosser les vêlements de ses frères et d'aller faire le « garçon » à travers les neiges. Elle ne se découragea donc pas, et la voilà qui va dans les foires jouant du violon et chantant — oh ! chantant surtout ! au grand ébahissement des paysans qui emplissaient sa tirelire de menue monnaie.
Comme dans toute les légendes, nous allons maintenant voir apparaître la bonne fée.
Une grande dame russe entendit un jour la petite « virtuose du pavé » et, charmée par sa voix si fraîche et si étendue, la recueillit et l'amena à Guttenbourg : là, on loi apprit tout ce qui lui restait à apprendre : elle avait le germe, l'éducation fit pousser la plante.
Quand elle sut l'allemand, le français et le suédois — car jusque-là elle n'avait parlé qu'une espèce de patois