‹ Les actrices de ParisChapitre 18 sur 25 · MARIE SASS · texte numérisé non relu

MARIE SASS

Elle avait quatorze ans : elle était toute petite ^- elle n'a commencé à grandir qu'à dix-sept ans — et portait une robe courte. Elle chanta Tair de Lucie et celui de la Fille du régiment : notez bien ce dernier, il lui sera d'un grand secours. L'accueil qu'on lui fit fut des meilleurs : le général lui-même vint la féMciter et lui offrir un bouquet.

Elle chanta trois fois encore en public, et. avec tant de succès, que ledit général s'occupa de lui faire obtenir une pension qui lui permît de continuer ses études musicales.

Cette pension lui fut accordée le jour môme de la mort de son père ; le pauvre homme avait ressenti du premier succès de sa iille une émotion dont il n'avait pu se relever.

Voilà donc M"* Marie Sasse restée seule avec sa mère : la mort de son père annulait la pension, et le ménage n'était pas riche. Les deux femmes revinrent à Gand. Marie comptait y donner des leçons de musique : elle entra au Conservatoire et elle y eut pour professeur M. Albert Domange ; grâce à l'intérêt que lui portait le directeur de l'établissement, elle chanta dans quelques matinées musicales, et, à force de chercher, elle finit par trouver deux ou trois leçons.

Mais cela ne suffisait pis aux besoins journaliers : M*"* Sasse et sa fille se mirent à faire de la broderie ; en travaillant depuis quatre heures du matin jusqu'à huit heures du soir, elles gagnaient à elles deux 1 franc par jour.

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I/i position était l)ien triste ; les (jiiehjm's nioinents dt? repos que prenait la jeune fille étaient encore du travail. Elle les employait à donner ses leçons et à aller au Conservatoire.

Un ami, qui voyait avec peine toute cette gône, conseilla à M"« Sasse de se hisser engager dans un cati •concert ; il la recommanda au directeur du Casino des Galeries-Saint-Hubert, à Bruxelles — oii a passé aussi Marie Cico — et, après que sa mère eut été s'entendre avec le patron, elle y entm et y fit ses débuts devant un vrai public — un public payant et d^autant plus e^dgeant.

Elle y gagnait 300 francs par mois et était fort aimée des habitués ; elle y resta un an et demi environ.

Pendant ce laps de temps, elle eut Toccasion d'aller souvent au théâtre, et commença à sentir battre son cœur dans Tespoir de ces triomphes de la rampe, que son père redoutait tant pour elle.

De nouveaux conseils la décidèrent à venir à Paris, le grand cenlre,'^a flamme lumineuse oîi tant d'ailes se sont brûlées.

M. Marguin, qui tenait, aux Champs-Elysées, le café des Ambassadeurs, rengagea moyennant 350 francs par mois; elle y chantait tous les soirs — et le dimanche de deux heures à minuit -— tous les morceaux qui forment le répertoire des chanteuses légères, teU que les couplets

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de Galatée, les airs d'Othello et, bien entendu, de la Fille du régiment.

Une saison d*éLé se passa ainsi, et il fallait que sa voix fût bien solide pour résister à ce métier. Mais elle était si puissante et si étendue qu'on l'entendait, dit-elle en riant, de la barrière de l'Étoile.

L'hiver, elle chanta avec Marie Cico au café Jacquin, au Palais-Royal, et, après, elle entra au café du Géante pour remplacer immédiatement une étoile du lieu qui n'était autre qire M™^ Âgar.

Du premier coup, elle fit recette ; ce que voyant, M. Paris, le directeur, porta spontanément ses appointements à 450 francs par mois.

Un homme de lettres, mort il y a peu de temps, M. Achille Lestrelin, l'ayant entendue par hasard, fut frappé de la beauté surprenante de sa voix, et en parla à M°»« Ugalde ; celle-ci vint l'entendre ; des pourparlers eurent lieu, et elle s'engagea à lui donner des leçons, moyennant payement ultérieur.

Ses progrès étaient sensibles. M"' Ugalde avait été faire une excursion en Espagne, quand M. Prosper Pascal, un compositeur de mérite, se mit en têie de lui faire traverser le boulevard et de la faire entrer en face — au Théâtre- Lyrique.

M. Carvaiho lui accorda une audition.

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Elle chanta l*air dv la Fille du réijiment — son grand aif de bataille — et elle fut engagée. Si^ulement son nom sonnait mal à loreille, et son nouveau directeur le \n\ fit modifier :

— Devenez Sax, lui dit-il^ c est un nom déjà connu dans fart musical, c'est presque un titre ! Ce ({ui fut dit fut fait ; mais, dans ces derniers tem|>s, il lui a fallu modifier ce nom — par autorité de justice : — M. Sax est intervenu, et Marie Sax devint Marie Saxe, puis définitivement Sas$.

Ses appointements furent fixés à 400 francs par mois pour la première année, oOO francs pour la deuxième et 600 francs pour la troisième.

Elle débuta dans le rôle de la comtesse, des Noces de Figaro, le 1" octobre 1839, et chanta successivement le rôle d'Eurydice, i'Orphée — pour lequel elle reçut d'excellents conseils de >!•"• Pauline Viardot — celui d'une Bacchante dans Philémon et Baucis^ et aussi Anna, de Robin des Bois, le tout avec tant de talent que, trois mois après, M. Alphonse Royer, alors directeur de TOpéra,

vint Tentendre et lui offrit ujie audition.

Ce fut une petite solennité intime, à laquelle assistaient MM. Fould, Poniatowski, Théophile Gautier, etc.

M"* Sass chanta l'air : « Va, dit-elle, mon enfant! » de

Robert le Diable , et le terrible duo des Huguenots avec Belval pour partenaire, et elle fut aussitôt engagée aux

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appoirteraents progressifs de 12, 15 et 18,000 francs.

Ses débuis curent lieu le 3 août 1860, dans Robert le Diable; ils furent des plus brillanls.

On l'entendit ensuite dans la Juive, et après le Trouvère, qu'elle avait étudié avec Faure, son professeur, son engagement fut changé et porté à 20, 25, 30 et 35 mille francs.

Le jour de la quatrième représentation de la Reine de Saba, M™^ Gueymard fut subitement indisposée. On fil prévenir M"® Sass dans l'après-midi et on lui demanda de la remplacer. Elle rentra chez elle, étudia avec Gounod ce rôle qu'elle ne connaissait pas, et le même so^r elle le chanta merveilleusement. Le grand air et le duo surtout lui firent le plus grand honneur.

M. Emile Perrin ayant remonté exprès pour elle les Vêpres Siciliennes y Verdi les lui fit étudier lui-même. Meyerbeer, rayant entendue dans cet opéra, demanda qu'elle interprétât le rôle de Valentine, des Huguenots, et la fit travailler pendant deux ou trois heures tous les jours, lui analysant sa partition note par note ; c*est à elle, en quelque sorte, qu'il a donné ses derniers conseils, et il Ta désignée spécialement, entre toutes, pour chanter t Africaine. Nous avons vu que le choix était bon.

Voilà pour le chant; quant à son jeu, c'est M. Perrin qui s'en est chargé ; il a fait de cette cantatrice accomplie une artiste des plus dramatiques.

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La province a eu aussi Toccasion de ratificp ses succès d'ici : il y a deux ans, elle a chantt^ k Marseille, et lanniki passif à Lyon, et dans ces deux villes les ovations et les couronnes ne lui ont pas fait défaut.

Il y a quelque temps, elle a épousé M. Castan, dit Castelmary, un jeune artiste, qui a chanté assez brillamment l'opéra à Lyon et à Marseille,et qui a paru pour la première fois, dans le rôle de Saint-Bris, dos Huguenots, à notre Académie impériale de musique, à laquelle il est maintenant attaché définitivement.

M™* Sass n'est ni prétentieuse ni fière de sa belle position. Un de ses grands plaisirs, c'est d'aller voir le plus souvent possible quelque gros mélodrame qui l'émeuve ou la fasse frémir ; ses soirées du dimanche, elle les consacre plutôt à l'Opéra-Gomique ; ces soirs-là, en effet, la quantité s'y joint à la qualité.

Vous connaissez tous l'admirable voix de M"'* Sass, il est donc inutile de vous en relater toutes les beautés ; elle est hautement appréciée dans le monde musical.

Son zèle est à toute épreuve ; elle tient à peu près tout le répertoire, et jamais — ceci est à remarquer — jamais elle n'a fait manquer un seul spectacle.

Paris fait d'elle le plus grand cas.

Elle parle plusieurs langues, l'anglais, l'allemand, le hollandais, l'italien; — oui, l'italien, par malheur, car déjà

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les plus belles propositions lui ont été adressées d'Italie, — du théâtre de la Scala surtout.

Les impresarii de la Péninsule pourraient bien un jour, pour faciliter son passage, lui dresser, par-dessus les \lpes, non pas un pont, mais un viaduc d'or.

Si elle se décide à le traverser, nous lui assurons — et ceci est tout un éloge — qu'à Paris, la ville oublieuse par excellence, le dilettantisme la regrettera longtemps et se souviendra d'jelle toujours.

M"' Schneider longtemps a été l*&ine du Palais-Royal, comme elle en était la joie et l'attrait.

Nous aimons ses allures délurées, son jeu franc et gracieux, son sourire aimable. Nous aimons sa mine réjouie, son geste provoquant ; nous aimons sa voix mélodieuse.

Elle est — quand les auteurs veulent bien le lui permettre — tout aussi artiste qu'une autre; son talent surtout se résume en ceci : elle plaît.

Hortense-Gatherine Schneider est Bordelaise ; c'est une enfant de la rue Sainte-Catherine.

Un soir, son père la mena au Grand-Théâtre; elle n'avait guère que six ans.

On jouait Guida et Gin£vra, Le lendemain, la petite

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