‹ Les actrices de ParisChapitre 19 sur 25 · SI · texte numérisé non relu

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fille, encore sous Timpression de la représentation de la veille, s'affubla d'une ample robe de chambre à ramages et se mit à chanter, du matin au soir, des bribes de l'opéra qui l'avait charmée. Plus tard, on lui fit voir la Grâce de Dieu. Ce fut bien une autre affaire : une fois rentrée à la maison, elle emprunta à un petit voisin une veste, l'endossa et commença à répéter ce qu elle avait retenu du rôle de Pierrot en s'accompagnant sur une vielle cassée qu'elle avait trouvée au fond d'un grenier ; ensuite, elle chercha à s'identifier avec le personnage pleurnicheur de la mère Loustalot, qui avait sa prédilection ; on l'entendit alors fredonner sans cesse la fameuse romance de Loïsa Puget. Souvent aussi elle s'essay;iil dans les scènes pathétiques, tout comme au troisième acte des Diables roses, et il fallait voir avec quel cœur elle se démenait.

C'en était fait : sa vocation l'appelait au théâtre, elle en avait la tête tournée jusqu'au point de menacer de se tuer si l'on voulait s'opposer à ses résolutions.

Elle avait à peu près une quinzaine d'années quand elle prit le paili d'entrer à l'Athénée, une scène bien connue à Bordeaux; elle s'y fit applaudir k force dans Michel et Christine. Tout en jouant, elle recevait des leçons de chant d'un professeur du nom de Schaifner — un vieux brave homme sourd, mais honnête.

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Deimas *- un artislo de proviiue dont la rt'imtation a eu de r^^cho à Paris — la remarqua un beau jour et remmena avec lui à Agen, où il conduisait une troupe d'opéra et de vaudeville. Elle débuta par les rôles d'Inès, de la Favorite, et de la blanchisseuse, du Commis et la Grisette, On n'est pas plus modeste en vérité.

On ne saurait croire combien elle était timide.

Ainsi, Tisserant et mt venu en représentation à Agen, son émotion fut grande quand elle pensa qu'il lui fallait jouer à côté d'un acteur de Paris, — si grande, ma foi ! qu'à peine en scène elle perdit complètement la parole et qu'on dut baisser le rideau.

Une circonslajice fortuite lui permit d'aborder des rôles plus importants : une des premières actrices de la troupe s'était laissé enlever ; ce fut elle qui dut la remplacer.

Au lieu de trois mois, comme c'était convenu, elle resta trois ans dans le chef-lieu du Lot-et-Garonne, jouant tour à tour les naïves ingénuités et les sémillants travestis, et cela avec t-mt de succès qu'elle finit par se décider à venir à Paris.

Elle s'installa dans un hôtel de la rue Le Pelelier, et, peu de temps après, elle monl.i à riïcole-Lyrique une partie où elle joua Michel et Christine, - son triomphe d'autrefois. — Elle étiil all:3e, avec une lettre de recommandation, trouver M. Cogniard et l'inviter à venir l'entendre.

Après sa représentation, elle retourna chez lui, mais en vain : elle fut éconduite très-poliment.

De retour à son hôtel, elle reçut une lettre : elle était de M. Offenbach, à qui Tacteur Candeilh avait parlé d'elle. Offenbach formait sa troupe des Bouffes-Parisiens,* et il n'hésita pas à rengager.

Elle débuta, aux Champs-Elysées, dans le Violoneux. On se souvient de la très-agréable façon dont elle joua cette bonne petite opérette, ainsi que plus tard les Pantins de Violette et la Rose de Saint-Flour.

Un an après, M. Cogniard — revenu de ses préventions — ne dédaigna plus de rengager, au contraire !

Ses débuts aux Variétés eurent lieu dans le Chien de garde, le 19 septembre 1856 ; elle fut bien accueillie,. ses couplets furent bissés.

Mais ce beau succès ne décida ni les auteurs ni le directeur à lui donner des rôles dignes d'elle.

Elle commençait à avoir bien assez de cette position qui ne pouvait nullement mettre en relief ses qualités, quand un jour, en venant faire uiie visite à M"* Dejazet, elle se rencontra chez elle avec M. Plunfcett, un des directeurs du Palais-Royal.

. Au moment oîi l'on annonça M"' Schneider, il s'apprêtait à s'en aller. « Restez donc un instant, i lui dit Déjazet, « vous cherchez une actrice qui ait de la verve, de

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la voix et qui soit jolie ! . . . Tenez, voici votre affaire ! » Les * présentations eurent lieu, on causa, et M"* Schneider fut engagée au Palais-Royal, oli elle dc^buta, le 5 août 1858, dans le Fils de la Belle au bois dormant.

Citons quelques-unes des pièces dont elle a été le boute-en -train joyeux : le Punch Grassot, la Mariée du Mardi grasy les Mémoires de Mimi Bamboche^ la Beauté du Diable, Danaéetsa bonne, et enfin les Diables roses,

Hortense Schneider est comédienne, elle Ta montré dans cette dernière création ; elle chante délicieusement Topérette, porte élégamment le costume et sait dire à ravir les rondes.

Malgré cela, elle n'a jamais été gâtée par la presse, tant s'en faut. Est-ce à cause de son fameux coup de pied de côté, qui enjolivait les danses égrillardes de Mimi Bamboche ? Ce serait possible, mais à qui la faute ? aux auteurs, assurément, qui, enthousiasmés du brio déployé par elle dans un pas glissé à la fin d'une revue des Variétés, Lanterne magique, ont — à son grand désespoir — abusé de ce qu'ils croyaient être ses aptitudes chorégraphiques. Mais M"' Schneider déteste la danse en général et ces danses-là en particulier ; on les lui a imposées, il lui a fallu obéir. Or, elle semble bien décidée maintenant, elle ne cédera plus, et, tout amusantes que

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puissent paraître ces excentricités, nous la félicitons chaleureusement de cet heureux mouvement ; il prouve en faveur de son bon sens et de ses sentiments artistiques.

A présent, elle veut être engagée où bon lui semblera : elle veut aller, ça et là, butiner le succès et choisir ses créations.

C'est ainsi qu'elle est venue jouer en représentaliuns la Belle Hélène et Barbe-Bleue, d'Offenbach, aux Variétés — et l'on sait de quelle délicieuse façon.

M"® Schneider est trè$^-aira:5e ; elle est bonne camarade et ne pose pas; elle joue consciencieusement et avec plaisir.

Sa conversation est pleine de charme. — « Quand donc, » nous disait très-finepient Henri Delaage, « quîmd donc les auteurs feront-ils à M"" Schneider des rôles aussi spirituels qu'elle ?» — Hélas ! cher monsieur, quand ils se seront donné la peine de Técouter causer.

Quoi qu'on ait dit de ses habitudes mondaines, elle est ce qu'on appelle vulgairement casanière; elle se pliît dans son intérieur plus que partout ailleurs ; il est du reste assez somptueux pour que cela n'ait rien d'étonnant.

Elle va aux courses assidûment, c'est vrai ; mais ce n'est point, comme ces petites dames, pour faire du genre, pour parier ; non ! Elle y va par goût : c'est uuesportw)man convaincue.

HOUTKNSi: SCHNKIDER i.M

l^e pri'nnm d'Horten^e lui est arrtipnthiqiie : ello aime mieux qu'on rappelle Catherine.

Elle a encore une autre tocade, mais qui n'ôte rien non plus à son mérite : elle adore le bézigue.

Ce n'est certainement pas sous ce jour-là que jusqu*ici les journalistes ont présenté M"* Schneider.

Mais que voulez-vous! c'est comme cela qu'on écrit l' histoire ! . . .

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