MARIE DELAPORTE
drillon, VAmi des femmes, les vieux Garçons^ Nos bons Villageois, et bien d'autres pièces encore qu'il serait trop loug d'énunaérer ici, on put remarquer tout ce qu'il y avait en elle de sentiment élevé, de délicatesse, de grâce, devrai talent.
C'est réellement à présent la première ingénuité de Paris.
Vous souvenez-vous de la façon merveilleuse dont elle a sauvé, dans les vieux Garçons^ le côté scabreux dC-Son rôle ? n fallait bien du tact pour lui laisser ainsi toute sa naïveté, toute son innocence, en dépit de la hardiesse des questions qu'elle posait au Céladon.
M"« Delaporte a de l'espièglerie, de la mutinerie , un sourire charmant, de l'enjoùment, de la gaieté ; mais pardessus tout elle a du cœur et un naturel parfait.
Elle dit le vers de la bonne façon et... Mais à quoi bon prolonger mes éloges ?
J'aurai tout dit quand je vous aurai appris ce que du reste vous savez déjà; c'est que notre chronique n'a rien à voir dans sa vie privée, qui est un petit sanctuaire d'honorabiUté.
M"'*' Doche, Marie-Charlotte* Eugénie de Pluoketl, est Dée à Braxelles, le 19 décembre 1823.
Là-dessns, je vous entends, Monsieur mon lecteur, vous écrier, tout étonné, que je me moque certainement de vous ; que vous voyez jouer M"* Doche depuis pr^s de trente ans ; qu'alors déjà elle était mariée , qu'elle remplissait, vers 1840. le rôle de M»' Roland, une femme de trente-quatre ans bien sonnés, et qu'enOn, toute jeunette qu'elle paraît encore, elle doit avoir quelques printemps de plus, ne fût-ce que les mois de nourrice.
Toutes vos dates. Monsieur, sont exactes, et vos raisons semblent irréfutables ; malheureusement pour vous, ~ et heureusement pour l'artiste en jeu, - M™* Doche subit le sort ordinaire des actrices qui sont entrées toutes jeu-
nés an théâtre. Elle a débuté à quatorze ans, elle s'est mariée nn an après, et elle a joné le rôle légèrement marqué de M"* Roland, à peine âgée de dix-sept ans.
Voilà Texplication du prodige : M™* Doche parait jeune par cette raison bien simple qu'elle Test réellement encore, et la fontaine de Jouvence n'a rien à voir là-dedans.
M. le baron de Plunkett était d'origine irlandaise ; il avait épousé à Bruxelles, on sa famille était venue s établir il y avait plus de deux siècles, la fille d'un riche négociant de la ville.
Quelque temps après, il vint s'installer à Paris : la petite Eugénie avait quatre ans environ ; elle fut mise dans un grand pensionnat de la rue de la Tour-d'Âuvergne, à deux pas de l'emplacement oîi devait plus tard s'élever l'École Lyrique, cette pépinière de tant d'artistes: ce fut dans cette rue que M'*' de Plunkett Gt son apprentissage de comédienne; elle jouait tous les huit jours à la pension, dans de petites solennités intimes, des pièces dont, grâce à son intelligence, elle se voyait conCer les principaux rôles, et peu à peu ainsi le goût du théâtre commença à lui venir ; rien pourtant ne pouvait jusque-là faire prévoir qu'elle dût un jour monter sur les planches ; mais un événement impré\ii arriva, qui soudain bouleversa tout son avenir.
Au commencement de 1837, son père vint à mourir. ]y{iue ^Q Plunkett demanda à sa fille, déjà toute grandelette,
ce qu elle comptait faire ; elle lui avait donnéune brillante instruction, elle lui avait fait apprendre la musique et le chant, et son étonnement fut grand quand l'enfant lui répondit qu'elle voulait être actrice.
M"*^ de Plunkett ne s'opposa pas beaucoup h cette résolution ; après avoir consulté Lafont et M"* Déjazet, elle conduisit Eugénie, une ravissante petite personne déjà, chez M. Etienne Arago , qui dirigeait le Vaudeville et qu'elle connaissait un peu. Celui-ci, pour lui donner de l'habitude et afin de pouvoir mieux la juger^ l'envoya s'exercer à Versailles, sous la direction d'un nommé Robillon. Elle y joua trois fois, après y avoir débuté, vers le mois d'octobre 1837, par le rôle de Juliette, de Moiroud et corn- |wp/^;elle l'interpréta d'une si gentille façon, et elle chanta si bien, que M. Arago n'hésita plus à l'engager au Vaudeville, pour trois ans, aux appointements progressifs «le 2,000, 3,000 et 4,000 francs.
Sous lisons à ce sujet dans une biographie :
« Le directeur de Versailles, en cédant au directeur du « Vaudeville le diamant de sa troupe, avait fait acte d'ex- « cellent et aimable confrère. La jeune artiste en fut tou- ' chée et, de sa propre init iative, elle pria M. Etienne Arago '^6 lui permettre d'aller jouer à Versailles, les jours « qu'elle ne jouerait pas à Paris.
« J'y pensais, mon enfant, » répondit-il.
ff Etienne Arago, homme de cœur, a toujours tenu grand « compte d'un bon procédé. »
Le 8 janvier 1838, elle joua pour ses débuts, rue de Chartres, sous le nom d'Eugénie Fleury, le rôle créé par Louise Mayer dans Renaudin de Caen,. Ensuite elle créa celui de Stella, dans les Serments de Collège.
On la trouva « jolie comme un Amour de Boucher » et dès-lors les plus grandes espérances commencèrent à être fondées sur son avenir.
La chance vint seconder ses efforts : le départ de M"*' Fargueil, EmileTaigny et Louise Mayer lui permit de reprendre tous les rôles de ces éminentes comédiennes ; le Vaudeville alors, après le terrible incendie du 18 juillet, était venu s'installer sur le boulevard Bonne-Nouvelle, dans l;i salle d'un ancien café-spectacle : pendant la fermeture. M"® de Plunkett était allée avec ses camarades donner des représentations en province, ce qui n'avait pas peu contribué à compléter, par ce qu'on appelle le métier, les dons heureux qu'elle avait reçus de la nature.
j|me (jg piunkett, qui craignait pour sa fille les tentations auxquelles sont en butte les actrices, voulait h toute force qu'elle se mariât. M. Doche, chef d'orchestre et fils d'un compositeur connu, se présenta et fut agréé : la jeune fille l'épousa au mois de janvier 1839 ; elle l'aimait encore mieux qu'un autre parce qu'il était artiste ; or, Fart
était tout pour elle. Elle n'avait guère plus de quinze ans. On comprend que ce mariage précipité ne devait pas être irfcs-heureux ; aussi, dix-huit mois après, le jeune ménage se sépara-t-il pour « incompatibilité d'humeur, »
31™" Doche resta seule avec une petite fille qu'il lui fallait élever : la voyez-vous, à dix-sept ans, jouant à la poupée avec son baby!...
Elle se remit avec plus de courage que jamais à Fœuvre. Marguerite fut son premier grand succès, que tant d'autres devaient ^suivre. — « Elle a la taille la plus fine, Tœil le plus agréable, le sourire le plus aimable, le regard le plus piquant et les plus jolies robes du monde, » disait d'elle, vers cette époque, M. RoUe dans k National.
— « Elle est pleine de grâce, de goût, de gentillesse et aussi charmante à voir qu'à entendre, » trouvons-nous dans l^Aftistey à propos du Neveu du Mercier,
Voici une autre appréciation encore — publiée lors du iour de liberté : « M™' Doche, dans un rôle noyé de « mélancolie, a su mettre merveilleusement en scène sa • grande chevelure blonde éplorée, le feu noir de son re- « gard humide, ses dents qui sont des perlej, sa voix qui « est une harmonie... Elle a ces doigts de rose si vantés « par le paternel Homère, la gentillesse perfide du petit « Dieu malin, le vermillon et l'éclat d'une pivoine en
a fleur... Comme elle ne hasarde pas une pose, un geste, <r un regard dont elle n'ait étudié l'effet I »
Elle n'avait pas tardé, on le voit, à prendre une des
premières places dans Tart dramatique. Sa beauté avait commencé par lui attirer toutes les sympathies; son talent avait fait le reste. Comment ne pas réussir quand on a
tout pour soi I... ,
Elle avait voulu, au moment de créer Madame Roland, prendre des leçons de quelque sommité du Théâtre-Français : « Il n'y a plus rien h vous apprendre, » lui fut-il répondu, « le travail et votre intelligence, voilà les meil- « leurs professeurs auxquels vous devez vous confier, les « seuls dont vous pouvez avoir besoin. »
Et elle travailla avec ardeur, avec conscience et toujours avec fruit.
Parmi les pièces dont elle a été le charme au Vaudeville, citons les Mémoires du Diable, F Homme blasé, le Magasin de graine de lin, oîi Arnal, qui faisait grand cas d'elle, remportait dans une hotte, le Protégé, les Pages et les Poissardes, V Ingénue de Paris (1843), la Jolie Fille du Faubourg, V Extase, oii elle se montra très-dramatique, Loisa, Madame Barbe Bleue, Sat$n ou le Diable à Paris, qui la fit admirer sous six costumes différents, entre autres sous un travesti qui lui seyait on ne peut mieux; la Polka en Province, Paris à tous les Diables, oii elle
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jouait TAurore, TAraour et Rose Pompon ; les Trois loges, etc.
Elle quitta le Vaudeville pour le Gymnase, oii elle débuta, le 17 avril 1845, par le rôle deMadeleine, de l'Image ; elle était engagée pour cinq années, à raison de 20,000 fr. par an.
Elle y fit florès dans les Sept merveilles du monde, la Vie en partie double, les Murs ont des oreilles, les Manteaux, Entre l'arbre et Vécorce, la Seconde année, la Somnam,bule; mais elle crut devoir rompre son engagement après s'être vu retirer le rôle du Changement de main, qu'elle répétait, par M. Montigny, qui voulait le * donner à M"*' Rose Chéri. Elle rentra au Vaudeville ; ses appointements annuels n'étaient là que de 15,000 fr., mais au moins elle était sûre d'y tenir la première place.
Elle alla, sur ces entrefaites, jouer à Londres, à Bruxelles, à Lyon, à Marseille, et revint au Vaudeville se faire applaudir dans une foule de pièces.
Malgré toutes les faillites successives qui vinrent fondre sur ce malheureux théâtre , elle fut toujours rengagée par chaque directeur; elle faisait comme partie du mobilier, et c'était bien un des meubles les plus précieux de la maison.
En 1860, elle fit une brillante tournée avec Tisserant ei joua la Belle et la Bête.
Au Vaudeville, elle se fit remarquer surtout dans Vîle de RobinsoUy un Homme grave, Carlo Beatiy le Gant et VÉventail, les Fleurs animées^ les Chansons populaires, le Bonhomme Job, la Planète à Paris^ Pierrot posthume, le Lion et le Rat^ Breda-Street, Croque-Poule, etc.
Mais tous ces rôles avaient fini par la fatiguer : sa voix si charmante s'altéra, brisée qu'elle était par cet incessant travail, et M""® Doche, voyant que le chant — ce chant si doux et si pur, auquel elle devait tant d'applaudissements — - lui était désormais interdit, M"« Doche, disons-nous, renonça au théâtre et partit s'installer à Londres, oii tous les ans elle allait passer quelques mois.
Un beau matin, deux messieurs sonnèrent à sa porte et demandèrent à lui parler.
C'étaient Fechter et M. Cardaillac, le directeur — pour le moment — du Vaudeville, qui venaient lui apporter le manuscrit de la Dame aux camélias, que plusieurs actrices avaient déjà répétée au Théâtre Historique et place de la Bourse.
Une fois la pièce lue, M"*® Doche revint à Paris et s'occupa activement de cette magnifique création qui est sans contredit le plus beau fleuron de sa couronne artistique.
Après bien des péripéties, qu'un volume suffirait à peine à raconter et q\ji nous seront révélées plus tard,
le drame de Dumas fils, qui avait été interdit, mais que M. de Persigny avait fini par rendre très-gracieusement à M"* Doche, fut représenté le 2 février 1832.
On se souvient du succès de Tœuvre cl de l'interprète : M"** Doche y était belle à miracle ; elle s'était révélt»e sous un jour tout nouveau et les larmes rehaussaient encore l'éclat de son visage.
A la soixante-quatorzième représentait ion, le princo-pn''sident lui fit remettre un bracelet magnifique*
Alexandre Dumas fils fit précéder la brochuriî d'une préface à son intention que vous devez connaitre, et Jul(*s Janin s'amusa à illustrer pour elle, avec d(*s dessins trèsrares, un exemplaire du roman de Marguerite Gauthier, en tête duquel il a placé un autographe de Thér^nne d<' cette lamentable histoire, la pauvre Marie DupU*ssis.
W^ Doche alla jouer la Dame aux ilamilian un peu partout; à son retour il y eut encore un interdit qui cette fois fut bientôt levé.
Après avoir eu, à Rouen, un grand surets dans Adrienne Lecouvreur, elle revint créer au Vaudeville, en 1854, Louise de Nanteuil^ puis cette fameuse Vie en rose, qui motiva entre elle et M"« Page, à propos de leur âge respectif, cette spirituelle correspondance dont s'émurent profondément les deux camps des Dochistes et des Pagistes.
M. Hippolyte Hostein la fit venir quelque temps après à la Gaité, qu*il dirigeait, pour jouer la Dame aux Soucis ou le Médecin de la Mort, de M. Edouard Plouvier ; mais la pièce, qui ne vit la rampe que plus tard à TAmbigu, sous le titre de tAnye de minuit, n ayant pu être représentée, M"* Oocbe revint aux Vaudeville créer madame Lovelace.
De là, elle va à TAmbigu jouer, à la fin de 1857, Hase Bernard, puis à la Gaîté, où elle reprend la Bergère des Alpes et oii elle crée Germaine^ d'Edmond About.
Elle va ensuite aux fêtes de Cherbourg où elle récite une ode de M. Belmontet ; elle reçoit, comme remerciment, un bracelet sur lequel le nom de la ville est inscrit en lettres de diamants.
Si pareille chose devait jamais m'arriver, je désirerais que ce fut plutôt à Gonstantinople qu'à Eu : simple question de nombre de lettres, — comme pour les peintres d'enseignes.
Elle revient à la Galté jouer la Marnière des Saules et Girofle! Girofla! Elle reparaît au Vaudeville; va, en 1860, à la Porte-Saint-Martin, jouer la Reine Margot, et retourne au Vaudeville créer la Pénélope Normande, d'Alphonse Karr ; elle répète à la Porte-Saint-Martin le rôle de la duchesse d'Ëtampes, dans Benvenuto CeUini, et finit nar jouer celui de Scozzone; elle apprend en une
nuit le rôle de M"* Bonacieux, dans les Mousquetaires, et s'y fait applaudir ; et enfin, à bout de forces, elle tombe
malade ^
Le bruit de sa mort court, on est inquiet, attristé; mais la vaillante artiste triomphe du mal et revient à la Porte- Saint-Martin créer le Capitaine Fantôme.
Après une tournée en province, elle rompt son engagement avec M. Marc Fournier pour éviter les Drames du Cabaret, et va jouer la Jeunesse de Mirabeau à Bruxelles; le bruit de ses succès a de Técho à Paris ; justement, M™" Fargueil est malade ; vite on écrit k M"**' Doche, et elle rentre encore une fois au Vaudeville pour reprendre cette même Jeunesse de Mirabeau.
M. Harmant, en prenant la direction de ce théâtre, s'est empressé de l'engager ; elle y a créé Barberine , de Monsieur de Saint-Bertrand, et, depuis, à TOdéon, on l'a applaudie dans la Contagion, .
M™* Doche, quand elle joue le drame, se souvient toujours des fUiesses de la comédie : elle a une aisance et une distinction sans pareilles.
Pendant un de ses séjours à Londres, elle a joué, avec Delphine Fix, le Caprice et la Porte ouverte ou ferfhée, chez M™* la duchesse d'Aumale.
A Bruxelles, oii on l'aime comme un bonne compatriote qu'elle est, elle s'est fait fort remarquer dans lady
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Tartuffe, le Demi-Monde, la Fiammina, etc. : l'an passé, elle y a joué aussi le Mariage d*Olympe^ et d'une adorable façon le rôle du petit Mario dans les Beaux Messieurs de Bois-Doré.
Après sa création de la Dame aux Camélius, M. Arsène Houssaye voulait la faire entrer à la Comédie* Française, dont 11 était alors adrainistraieur. Elle a refusé et ne le regrette pas; en attendant elle joue en représentations au second Théâtre-Français, et vous savez aveL' quel succès.
Elle a élevé sa fille — qu'elle idolâtre — avec un dévouement sans bornes, et elle Ta mariée fort honorablemenf.
Sa nature tout à fait aristocratique se plaît dans le luxe : il lui faut toutes les élégances et elle sait s'habiller avec un goût exquis.
Elle n'a jamais sacrifié au culte exagéré de la crinoline : elle aime avant tout le beau dans la simplicité. Ses traits ont gardé l'empreinte de son origine britannique : on rappelait autrefois « la petite vignette anglaise : » elle ^ toujours cette jolie tète qu'on croirait détachée de quelque* keepsake.
Sa sœur a été longtemps une des ballerines applaudies de rOpéra, et son frère, M. de Plunkett, partage avec M. Léon Dormeuil la direction Tortuuée du Palais-Royal.
Quelquefois elle a Aonné des bals travestis : elieiVrivait alors tout simplement ceci à ses invités : c Nous siutons chez moi vendredi, à onze heures ; le pierrot le plus simple est de rigueur. »
Elle habite Neuilly toute Tannée ; elle posst^de là, dans le parc, un très-bel hôtel dont elle- fait, avec toute son amabilité, les honneurs à quelques privilé^i^'^s.
Ses appartements sont somptueux; les nombreuses couronnes, qu'elle rapporte chaque année de ses excursions en province et à l'étranger, se mêlent aax tentures éclatantes, aux tableaux de maîtres, aux meubles de prix et aux porcelaines de Saxe.
Sa bibliothèque est de premier choix : on y trouve des EIzevirs et Tune de ses curiosités, c'est un livre dans lequel tous les articles qui ont été faits sur la Dame aux Camélias ont été copiés sur vélin en caractères gothiques et polychromes.
Elle fait plaisir à voir jouer parce qu'elle ne vise pas à l'effet, parce que son bon goftt ordinaire se retrouve dans les moindres détails de son jeu, parce qu'en un mot son esprit anime tout.
Sa conversation est attrayante au possible : ses lettres, si elles étaient réunies et publiées, formeraient un volume de correspondance d'un inlérét puissant.
Enfin terminons cette esquisse, qu'il ne nous est pas
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permis de faire plus détaillée, par ce jugement précieux d'Alexandre Dumas :
— a M"* Doche, a-t-il dit un jour, est la femme dont on parle le plus et que Ton connaît le moins. »
Pour TArt divin qui nooii amu^^e, Elle naqoit dans on jardin»
Rose de la dixième Musc, Chez Delphine de Girard in.
^ (Alkxa?(drf: DrvAs.)
M"* Emilie Dubois est née a Paris, il n'y a pas longtemps; elle appartient à une famille des plus honnêtes, qu'elle n'a jamais quittée.
Son père — homme tp}»s-instruit — a fait lui-mf^me son éducation.
Sous cette direction sage et affectueuse, elle s'est trouvée tout naturellement élevée dans les meilleurs principes.
Un jour — elle avait à peine une douzaine d'années — on vint à parler en sa présence des examens qui devaient avoir lieu le lendemain au Conservatoire.
— Maman, dit la petite Emilie à sa mère, si tu voulais!...
Et elle s'arrêta tout embarrassée, tout émue.
— Si tu voulais, continua-t-elle, je concourrais, et qui sait ? peut-être m'admettrait-on dans une classe de déclamation.
M""' Dubois ouvrit de grands yeux : jamais en effet sa fille n'avait été conduite au spectacle ; jamais elle h'avait manifesté de dispositions pour le théâtre.
Elle crut à un caprice d'enfant.
— Mais, lui demanda-t-elle en riant, comment veux-tu qu'on te reçoive ? Il faut réciter des vers là-bas, et tu n^en sais pas, je suppose ?
— Pardon, maman, répliqua la petite, tu vas voir, je vais te dire le rôle d'Agnès.
M"*® Dubois n'en revenait pas ; elle écouta attentivement sa tille et fut réellement toute surprise de la façon dont elle disait les vers.
C'était une véritable révélation.
Le lendemain, Emilie fut amenée au Conservatoire ; et, quoique l'heure réglementaire fût passée, M. de Beauchesne consentit à l'inscrire.
Les examens eurent lieu : elle frappa l'auditoire, et, à peine avait-elle fini sa principale tirade que Samson, se levant émerveillé, dit : « Je la prends dai^ ma classe. »
Le maître avait de\iné quelle élhv il allait faire.
Un an après — à son premier eoncours — elle rc»nïportaà Tunanimité un second prix; elle eut trois voix pour le premier, et ce fut M"* Arrerie qui Toblint avec une seule voix de majorité.
En ce temps-là, M"* de Girardin eut besoin, pour sa Lady Tartuffe, d'une jeune fille complètement immaculiM» aux yeux du pu))Iic et sur les antécédents de laquelle il n'y eût rien à redire, afin que dans la pièce on crut plus fermement à son innocence, mise en doute pourtant par les preuves les plus convaincantes.
Régnier désigna immédiatement M"' l)ulK)is. Appelée aussitôt chez WC°* de Girard^), elle y conquit tous les suffrages. Le ministère lui* donna en quelque sorte une dispense d'âge, en déclaVant toutefois que, \'u sa grande jeunesse, elle ne jouerait, pour le moment, que ce rôle.
Elle débuta donc, au Théâtre-Français, dans Lady Tar^ tuffe, en février 1853. Ce n'était guère encore qu'une enfant, mais si jolie, mais si pétulante, mais douée d'un talent si précoce que l'indulgence dut s'effacer devant l'admiration.
Après cette création, suivant les prescriptions ministérielles, elle se reposa pendant quelques mois, employant ses loisirs forcés h d'incessantes études. Elle reparut, rue de Riclielieu, dans le rôle d'Agnès, et créa ensuite celui
de Blanche, de la Joie fait peur. Elle était si jeune encore à celle époque que M*"* de Girardin dut retrancher quelques paroles d*amour qui, dans sa bouche, semblaient sinon inconvenantes, du moins déplacées.
Peu de temps après, elle fat reçue sociétaire à l'unanimité.
M"" Emilie Dubois est l'enfant gâtée des habitués de la Comédie-Française et de ses camarades ; on l'aime, on l'estime.
Elle vit en famille, honnête et studieuse au possible, travaillant sans relâche et s'abandonnant tout entière à l'amour de son art.
Citer les Eyinemis de la maison, le Fruit défendu, les Jeunes gens, les Doiqts de fées. Souvent homme varie t'i le Duc Job, c'est rappeler ses principales créations.
Quelle candeur, quelle ravissante ingénuité ne déploiol-elle pas dans le rôle de Marianne, de Tartuffe ! De quelle mutinerie, de quelle verve ne f.dt-elle point pétiller et W duc d'York et Chérubin !...
Au Théâtre-Français elle est bien à sa place ; ailleurs elle ne se serait pas laissé engager : il lui faut avant tout le bon ton et le beau stvle.
¥Me nuance avec un art merveilleux, avec une grâce adorable; elle a un esprit d'ange et un charme tout parfumé de décence. Elle Ipuce le mot avec finesse, elle
I%MILIK ni BOIS
souligne le trait avtr malice. Elle i*sl vivi*, rlle fsl rieuse, elle est enjouée, et par-dessus tout cela, elle a une exquise distinction et, cette science de bien àm\ qui du Tbéâlre-Français a fait une véritable académie de diction.
Résumons-nous enfin par c(* compliment que lui adress;i un jour M"* Anaïs Aubert, un des grands souvenirs Ae la maison de Molière, une autorité par conséciuent .
— Ma chère enfant, lui dit-elle, vous êles un miroir oii je me revois à vingt ans !