SATYRE ET ENFANTS SATYRES
Terre cuite par Clodion.
« quelques terres cuites et beaucoup de portraits, voilà ce qui a
orné le Salon. » Bien des maîtres manquaient, du reste, à l'appel. Vassé et Francin venaient de mourir; le premier suivait, fort exactement à dix ans de distance, son maître Bouchardon dans le tombeau. Adam aveugle, Le Moyne, vieilli, cessaient de paraître devant le public. Coustou, tout entier à l'exécution du tombeau du Dauphin dans la cathédrale de Sens, n'avait pas exposé, non plus que Pigalle, à qui son succès du grand monument du maréchal de Saxe à Strasbourg, inauguré solennellement dans le courant de 1773, permettait de se reposer sur sa gloire. Ainsi de Falconet, toujours retenu à Saint-Pétersbourg. Sally, malade de cette maladie qui devait l'emporter le 4 mai 1776, avait déserté Copenhague pour rentrer à Paris dès 1778 ; mais il n'avait rien produit depuis lors. En fait, les noms les plus en vue dans cette exposition étaient, pour la sculpture, ceux de Pajou, de Cafiieri, de Houdon. Ce dernier occupait une place considérable avec une suite de beaux portraits : Turgot, Miroménil, Gluck, M"" Arnould, et le modèle d'une chapelle sépulcrale. Pajou n'y avait qu'un buste du roi et un de M. de Buffon; Cafiieri, un buste de Piron et une sainte Sylvie de grandes proportions pour l'église des Invalides. A côté des œuvres de ces trois maîtres, l'on voyait des figures agréables de Monot, de Bridan, de Berruer, de Boizot, un grand bas-relief de Gois, qui, à cause de ses proportions, avait pris place dans la cour du Louvre. Lecomte envoyait le modèle de la statue de la "Vierge et du bas-relief qu'il exécutait pour Rouen.
Ainsi le Salon de 1775 ne brillait ni par le nombre ni par le choix des objets produits; mais, chose beaucoup plus grave dans notre pays, il brillait encore moins par la gaieté. La Direction générale, prise d'un accès fort inattendu de pruderie, avait proscrit en une fois les oeuvres d'art licencieuses ou prétendues telles. C'était tout uniment replonger dans l'obscurité la grande moitié des artistes.
M. de Marigny rappelait déjà, en 1773, « MM. les membres de a TAcadémie royale de peinture et de sculpture à un sentiment plus « juste des convenances et au respect du public )>. Cette communication était adressée à Pierre, premier peintre du roi, le 19 juin. Une autre, rédigée par M. d'Angiviller, la suivit le 4 juillet 1775. Toutes deux, fort brèves du reste, méritent d'être reproduites à titre de curiosité. « Comme il paraît, écrivait M. de Marigny, que, « lors de la dernière exposition, le public aurait désiré plus de « sévérité relativement à la décence des morceaux exposés à sa « vue, vous préviendrez les membres de l'Académie composant le « comité d'être, cette année, un peu plus rigides à cet égard*. «
M. d'Angiviller formulait à peu près de la même façon ses honnêtes recommandations : « Quelque persuadé que je sois de « l'attention que donneront les membres du comité, que dans cette « exposition (1775) il ne se glisse aucun ouvrage qui puisse, par « des nudités indécentes, alarmer les mœurs, je crois devoir « leur recommander de veiller avec soin sur l'observation de cet « article. Je sais que l'habitude de travailler d'après le nu y aca coutume tellement les yeux que, sans s'en douter et sans mau- « vaise intention, on peut donner lieu à des plaintes», etc.
Clodion avait définitivement pris possession de son appartement de la place Louis XV. UAlmanach des artistes, qui parut à la fin de 1775 pour les premiers jours de 1776, porte à la suite de ses noms et qualités cette mention : « Demeurant à la place de « Louis XV, près le Garde-Meuble », dont les bâtiments, dessinés par Gabriel, s'achevaient à peine, de même que ceux du ministère de la marine. Il semble que le sculpteur ait eu une préférence bien marquée pour ce quartier des faubourgs de la Chaussée-d'Antin et du Roule, qui confinaient alors à la campagne et formaient les