MONTESQUIEU
Statue en marbre par CloJion. — Palais de l'Institut.
nent le second morceau, une Iris, qu'il exécuta à cette époque
pour le compte de la Direction générale. Les biographes de Clodion ont négligé cette question, bien intéressante cependant, en ce qu'elle se rattache au dernier épisode de la vie de Nicolas- Sébastien Adam.
Le pauvre sculpteur, déjà mort pour la vie artistique, avait attendu pendant trois longues années la fin de ses souffrances physiques. Il s'éteignit le 27 mars 1778. L'admiration de ses contemporains ne se réveilla, pour lui comme pour tant d'autres gens de talent, qu'à l'heure même où il ne pouvait plus goûter tous ces éloges. Le Journal de Paris faisait paraître, le 2 juin suivant, une courte oraison funèbre ainsi conçue : « La mort a encore enlevé à « l'Académie, le 27 mars de cette année, M. Nicolas-Sébastien « Adam, sculpteur, âgé de soixante-quatorze ans. Il était d'une « famille d'artistes connus pour sculpter le marbre avec la plus « grande habileté. Les Messieurs Adam ont fait en ce genre, on « peut le dire, des tours de force qui ont eu peu d'imitateurs. Ses « talents étaient relevés par une simplicité, une droiture et une « douceur qui lui ont toujours concilié l'amitié de ses confrères. » Le Nécrologe lui consacrait aussi quelques pages trop longues à reproduire en entier et même à analyser ici, dans lesquelles le critique donnait un intéressant aperçu de la vie et des principaux ouvrages du défunt. Quant à l'Académie, elle semblait rester indifférente à la disparition d'un membre qui était depuis si longtemps déjà perdu pour elle. Le samedi 28 mars 1779, en ouvrant la séance, le secrétaire notifiait à l'Assemblée « la mort « de M. Nicolas-Sébastien Adam, ancien professeur de l'Acadé- « mie, décédé en cette ville hier, 27 du présent mois, environ «dans la soixante-quatorzième année de son âge' ». Puis elle n'en faisait plus aucune mention, si ce n'est le jour où la veuve
I. Procès-verbaux de r.A.cade'mie royale de peinture et de sculpture.
du sculpteur lui offrait généreusement le portrait du défunt, ainsi que rindique cette mention inscrite au registre de ses procèsverbaux : « Le lundi 3o décembre 1780, la veuve de M. Adam « le jeune, ancien professeur, a fait offrir à l'Assemblée le portrait « de feu son mari, peint par M. Aubry, académicien. L'Académie « a accepté ce présent avec reconnaissance. » Des remerciements étaient officiellement adressés à M"° Adam, en retour de cette donation, le vendredi 5 janvier 1781 '.
Nicolas Adam laissait des dettes; il laissait aussi des créances résultant de ses avances à l'État. Mais, dans la succession de quel artiste n'en aurait-on point rencontré ? Veut-on savoir ce qu'il en était en 1778 : à Bachelier, on doit 1,200 livres; à Belle, le sur-
I. La pension de 5oo livres dont Nicolas-Sébastien jouissait de son vivant fut sollicitée, au moment de sa mort, par plusieurs artistes, et notamment par Joseph Vernet et par Cafïieri. La demande du dernier fut écartée et Vernet obtint la pension. La correspondance générale de M. d'Angiviller (Archives nationales, O' ii32) contient deux lettres sur ce sujet, l'une adressée à Vernet, l'autre à Pierre, premier peintre du roi ; cette dernière surtout est fort intéressante, en ce qu'elle nous montre les intentions bienveillantes de la Direction des Bâtiments à l'égard de la famille Adam.
La lettre destinée à Vernet est ainsi conçue :
« Informé, monsieur, de la mort de M. Adam, je n'avais pas attendu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire au sujet de la pension. J'avais aussitôt formé le projet de mettre sous les yeux du Roi les titres que vos talents vous donnent à une pareille marque de faveur, et je viens de le faire. C'est avec plaisir que je vous informe de la disposition que Sa Majesté a faite en votre faveur de cette pension. »
Le même jour, Pierre recevait la communication suivante :
(I J'ai, monsieur, appris, par votre lettre du 3o du mois dernier, la mort de M. Adam, événement qui fait vaquer une pension de 5oo livres, et je me suis aussitôt rappelé la justice qu'il y avait de faire participer M. Vernet à cette sorte de grâce du Roi. J'ai mis, en conséquence, sous les yeux de Sa Majesté ces titres de M. Vernet pour obtenir une pension, et je vous annonce avec plaisir qu'elle lui a été accordée.
X Considérant d'ailleurs la position peu avantageuse de la veuve que laisse M Adam et la nature des logements qu'il avait rue du Champfleury, dans une maison désignée pour être supprimée, je veux bien disposer en sa faveur de ce logement, pour tout le temps du moins que la maison subsistera. »
3oo CLODION.
inspecteur des Gobelins, 1,900 livres; à Brenet, 1,600 livres; à Briard, 800 livres; à Caresme, 200 livres; à Chardin, 3, 800 livres; à Coqueret (?), 400 livres; à Drouais, 4,000 livres; à Fragonard, 7,700 livres; à Frédon (?), 1,295 livres; à Halle, 9,000 livres; à M"'' Hébert, 5oo livres; à Jollain, le commissaire-priseur, 700 livres; à Lagrenée l'aîné, à Lépicié, 1,600 livres; à Nattier, 720 livres; àPigallele neveu, 1,700 livres; à Renou, 1,200 livres; à Vernet l'aîné, 9,400 livres. Puis aux sculpteurs : à Adam, 10,000 livres ; à Caffieri, 10,000 livres; à Coustou, 27,600 livres ; à Dumont, 5,900 livres; à Falconet, 7,000 livres; à Francin, i,5oo livres; à Le Comte, à Le Moyne, i8,5oo livres; à Pajou, 5oo livres ; à Pigalle, 2i,5oo livres. D'autre part, il restait encore à payer, sur les travaux de Bellevue, à Huet le peintre, 6,892 livres; à Pajou, 5,000 livres; pour ceux de Vincennes, au ciseleur Caffieri, 750 livres; pour Fontainebleau, à Boizot, 700 livres et à Gouthières, 2,3oo livres; pour Paris, à Coustou, 62,844 livres; pour Versailles enfin, à Pajou, 3 1,000 livres; à Durameau, 3oo livres; à Vernet, 11, 653 livres». Toutes ces sommes réunies formaient un total d'à peu près 220,000 livres, qui représenteraient, de nos jours, une dette de 65o,ooo à 700,000 francs vis-à-vis des artistes. On voit d'après ce document, en ce qui concerne Adam particulièrement, que les lettres adressées à la Direction générale, et dans lesquelles il exposait sa triste situation, n'avaient rien de simulé, et qu'il méritait vraiment la compassion qu'il réclamait.
Nicolas-Sébastien abandonnait à ses héritiers cette statue dont nous nous occupons et qu'il n'avait pas terminée, quoiqu'elle lui eût été commandée trente-cinq ans auparavant. Il avait peu à peu oublié, dans un coin de son atelier, ce marbre pour lequel il n'avait, du reste, touché qu'un acompte de 2,000 livres, tandis que la