‹ Les Adam et ClodionChapitre 124 sur 177 · I. Archives nationales, O · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, O

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figure achevée avait été estimée 10,000 livres. Clodion s'ofFrit-il à compléter l'œuvre entreprise par son oncle, ou le Directeur général songea-t-il de son propre mouvement à la lui confier? Nous ne saurions le dire; toujours est-il que cette Iris fut livrée en 1780 par Claude Michel, ainsi qu'en fait foi cette note, que nous transcrivons en entier d'après la pièce originale :

Mémoire d'une figure en marbre ordonnée pour le service du Roi, en 1743, au sieur Adam le jeune, et terminée sous les ordres de M. le C" d'Angiviller, directeur et ordonnateur général des bâtiments, par le S' Michel Clodion, en 1780, sauf entre lui et les héritiers Adam leurs conventions, sans le recours des héritiers Adam contre le Roi. Cette figure en marbre est de grandeur naturelle et était destinée pour les jardins de Versailles.

Elle représente Iris.

Estimée 10,000 livres.

Certifié le 10 mars 1681.

Signé : Pierre.

Arrêté et réglé.

Signé: Jardin, Pierre, Heurtier.

Puis plus loin :

Décompte au dernier décembre 1783 :

Adam le jeune, sculpteur, prix. . . 10,000 livres.

Acompte 2,

Reste 8,000 livres.

Cette figure, commencée en 1743, n'a pu être terminée par lui. Elle Fa été parle sieur Clodion en 1780, sauf les arrangements entre lui et les héritiers Adam.

Ce texte est bien clair et bien précis; il semble reconnaître à Clodion le droit incontestable de toucher le montant de la somme ainsi fixée en dernier lieu, déduction faite de l'acompte de 2,000 livres précédemment réglé, et cela sans que les héritiers Adam possédassent dès lors aucun titre à exiger un payement quelconque autrement que par son intermédiaire. Comment se fait-il alors que,

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le 8 mars 1787, Carie Adam, fils de Nicolas-Sébastien, s' adressant directement à M. d'Angiviller, se plaignit de ce qu'il n'eût encore été versé sur le total qu'un acompte de 4,000 livres ? Fautil croire à un acte de charité de l'illustre sculpteur lorrain, qui aurait ainsi purement et simplement subrogé son parent en sa place de créancier de l'État et mis gratuitement la dernière main à l'œuvre de Nicolas-Sébastien Adam?

Qu'est devenue cette statue ? On l'avait destinée à orner les jardins de Versailles, mais il ne s'y trouve aucune figure qui puisse répondre aux désignations précédentes. A-t-elle eu le sort d'un certain nombre de créations semblables, qui, n'ayant pu prendre place dans les parcs de la Couronne, allaient embellir ceux des grands seigneurs à qui le Roi en faisait généreusement cadeau, comme pour le Ganymède de Francin et l'Abondance de L.-Sigisbert Adam, qu'on dirigeait, par ordre de Louis XVI, le i5 février 1777, sur la terre de Pontchartrain ? En tout cas, peutêtre à l'heure actuelle cette Iris, à la perfection de laquelle deux des meilleurs artistes de notre école de sculpture française ont contribué, occupe-t-elle quelque bosquet ou rond -point désert. Elle avait certainement franchi sans dommage la tourmente révolutionnaire,'pendant laquelle les seules images de sainteté, ainsi que toutes celles qui rappelaient le régime déchu, avaient eu véritablement à souffrir des fureurs populaires'.

C'est vers cette époque (1775- 1780) que Clodion aurait exécuté, suivant certains auteurs, un ouvrage de grande importance. Nous voulons parler des figures qui ornent le buffet d'orgue de Saint-

1 . Alexandre Lenoir, dans son Musée des monuments français, la signale comme faisant partie de cette collection de tous les marbres échappés au vandalisme de la Montagne. « La statue en marbre blanc numérotée 33 représente Iris. Cette statue, « d'une exécution un peu forcée, avait été commencée par Adam et ne fut terminée « qu'après sa mort, par son élève Clodion. »

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Sulpice. Cette décoration comprend' sept personnages détachés et quatre groupes. Les premiers sont : un Roi David jouant de la harpe, quatre Femmes tenant des instruments de musique, et deux Anges jouant de la lyre. Des groupes placés de chaque côté de l'orgue, les uns représentent des femmes appuyées sur des corbeilles d'abondance et posées sur des piédestaux en forme de cul-de-lampe; les autres, des anges jouant avec des instruments de musique. Toutes ces figures, sculptées dans le bois, ont grand air et font beaucoup d'honneur à l'artiste qui les a conçues et exécutées; mais faut-il en rapporter la gloire à Clodion? Tel n'est pas notre avis, et voici sur quoi nous appuyons notre dire.

Les architectes, les maçons, les peintres et les sculpteurs s'emparèrent, en 1776, de l'église Saint-Sulpice pour y commencer de grands travaux de réparations et d'embellissements. L'architecte Chalgrin, chargé par le chapitre de continuer l'œuvre de Ch. Servandoni, ajoutait à cette époque à l'extérieur de l'édifice cette belle tour que nous admirons sans réserves. On faisait choix, au même moment, de bons artistes pour décorer l'intérieur de l'église. Ils s'en acquittèrent, chacun dans le cadre qui lui était assigné, avec un tel empressement que deux ans plus tard, en 1779, on débarrassait les oeuvres d'art des échafaudages qui les masquaient. Le 25 avril de cette année, la sculpture de l'orgue était terminée, et l'ouverture de la chapelle de la Vierge avait lieu quatre mois après. Il ne reste malheureusement aucune quittance, aucun mémoire justificatif de ces dépenses, soit entre les mains du chapitre de Saint-Sulpice, soit dans les dossiers des Archives nationales; de telle sorte que, si l'on veut rassembler des renseignements qui établissent l'identité des artistes enrégimentés par M. Languet de Gergy, alors curé de cette paroisse, il faut recourir

I . Inventaire général des richesses d'art de la France. Monuments religieux.

à des documents particuliers, et notamment aux articles parus dans les journaux du temps. Et justement nous retrouvons, dans le Journal de Paris précédemment cité, le compte rendu détaillé de la célébration, au cours même de l'entreprise, d'une messe du Saint- Esprit suivie d'une procession, afin d'attirer les bénédictions du ciel sur ces travaux. Le reporter de cette gazette écrivait, le mercredi 23 avril : « M. le curé de Saint-Su Ipice a célébré hier à huit « heures du matin une messe du Saint-Esprit... MM. les entrece preneurs et artistes, chargés des différentes parties des travaux, « y ont tous assisté, savoir : pour ce qui concerne la chapelle de c< la Vierge : M. Pigalle, chevalier de l'ordre du Roi ; M. de « Wailly, des Académies de peinture, de sculpture et d'archi- « lecture; M. Collet, peintre; MM. de la Chenevaye et Métivier, « sculpteurs en ornements ; Dropse, sculpteur-marbrier ; Her- « vieux, ciseleur. Pour la part du portail, des tours et de l'orgue : « M. Chalgrin, M. Boizot, agréé de l'Académie de sculpture; « M. Barthélémy, peintre; M. Guibert, sculpteur en ornements; « MM. Viel, Mangin, Delore, Nordelle, sculpteurs.

« L'échafaud d'une des tours de l'église est terminé ; on doit « commencer cette semaine à poser la menuiserie et la sculpture « de l'orgue, faites par MM. Duvet [sic] et Jadot, maître menui- « sier, d'après les dessins de M. Chalgrin. «

Cette sorte de procès-verbal démontre bien explicitement, il nous semble, que Clodion n'a pas participé aux travaux qu'on persiste à lui attribuer. Comment croire, en effet, que son nom seul ait été oublié dans cet article, qui désigne à la fois les artistes et les maîtres ouvriers qui s'y trouvaient occupés? On pourrait encore admettre une semblable omission, si elle se ^apportait à quelque inconnu ; mais, dès ce moment, le sculpteur avait une réputation faite. Il appartenah à l'Académie, il suffisait à peine aux petits comme aux grands ouvrages que le goût du moment lui

SILENE ET ENFANTS.

Terre cuite par Clodion. — Musée d'Orléans.

imposait; il n'était pas, en un mot, le premier venu, et nous ne

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voyons pas pourquoi Boizot, et Duret surtout, auraient ainsi capté l'attention du reviewer au détriment de notre artiste. En dehors des journaux, les écrits spéciaux de ce moment. Guides des Voyageurs, Itinéraires et Descriptions de Paris, ne fournissent pas d'arguments moins convaincants. Que dit le Provincial, édité en 1787? Que la menuiserie de l'orgue de Saint-Sulpice est de M. Jadot et la sculpture de M. Duret. Le Guide des Étrangers, si consciencieusement élaboré par Thierry et si plein de détails précis, s'exprime aussi nettement sur ce point ; ainsi du Voyage pittoresque à Paris et d'autres compilations encore. La Description de Legrand et le Tableau historique et pittoresque de Paris ne sont pas moins affirmatifs.

Mais une dernière citation, tirée du Dictionnaire historique de Paris, dédié en 177g au maréchal de Brissac, une note « sur « les travaux qui se font actuellement dans la paroisse de Saintce Sulpice », ne laisse subsister aucun doute à cet égard. Il y est dit qu'on a choisi comme « architecte de la chapelle de la Vierge (f M. de Wailly, des Académies de peinture, de sculpture et d'archi- « tecture; M. Pigalle et ses neveux pour la sculpture d'histoire; « M. Collet, de l'Académie de peinture et de sculpture, pour la « peinture d'histoire; MM. Lachenel et Métivierpour la sculpture « des ornements; M. Hervieux pour la ciselure; M. Pigalle et « M. Chabault, maîtres menuisiers; M. Chalgrin pour l'architecture « du portail, des tours et de l'orgue; M. Mouchy et M. Boizot, « de l'Académie de peinture et de sculpture, sculpteurs d'histoire, « pour les deux chapelles du portail et les tours; M. Barthé- « lemy et M. Ménageot, de l'Académie de peinture et de sculp- « ture, pour la peinture des plafonds et des tableaux des deux « chapelles; M. Duret, ancien professeur de l'Académie de Saint- « Luc, pour toute la sculpture de l'orgue ; M. Jadot, pour toute « la menuiserie de l'orgue; M. Delore, maître charpentier, inven-

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« teur de la charpente des tours; MM. Mangin, maître maçon; a Mardelle, maître menuisier; Vallée, doreur. »

Comment peut-on refuser d'admettre de pareils témoignages, nier de la sorte l'évidence des faits acquis? Comme nous avons eu l'occasion de l'indiquer déjà, ces figures tiennent évidemment, par leur allure, à celles de Clodion; mais le sculpteur lorrain avait, on le sait, de nombreux rivaux fort habiles, qui traitèrent avec succès des sujets en tous points semblables aux siens, et dont la postérité, par le fait d'une injustice malheureusement trop fréquente, a complètement oublié les noms. En ce qui touche plus particulièrement Duret, il passait à ce moment pour un artiste distingué, que l'État et les particuliers employaient fréquemment, à qui on confiait de grands ouvrages, et parmi eux le fronton de la nouvelle église Saint-Philippe-du-Roule. En même temps qu'il travaillait à Saint-Sulpice, il collaborait avec Le Moyne, Gois, Houdon et Clodion lui-même à une commande de huit bustes de rois de France, destinés au Collège de France, dont on poussait rapidement la restauration depuis 1773, et pour lequel Lecomte modelait une figure pédestre du roi*.

Clodion avait terminé, avant 1781, un nombre considérable de terres cuites, dont la date exacte de création demeure mal définie, mais dont les catalogues de ventes permettent de réunir et d'énumérer une partie. C'est d'abord, pour la collection Vassal Saint- Hubert, un Groupe de deux femmes nues et couchées, dont une s'amuse avec des tourterelles. Puis en 1776, lorsque Verrier, un négociant qui s'associait avec Dubois et dont le nom reparaît dans la vente des frères Clodion en 1783, lorsque Verrier liquida son fonds de commerce, deux superbes paires de girandoles, dont l'une atteint le prix de 1,002 livres, et l'autre celui de 5oo; et

I. Voyage pittoresque à Paris, de Dézallier d'Argenville fils.

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surtout ce modèle si connu, si répandu, qu'on voit en mille endroits, chez les curieux, dans nos salons élégants, deux girandoles de trois bras chacune, dorées d or moulu, Tune supportée par une figure d'Homme jouant du tambour de basque, et l'autre par une figure de Femme jouant des castagnettes. Pendant les trois années qui suivirent cette date, en 1777, 1778, 1779, les Clodions se multiplient ; il en paraît dans toutes les belles galeries : A la vente Varanchon, un groupe d'une Nymphe et ime Bacchante qui tiennent une couronne et une grappe de raisin, que l'acquéreur n'obtient qu'au prix de 900 livres ; puis, un autre groupe de deux Amours qui s'embrassent; en outre de ces vases qui figurent dans tant de cabinets célèbres et du petit Satyre au hibou, une Fillette tenant un pigeon, des bas-reliefs et des sujets profanes ou sacrés, une Marchande d'amours, la Finte en Fgypte, Vénus qui corrige l'Amour, enfin une Bacchante accompagnée d'un petit satyre à qui elle donne du raisin. Vient la vente de Natoire, qui avait conservé du passage de son ancien élève à Rome des morceaux de première jeunesse. Deux belles Vestales ajustées dans le goût antique^, et ce qui nous éloigne un peu des faunes et des bacchantes, uuq Madeleine pénitente\ Rien jusqu'en mars 1779. A ce moment, dans une vente anonyme, une Bacchante qui tient un petit satyre d'une main, ime coupe de l'autre^; un bas-relief, en second lieu, d^une Femme endormie sur le bord d'unfleupe, appuyée sur une urne, et serrant contre elle un enfant qui tient ime grappe de raisin. Citons, pour clore cette série, un bas-relief inédit, dont les héritiers de l'abbé de Juvigny se débarrassèrent à son décès, une Bacchante versant du vin à im petit satyre assis près d'une jeune fille qui joue de deux chalumeaux. Pour cette dernière

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