‹ Les Adam et ClodionChapitre 29 sur 177 · I. Lettre de L.-S. Adam, Archives nationales, O · texte numérisé non relu

I. Lettre de L.-S. Adam, Archives nationales, O

de gens de lettres, d'employés, de subalternes de tout genre qui coudoyaient, dans les corridors de ces habitations, les gens de la cour auxquels le palais de Versailles ne pouvait offrir un asile'. Le comte de Clarac nous fait connaître remplacement occupé exactement par les ateliers d'Adam l'aîné : « Les six fenêtres qui, entre « la rue du Coq et le pavillon central (Louvre côté du nord, rez- « de-chaussée), suivaient le pavillon étaient celles des logements « et des ateliers de Bouchardon, et dans la suite de Paul-Ambroise « Slodtz. Les trois dernières fenêtres sur la cour et une partie de « l'emplacement du grand escaUer actuel du nord (1841) compo- « saient l'appartement du premier valet de chambre du roi, gou- « verneur du Louvre ; dans le reste de la cage de l'escalier étaient « les ateliers d'Adam l'aîné ^ »

Le dépit que Lambert-Sigisbert avait éprouvé en se voyant frustré de son logement donna lieu de sa part à des plaintes multiples, que nous reproduirons suivant les dates où elles se sont présentées. Dès cette époque, il conçut pour les bureaux de la

I. Voici, d'après un curieux document des Archives nationales, l'énumcration des personnes installées au Louvre en 1737 :

Cardinal de Rohan. — M""" Mercier, première femme de chambre de la reine. — L'abbé Barbier, secrétaire de M. le cardinal de Rohan. — M"'" Belocq, concierge de l'appartement de la reine. — M. Anisson, directeur de l'Imprimerie royale. — M. de Neuilly, concierge du Louvre. — M. le marquis de Tessé, premier écuyer de la reine.

— M. Quentin, premier valet de garde-robe du roi.— M. l'abbé Morin, chapelain.— M. le duc de Nevers. — M. Coustou, sculpteur. — M. Robiot, mouleur. — M. Flamant (Flamen), sculpteur. — M. Lemoine, sculpteur. — Le duc de Fleury. — M. Mollet, architecte.— M. de Beaufort, garde du magasin des marbres. — M. Adam, sculpteur. — M. Maréchal. — Les sieurs Dupuis, secrétaires des minutes étrangères.

— M. Slodtz, sculpteur. — M. Bouchardon, sculpteur. — M. de La Vienne, premier valet de chambre du roi. — M. de La Chesnaye. — M. Félix, contrôleur général de la maison du roi. — M. Camus, professeur en secret de l'Académie. — M. Ori, entrepreneur des Bâtiments du roi. — M. Stiemard, garde des tableaux. — M. Hardouin, contrôleur du château de Marly. — M. Desjardins. — M. Dumont, sculpteur. — M. Vassé, sculpteur. — M. Verbrecht, sculpteur. — M. Labbé, inspecteur des Bâtiments du roi.

2. Comte de Clarac, Musée de sculpture moderne, t. I", p. SgS.

Direction générale une violente antipathie qui se manifesta même au milieu de ses succès par les explications les plus acrimonieuses. Il poussa cette haine des plumitifs jusqu'à sa dernière heure et mourut sans leur avoir pardonné.

Il mettait la dernière main au détail de son aménagement lorsqu'il reçut de Saint-Cloud, alors habité par le duc d'Orléans, l'ordre de se présenter devant Son Altesse royale. A la suite de cette visite, le prince lui confia l'exécution d'un des plus grands ouvrages qu'il ait terminés, ouvrage qu'on peut encore apprécier de nos jours. Nous voulons parler des figures colossales de Fleuves qui décorent la partie supérieure de la cascade dans le parc de Saint-Cloud. Ce groupe fut modelé, ébauché, mis au point, terminé et porté à sa place définitive avec une extraordinaire célérité. L'artiste n'avait employé qu'une année à toute cette entreprise, commencée dans le milieu de l'année ij33 et finie dans le courant d'août 1734. Elle causa, dans la suite, à son auteur de grands ennuis que d'Argenville nous raconte ainsi par le menu : « Il avait « choisi le bord de la Seine pour en déterminer les proportions, « et, en effet, considéré de cet endroit, son ouvrage était hors de « critique; mais son vrai point de vue était le bas de la cascade de « Saint-Cloud, et de là on ne pouvait s'empêcher de le trouver « colossal. Plusieurs personnes le lui représentèrent; il s'efforça « en vain de leur persuader qu'il devait être regardé du bord de « la rivière; aussi les figures restèrent gigantesques jusqu'en 1745. « Les injures du temps qui les dégradèrent lui fournirent d'heureux « prétextes pour les diminuer ; il les retailla et les réduisit à « 17 pieds de proportion, réduction absolument nécessaire pour « lui mériter l'estime des connaisseurs. »

En dépit de cette imprudence, fort explicable pour qui pouvait apprécier l'extrême présomption de l'artiste, son ouvrage fut accueilli, suivant les termes de l'époque, avec une faveur distin-

guée. Tandis qu'il sculptait d'après son modèle dans les jardins de Saint-Cloud, le duc et la duchesse de Chartres lui firent plusieurs fois l'honneur de venir le voir, et le duc d'Orléans, pour lui marquer son contentement, lui commanda un petit modèle qui devait être exécuté dans le bassin des cygnes (?)'.

Le critique du Mercure de France en parlait en termes fort admiratifs dans son numéro d'octobre : « L'attention continuelle « que nous avons à célébrer les beaux-arts nous engage à ne pas « garder le silence sur un fort beau morceau de sculpture qui a « été généralement applaudi et admiré, le 8 septembre dernier, « par un très grand concours de gens capables d'en juger. Ce « sont deux figures colossales de dix-sept pieds de proportion, « auxquelles on travaillait par ordre du duc d'Orléans, et qu'on a va voir avec empressement au château de Saint-Cloud. Elles « sont placées au haut de la magnifique cascade que tout le « monde connaît et qui fait un si beau spectacle. Elles repré- (( sentent le fîeuve de la Seine et la Marne ; la première de ces « figures est assise sur un rocher au-dessous duquel on en aperçoit « une autre d'où sort une grande nappe d'eau. L'autre figure est « un peu penchée et appuyée sur une urne de laquelle il sort aussi « une nappe d'eau qui, se mêlant à l'eau de la première, tombe « dans la grande coquille du milieu, qui a trente-sept pieds de « largeur, de laquelle sort la prodigieuse gerbe qui fournit succes- « sivement de l'eau en abondance aux autres nappes qu'on voit « couler jusqu'au bas de la cascade. La figure de la Marne « paraît dans une attitude suppliante pour obtenir que la Seine « veuille bien recevoir ses eaux. Ce beau groupe, accompagné « des attributs convenables, est de M. Adam, sculpteur du roi, « arrivé de Rome l'année dernière, et reçu d'une voix unanime

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