‹ Les Adam et ClodionChapitre 33 sur 177 · Hébert · texte numérisé non relu

Hébert

2. La Muette appartint à la fameuse duchesse de Berry , fille du re'gent de Louis XV, célèbre par ses déportements. « Toutes les maisons qu'elle avait, c'està-dire Chaville,Meudon et la Muette, sont retournées au Roi, qui a établi sa ménagerie à la Muette; il y aura là des vaches, des moutons et autres animaux. » (Lettres de M""° la duchesse d'Orléans.)

j(, LES ADAM.

a chasse apportent les mues ou bois que les cerfs quittent et qu'ils « laissent dans les parcs. » En tout cas, l'ancien rendez-vous de chasse avait pris bien vraiment la tournure d'un château fort richement décoré et dans les jardins duquel on avait multiplié les statues. Celle d'Adam faisait pendant à une Clytie attribuée à Lepautre. Ces deux compositions touchaient au mur de verdure qui terminait le parterre.

Les commencements de Tannée 1735, dont la fin devait être marquée par un événement si malheureux pour Adam l'aîné, avaient pu compter néanmoins pour l'un des plus heureux moments de sa vie. En effet, si elle lui avait enlevé son Mécène, le duc d'Antin, elle lui avait apporté, d'autre part, et de nouvelles commandes et de nouveaux honneurs, et consommé la réunion définitive de ses frères autour de lui. Dans les premiers mois de cette année, le duc d'Antin appelait Lambert-Sigisbert au château de Grosbois : le roi avait marqué l'intention d'offrir une statue à ■M. de Chauvelin, garde des sceaux, propriétaire de cette belle résidence. Cette terre et son château avaient la renommée d'être l'une des propriétés les plus agréables des environs de Paris. On assurait que son parc mesurait une étendue pareille à celle du bois de Boulogne d'alors, c'est-à-dire quinze à seize cents arpents. Après avoir appartenu en i65o à Louis-Emmanuel de 'Valois, duc d'Angoulême, qui l'avait cédé au marquis de Piennes en 1677, ce fief, acquis en premier lieu par le président Achille de Harlay au commencement du xvin" siècle, vint entre les mains du fameux financier Samuel Bernard, qui le céda enfin à M. de Chauvelin, le père du marquis de Chauvelin, mort lui-même d'une façon si singulière, en 1767, à la table de jeu du roi Louis XV'. Les destinées de Grosbois furent encore plus brillantes dans la suite, car au

I. Dulaure, Description des Environs de Paris, t. 1", p. 245.

moment de la Révolution il se trouvait en la possession de Monsieur, frère du roi * .

Le Chasseur de Grosbois représente un homme qui tient un lion dans ses filets et regarde d'un œil menaçant cet animal qui a terrassé son chien. Ce groupe avait été placé au milieu de vastes boulingrins qui suivaient eux-mêmes le parterre; il faisait face à une autre figure de Bouchardon, un Athlète domptant un ours. Dulaure, à qui nous empruntons cette description, nous apprend, en outre, que ces deux groupes étaient de pierre et de dix pieds de proportion. Ils provoquèrent, de la part des deux maîtres que le duc d'Antin avait convoqués, un tour de force qui prouve amplement jusqu'à quel point ils étaient bons praticiens : « Lorsqu'ils « arrivèrent sur les lieux, le duc, d'après le récit de d'Argenville, « leur montra deux boulingrins, au bas de la terrasse du château, « où leurs statues devaient être placées, et leur laissa le choix du « sujet. Adam fit un modèle en cire de l'enlèvement des Sabines, « et Bouchardon, un dessin de Diane et d'Endymion, le tout en a quatre heures de temps. Ces sujets n'étant pas faits l'un pour « l'autre, le duc leur en indiqua de relatifs à la chasse, dont ils « firent aussitôt le projet qui resta définitif. »

Dans le milieu de l'été, le i6 juillet, Adam l'aîné reçut avis de sa nomination au titre de professeur honoraire de l'Académie Clémentine de Bologne.

Depuis près de six mois, à ce moment, les trois frères vivaient dans la plus étroite intimité : Nicolas-Sébastien Adam avait quitté la ville éternelle le i5 septembre 1734, après avoir présidé à l'embarquement des marbres du cardinal. A la difïerence de son frère, il prit la mer et le chemin le plus court pour rentrer à Paris. Toutefois il s'arrêta quelque temps à Marseille et à Lyon.

I . Grosbois appartint ensuite à Barras, au général Moreau et à Berthier, prince de Wagram, dans la famille duquel il est resté.

A Marseille, on avait tenté de le retenir en lui promettant une commande considérable, la décoration d'un grand autel dans une église de cette ville. Il refusa, ainsi qu'il le fit du reste à Lyon, où des amateurs lui avaient demandé plusieurs statues *. Son voyage, quoique précipité, devait durer deux mois, et il ne put serrer la main de ses frères qu'au milieu de novembre. L'arrivée de ce nouveau renfort avait imprimé une vive impulsion au travail de nos sculpteurs.

Le rôle de chacun d'eux dans cette curieuse association peut être, il semble, facilement défini. A partir de ce moment, Lambert- Sigisbert y tenait la place de l'homme d'affaires, du gérant de la raison sociale, et trop souvent d'un maître difficile. A lui revenait le soin de rechercher, de briguer les commandes, d'en déterminer les conditions, d'en poursuivre le payement, de présenter et de faire accueillir les réclamations nécessaires, de fatiguer la Surintendance de ses doléances, de ses récriminations, jusqu'au jour où il décidait une main peu ordinairement généreuse à s'ouvrir. La ténacité de son caractère, son énergie, son désir d'arriver l'avaient bien formé pour cette lutte, et l'on finit par s'intéresser aux efforts de cet homme de combat que la fortune devait cependant si peu récompenser. Il convient d'ajouter, par contre, que son naturel intolérant, autoritaire et susceptible à l'excès occasionnait des tiraillements fréquents dans ses rapports avec le second de ses frères. Celui-ci, aussi bien, si ce n'est mieux, doué du côté des talents, ce qui faisait dire à d'Argenville que, quoique plus jeune de cinq ans, la nature l'avait partagé en aîné; celui-ci, disons-nous, malgré sa modestie et sa délicatesse reconnues, souffrait trop souvent des agissements de son parent et surtout de la préférence qu'il montrait pour son second frère François-Gaspard. De là des luttes

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