Inventaire général des richesses de la France
niche appartiendraient à Adam le cadet; mais même de cette façon ce travail constitue un apport capital. Il se compose, en effet, de huit personnages : Vénus et Mars, Diane et Endymion, Pallas et Mercure, Bacchus et Ariane. Un buste en marbre du prince, posé au-dessus de la porte du salon et qui a disparu depuis, pouvait être également attribué à Nicolas-Sébastien.
L'œuvre de son aîné, en outre de deux petits bas -reliefs représentant des Vertus, sculptés dans Tancienne chambre à coucher du prince, se trouve tout entière dans le salon ovale du rezde-chaussée. Le prince de Soubise avait partagé cette partie du travail d'ornementation entre L.-Sigisbert Adam et un autre sculpteur qui aurait été, d'après certains Guides de Paris, J.-B. Lemoyne et, suivant d'autres, Guillaume II, Coustou'. De toutes manières, les figures qui sortirent de cette collaboration sont pour la plupart fort remarquables, et celles qu'Adam a modelées, aussi bien que celles de son frère, méritent les plus grands éloges. Ces très hauts reliefs en stuc, distribués en huit caissons et placés dans l'espace qui sépare les arcatures des portes et des fenêtres audessus des corniches, se composent d'une ou deux figures alternées. Adam l'aîné y avait placé la Justice, l'Histoire et la Renommée, la Musique, la Peinture et la Poésie'-. L'exécution de cette commande occupa, suivant toute vraisemblance, les deux frères durant les années lySS et lySô. On ne possède pas de pièces qui fassent connaître à quel moment précis ils livrèrent leur ouvrage et le prix qu'ils en reçurent. Il est toutefois permis de croire qu'on les paya exactement, car dans les lettres qui nous restent d'eux nous ne
1. Suivant V Inventaire général des richesses de la France, c'est bien à J.-B. Lemoyne qu'il faut les attribuer.
2. Les quatre autres caissons sculptés par Lemoyne représentent le Drame, la Comédie, la Navigation et l'Astronomie.
Hébert, le Provincial à Paris, le Géographe parisien. — Thierry, Guide du Voyageur à Paris, Inventaire général des richesses de la France.
trouvons aucune réclamation ni aucune plainte se rapportant à cet
objet.
Au milieu du mois d'octobre lySS, un événement malheureusement trop prévu depuis un certain temps, la mort du duc d'Antin, vint apporter dans l'existence des Adam une modification dont ils purent apprécier eux-mêmes tout d'abord la grande importance. Le Directeur des Bâtiments du roi se trouvait déjà depuis longtemps dans un état de santé fort précaire, et sa correspondance avec ses subordonnés, et notamment avec Wleughels, prouve qu'il s'en inquiétait autant qu'on s'en inquiétait pour lui. Le 3o octobre ij35, le duc de Luynes consignait dans ses Mémoires le récit de ses derniers moments : « M. le duc d'Antin est à l'extré- « mité d'une fièvre continue avec des redoublements, à laquelle « s'est joint un érysipèle. Il est universellement regretté de sa face mille, de ses amis et même de ceux qui le connaissaient peu. 11 « avait toujours cherché à faire plaisir et n'avait jamais rendu « mauvais office à personne. C'est une grande perte pour la cour, « où il était presque le seul qui représentât dignement. » Et le 2 novembre : « M. d'Antin est mort ce matin à sept heures. » Cette disparition, qui peinait les indifférents, affligea plus particulièrement L.-Sigisbert Adam et ses frères. Elle les aurait encore plus frappés s'ils avaient pu entrevoir dans l'avenir toutes les déceptions et les chagrins qui, pour eux personnellement, résultèrent de cette mort. Le duc avait conçu pour l'ancien pensionnaire de Rome, en tant qu'artiste, une sérieuse affection, que les compétitions des camarades, les appréciations souvent peu élogieuses des supérieurs n'avaient pu modifier. Avec le duc d'Antin, Adam l'aîné perdit en grande partie la brillante situation qu'il était en train d'acquérir et, à vrai dire, ne fit plus que végéter en se défendant mal contre l'envahissement de Bouchardon, de Slodtz, de Lemoyne et de Pigalle. A partir de cette date, nous avons à
mentionner, à côté de quelques lettres de remerciement pour certaines commandes importantes, un nombre bien plus grand de plaintes et de réclamations qui semblent fondées. Le directeur défunt, toutefois, laissait à son protégé, comme dernier témoignage de sa bienveillance, les ouvrages principaux dont il a déjà été parlé et, avant tout, le groupe du bassin de Neptune et les groupes pour Choisy, qui l'occupèrent pendant cinq années après le décès du duc.
La place qu'abandonnait M. d'Antin fut, après un assez long intérim, donnée à un contrôleur général des finances, M. Orry, dans le département duquel le roi fit rentrer ce service. Le caractère, fort honorable, du reste, de ce nouveau maître ne pouvait qu'augmenter les regrets de tous ceux qu'il avait la charge de faire vivre. Autant le duc d'Antin était généreux et magnifique, autant Philibert Orry, comte de Vignory, formé à l'école économique du cardinal de Fleury, se montrait réservé dans les dépenses et ménager du bien du roi. «On vit peu d'exemples d'une administration « où les dépenses inutiles aient été combattues avec autant de perce sévérance », dit une biographie de M. Orry. Assurément, il protégeâtes arts et sut prendre des mesures fort louables, comme celle du rétablissement des expositions au Louvre; mais il diminua autant qu'il le put les commandes de la Direction générale.
Il appartenait à la marquise de Pompadour de donner un nouveau cours au flot de la libéralité royale. On sait comment elle en agissait avec le Trésor. Ce jour-là, M. Orry donna sa démission et se retira dans sa terre de la Chapelle (1745). Sa nomination officielle comme Directeur général des Bâtiments civils n'avait paru que le 20 mars lySy. A ce propos, il est curieux de voir dans quels termes on rédigeait une commission de ce genre, et de connaître exactement les attributions et les émoluments attachés à cette charge. Voici le texte abrégé de celle qui fut minutée pour le Directeur des Bâtiments civils en question :
« Commission du 20 mars ijSj, A notre amé et féal conseii- « 1er en tons nos conseils, ministre d'État et contrôleur général de « nos finances, lui conférons par ce brevet la direction sur les « peintres, sculpteurs, dessinateurs et tapissiers qui sont dans la « maison des Gobelins et la Savonnerie, sur les Académies de a peinture, sculpture et architecture, établies en notre bonne ville « de Paris et à Rome, sur le bâtiment de l'église de l'hôtel royal « des Invalides, sur l'Observatoire sis au faubourg Saint-Jacques à « Paris, sur la pépinière établie au faubourg Saint-Honoré de ladite « ville et le jardin à fleurs qui nous appartient en notre ville de « Toulon, comme aussi sur ce qui regarde les bâtiments et répa- « rations qui pourront être faits en notre jardin royal des plantes « médicinales, établi au faubourg Saint-Victor à Paris'. » On ajouta plus tard, et suivant les progrès de la science, à ces premiers pouvoirs, la haute main sur les manufactures de porcelaines et faïences, sur celles des glaces, etc. Le possesseur de cette charge touchait une somme qu'on peut évaluer, d'après ce document, à 36, 000 livres, ainsi décomposée : 6,000 liv. d'anciens gages, 6,000 liv. de nouveaux, 9,000 liv. de pension, 8,000 liv. d'augmentation, 3,800 liv. enfin à titre de Surintendant % etc.
Il ne paraît pas que les Adam aient rien entrepris de nouveau en 1736. Un grand chagrin les frappait à cette époque. Le 16 août 1736, Sébastienne Léal, leur mère, mourait âgée de soixante-six ans ; elle fut enterrée le lendemain par les soins du clergé de la nouvelle église Saint-Roch, à Nancy '. Quoique l'acte de décès ne désigne pas ceux des parents qui assistèrent à cette cérémonie, il se peut que l'un ou l'autre des trois frères ait tenu à y paraître.