‹ Les Adam et ClodionChapitre 72 sur 177 · Denina, la Prusse littéraire · texte numérisé non relu

Denina, la Prusse littéraire

2. Jal cite, dans son Dictionnaire critique, l'acte d'inhumation, enregistré aux Minimes de Nancy et daté du 7 mai 1747, du sieur Sigisbert, maître sculpteur, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il s'agit là certainement de Jacob-Sigisbert; mais il y a, d'une part, dans ce texte une erreur d'âge : Jacob-Sigisbert, né en 1670, n'avait que soixantedix-sept ans ou environ quand il mourut, et, d'autre part, Mariette, ordinairement bien informé, assure qu'Adam le père mourut à Paris. D'après cela, le corps du défunt aurait été transporté à Nancy et on aurait procédé dans cette ville à l'inhumation dont Jal fait mention.

3. Elle était décédée au château de Lunéville, le 19 mars 1747, à cinq heures et demie du soir.

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Ainsi, en mourant, le vieux sculpteur voyait la renommée glorifier dans son pays natal le nom qu'il avait porté.

Nicolas-Sébastien n'avait point, du reste, obtenu cette faveur sans qu'elle fît naître bien des jalousies jusqu'au milieu de son entourage. Son aîné, donnant une seconde édition de ses procédés peu fraternels, tenta de l'évincer, mais avec moins de succès que la première fois, lors de la mission du marquis d'Argens. Il faut encore ici laisser la parole à d'Argenville, qui raconte tous ces incidents avec la conviction et la verve d'un contemporain bien pénétré de son sujet. « Les funérailles de Catherine Opalinska (c (mars 1747) se terminaient à peine que le roi Stanislas, dont « le chagrin était aussi vrai et profond que celui de la reine de (c France Marie Leczinska, résolut de faire élever dans l'église « de Bon-Secours, fondée par les générosités et les largesses de « sa femme, un monument à sa mémoire. La réputation bien tt établie de Nicolas-Sébastien et sa qualité de Lorrain firent qu'on « porta tout d'abord les yeux sur lui. Il fut le premier à qui l'on « s'adressa et se mit à l'ouvrage dès la réception des ordres de « Stanislas, persuadé qu'il était sans concurrents. Il ignorait que « son frère aîné et d'avitres artistes eussent fait aussi des dessins. « Héré, premier architecte de la cour de Lorraine, les porta au « roi de Pologne, à Trianon, qu'il habitait depuis la mort de la « reine. Leczinski joignait à beaucoup de goût pour les arts le « talent de les pratiquer. Il se détermina du premier coup pour « le dessin de notre artiste. Celui-ci se rendit auprès du roi, qui « souhaitait d'y faire quelques changements parce qu'il le trouvait a trop riche. Il fut aisé de le satisfaire; Adam lui montra sur- « le-champ un dessin plus simple et lui témoigna que cet ouvrage « lui paraissait d'autant plus agréable qu'il devait orner sa patrie. « Le roi lui prit la main d'un air de bonté en lui disant : « Tract vaillez avec cœur pour votre souveraine. » Il lui demanda

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« ensuite ce que pouvaient valoir les autres dessins. Adam les « estima dix louis, marquant en cette occasion son bon cœur « envers son frère, quoique celui-ci eût mal agi avec lui. Le roi « voulut encore savoir dans quel temps son projet serait exécuté. « Il faut au moins deux ans, répliqua Nicolas. Toutefois, pour a satisfaire l'impatience de son protecteur, il en ébaucha aussitôt « un modèle de la grandeur du marbre, soit de trente pieds de « haut sur dix-huit de large. Il le travailla, ajoute notre critique, « avec tous les avantages que donnent les talents et avec le goût « et l'inclination qu'inspire l'amour de la patrie. »

Ce modèle parut, en effet, au Salon de 1747; il est indiqué de la sorte au catalogue de l'exposition : « Adam, le cadet. Esquisse « du mausolée de Catherine Opalinska. Ce mausolée doit être « exécuté en marbre pour être posé à Bon-Secours, proche « Nancy. » D'Argenville pouvait parler d'autant plus sciemment des conditions dans lesquelles s'était conçu cet ouvrage qu'il connaissait personnellement Adam le cadet, et qu'il avait eu l'occasion de le voir dans son atelier, occupé à son modèle. Il le fait savoir avec un certain orgueil : « Les amateurs, écrit-il, du nombre « desquels j'étais, regardaient un jour chez lui la figure de la reine ; « elle leur parut un peu jeune, eu égard à l'âge qu'elle avait en « mourant (soixante-six ans). Le sculpteur leur répondit que si l'on « ne la trouvait pas assez âgée en Pologne, il lui serait aisé de lui « donner quelques années, qu'au surplus il était persuadé que, près « de jouir du bonheur éternel. Dieu nous rendait les grâces de la « jeunesse. » Il tenait évidemment, en tout cas, à remplir les conditions stipulées par son royal client, puisque ce tombeau put être mis en place le 9 juin 1749, moins de deux ans après l'achèvement de l'esquisse, en tenant compte encore des délais nécessités par le transport jusqu'en Lorraine de ses différents morceaux de sculpture, de ceux de son voyage et des retards que comporte toujours

TOMBEAU DE LA REINE CATHERINE OPALINSKA. Par Ni;olas-Sébaslicn Adam. — Église Bon-Secours à Nancy.

une semblable cérémonie. L'œuvre d'Adam a gardé sa place primitive. La reine y est représentée à genoux, dans l'attitude de la prière la plus fervente; elle semble entrevoir, dans un ravissement anticipé, les splendeurs du ciel qu'un ange lui indique d'une main, tandis que de l'autre il la soutient et l'entraîne. A ses pieds gisent la couronne et le sceptre. Sur le piédestal, im aigle au chef couronné étend ses ailes. L'ensemble de cette composition nous paraît surtout saisissant par le grand sentiment religieux qui l'anime.

Nicolas Adam, qui assistait à l'inauguration de ce tombeau, passa à cette occasion quelque temps à Nancy, où sa réputation se confirmait et s'accroissait des faveurs particulières du roi de Pologne, le mettant ainsi en relations avec tout ce qu'il y avait d'éclairé en Lorraine. De toutes parts on le recherchait, on le pressait de plus de commandes qu'il ne pouvait en exécuter. Cependant il taillait dans le marbre pour le prince Ossolynski, un habitué de Lunéville et de Commercy, grand maître de la maison de Stanislas, deux Génies tenant ses armes et destinés à surmonter un tombeau. Puis il acceptait les offres d'un fin courtisan, d'un supérieur des jésuites, à qui Stanislas venait de donner un établissement en Lorraine, du père de Menou, qui lui demandait un buste du prince. De là, des entrevues journalières avec ce dernier, une intimité qui, quoique respectueuse, devint celle de tous les instants; mille bontés de la part de ce puissant protecteur; de là aussi des reparties heureuses, des scènes plaisantes comme celle que nous allons raconter. C'est im jour dans cette maison des jésuites où le roi est venu dîner. Adam se place en face de lui et veut saisir dans les traits de son modèle un point de ressemblance de plus. Stanislas s'aperçoit de cette manœuvre, et, regardant tour à tour le père de Menou et le sculpteur : « Nico- « las, lui dit-il, vous ne m'attraperez jamais aussi bien que le bon

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(c père ici présent. » Il ne se passait pas de semaine, en effet, que le jésuite ne soutirât une faveur au monarque.

Ainsi choyé, recherché et voyant la fortune si pleinement lui sourire, Adam le cadet semblait avoir renoncé à Paris. Il n'y exposa ni en 1748, ni en 1749, ni les trois années suivantes. En 1753 seulement, il reparut dans la capitale.

Une raison contribuait du reste à l'en tenir éloigné, cause tout intime, mais qui, malgré son peu d'importance, semblait avoir lassé sa patience ordinaire. Nous avons vu que la Direction générale lui avait concédé gracieusement, en 1742, la jouissance d'un logement rue du Champfleury, En même temps que lui, un architecte, un sieur Ledoux, y habitait. Les relations entre les deux voisins furent-elles dès le commencement amicales, nous ne saurions le dire; mais certainement, en 1748, cette cohabitation était devenue des plus difficiles et insupportable même à l'artiste. Le i5 septembre 1748, peu de mois avant son départ pour Nancy, il sortait de sa réserve habituelle et faisait tenir au bureau de la direction la supplique désespérée et pudibonde qu'on va lire. Il y expose (f qu'il occupe conjointement avec le sieur Ledoux, secré- « taire de M. Gabriel, une maison appartenant au sieur Roy, rue « Champfleury, à Paris, qui l'avait été ci-devant par les sieurs « Frémin et Rousseau, sculpteurs ; qu'il est trop serré dans la « petite partie de cette maison qu'il possède, au point d'être « obligé de se servir de sa chambre pour atelier, nonobstant deux « pièces qu'il loue du sieur Ledoux depuis plusieurs années. Il a supplie M. le Directeur général de lui accorder la totalité de cette « maison. Il espère cette grâce pour plusieurs raisons : la pre- « mière, que la partie du sieur Ledoux lui est totalement inutile, « ne l'ayant jamais occupée et la louant à toutes sortes de perce sonnes dont la conduite est suspecte à tous égards. La deuxième, (c que la femme à qui le sieur Ledoux loue attire nuit et jour

« une jeunesse libertine et lui fait craindre encore à tout moment « de voir ses élèves et ses ouvriers débauchés. La troisième, que, « n'y ayant qu'un seul passage pour d'autres parties du logement, « lequel passage traverse son atelier, il est exposé à être volé sans « savoir à qui pouvoir s'en prendre. » Cette affaire ainsi engagée traîna en longueur; le sieur Ledoux avait des protections qu'il fit agir et la contrainte que cette situation gênante occasionnait au sculpteur dut, on le comprend, contribuer largement à prolonger son séjour en Lorraine.

Adam l'aîné restait seul à Paris, par le fait du départ successif de ses deux frères, et il continua à les représenter au Salon de 1748 et aux suivants. 11 avait, à celui de 1747, envoyé pour la seconde fois un modèle du groupe de la Chasse^ soit pour ne pas se laisser oublier, soit pour profiter des observations du public et perfectionner ainsi, au cas échéant, une œuvre d'une pareille importance. Mais en même temps le discrédit qui frappait ses ouvrages depuis quelques années s'accentuait. De 1746 à 1748 inclusivement, il ne put faire paraître que des compositions insignifiantes, et de celles-ci encore il garda la plus grande partie dans son atelier : témoin ce groupe en terre cuite représentant Trois enfants qui jouent avec un bouc et un cep de vigne, l'un desdits enfants figurant Bacchus, pour lequel il fait dire au catalogue que « ce sujet appartient à l'auteur qui peut l'exécuter en marbre ».

Lambert-Sigisbert voulut réagir contre l'opinion; il tenta de la violenter ou de la surprendre. De là des modèles dont l'exécution aurait réclamé des années et des centaines de mille livres, comme cette esquisse de la Bataille de Fontenoy, qu'il produisait à côté du groupe d'enfants précité et qui y paraissait avec cette désignation : Esquisse représentant une action militaire, qu'il offrait à la Direction générale en lui demandant 5oo,ooo livres pour la reproduire en grand. Mais, en haut lieu, on se fatiguait des

obsessions de cet esprit inquiet et on lui répondait, d'une façon peu bienveillante dans la forme : « i" d'indiquer l'endroit où il « imaginait qu'on pourrait faire placer le grand morceau qu'il « désirait faire pour' Sa Majesté ; 2° de quelle grandeur serait ce « morceau ; 3° le temps qu'il demanderait pour l'exécuter ; 4° les « blocs de marbre dont il aurait besoin et de quel volume il faua drait les blocs; 5° ce qu'il demanderait, en définitive, pour ledit a ouvrage, y compris les modèles en petit, en grand, et l'exécution « du marbre » On ajoutait, avec une pointe de raillerie, qu'il serait nécessaire que M. Adam donnât une courte description de cet ouvrage'. Puis, au reçu de sa réponse, on lui signifiait qu'il fallait renoncer à une semblable entreprise \

Cependant il ne se décourageait pas et en appelait, comme d'habitude, au tribunal des curieux et des amateurs. Voisin, secondé par le Mercure, lui servait de nouveau de porte-parole. Il lui faisait dire que le Roi avait attentivement examiné ce projet, qui lui avait été^ présenté à Choisy; que personne, avant le célèbre M. Adam, même dans l'antiquité, n'avait osé imaginer ni tenter un ouvrage de cette importance, dont il donnait une minutieuse description'. (( La vérité et la finesse avec laquelle les deux groupes

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