LETTRE DE LE BRUN, MARGHAND DE TABLEAUX
A Monsieur, Monsieur Clodion Sculpteur, rue de Sorbonne «“II Paris.
Paris, le 15 décembre 1809,
Votre goût éclairé pour les Arts, le vif intérêt que vous leur portez, me fait espérer que vous voudrez bien me faire la grâce de venir voir une très belle collection de Tableaux des différentes Ecoles, que j’ai réunis dans le cours de mes Voyages en 1807 et 1808. Elle sera exposée à vos regards, et à ceux des personnes qui vous accompagneront, tous les jours de la semaine, depuis dix heures jusqu’à trois, excepté les dimanches et les fêtes, qui seront réservés pour le public.
Je suis avec respect. Votre très humble et très obéissant serviteur.
Le Brun.
L’exposition est dans ma maison, rue du Gros Chenet n“ 4. On y trouvera : 1" une explication abrégée des Tableaux ; 2“ une notice biographique des Maîtres en deux volumes grand in-8™, ornés de 179 planches gravées au trait, dont le prix est de 30 francs papier ordinaire et de 40 francs papier vélin. '
TOMBEAU d’üX OISEAU (tERRE CUITE), COLLECTION DU DOCTEUR MOLLOY.
Nous lisons dans l’Art pour tous. « Nous devons à un collectionneur distingué, le docteur Molloy, de pouvoir montrer à nos lecteurs une œuvre d’un caractère tout particulier et qui peint bien le goût et les mœurs du XVIII” siècle. Tout le monde connaît Thistoire assez peu édifiante de M”* du Barry, mais on ignore sans doute l’affection peu commune qu’elle porta à un oiseau dont la fin fut des plus dramatiques. La catastrophe en question eut lieu au Château de Lussay, chez le Comte de Lauraguais, où M”' du Barry était allée passer quelques semaines. Le petit être qui lui était particulièrement cher et dont elle ne pouvait guère se séparer, mourait là de ‘ mort violente et se brisait la tête contre les vitres d’une fenêtre. La comtesse pleura son oiseau favori et voulut lui élever le tombeau que nous reproduisons : Quelque Dorât
du temps composa et traça en son honneur l’épitaphe poétique que l’on y peut lire.
« Nous ignorons le nom de l’artiste qui modela le petit monument, d’un goût h la fois sévère et touchant, où l’on peut voir l’oiseau favori représenté sous un triple aspect : d’abord fuyant sa cage, le flambeau de la liberté dans les pattes, le bec brisé ; ensuite couché et privé de la vie, et en dernier lieu, à l’état de squelette recouvert d’un suaire et tenant la clef de l’éternité. — Un sablier muni d’ailes a trouvé place au milieu de toutes ces allégories funèbres. »
Nous pouvons désormais affirmer que l’auteur de ce petit mausolée (actuellement au Musée de Cluny) est notre sculpteur Clodion, ayant retrouvé dans l’inventaire dressé à la mort de cet artiste, et publié par M. Guiffrey, dans sa remarquable étude sur le sculpteur Clodion {Gazette des Beaux-Arts, mai 1893, p. 414) la mention suivante : Un petit mausolée d’un serin, en terre cuite, 3 francs.