TITRE XXI
Réforme de l'Eglise
Ce titre débute par un aperçu historique, où l'on voit qu'il n'y eut d'abord dans l'Eglise que des évêques et des curés ; puis, au IVe siècle, les ordres religieux admis dans le clergé, les synodes de curés formant le conseil de l'évoque ; puis la suppression des synodes, remplacés par les prêtres cathédraux vivant avec l'évêque sous une règle, qui les organise en chanoines ; enfin les évêques « ne
faisant plus de visites, ne tenant plus de synodes, ne donnant plus la confirmation qu'à leur ville épiscopale, une fois l'année, et la refusant à ceux qui viennent de loin la recevoir, conduits par leur curé, si leur paroisse n'a pas été appelée 1. »
Aussi « que l'évêque désormais ne puisse rien faire, rien ordonner, rien définir qu'avec le conseil des curés » ; que le synode, assemblé tous les six mois, nomme aux cures, aux places cathédrales et à tous les bénéfices ; que tous autres titres soient supprimés ; que l'évêque, nommé par le synode, soit ainsi l'élu des curés ; qu'il ait vingt mille livres de traitement et les curés, deux mille ; que la dixme soit la seizième gerbe ; que les religieux ne reçoivent leurs novices qu'après examen du curé de la paroisse et de quatre curés voisins.
Comme la question protestante se pose en Gévaudan, à propos de l'arrêt de 1788, « les prêtres sont trop sensibles et trop raisonnables pour ne pas voir avec plaisir que la liberté du culte soit accordée aux protestants. ;> L'auteur du Mémoire ose espérer qu'il sera inspiré à ceux-ci, par la sagesse qui réforme la nation, d'user de cette liberté avec modestie et de cesser des haines aussi volontaires qu'odieuses.
Enfin « on n'ouvrira des maisons de prières qu'à la religion qui arborera l'étendard de la Croix ; nous le devons et à notre rédemption professée par nos frères, et à notre Rédempteur, qu'ils prétendent servir... Nous pourrons ne prêcher devant eux que la doctrine qui nous est commune, leur morale n'étant pas d'ailleurs différente de la nôtre, et alors les inviter à venir nous entendre, pour se retirer quand nous commencerons notre liturgie et aller plus loin célébrer la leur. Grâce à la concession de la langue vulgaire pour notre liturgie, ils pourront être excités à y demeurer ; cela fera plaisir à nos frères et à nos paroissiens. »
Ces derniers vœux témoignent chez le curé de Saint-Alban d'un vif désir d'union, mais font moins
1. La pauvre santé do Mgr de Castellane peut seule justifier cette tournée pastorale d'un genre tout nouveau ; l'on sent d'ailleura que l'abbé Béraud généralise a tort un cas particulier.
lionneur à son sens des réalités. L'usage du latin dans la prière officielle n'est pas, sans doute, article de foi; mais l'Eglise latine et romaine, une et catholique, ne manque pas de raisons pour n'avoir dans sa liturgie -que le latin, langue de Rome, universelle, morte et iîxée, partant plus apte à garder des dogmes immuables que les idiomes nationaux particuliers et toujours -changeants.
Quant à réunir catholiques et protestants autour de la même chaire, pour entendre un minimum commun de morale évangélique, c'était pure chimère, du moins, dans les Cévennes : les prêtres n'auraient pas consenti à mutiler leur enseignement religieux, et les calvinistes auraient trouvé humiliant, « quand les catholiques commenceraient leur liturgie, d'aller plus loin célébrer la leur. »
Dans une suite à son Mémoire, envoyée au député du Clergé par l'intermédiaire du protestant Dalzan *, l'abbé Béraud réclame des Etats généraux et provinciaux élus, représentatifs, périodiques et votant par tête : la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ; et il conclut par cette recommandation solennelle, digne de Rousseau, mais non d'un prêtre, qui doit savoir l'Evangile 2 : « Qu'on n'oublie jamais ces mots sacrés, que les Etats-Unis d'Amérique ont gravés au pied de la statue érigée à la Liberté :
* Toute autorité doit tirer son origine du Peuple. »