‹ Les âElections de 1789 en GâevaudanChapitre 37 sur 47 · Arch. nat., C 20. Lettre de Dalzan à Necker, 9 mai · texte numérisé non relu

Arch. nat., C 20. Lettre de Dalzan à Necker, 9 mai

2. Saint Jean, Evang. XIX, 10 et il. « Pilate dit à Jésus : « Tu me me parles pas ? Ignores-tu que j'ai le pouvoir de te crucifier et le pouvoir de te relâcher ? d Jésus lui répondit : « Tu n'aurais auoun pouvoir contre moi, s'il ne t'avait pas été donné d'en haut. » — Saint Paul, Ep. aux Rom. XIII, 1. « Il n'est de puissance que celle qui vient de Dieu »*

Le 23 mars, sur convocation faite au nom du sénéchal du Gévaudan, les électeurs des trois ordres du diocèse se réunirent à trois heures de relevée, dans la cathédrale de Mende *.

Le roi, par un arrêté du 28 février, ayant défendu aux officiers de l'évêque de s'immiscer dans aucune fonction royale, Mgr de Castellane n'eut garde de laisser prendre par des mains hostiles ou peu sûres la direction des grandes assises politiques, où pouvait être engagée l'existence même de son pouvoir temporel. Aussi, vu l'incompatibilité créée par le décret royal entre la charge de lieutenant général du roi et celle de lieutenant général de l'évêque, Rivière donna sa démission de juge épiscopal ; et, comme il était agréé pour lieutenant général du roi, c'est en cette qualité qu'il présida les élections.

Il ouvrit la séance par un discours sur les motifs qui avaient poussé le roi aux Etats généraux ; puis, comme le procureur du roi, Cahuzac, requérait la lecture des lettres de convocation et du règlement r « Halte-là ! Monsieur », cria le marquis de Châteauneuf-Randon, « je vous requiers de me dire qui est lieutenant de M. de Peyre, sénéchal ? » Envoyé à Paris, en qualité de député du pays, par l'assemblée marvejolaise du 29 janvier, le fougueux marquis prétendait y avoir reçu mission de veiller à l'exécution de l'arrêt du 28 février, dont il demanda lecture pour l'assemblée. Rivière, gêné par la présence de Mgr de Castellane, finit par s'y résoudre; et, pour couper court à toute discussion, il communiqua au marquis sa démission déjà donnée de lieutenant général de

t. Arch. nat., B III 85, et J. Darbot, Au seuil de la Révolution, p. 47.

l'évêque, et la remit entre les mains d'un membre de la Noblesse.

L'incident clos, « les Ecclésiastiques, la main sur la poitrine, et les messieurs de la Noblesse et du Tiers-Etat, la main levée vers la Passion figurée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, prêtèrent serment de procéder fidèlement à la rédaction d'un seul cahier ou séparément, ensuite à l'élection des notables personnages, pour représenter aux Etats généraux la sénéchaussée de Gévaudan. »

L'assemblée allait se séparer, lorsqu'à sa grande surprise, elle vit en chaire le marquis de Châteauneuf-Randon. Il lut d'abord une lettre, où M. Barantin, garde des sceaux, disait que rien n'empêchait l'assemblée, au cas où elle demanderait la création d'une sénéchaussée, de délibérer sur le lieu qui en serait le siège et sur les officiers qui devraient en faire partie ; ensuite il rendit compte de sa mission à Paris et pressa l'assemblée de délibérer sur ces objets, de ratifier sa députation et de condamner, avec insertion au procès-verbal, les écrits de l'abbé de Siran.

Sur le siège de la sénéchaussée, il n'y eut qu'une voix pour Mende, à l'exception des Marvejolais, qui, n'étant pas en force, n'osèrent dire mot. Cahuzac répondit au marquis que ce n'était pas le moment de délibérer, et le requit de remettre entre ses mains la lettre et le mémoire en question, pour les communiquer aux trois ordres séparément ou conjointement. Châteauneuf descendit alors de chaire et requit à son tour le procureur de faire transcrire la démissisn de Rivière au procès-verbal.

Cependant quelques prêtres, n'ayant pas entendu la lettre du garde des sceaux, en réclamèrent une

nouvelle lecture. Châteauneuf eut alors un second ; le marquis de Retz de Malevieille monta en chaire, relut la lettre, la commenta et finit par dire que tous les juges de l'évêque étaient vendus. La motion de •Châteauneuf et les attaques de Retz furent accueillies par des murmures. Toute la haute noblesse se retira dans la sacristie, pour n'être point solidaire, et blâma fortement les deux marquis d'avoir agi sans prévenir le corps.

Dans le Clergé, à propos de la vérification des titres, l'abbé Béraud demanda de faire juger si « une quarantaine de bénéficiersde l'église cathédrale, qui se présenteraient sous prétexte d'autres bénéfices ou même de bénéfices de chœur, n'étaient pas suffisamment représentés par les députés de leur corps. » L'évêque lui imposa silence assez vivement pour que le curé ait demandé au garde des sceaux une lettre de réparation de la part de l'évêque, afin de la montrer « à ses confrères et au public instruit du traitement éprouvé publiquement par un curé sexagénaire. » Après quoi, Mgr de Castellane, imitant la Noblesse, se retira, suivi de quarante membres du Clergé.

Dans la nef, Randon de Mirandol distribuait des copies imprimées de la délibération et le Tiers-Etat commençait à fermenter. Rivière tint ferme et verbalisa contre les deux marquis. L'assemblée finit par se retirer, à l'exception de quelques nobles, « les éventés », et des députés de Marvejols. Retz et Mirandol demandaient de la lumière, mais Rivière la refusa et la nuit sépara les champions.

Le lendemain 25, les trois ordres se réunirent séparément : l'Eglise à la salle des Etats, la Noblesse à l'hôtel de ville et le Tiers aux Doctrinaires.

LES ÉLECTIONS DE iygQ EN GÉVAUDAN 87

Le Clergé, sous la présidence de Mgr de Castellane, se posa d'abord la question de la fusion des ordres pour rédiger les doléances et nommer les députés ; il la résolut négativement. L'abbé Béraud refit sa motion de la veille, qu'il devait renouveler à4 toutes les séances. « Le prévôt dit publiquement de ne pas lui répondre ; l'évêque garda un silence profond »; enfin on dit au tenace opposant « que c'était trop tard, que l'évêque avait jugé en faveur des bénéficiers ; et les quarante-deux membres de la cathédrale », déjà « représentés par trois députés, votèrent à rassemblée » contre toute justice.

Ils ne pouvaient réclamer au titre de bénéfices de chœur, car l'article Xdu Règlement royal assurait suffisamment leur représentation : « Il sera tenu dans chaque chapitre séculier d'hommes une assemblée, qui se séparera en deux parties : l'une desquelles, composée de chanoines, nommera un député à raison de dix chanoines présents et au-dessous ; l'autre partie, composée de tous les ecclésiastiques engagés dans les ordres, attachés par quelque fonction au service du chapitre, nommera un député à raison de vingt desdits ecclésiastiques présents et au-dessous. » C'était justement le cas et les quarante-deux bénéficiers [étaient représentés par trois députés. Ils ne pouvaient pas non plus réclamer au titre de plusieurs bénéfices, car l'article XVII était formel sur ce point : « Les ecclésiastiques ne pourront avoir qu'un suffrage, quel que soit le nombre de bénéfices qu'ils possèdent. » Mais Mgr de Castellane était candidat.

Sur la nomination des rédacteurs du cahier, il y a désaccord entre les documents. Le procès-verbal officiel signale les abbés Bessières, Desfonds, Bonne!,

88 CAHIEUS ET ÉLECTIONS

Fontbonne, Brun,Tournemine et Bodety. D'après le curé de St-Alban, « M. Pévêque dit que les curés nommassent, pour faire le cahier, quatre curés de chacun des quatre archiprêtrés, et les bénéfîciers, seize ; il se rangea avec les bénéficiers. Notre archiprêtre, sans consulter personne, si ce n*est l'évêque peut-être, nomma quatre curés, dont il choisit un qui était logé à l'évêché, qui en avait été l'aumônier et le secrétaire. M. l'abbé de Siran, vicaire général, fut un autre rédacteur et celui que les commissaires prièrent de consommer l'ouvrage l. »

Le cahier est divisé en deux parties.

D'abord les vœux pour la religion : renouvellement des arrêts pour la sanctification du dimanche, répression de la mauvaise presse, liberté des conciles nationaux et provinciaux ; « autoriser le clergé de France à n'avoir dans tout le royaume qu'un même bréviaire, les mêmes livres d'église, le même rituel, la même théologie, le même catéchisme » ; maintien et création de petites écoles dans les paroisses pour une meilleure éducation de la jeunesse ; bureaux de charité créés dans les campagnes, sous la direction du curé, pour « secourir les vrais pauvres, encourager le travail et détruire la mendicité. »

Puis les vœux pour la chose publique : « Le désir qu'il a de voir rétablir l'équilibre dans les finances de l'Etat et de soulager l'indigence du peuple le détermine à se soumettre avec empressement à toutes les charges ordinaires et extraordinaires, sans aucune distinction, en proportion de ses biens et revenus, demandant d'être conservé dans toutes ses propriétés et dans tous les honneurs et prérogatives de premier

1. Arch. nat. B III 85. Lettre de Béraud au Garde des sceaux.

ordre de l'Etat » ; moyennant quoi, le Clergé demande l'augmentation des congrues des curés et des vicaires, un tarif clair et précis sur le droit de contrôle, la suppression de la gabelle et des douanes intérieures, la justice rapprochée des justiciables et une sénéchaussée avec présidial à Mende, où il y aura comme membres quelques conseillers ecclésiastiques ; une police de paix dans chaque paroisse, un remède aux abus déplorables des saisies et séquestrations ; la réunion des revenus du prieuré du Monastier au collège de Mende ; enfin le Clergé « désire avoir avec la Noblesse et le Tiers-Etat une représentation aux Etats généraux plus forte et plus relative à la population du Gévaudan !.. En somme, le Clergé veut bien accepter l'égalité devant l'impôt, mais il entend aussi conserver ses privilèges et ses honneurs.

Le 20 mars, il entendit la lecture de son cahier, l'approuva et nomma pour surveiller le vote : Brun, curé de St-Chély-d'Apcher, Tournemine, curé de Florac, et Bessière, bayle et chanoine de Mende. Le 3o, un premier tour de scrutin fut sans résultat ; au second, Mgr de Castellane et l'abbé Brun vinrent en tête ; au troisième, le curé de Saint-Chély fut élu à cinquante voix de majorité. L'évêque et Siran étaient battus en dépit de leurs efforts. L'assemblée, peut-être pour mettre un peu de baume sur la blessure épiscopale, élut comme suppléant l'abbé Michel-Ange de Bruges, prévôt du chapitre et vicaire général.

De dépit, « Siran ne voulut pas rendre le cahier des doléances du Clergé, qu'il avait pris, malgré tout le monde, pour le rédiger. Le peuple s'ameuta et courait forcer la porte de l'évêché, où logeait le sieur

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