Arch. nat., T 643. Papiers de l'abbé de Bruges
LES ÉLECTIpNS DE 1 789 EN GEVAUDAN 9f
A remarquer à propos des signatures : i° l'absence de celle de Mgr de Castellane, qui a signé le cahier;
20 la présence de celle de l'abbé Béraud, laquelle n'est dans aucun des deux exemplaires originaux du cahier des doléances trouvés parmi les papiers de Bruges ; cette signature est précédée de la suscription suivante : « Bon pour les pouvoirs ci-dessus, sans approbation des opérations de notre assemblée » ;
3° la signature du vicaire général suppléant : « L'abbé de Bruges, désirant ardemment surtout qu'il (Brun) prenne séance en la chambre des Communes. »
Si l'on considère la dépendance gênée de l'assemblée ecclésiastique à l'égard de l'évêque, l'échec significatif de Mgr de Castellane et la rédaction du cahier par l'abbé de Siran, cette déclaration « patriotique » a toutes les apparences d'une protestation.
Taine a écrit que « nous ne retrouverons jamais un clergé et une aristocratie aussi bien disposés * ». Cela est vrai pour le Clergé du Gévaudan, sinon de son cahier de doléances, du moins des pleins pouvoirs qu'il donna, sans tarder, à son représentant ; quant à la Noblesse, elle ne suivra l'exemple du Clergé qu'après la réunion des Etats généraux, au mois d'août 1789, et sous la pression déjà impérieuse de la Révolution.
Le 3o janvier 1789, un groupe de nobles : le vicomte de Framond, Châteauneuf-Randon, Lescure Saint- Denis, de Corsac, d'Imbert de Montruffet, Randon de Mirandol, Eimar de Jabrun, le chevalier de Layrolle, Limouse de Labarthe, de Rouville, d'Altès, le vicomte Seguin, du Villard, Châtaignier de Puy-
1. Taine. Lettres sur la Révolution, 31 oct. 1876 à M. E.Boulniy.
grenier, le chevalier de Marnhac, le marquis de Retz de Malevieille, le vicomte de Brion et le comte de Noyant, avaient signé la déclaration suivante : « Les gentilshommes de la ville de Marvejols s'empressent de donner à la nation une preuve de leur zèle pour la prospérité de l'Etat et de leur désir de cimenter l'union entre les trois Ordres, en suppliant Sa Majesté de recevoir les vœux solennels, qu'ils portent aux pieds du trône, de supporter tous les impôts et charges publiques dans la proportion de leur fortune, sans exception pécuniaire quelconque; et ils ne doutent pas que ce sentiment ne soit unanimement exprimé par tous les gentilshommes du diocèse de Mende, lorsqu'on leur donnera connaissance de la présente renonciation *.. »
Les signataires de cette déclaration ne s'étaient pas trompés. La noblesse du Gévaudan était réunie à Mende, à l'hôtel de ville, sous la présidence du vicomte de Framond, lorsque, le 26 mars, une députation fut introduite, et l'abbé de Bruges fit part à l'assemblée de la délibération, prise par le Clergé, « de renoncer à tous ses privilèges pécuniaires et de contribuer à la charge publique, dans une proportion égale avec tous les citoyens de l'Etat ». Les nobles ne restèrent pas en arrière et se joignirent aux clercs pour faire part de ce vœu au Tiers-Etat, « ne voulant se réserver que le droit sacré de propriété, les honneurs et distinctions nécessaires dans une monarchie, pour défendre plus efficacement les droits et la liberté du peuple, le respect du roi et la liberté des lois 2. »
Le même jour, nomination de quatorze rédacteurs