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MESSIEURS DE L'ÉGLISE MESSIEURS LES BARONS MESSIEURS DU TIERS-ÉTAT

Un député du chapitre de Mende,

M.ledomd'Aubrac

M. le prieur de Sainte-Enimie,

M. le prieur de Langogne,

M. l'abbé des Chambons,

M. de Palhers, commandeur de Malte,

M. de Saint-Jean, commandeur de Malte.

M. le comte de Peyre, pour la baronnie de Peyre ;

M. le marquis de St- Point, pour la baronnie de Oénaret :

M . le marquis de Morangiés, pour la baronnie de Saint- Alban, remplaçant la baronnie de Canilhac ;

M. le comte du Roure, pour celle du Roure ;

M. le comte du Roure, pour celle de Florac ;

M. le prince de Conti.

pour celle de Mercœur;

M . le marquis de Morangiés, pour celle du Tournel ;

M. le comte de Roquelaure, pour celle d'Apcher ;

Douze nobles possédant des terres donnant le droit d'entrée.

Les consuls de Mende, celui de Marvejols, Chirac, La Canourgue, Saint-Chély-d'Apcher, $augues,LeMalzieu, Florac, Ispagnac, Ste-Enimie, Châteauneuf, Serverette, Langogne, la Viguerie de Portes, Barre, St-Alban, le consul du mandement de Nogaret.

Après avoir assisté à la messe du Saint-Esprit à la cathédrale, les députés se réunissaient au palais épiscopal dans la salle des Etats.

« L'assemblée étant formée et chacun ayant pris sa place suivant son rang et séance, ce qui est fixe pour tous les personnats, à la réserve des barons, qui roulent ensemble et dont la devise est : Nul premier, nul dernier; savoir: Mgr le président sur un fauteuil, sous un dais, ayant à sa gauche sur un tabouret, sous le même dais, M. son grand vicaire, qui n'a ni rang ni voix ; MM. de l'Eglise à droite et MM. de la Noblesse à gauche sur de hauts bancs, MM. du Tiers-Etat aux bas bancs, le syndic et le greffier du diocèse dans le parquet ; M. le commissaire principal, assisté de M. le baillif ou de son lieutenant, des consuls de Mende et d'un de Marvejols montés sur les hauts bancs à la tête de la noblesse et ayant les commissions -en main, il demande, assis et couvert, l'imposition des sommes qui y sont contenues, et, après en avoir requis et fait la lecture, il se retire. L'assemblée, après avoir délibéré sur la dite imposition et avoir procédé à la nouvelle élection ou confirmation des officiers du diocèse, délibère sur toutes les autres affaires proposées ; mais, comme la durée de cette assemblée est trop courte, elle renvoie l'exécution de ses délibérations à MM. les commissaires de l'assiette et à MM. les commissaires ordinaires du diocèse, qui s'assemblent le lendemain de la tenue des Etats et procèdent à la répartition des impositions sur toutes les communautés du diocèse *. »

Ces Etats particuliers, qui étaient presque une miniature des Etats généraux, sauf que les représentants tenaient leur mandat de leur situation sociale .et non de l'élection, administraient le pays, déléguaient aux Etats provinciaux du Languedoc l'évêque

1. Arch.Loz<:c,G 18'23. Notice historique, sur le Gècaudan(l768/.

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ou son vicaire général pour le Clergé, le baron de tour pour la Noblesse et deux consuls, l'un de Mende, l'autre de Marvejols, pour le Tiers ; députaient aux Etats généraux du royaume un ecclésiastique, un noble et un bourgeois ; enfin accréditaient à la Cour un député chargé des intérêts du pays.

En 1788, le siège épiscopal de Mende était occupé depuis 1768 par Jean Arnaud de Castellane.

Né à Pont-Saint-Esprit, aumônier du roi, vicaire général de Reims, il portait un des grands noms de France : un Castellane commandait la place de Metz et trois autres étaient évêques de Lavaur, de Senez et de Toulon. Au physique, Jean-Arnaud était de haute taille, avait le corps bien fait, mais la tête un peu moins : marqué de la petite vérole, teint jaune, nez au vent légèrement camus 1 ; au moral, il était pieux, ami de la résidence et largement aumônier. Il prit son cousin, l'abbé de Siran, comme principal ministre de son gouvernement politico-ecclésiastique.

Philippe Gabriel de Juin de Siran, fils de Louis de Juin d'Oupiaet de Marie-Françoise de Vissec-Fontès, naquit en 1738, au château de Siran, diocèse de Saint-Pons en Thomières (Hérault). A quinze ans, il entra dans l'ordre de saint Benoît, enseigna quelque temps l'histoire dans un établissement bénédictin et fut nommé abbé d'Aruze en Saxe.

Lors de l'élévation de son cousin, Mgr de Castellane, à l'épiscopat, il obtint de la cour romaine des bulles de sécularisation. Voici comme il s'en explique dans une lettre au comte de Bannes, qui lui

i. A'ch. nat.,F-7 3681-14. Passeport de Mgrde Castellane.-r u>bé Fourcher, Episcopat constitutionnel, 1. 4U. (Signalement de police).

avait jeté du « moine défroqué » à la face : « J'ai « appartenu, il est vrai, pendant quelques années de « ma jeunesse, à une congrégation célèbre par son « application aux sciences, et mes occupations n'y « furent point indignes d'elle. Je la quittai pour être « grand vicaire d'un évêque, à qui j'ai l'honneur « d'appartenir par les liens du sang. Cette congréga- « tion fut flattée du choix que ce prélat avait fait de « moi » ; et il ajoute, sans excès de modestie, qu'il a été appelé à se défroquer « par quelques talents, qui « ont paru pouvoir être plus utilement employés « ailleurs que dans un cloître l. »

Mgr de Castellane, bon parent, ne ménagea pas les bénéfices : l'abbé de Siran fut fait prieur de Prévenchères, de Villefort, de Lanuéjols, de Sainte- Hélène et de Saint-Jean-Chazorne ; à quoi si l'on ajoute l'abbaye en commende d'Issoire, on verra que l'ex-moine était à l'abri du besoin.

Il résida habituellement à Saint-Jean-Chazorne, petit village perdu dans les châtaigneraies au flanc d'une gorge abrupte, où grondent la Borne et le Chassezac. Lorsque le prieuré lui fut résigné en 1773, il le trouva affermé 2.400 livres et sous-affermé 2.5oo; mais les sollicitations, les pleurs, le désespoir des sous-fermiers l'ayant porté à examiner de plus près la situation, il vit en effet que leur ruine était certaine au cours d'un bail de neuf années. Il traita donc avec le fermier principal pour la résiliation du bail,qu'il ramena à 2.000 livres, en donnant une somme pour dédommagement des bénéfices faits sur les sous-fermiers.

En seize ans, il y dépensa vingt mille livres, à peu près tout le revenu, pour améliorer le prieuré, « en

1. Lettre de l'abbé de Sirari au comte de Bannes, p. 32 et 33.

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« faisant extirper des rochers entiers, construire des « murs de soutènement et de clôture, porter des « terres, conduire des eaux de fort loin et planter des « arbres fruitiers..., cherchant à faire vivre les manou- <( vriers et à donner aux pauvres la consolation de « subsister du prix de leur travail plutôt que d'au- « mônes {. »

Le temps n'a pas encore aboli à Saint-Jean-Chazorne ni le bon souvenir ni les grands travaux du prieur. Pourtant l'abbé de Siran n'était aimé ni du clergé ni de la noblesse : c'était un ex-moine et, malgré ses lettres de sécularisation, la méfiance plana toujours un peu sur lui ; aussi l'injure de « défroqué » venaitelle sans peine aux lèvres de ses adversaires ; c'était de plus un étranger, situation très délicate pour un prêtre vivant parmi des prêtres sortis du même sol ; enfin il était tout puissant et on l'accusait d'avoir Tévêque dans sa main. Aussi, comme le gouvernement de MgrdeCastellane n'avait pas trouvé plus qu'un autre le secret de contenter tout le monde, la critique, respectant le prélat, tombait drue sur le conseiller favori.

« L'évêque, disait-on, lui abandonne tous ses pouvoirs et surtout celui de présider à sa place -. » — « L'évêque, ajoute un autre, le futur conventionnel Barrot, veut certainement le bien, mais sa santé le force d'en confier le soin à tout autre, et c'est sur l'abbé de Siran qu'il s'en décharge », lequel « a été

1. Arch. corn. Saint-Jean-Chazorne, Délibérations municipales, déc. 1790, déclaration de l'abbé de Siran :

» Il (l'abbé de Siran) demande que sans égard à ses avances- « l'allivrenir-nt soit doublé et porté de huit sols à seize, en quoi il « a persisté, nonobstant le relus des susdits habitants, qui insis- « taient, connaissant l'énormité des avances et des travaux au « moyen desquels il a plutôt créé qu'amélioré le pays. »

2. Bulletin Lozère 1882, p. 223. Griefs des trois ordres du Gévaudan, etc.

i6 l'ancien régime

jusqu'ici despote en Gévaudan 1. » Un autre ennemi, le marquis de Châteauneuf-Randon, écrit encore sur l'abbé grand vicaire : « Ce personnage est un ancien moine de l'abbaye de Saint-Denis, qui, ayant été sécularisé, est venu séduire la confiance de l'évêque de Mende, le porter à des actions plus dépendantes des vices constitutionnels inhérents au pays que de ses sentiments personnels, et mettre le trouble dans le pays 2. »

Pourtant on lui reconnaissait des lumières, « de l'activité et des ressources », dit Barrot, et il allait rendre de grands services au diocèse ; mais on ne lui en saura gré qu'en rechignant et on pillera ses écrits sans le nommer.

A côté de l'abbé de Siran, il y avait encore dans le conseil de l'évêque : l'abbé Michel-Ange de Bruges, neveu de Mgr de Gastellane et ancien officier, qui allait bientôt siégera la Constituante, et l'abbé Pierre Abbon Bonnel, administrateur du diocèse pendant la Révolution et plus tard évêque de Viviers.

La ville épiscopale était peuplée d'un clergé nombreux, dont un Mémoire sur V Eglise de Mende, trouvé dans les papiers séquestrés de l'abbé de Bruges, va nous exposer la situation particulière 3.

La cathédrale, dit l'auteur du Mémoire, compte quatre-vingt-dix-huit bénéflciers, marguilliers et bedeaux compris. Ces titulaires forment deux corps : l'un, l'Université des prêtres et clercs, est plus particulièrement connu sous le nom de Clergé de Mende : l'autre est le Chapitre, qui touche d'abord à parts

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