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CHAPITRE XIV

Ascension de MM. Barrai et Bixio, en 1850. — Ascension de M. Welsii en Angleterre, en 1852. — Expérience de M. Glaisher sur la décroissance de la température de l'air, sur les variations de l'humidité atmosphérique, et sur le spcctroscope, faites dans l'aérostat de Goxwell en 1863 et 1864. — Mort de Crocé-Spinelli et Sivcl.

L'ascension de Biot et Gay-Lussac a servi de modèle à un certain nombre d'expériences du même genre entreprises vers la fin de notre siècle, et qui avaient pour but d'étudier la constitution physique de l'atmosphère.

MM. Barrai et Bixio, l'un, ancien élève de l'École polytechnique, l'autre, médecin, homme politique et directeur d'une librairie agricole, conçurent le projet de s'élever en ballon à une grande hauteur, pour étudier, avec les instruments perfectionnés que nous possédons, plusieurs phénomènes météorologiques encore imparfaitement observés. Les appareils et les instruments nécessaires à cette expédition aérienne avaient été construits par Victor Regnault ; Dupuis-Delcourt avait fourni le ballon qui devait emporter les expérimentateurs dans les hautes régions de l'air.

L'ascension eut lieu devant la cour de l'Observatoire, le 29 juin 1830, à dix heures et demie du matin. Le ballon était rempli d'hydrogène pur, préparé au moyen de la réaction de l'acide chlorhydrique sur le fer. Tous les instruments, baromètres, thermomètres, hygromètres, ballons destinés à recueillir de l'air, etc.,

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i>taiont suspendus à un cercle, au-dessus de la naivllo où se placèrent les voyageurs.

Portés par le ballon à une frrande hauteur, MM. Barrai et Bixio avaient déjà fait diverses obser\*ations méléorologriques et physiques ; ils se disposaient à observer le thernioniètre, et 'comme l'instrument s'était chargé d'une lép''re couche de glace, l'un d'eux s'occupait à l'essuyer, pour reconnaître la hauteur de la rulonne. lorsqu'il s'avisa par hasard de lever la tète... il (li'uioura stupél'ail au spectacle qui s'ofirit à lui. Le hallon. gonllt' (»utre mesure, était descendu jusque sur la nacelle, et couvrait nos deux physiciens, comme d'un immense manteau.

(Jue s'élait-il donc passé? La soupape n'ayant pas été ouverte, pour donner issue à l'excès du gaz dilaté par la chaleur solaire, le ballon s'était peu à peu enflé et distendu de toules parts. Comme le filet était trop l)etit, comme les cordes qui supportaient la naceUe étaient trop courtes, le ballon, en se distendant, avait commencé par peser sur le cercle qui portaith nacelle : puis, son volume augmentant toujours, il aviil Uni par pénétrer dans ce cercle. En ce moment, il faisait hernie à travers sa circoni'érence, et couvrait les expérimentateurs comme d'un vaste chapeau. En quelques minutes, tout mouvement leur devint impossible. Ils l'ssayèrent de donner issue à l'excédent du gaz en Taisant jouer la soupape ; mais il était trop tard, li soupape était condamnée ; sa corde, pressée entre le cercle de suspcMision et la tumeur proéminente de l'aéToslal, ne transmettait plus l'action de la main.

M. Barrai prit alors le parti auquel le duc de Char très avait eu recours en pareille occasion, et qui lui avait valu tant d(i méehauU^^ é\)V^vv3LV\\u\es : il plon^^ca

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son couteau dans les flancs de laérostat. Le gaz, sechappant aussitôt, vint inonder la nacelle et Tenveloppcr d'une atmosphère irrespirable. Les aéronautes en furent Tun et l'autre à demi asphyxiés, et se trouvùrent pris de vomissements abondants. En même temps, le ballon commença à descendre à toute vitesse. En revenant à eux, ils aperçurent dans Tenveloppe du ballon une déchirure de plus d'un mètre et demi, provenant du coup de couteau, et par laquelle le gaz, s'échappant à grands flots, provoquait leur chute précipitée. La rapidité de cette descente leur sauva la vie, car elle les débarrassa du gaz irrespirable qui se dégageait au-dessus de leurs têtes.

Dans cette situation, MM. Barrai et Bixio ne durent plus songer quW préserver leur existence. Il fallait pour cela amortir, on arrivant à terre, Taccélération de la chute. M. Barrai montra, dans cette manœmTe, toute rhabileté et tout le sang-froid d'un aéronaute consommé. 11 rassemble son lest et tous les objets autres que les instruments qui chargent la nacelle, il mesure du regard la distance qui les sépare de la terre, et qui diminue avec une rapidité effrayante; dès qu'il se croit assez rapproché du sol, il jette la cargaison par-dessus le bord : neuf sacs de sable, les couvertures de laine, les bottes fourrées, tout, excepté les précieux instruments qu'il tient à honneur de rapporter intacts. La manœuvre réussit aussi bien que possible ; le ballon tomba sans trop de violence, au milieu d'une vigne du territoire de Lagny, dans le département de Seine-(»t-Marne.

M. Bixio sortit sain et sauf; M. Barrai en fut quitte pour une égratignure et une contusion au >isage. Cette périlleuse cxpéd\V\o\\ tv'vinàvV dwc^ ^wa c\uarante

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sept minutes, et la descente s'était effectuée en sept minutes.

Un voyage exécuté dans des conditions pareilles ne pouvait rapporter à la science un bien riche contingent. Cependant les deux physiciens reconnurent que la lumière des nuages n'est pas polarisée, ainsi que l'avait présumé Arago. Ils constatèrent que la décroissance de température s'était montrée à peu près semblable à celle que Gay-Lussac avait notée dans son ascension. Enfin, on put déduire de leurs mesures barométriques, comparées à celles faites ù l'Observatoire, au même moment, que, dans la région où le ballon se déchira, les voyageurs étaient déjà parvenus à la hauteur de 5,200 mètres.

Le mauvais résultat de cette première tentative ne découragea pas les deux intrépides explorateurs. Un mois après, le 27 juillet 1850, ils exécutèrent une seconde ascension.

Les aéronautes partirent de l'Observatoire, en présence d'Arago. On voyait, disposés dans leur nacelle, un nombre très varié d'instruments, tels que thermomètres, ballons vides pour recueillir l'air, polarimètres, etc.

Entre 2,000 et 2,500 mètres, les aéronautes entrèrent dans un nuage d'au moins 5 kilomètres d'épaisseur; car, à 7,000 mètres, ils n'en étaient pas encore sortis. Il se forma, à cette hauteur, une éclaircie, qui laissait voir le bleu du ciel. La lumière, à cette hauteur, était fortement polarisée, tandis que la lumière transmise par les nuages ne Tétait point. Le soleil se montrait alors faiblement à travers la brume congelée, et en même temps une seconde image a^i^jaxvvl. au-dessous de \sl nacelle, sym^^An^xxw ^^\ \^\»vn^\ vv

rimajr»* liirectp. (Tétait évidemm^^nt un** imaîre réfléchie.

Arrivés à 3,T5() mètres, nos aéronautes lâchent du lest pour s'élever davantage. Les thermomètres marquaient déjà 0°. Mais, par suite de l'expansion du ^ à cette hauteur, le ballon se déchire. Cet accident ne les arrête pas : ils jettent encore de leur lest.

A 6,001) mètres, on rencontra de petits glaçons, en forme d'aiguilles extrêmement tines. qui couvraient tous les objets. La présence de ces aiguilles de glace, à une telle hauteur, et en plein été, prouva la vérité de ITiypothèse qui sert à expliquer les haios^ parhélie$, etc.

A la hauteur de 7,004 mètres le thermomètre s'abaissa, sous leurs yeux, à la température de — 39*, point voisin de la congélation du mercure.

On s'attendait si peu à cet abaissement de température que les instruments étaient impuissants à l'accuser, leur graduation n'étant pas prolongée assez bas, de sorte que presque toutes les colonnes étaient rentrées dans les cuvettes. Deux degrés de moins encore et le mercure des thermomètres et du baromètre se congelait.

Ce froid extraordinaire, congelant Thumidité du nuage, en formait une multitude de petites aiguilles de glace aux arêtes vives et aux facettes polies. Ces aiguilles se montraient en telle abondance qu'elles tombaient comme un sable fin, et se déposaient sur le carnet des observateurs.

Par ce froid de — 39°, MM. Barrai et Bixio n'étaient pas fort à l'aise, assis dans une nacelle où ils ne s'étaient pas prémunis contre un abaissement si con- ' le de température. Leurs doigts engourdis

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Unirent par les fort mal servir, à tel point qu*un des thermomètres à rayonnement se brisa entre leurs mains. Au même moment ils perdirent, en voulant l'ouvrir, un des ballons vides qu'ils avaient emportés, dans rintention d'y recueillir de l'air.

Cependant la déchirure de leur ballon devait les forcer à descendre assez promptement. Il faUut, bon gré, mal gré, regagner la terre. La chute tut même assez violente:

Arago assura, devant l'Académie des sciences, que la constatation de la présence d'un nuage composé de petitsglaçons, ayant une température d'environ — 39®, en plein été, à une hauteur do 6,000 mètres au-dessus du sol de l'Europe, était la plus grande découverte que la météorologie eût encore enregistrée. Elle expliquait, selon lui, comment de petits glaçons peuvent devenir le noyau de grêlons d'un volume considérable, car on comprend, disait-il, comment ils peuvent condenser autour d'eux et amener à l'état solide les vapeurs aqueuses contenues dans les couches atmosphériques dans lesquelles ils voyagent. Arago ajoute que la même observation fait connaître la vérité de l'hypothèse de Mariotte, qui attribuait à des cristaux de glace suspendus dans l'air les halos, les parhélies et lés parasélènes.

En 1852, M. Welsh, accompagné de flreen, exécuta, à Londres, quatre ascensions, dans un but scientifique. Les hauteurs auxquelles il parvint sont de 5,950, 6,096, 3,850 et 6,990 mètres. La plus basse température obser^ée par M. Welsh fut de — 24".

Gomme résultat général de ses observations, M. Welsh a trouvé que la température de l'air décroît uniformément jusqu'à une certaine hauleuT,V^^^^^^'^^'^'^^^^'^^

Les observations faites par M. Glaisher dans cette ascension ne décidaient pas la question de savoir si la hauteur à laquelle on s'élève influe beaucoup sur la forme du spectre solaire. Une nouvelle ascension dans l'air était indispensable : elle eut lieu le 18 av]'il 1863. | M. Glsiisher emporta les mêmes appareils et répéta les expériences qu'il avait faites dans l'ascension précédente.

Dans une ascension opérée, au mois de juillet suivant, M. Glaisher entra dans un nuage, à 600 mètres d'élévation. Il entendit, à 3 kilomètres, une sorte de gémissement, qui venait des régions inférieures et semblait annoncer un orage. A 3 kilomètres et demi, il rencontra une petite pluie. Il entra ensuite de nouveau dans les nuages. La température oscillait autour du point zéro ; à 5,200 mètres, elle était montée à -f- 2 degrés ; vers 5,600 mètres, elle était tombée à — 5 degrés. Vers 6,800 mètres, elle atteignit son minimum : — 8 degrés.

Les observations faites par M. Glaisher dans une série d'ascensions que nous ne pouvons signaler en détail, ont fourni, sur plusieurs points de la physique du globe, des éclaircissements utiles. La décroissance de la température, celle de l'humidité et de l'électricité, selon la hauteur, sont les faits météorologiques sur lesquels M. Glaisher a réuni le plus de renseignements nouveaux, sans qu'il soit permis néanmoins de regarder comme définitifs les rapports qu'il a notés entre l'abaissement de température et la diminution de l'humidité, selon la hauteur.

En 1874, Crocé-Spinelli et Sivel firent une très belle ascension aérostatique, pour étudier diverses questions relatives à la physique et à l'atmosphère.

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Personne n'ignore que ces deux aéronautes, accompagn(^s de M. Gaston Tissandier, ayant voulu, dans une seconde ascension, faite le 15 avril 1875, dans le ballon le Zénith, s'élever aux plus hautes régions auxquelles l'homme puisse parvenir, furent victimes de leur zèle pour la science et de leur témérité. Grocé-Spinelli et Sivel perdirent la vie; leur compagnon, M. Gaston Tissandier, n'échappa que par miracle à la mort.

La mission scientifique aérienne donnée à MM. Grocé- Spinelli, Sivel et Tissandier, et dont les frais étaient supportés en partie par une souscription recueillie par la Société de navigation aérienne, et pour la plus grande partie par l'Académie des sciences elle-même, était de compléter les données recueillies dans l'ascension faite, le 23 mars 1874, par MM. Grocé-Spinelli et Sivel, et dans laquelle on avait accompli un voyage de vingt-trois heures au-dessus de toute la France. On avait fait, dans cette belle ascension, d'importantes déterminations météorologiques; il s'agissait de les compléter à la plus grande hauteur à laquelle on pût parvenir. Il fallait constater s'il existe à ces hauteurs excessivesde la vapeur d'eau, et quelle est la proportion du gaz acide carbonique. On emportait les mêmes appareils scientifiques qui avaient servi le 23 mars 1874, et l'on partait dans le même ballon. M. Gaston Tissandier devait doser le gaz acide carbonique au moyen d'un appareil dit aspirateur, et qui se. compose d'un tube à potasse dans lequel on fait passer un volume connu d'air, pour retenir l'acide carbonique. Grocé- Spinelli devait rechercher la vapeur d'eau par des observations spectroscopiques. Sivel, aéronaute de profession, dirigeait l'esquif aérien.

Tout le monde connaît le déplorable \4i^MV\a\.^^ ^^

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voyage. Deux heures seulement après le départ, Spi- 1^' nelli et Sivel étaient foudroyés par Tapoplexie pulmo- 1 "^ naire, et M. Gaston Tissandier gisait, à demi mort, près '^ des deux cadavres. Il dut son salut, d'après ce qu'A assure, à ce qu'il tomba en syncope, et que sa respi- ■' ration fut ainsi suspendue pendant qu'il flottait dans des espaces à peu près vides d'air.

Les résultats de cette ascension, au point de vue scientifique, sont à peu près nuls. Peut-on espérer des résultats plus intéressants de nouvelles ascensions à grande hauteur? Nous ne le croyons pas. On voudrait, dit-on, connaître la proportion de gaz acide carbonique qui existe dans l'air à 8,000 ou 9,000 mètres. QueDe est l'utilité de cette détermination? Reconnaître It proportion de gaz acide carbonique à 5,000 ou 6,000 mètres peut avoir un intérêt scientifique ; mais pou^ quoi aller répéter l'expérience 2,000 mètres plus haut? Même réflexion pour la vapeur d'eau.

Il serait donc à désirer que l'on renonçât à des expériences reconnues maintenant aussi téméraires qu'inutiles. On ne voit pas bien quelles données scientifiques on peut aller recueillir aux altitudes extrêmes de notre atmosphère, et l'on ne sait que trop que l'on peut r trouver la mort.

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