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CHAPITRE XXII

Les victimes de l'aérostation. — Mort de Pietro Bambo, dans la campagne de nome (1870). — Cnuto dans la mer du Nord, du ballon portant M. et M"" Duruof (1*74). — Perte du Washington (1875". — V Aéronef (1875), etc. — Mort des aéronautes Petit, Ch. Brest et Auguste Navarre (1880). — Mort d'Alphonse d'Armantières, parti de Montpellier, tombé en pleine mer (1881).

Depuis un siècle que l'on fait des ascensions aéroslatiques, bien des événements funestes ont été à déplorer.

Nous consanrerons ce chapitre aux victimes de Vaérostation.

En 1870, un gymnasiarque aérien, Pietro Bambo, se tua dans la campagne de Rome, en tombant du ballon Re d'Ilalia. Au-dessous de la nacelle du Re d'Italia on avait accroché un trapèze, pour recevoir Pietro Bambo. Arrivé à une grande hauteur, le gymnasiarque, perché sur son trapèze, perdit l'équilibre, et fut lancé dans l'espace. Le ballon, subitement allégé d'un poids énorme par la chute de Bambo, fit un tel bond que l'aéronaute qui se trouvait dans la nacelle fut presque asphyxié; il ne reprit connaissance que quatre heures après.

Le ballon, par suite d'une fissure, finit par descendre tout seul. Il plana à cinquante mètres du sol, et ne tarda pas à prendre terre sans autre particularité.

Seulement, Pietro Bambo n'y était plus !

Au mois de septembre 1874, les journaux illustrés et non illustrés faliguèrent le public des récits multipliés de ht chute de M. et M mc Duruof dans la mer du Nord, et de leur sauvetage opéré par des pécheurs anglais.

Ancien aéronaute du siège de Paris, M. Duruof avait annoncé qu'il partirait de Calais, pour traverser la mer et descendre en Angleterre, à l'imitation de Blanchard, qui fit ce tour de force en 1812. Par malheur, au jour dit, le vent soufflait dans une direction absolu' ment contraire à la traversée projetée. La prudence conseillait donc de remettre le départ à un autre jour ; mais la recette était encaissée, il fallait rendre l'argent ou partir.

M. Duruof s'en serait tenu au premier parti, si les plaintes et même les injures de la foule ne lui eussent inspiré un coup de tète. Il partit, malgré la presque certitude d'une issue fatale, emmenant; ce qui était un

tort, sa femme, comme compagne de sa téméraire entreprise.

Il arriva dès lors ce que tout le monde avait prévu : le vent emporta l'esquif aérien dans une direction tout autre que celle de l'Angleterre. L'aérostat se dirigea vers le nord-est. Au lever du jour, M. Duruof se trouvait au-dessus de la mer du Nord. En ce moment, les embarcations de nombreux pêcheurs couvraient la mer. M. Duruof lâcha les dernières portions de son gaz, et descendit, avec son ballon, jusqu'à la surface de l'eau où les pécheurs, qui suivaient avec anxiété ses manœuvres depuis quelques heures, furent assez adroits pour recueillir les deux aéronautes, épuisés par une nuit d'angoisse.

' On pouvait féliciter M. Duruof d'avoir échappé miraculeusement aux dangers auxquels sa témérité l'avait exposé ; mais, de là à lui dresser des autels, pour son intelligence et son courage, il y a loin. Les habitants de Calais manifestèrent beaucoup d'enthousiasme lorsque M. et M mc Duruof arrivèrent dans cette ville, en retournant en Fiance; mais les Parisiens montrèrent moins d'expansion. Une ascension annoncée à leur bénéfice ne put avoir lieu, faute de spectateurs.

Le 20 janvier 1876, on apprit, à Paris, la perte du ballon le Washington.

Deux Américains, le docteur Fergith et M. Jedediah Monrose, avaient conçu le téméraire projet de traverser l'Atlantique en ballon; non qu'ils prétendissent avoir trouvé la direction des aérostats, mais ils comptaient sur les courants permanents qui régnent de l'ouest à l'est.

Leur ballon, le Washington, était une immense machine, rappelant le Géant par ses dimensions. Au mois

de novembre 1 875, aux acclamations de tout New-York, les deux hardi* aéronautes partirent. On les vit se diriger vers la mer; puis on n'entendit plus parler d'eux.

Pendant huit jours, l'Amérique se préoccupa des deux voyageurs transatlantiques. Avaient-ils atterri Lien loin de leur point de départ, ou bien, saisis par la tempête, emportés par l'ouragan, au milieu des déchaînements du vent, étaient-ils tombés, du haut d'un ciel plein d'orages, dans la mer furibonde?

On sut plus tard ce qu'ils étaient devenus. On trouva le Washington crevé à cinquante lieues de New-York. Le docteur Fergith était mort et M. Jedediah Monrose mortellement blessé.

Depuis le commencement de 1875, c'était la septième catastrophe du même genre arrivée en Europe et en Amérique. La plus retentissante avait été celle de Sivel et Crocé-Spinelli, le 15 avril 1875, que nous avons racontée plus haut.

Voici les six autres désastres aériens arrivés de 1875 à 1886.

Le 9 janvier 1875, tomba près de Gênes le ballon l'Air, monté par^Lévy, aéronaute français. Dans la chute, provoquée par une déchirure de l'enveloppe, Lévy se tua. Son corps fut tellement broyé, que les jambes et les bras pouvaient se ployer comme du caoutchouc.

Le 2 avril 1875, chute, à Marseille, du ballon l'Espérance, parti de Rouen. Les deux aéronautes, M. et M me Galland, furent grièvement blessés tous les deux. M mo Galland mourut huit jours après.

Le 3 mai, l'Aéronef, monté par un Anglais, M. Davidson, tomba dans l'Atlantique. On le repêcha, deux heures après, cramponné aux cordages de son ballon, lequel se soutenait encore un peu au-dessus de l'eau.

Mais le secours porté au pauvre aéronaute ne lui servit pas à grand'chose; le séjour qu'il avait fait dans l'eau lui occasionna une fluxion de poitrine, qui l'emporta quinze jours après.

Le 7 août 1875, les journaux d'Alsace enregistraient la chute, près de Colmar, du ballon la France, parti de Nancy, et monté par un ancien capitaine de francstireurs, nommé Hermann Sebûllz. Une si forte dilatalion de gaz s'était produite dans les hautes régions de l'atmosphère, qu'une large déchirure était survenue au ballon. Le capitaine Schiiltz se brisa les deux jambes, en tombant violemment sur le sol, et il fallut l'amputer.

Le 9 octobre 1875, arriva l'accident de Y Atmosphère, et quelques jours après, celui dont fut victime, dans le ballon l'Univers, le colonel Laussedat qui avait entrepris, avec quatre officiers d'état-major, l'étude des courants aériens, pour en faire l'application à l'aérostation militaire.

Continuons cette triste série.

En 1879, en Angleterre, à Falborough, un gymnasiarque tomba des nues. 11 s'abattit sur le toit d'une maison qu'il défonça. Le pauvre diable était un ancien écuyer du cirque Aslley, nommé Frédéric Hill.

En 1880, trois sinistres, résultant d'ascensions en ballon, arrivèrent au Mans, à Marseille et à Paris. Ces catastrophes furent accompagnées des plus dramatiques incidents.

Le ballon l'Exposition, monté par l'aéronaute Petit, partit du quinconce des Jacobins, au Mans, le 4 juillet 1880. En même temps, s'élevait un second ballon, d'un moindre volume, qui était conduit par le fils de M. Petit, et remorqué au moyen d'une corde parle grand ballon. On remarqua que le grand ballon jetait tout son

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lest et ne montait qu'avec une excessive lenteur ; tandis que l'autre s'élevait rapidement. Sa distance du grand ballon augmentait si vite qu'il n'était plus retenu. Petit avait lâché la corde en criant à son fils: « Tu vas seul maintenant! » Quelques secondes après, on vit, avec épouvante, le grand ballon se déchirer du haut en bas, disparaître, dans une chute terrible, derrière les maisons, à quelques minutes de la ville.

L'accident avait été observé de tous les points de la ville, et peu d'instants après, une foule nombreuse entourait la maison où les aéronaules recevaient les premiers soins. Petit était étendu sur un matelas, sanglant. Il n'était pas mort, il parlait. Sa femme n'était pas blessée, elle pouvait marcher : et pourtant elle venait de faire une chute de 1,G00 mètres!... Peu de jours après, -Petit était mort.

L'aéronaute Charles Brest a péri à Marseille, le 8 août 1880.

Charles Brest avait fait à Marseille, le 1 er août, sa première ascension, avec le ballon le Naulilm. Parti à cinq heures, du Prado, par un temps très calme, il franchissait, vers cinq heures et demie, la chaîne des montagnes de l'Esterel et atterrissait peu après dans les plaines de Peyrolles, près d'Aix.

Le dimanche suivant, 8 août, malgré un vent violent de nord-ouest, Charles Brest s'élevait, pour la deuxième fois, avec le Nautilus, et disparaissait bientôt à l'horizon, poussé vers la mer par le mistral.

Depuis ce moment, on ne revit plus le malheureux voyageur aérien. Seulement, le lendemain, on trouvait près d'Ajaccio, au bord de la mer, le Nautilus avec sa nacelle vide !

11 faut donc ajouter le nom de Charles Brest à

la liste, déjà longue, des victimes de l'aérostation.

Une autre victime de l'absurde métier d'aéronaute forain est un pauvre diable qui n'avait jamais fait d'ascension et qui, avec la plus étonnante témérité, se hasardait pour la première fois a faire des exercices de trapèze au-dessous, non d'un ballon à gaz, mais d'une simple montgolfière, ce qui ajoutait encore au danger d'une telle aventure.

C'est à Courbevoie, le 21 octobre 1880, que s'est passé cet événement.

La montgolfière s'élevait, à 4 heures trois quarts, sur l'avenue de Saint-Germain, pendant la fête de Courbevoie. 11 avait été question d'abord de disposer une nacelle au-dessous de cette montgolfière et de la faire servir à l'ascension d'une aéronaute, M me Albertina ; mais au dernier moment, on se décida à supprimer la nacelle et à n'y placer qu'un trapèze. Un jeune homme d'une trentaine d'années, Auguste Navarre, gymnasiarque, consentit à remplacer Albertina, et à s'enlever, avec la montgolfière, puis, une fois dans les airs, à faire sur le trapèze des tours de force et d'adresse.

Il partit. La foule, le voyant s'élever, applaudit, pendant qu'il montait en saluant, se tenant au trapèze d'un seul bras. Mais à une hauteur de cent mètres environ, on le vit s'accrocher des deux mains à la barre du trapèze, et ne plus bouger.

Vous figurez-vous un homme accroché à un trapèze, suspendu sous une montgolfière qu'il ne peut diriger, perdu dans l'espace, à six cents mètres au-dessus du sol, voyant un vide effroyable au-dessous de lui, et n'ayant pour se cramponner dans cefte immensité qu'un faible rouleau de bois, qu'il serre de ses mains crispées? C'est ce spectacle dont furent témoins les ha-

bitants de Neuilly et de Courbevoie, qui suivaient des yeux la montgolfière emportant le téméraire acrobate.

Auguste Navarre était un beau garçon de vingt-huit ans, bien taillé, qui excellait, paraît-il, dans l'exercice du trapèze. C'était dans le seul but de gagner Jes 50 francs que l'on avait promis à Albertina pour faire les exercices du trapèze au-dessous de la montgolfière qu'il s'était proposé et s'était fait accepter, malgré les observations contraires, fondées sur sa complète inexpérience de l'aérostation.

Cependant la montgolfière montait toujours, et, comme nous l'avons dit, on remarqua, à une certaine hauteur, que le gymnasiarque ne faisait plus aucun mouvement, ni des bras ni des jambes.

La montgolfière traversa la Seine. Elle était à 000 mètres de hauteur au moins, et celui qui la montait ne paraissait pas plus grand que la main.

Tout à coup, la foule pousse un cri d'horreur, les femmes se cachent la figure. Le malheureux lâchait prise, et tombait, de cette hauteur effroyable, en tournant sur lui-même. On eut le temps de le suivre du regard, pendant cette longue chute.

Navarre alla se broyer dans une propriété particulière, située au n" 84 de l'avenue du Roule. Son corps lit dans la terre un trou de 50 centimètres de profondeur, puis il rebondit, à quatre mètres de là, affreusement disloqué.

Le choc avait été si violent que le corps, en défonçant la terre, s'y était moulé. Les empreintes de la tête, du buste, des jambes, des bras et même des doigts, étaient gravées, par de profonds sillons, dans le sol, très dur en cet endroit. Le crâne était brisé, et le sang s'échappait par les oreilles. Le corps étant tombé d'environ

six cents mètres, la chute avait duré sept secondes; à la septième seconde, il avait acquis une vitesse de plus de deux cent quarante mètres, et la vitesse étant multipliée par le poids du corps (estimé à soixante-cinq kilogrammes), la masse devait dépasser quinze mille kilogrammes, quand elle toucha la terre.

Une fois allégée du poids de celui qui venait de lâcher prise, la montgolfière fit un saut brusque, et se perdit dans les nuages. Mais bientôt elle retombait sur Paris.

A la chute du jour, on aperçut, de l'intérieur de Paris, un ballon, dont la marche était irrégulière, et qui descendait par dessus la place Saint-Michel. C'était la montgolfière partie à 4 heures trois quarts de Courbevoie.

Au-dessus de la place Saint-Michel, elle n'était plus qu'à une hauteur de 1600 mètres environ, lorsque tout à coup, elle s'enflamma, en produisant un nuage de fumée : elle s'était crevée ou déchirée, et retombait sur la place.

En voyant descendre le ballon déformé, vide, en lambeaux, une immense clameur s'éleva, et tout le monde se précipita, par toutes les rues, vers la place Saint-Michel. Pour prévenir des accidents, plusieurs personnes, notamment les garçons du café de l'Avenir, avaient eu l'heureuse idée de laisser toute la place libre au moment de sa chute. Grâce à cette précaution, personne ne fut atteint. Seulement, une marchande de journaux faillit être ensevelie, avec son kiosque, sous les 500 mètres de toile de l'aérostat. Il ne fallut pas moins de quarante personnes pour porter l'étoffe de la montgolfière dans le couloir d'une maison voisine; elle pesait 300 kilogrammes.

Telle est la dramatique histoire du pauvre Navarre.

Pour continuer cette liste funèbre, nous consignerons ici la mort d'Alphonse d'Armentières. Cet aéronaute

s'était élevé à Montpellier, le 20 août 1881, et on était resté sans nouvelles de lui, depuis son départ. Le 23 août, des pêcheurs de Pérols trouvèrent, près du phare de l'Espignette, le corps du malheureux d'Armentières, affreusement mutilé et flottant, ballotté par les vagues, à 2 lieues du rivage.

A la fin de l'année 1881, l'aérostation eut à enregistrer la mort d'un personnage notahle de l'Angleterre : celle de M. Powell, membre de la Chambre des communes. M. Powell était parti dans le ballon le Sa/adin, le 10 décembre 1881, de Bath (Ecosse), près de Bredport. Au bout de quelques heures, ses compagnons de voyage descendirent, et laissèrent M. Powell, qui repartit seul, vers 6 heures de l'après-midi. Le ballon se dirigea rapidement vers la mer. L'obscurité vint et le ballon disparut.

On n'eut aucune nouvelle de lui, pendant plusieurs jours ; seulement, un thermomètre brisé, appartenant au Saladin, fui repêché près de Weymoulh.

Le 19, c'est-à-dire neuf jours après le départ, des dépèches de Madrid annonçaient que l'aérostat avait été vu, passant d'abord sur le port de Loredo, près Santander, et ensuite à 2 kilomètres de Bilbao.

M. Powell était-il vivant ou mort, lorsque le ballon a été vu pour la dernière fois? Ce mystère restera probablement impénétrable. Ce qui est certain, c'est que le ballon le Saladin, qui portait M. Povell, fut trouvé, à la fin de décembre, dans une des montagnes de la Galice, en Espagne. Ces montagnes sont sauvages et très peu habitées : ce qui explique qu'un cadavre ait pu y séjourner aussi longtemps sans être signalé.

Après avoir été vu à Bilbao, le ballon le Saladin s'était de nouveau dirigé vers la mer. Il doit donc avoir flotté

pendant plusieurs jours encore, avant d'avoir finalement atterri en Galice, où l'on a retrouvé le corps de l'infortuné voyageur.

En 1885, deux catastrophes aérostatiques, à peu d'intervalle l'une de l'autre, ont coûté la vie à deux hommes de mérite et de cœur : l'aéronaute Eloy et le physicien Gower.

Eloy était l'aéronaute qui accompagnait M. Lhoste, en 1883, dans la traversée de la Manche, que nous avons racontée plus haut.

Eloy avait exécuté de nombreux voyages aériens. Il s'était engagé à entreprendre une ascension à Lorient, à l'occasion de la fête du 11 juillet 1885, dans lin aérostat de petite dimension, gonflé au gaz de l'éclairage. 11 s'éleva à 6 heures et demie, et ne tarda pas à se trouver au-dessus de l'Océan. Bientôt, le ballon dépassa les bateaux qui avaient quitté le port en même temps que lui, et qui suivaient sa marche, depuis son départ. Mais il fut impossible aux marins de rejoindre l'aérostat, et quand la nuit vint, on le perdit de vue.

Le surlendemain, des marins trouvèrent, au large de l'île de Croix, à la surface de la mer, la casquette et la jaquette de l'aéronaute. Un peu plus tard, un voilier, le Duc, partant pour la Suède, annonça qu'il avait rencontré, au delà de Belle-Ile-en-Mer, un ballon encore gonflé, mais sans aéronaute. Il est présumable qu'Eloy aura essayé de gagner l'île deGroixàlanage, et qu'il aurapéri, sans avoir pu être recueilli par un navire. On ne peut donc pas douter du sort de l'infortuné aéronaute.

La seconde victime est Frédéric Gower, ingénieur américain bien connu, inventeur d'un perfectionnement pratique du téléphone, ami de M. Graham Bell, et qui avait gagné une certaine fortune par ses découvertes.

Frédéric Gower s'occupait avec passion, depuis quelques années, d'aéronautique, et il avait obtenu un de ces succès qui sont, pour un aéronaute, un brevet d'honneur et de gloire : il avait franchi, en ballon, la Manche, à l'exemple de Blanchard et de plusieurs autres, dont l'histoire a conservé glorieusement les noms. Le l"juin 1885 il était parti de Hythe, près de Folkestone, à midi 15 minutes; il s'était élevé seul, emportant un fort poids de lest, et il était descendu à terre, sur la côte de France, vers Étaples, au sud de Boulogne, à 4 heures du soir. M. Gower avait antérieurement exécuté plusieurs ascensions avec les frères Tissandier et avec M. Lachambre.

C'est en voulant continuer celte série d'ascensions, à la suite de sa brillante traversée de la Manche, que Frédéric Gower trouva la mort. Il paraît qu'il voulait créer un nouveau système de ballons-torpilles, fonctionnant automatiquement dans l'atmosphère.

Après ses premiers essais de ballons libres automatiques, il s'était installé à Cherbourg, dans le but d'expérimenter à nouveau ses ballons automatiques, et de traverser la Manche une seconde fois, mais en allant de Cherbourg en Angleterre.

Vers le milieu de juillet, deux frégates américaines et une frégate russe vinrent à Cherbourg. M. Gower en profita pour faire d'abord, le vendredi 17, une ascension de courte durée, avec un officier russe. Il descendit sur terre au Vaast, à 22 kilomètres de Cherbourg.

•< Le samedi 18. dit M. Tissandier, M. Gower partit seul, dans son ballon la Ville d'Hyères, précédé de son petit aérostat automatique. Le temps était beau, bonne brise, mais le vent ne pouvait le mener en Angleterre. Il prévoyait toucher terre h Dieppe. Il partit a 1 h. 43 minutes de l'après-midi ; à. 3 heures, le sémaphore de Galteville le signala. Puis, nous n'en avons plus entendu parler.

« Le lundi suivant, le capitaine d'un petit navire entrait en rade de Cherbourg, rapportant le ballon automatique, qu'il avait trouvé à ,10 milles de Barfleur, vers 5 heures et demie du soir, le samedi 18, et il dit avoir vu le ballon avec nacelle descendant sur la mer ii 2(1 milles plus loin, autant qu'il a pu en juacr, s'élever et s'abaisser plusieurs fois, puis n'avoir rien vu pendant 10 ou lô minutes; après quoi il l'a vu s'élever de nouveau très rapidement et disparaître. Il no peut dire si à ce moment il était dépourvu do sa nacelle.

« D'autre part (dit un correspondant, M. A. Ploquin), j'ai télégraphié h Dieppe, d'où il m'a été répondu que la barque de pèche, le Phénix, avait trouvé le ballon la Ville d'Hyères h 13 milles de Dieppe, à 7 heures du soir, le 18, mais qu'il n'avait pas de nacelle, et que les cordages avaient été coupés au couteau. »

Il est probable que, son ballon traînant en mer et s'éloignant du bateau au bord duquel il espérait le salut, Frédéric Gower aura coupé les cordes de l'aérostat, pour llotter dans la seule nacelle d'osier, à la surface de l'Océan. Mais le secours attendu ne sera pas venu!

Il se peut encore que la nacelle ait été séparée pendant le sauvetage ; mais alors on aurait eu des nouvelles de ce sauvetage. Il se peut enfin qu'elle ait été jetée comme lest, l'aéronaute se tenant dans le cercle jusqu'au moment où l'épuisement de ses forces l'aura forcé à abandonner ce dernier et fragile appui.

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