LE PROJET DU GÉNÉRAL MEUSNIER
L'idéal d'un ballon militaire sei'ait évidemmentde pouvoir aller dans tous les sens, au gré de son pilote ; en un mot, [de fmviguer réelle* ment dans Tocéan aérien, comme le vaisseau sur Tocéan maritime-
Lorsque les revers de 1870 firent jeter les yeux sur les ballons, c'est là ce que Ton réclama tout d'abord. Se tournant vers tous ces savants qui venaient lui offrir leur concours, Paris leur cria :
— Donnez-moi un aérostat dirigeable !
Un aérostat dirigeable !
Personne encore n'en avait vu, et la doctrine la plus officiellement répandue était que la chose était irréalisable ; à cent ans de distance, l'Académie se montrait plus timorée qu'en 1783 ; car un rapport du 28 décembre 1783 laissait entrevoir une flotte aérienne comme conséquence immédiate de la découverte des Montgolfier.
Pour le moment, les gens qui s'occupaient de ballons couraient fort le risque d'être renvoyés à leurs exhibitions foraines, et ceux qui essayaient de les diriger dans l'espace étaient traités pour le moins d'utopistes.
Il se trouva pourtant un savant ingénieur — celui-là même qui avait doté la France de sa flotte cuirassée — Dupuy de Lôme, qui croyait à la direction des aérostats et qui offrit de construire un ballon dirigeable. Malheureusement son projet ne put être réalisé avant la
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LES AÉKOSTIEKS MILITAIBES.
fin de la guerre, et ne réussit pas à résoudre complètement le problème ; tant il est vrai que ce problème est beaucoup moins simple qu'il n'en a Tair, ce qui explique que la solution en soit si peu avancée.
Dès le il décembre 1783, pourtant, devant l'Académie de Dijon dont il était membre, Gu yton de Morveau avait, dans un long mémoire , cru jeter les bases solides des questions de dirigeabilité. Ne doutant
point du succès, il s'empressa de joindre la pratique à la théorie , et fit construire un aérostat qui devait se diriger dans les airs.
C'était un ballon en forme d'une sphère légèrement aplatie, porteur d'une proue et d'un gouvernail en toile. Les aéronautes, dans la nacelle ou gondole, étaient munis de larges rames qu'ils agitaient pour poussrér l'aérostat dans la direction qu'ils voulaient prendre. Réussit-il à faire dévier le ballon de la ligne du vent ? Il serait impossible de contrôler son affirmation sur ce point. Il est à croire que les deux seuls essais qu'on fit furent assez peu concluants ; et l'on en resta là.
Peu de temps après, du reste, Meusnier reprenait le problème de plus haut, appliquant aux recherches de navigabilité les ressources d'un esprit mathématique de premier ordre. Les principes posés par lui ont porté leurs fruits avec ses successeurs et ses émules : il est donc juste de le considérer comme le père de la navigation aérienne.
Voici comment M. Janssen parlait de ce savant, dans le discours prononcé au nom de l'Académie des sciences, à propos de l'inauguration d'un buste de Meusnier sur l'une des places de Tours^ en 1888 : c Jean-Baptiste-Marie-Charles Meusnier de la Place naquit à Tours le 19 juin 1754, dans une famille aisée, jouissant de la considération publique et comptant plusieurs de ses membres dans la magistrature. c Par suite de circonstances spéciales, le jeune Meusnier n'alla pas au collège et reçut cette éducation particulière souvent si favorable au développement des esprits originaux.
« Son goût pour les sciences se manifesta de très bonne heure. Envoyé à Paris pour se préparer à l'examen d'admission au corps des
Le ballon de Guyton de Monreaa.
ingénieurs militaires, il devint bientôt, dit-on, le professeur de ses camarades, et levait les difficullés que ceux-ci pouvaient rencontrer dans les ouvrages de science qui étaient entre leurs mains.
« Cet esprit de recherche et d'invention qu'il avait reçu de la nature, et que sa libre éducation avait laissé se développer en lui, ne lui permettait guère de suivre méthodiquement le programme et les méthodes du cours qui devait le conduire aux examens. Aussi, quand cet examen arriva, y échoua-t-il, au grand étonnement de ses camarades qui avaient déjà la plus haute idée de sa capacité.
« Mais Terreur fut bientôt réparée, et Tannée suivante, — en 1775, — bien qu'il n'y eût point de promotion, on le fit entrer à TEcole d'application de Mézières, où professait Tillustre Monge.
« Ici, Messieurs, nous avons une bonne fortune. Monge nous a laissé, sur ses rapports avec le jeune Meusnier à cette époque, des notes précieuses qui éclairent les points les plus importants de la vie scientifique de celui-ci.
« Quand Meusnier vint à Mézières, il avait dix-huit ans, et la réputation de ses brillantes dispositions pour les sciences Ty avait précédé.... »
Il se fit immédiatement remarquer par deux mémoires sur les parties les plus ardues delà géométrie , etTAcadémie tint à honneur de l'admettre parmi ses membres correspondants, alors qu'il venait à peine d'être nommé officier dans le corps du Génie.
(( Il eût été bien désirable, continue M. Janssen avec quelque égoïsme de savant, que les circonstances permissent au jeune géomètre de se livrer entièrement à ses hautes études ; mais les devoirs professionnels d'abord, et bientôt les «événements vont l'arracher de cette voie et forcer son génie à s'appliquer à des sujets d'utilité publique.
i< A peine entré au corps du Génie, il est envoyé à Cherbourg et employé à fortifier les îles qui défendent l'entrée de la rade de cette ville. C'est à cette occasion que son génie inventif en physique et en mécanique se manifeste à son tour.
« Une des îles dont nous parlons, Tîle Pelée, est absolument aride et doit tirer de terre tout ce qui lui est nécessaire, et spécialement Teau potable. Meusnier se propose le problème de lui donner cette eau, qui sera empruntée à la mer et qui ne coûtera ni combustible, ni force mécanique. Il imagine alors une machine qui distille Teau de mer par l'effet du vide^ et il emprunte à la marée elle-même la force motrice nécessaire pour mettre sa machine en mouvement.
< 11 lui fallut deux années d'un travail opiniâtre pour la terminer, et
elle lui occasionna de grandes dépenies. L'auteur la présenta à TAcadémie. On admira la puissance d'application de cet esprit et toutes les ressources qu'il avait déployées pour surmonter les difficultés considérables du problème qu'il s'était posé. Malheureusement, les faibles ressources de l'officier étaient épuisées ; il avait même contracté à cette occasion une lourde dette : aussi ne put-il donner d'autre suite à cet ingénieux projet. Mais il eut une compensation: il fut bientôt nommé membre adjoint de l'Académie.... »
C'était en 1784 ; il avait juste trente ans, et pris d'enthousiasme pour les belles découvertes de Lavoisier, il devint son collaborateur le plus assidu. C'est lui qui sut inventer et construire le gazomètre qui devait faciliter si merveilleusement l'expérience du savant chimiste sur l'analyse de l'eau.
Nous serions entraînés trop loin, si nous voulions donner ici une analyse, même sucîcincte, des travaux de Meusnier.
Il n'est guère de branches des scieilces où il n'ait fait quelque découverte; mais arrivons aux études qui nous ontfait citer son nom dans ce chapitre ; disons ce que lui doit la science de l'aéronautique.
Dès l'apparition des ballons, Meusnier se sentit entraîné vers cette science nouvelle, où tout était à créer. II y avait là de quoi tenter un esprit primesautier et novateur; on peut dire que plus il s'enfonça dans l'étude des problèmes aéronautiques, plus il s'enthousiasma pour la navigation aérienne, en sorte qu'à travers toutes les occupations si diverses qui remplirent sa courte vie, il ne cessa pas de songer aux ballons et de méditer sur les questions qui s'y rattachent.
Il résuma ses idées sur l'aéronautique dans des mémoires présentés à l'Académie, concernant un vaste projet de machine aérostatique avec laquelle il voulait exécuter un magnifique voyage de tour du monde.
« Meusnier, nous dit Monge, conçut le dessein d'entreprendre un grand voyage pour lequel il emploierait les différentes directions du vent et les petites déviations que pourraient lui procurer des rames.
« Il voulait faire le tour de la terre au moyen d'un aérostat capable de porter vingt-quatre hommes d'équipage et six hommes d'état-major. Cet aérostat devait être composé de deux ballons oblongs contenus Tun dans l'autre. Le ballon inférieur aurait renfermé de Thydrogène et l'intervalle aurait contenu de l'air atmosphérique. De grands souftlets manœuvres par l'équipage auraient introduit l'air atmosphérique pour augmenter le poids et faire descendre vers la terre, lorsqu'on aurait voulu jeter Tancre. Des rames en forme d'hélice et mises en rotation par l'équipage auraient donné à la machine un petit mouvement perpendiculaire à la direction du vent et capable de faire gagner des vents favorables. »
Meusnier prévoyait même le cas d'une chute en mer, et indiquait les précautions à prendre.
Il paraît que le projet de machine aérostatique fut soumis à Louis XVI qui radcftira. Mais la réalisation demandait une dépense si considérable, ajoute M. Janssen, qu'elle fut abandonnée. On peut donc dire que jamais, de son vivant, Meusnier n'a pu donner une démonstration pratique de ses idées.
La seule tentative faite, en partie suivant ses principes, est celle du duc de Chartres, le 15 juillet 1784; encore le savant Ta-t-il désavouée, comme entachée de vices rédhibitoires qui devaient fatalement la faire échouer.
Le duc de Chartres, connu plus tard sous le nom de Philippe- Egalité, avait fait construire par les frères Robert un ballon ayant la forme d'un œuf, de dix-huit mètres de long, sur douze mètres de plus grand diamètre. Il était pourvu de la poche intérieure imaginée par Meusnier.
La nacelle avait une forme rectangulaire, assez allongée; elle portait à l'arrière un large gouvernail en toile, tandis que des disques mobiles devaient faire l'office de rames.
Le départ se fit à Saint-Cloud au milieu d'une affluence considérable. Le ballon enlevait le duc de Chartres, les deux frères Robert et un de leurs cousins; il trouva dans les hautes régions un vent très violent; son énorme gouvernail donnait prise aux rafales, et le ballon prenait un mouvement giratoire impossible à réfréner.
On commença par arracher et jeter le gouvernail, puis les rames. Allégé de tout ce poids, le ballon se mit à monter avec une rapidité effrayante. Les aéronautes voulurent évacuer du gaz; mais ils s'y prirent si maladroitement qu'ils coupèrent la corde qui retenait le diaphragme intérieur. Ce diaphragme, en s'affaissant, obstrua l'orifice de sortie de l'air, créant ainsi un nouveau danger d'éclatement.
Et le ballon montait toujours, se dilatant à tout rompre. Les aéronautes perdaient la tète, lorsque le duc de Chartres, saisissant un des drapeaux qui ornaient la nacelle, réussit à percer l'enveloppe avec la lance qui le terminait.
L'aérostat s'arrêta dans sa course folle et, prenant la forme concave d'un parachute, atterrit assez doucement dans le parc de Meudon, près de l'étang de la Garenne.
On ne peut point considérer cette expédition pleine de péripéties comme une sérieuse expérimentation du système de Meusnier; celui-ci, que l'on n'avait guère consulté, s'empressa de dégager sa
Le ballon du duc de Chartres.
responsabilité en critiquant l'organisation du ballon tel qu'on T avait installé.
Les principes théoriques qu'il avait posés n'en restent pas moins solidement acquis à la science. On peut les résumer comme il suit : 1^ Nécessité de la forme allongée donnée à l'aérostat; 2** Invariabilité de forme assurée par un ballonnet intérieur, dans lequel on peut insuffler de l'air atmosphérique; 3"* Emploi de rames tournantes, constituant de véritable hélices.
La forme allongée avait pour but principal de diminuer la surface sur laquelle s'exerce la résistance de l'air. Elle est aujourd'hui universellement adoptée.
En second lieu^ il est indispensable que la forme du ballon soit invariable^ afin que les efforts qui agissent sur lui, et la résistance de Tair en parliculier,soient constamment dirigés de la même façon. Si l'on laissait le ballon se dégonfler en partie, « non seulement, dit Dupuy deLôme, il se produirait, sur la surface du ballon, des concavités opposées à la direction de la marche^ qui accroîtraient la résistance du courant d'air dans une proportion considérable ; mais la direction de cette résistance sur une surface ondulée venant à changer à chaque instant» il n'y aurait pas de gouvernail capable de corriger ces variations incessantes dans la direction de la résistance. » La marche du ballon serait donc sujette à des perturbations intolérables, qui rendraient la route impossible à tenir dans une même direction.
Pour atteindre ce but, Meusnier formait son aérostat de deux ballons contenus l'un dans l'autre, comme nous l'avons dit. Le gaz gonflait le ballon intérieur; et dans l'intervalle des deux enveloppes, de grands soufflets manœuvres par Téquipage permettaient d'introduire à chaque instant assez d'air pour que l'enveloppe extérieure, qu*il appelait l'enveloppe de force, fût bien tendue.
Tel est le rôle réellement efficace du ballonnet. Meusnier croyait pouvoir lui demander davantage, etvoulait y insuffler de l'air jusqu'à ce que la pression et le poids se fussent accrus d'une façon assez notable pour alourdir le ballon à volonté ; en laissant au contraire échapper cet air comprimé, on avait le moyen d'alléger le ballon. On
LES AÉROSTIKRS MILITAIRES.
serait ainsi parvenu à manœuvrer le ballon par le simple jeu de Tair comprimé, sans user de lest ou de gaz.
Mais en réalité, cette idée théorique semble irréalisable, parce que, pour avoir un alourdissement notable, il faudrait pousser la pression à un point que l'étoffe ne pourrait supporter. En outre, pour des tensions même très faibles, le poids d'une étoffe assez résistante est déjà considérable et hors de proportion avec le bénéfice que Ton retirerait de la manœuvre par compression.
Enfin le travail nécessaire à celte compression aurait nécessité
Le ballon de Mensnier.
aussi un équipage nombreux et lourd, puisque Meusnier n'avait point d'autre force motrice que le bras de Thomme.
Il faut donc se contenter de demander au ballonnet d'assurer Tinvariabililé déforme, et ce résultat suffit à en faire un des organes len plus précieux de Taérostat dirigeable. Nous verrons comment Dupuy de Lôme Ta utilement modifié dans co but
Quant aux rames mises en mouvement dans la nacelle, le mémoire de Monge que nous avons cité plus haut montre que Meusnier n'avait pas la prétention d'obtenir par leur moyen une bien grande rapidité de marche. Il comptait surtout, pour se diriger, sur les courants favorables, et c'était pour se permettre de les rechercher, qu'il avait combiné tout son système. Ses rames lui auraient permis, pensait-il, un petit déplacement sur la direction du vent, et c'était là tout ce qu'il en espérait.
Le commandant Renard a très justement fait remarquer, à propos des rames tournantes de Meusnier, que ces appareils constituaient une véritable hélice, et qu'il est curieux, à la vérité, de constater
lii LES AÉROSTlEnS 311LlTAiRE6.
Tapplicatioa de l^hélice à la navigation aérienne bien avant que Sauvage neTadaptât à la poupe d'un navire. La proposition de Meusnier passa complètement inaperçue; mais elle lui fait honneur, puisqu'elle contenait en germe une véritable révolution dans les systèmes de propulsion maritime.
Le projet de machioe aérostatique avait été étudié très complètement par Meusnier, qui Tavaitétayé sur des calculs de stabilité et de résistance très précis, en même temps qu'il entreprenait des expériences sur la résistance pratique des étoffes, des cordages, et de tous les matériaux qu'il se proposait d'employer. II prévoyait tout ; il touchait à tout, et ne voulait rien laisser dans l'ombre.
Ce n'est pas en vain que Monge disait de lui :
— « C'est l'intelligence la plus extraordinaire que j'aie jamais rencontrée. »
Il a exposé ses idées théoriques sur la navigation aérienne, dans un mémoireluà l'Académie le 13 novembre 1784, etintitulé :
Précis des travaux faits à t Académie des sciences pour la perfection des machines aérostatiques.
Les autres documents que l'on possède sur ses travaux spéciaux sont malheureusement trop peu nombreux ; ce sont les suivants :
V Etat des différentes parties d un' aérostat pouvant porter trente hommes pendant soixante jours ;
2® Etat général des dépenses à faire pour la construction dexette machine ;
3® Calcul de la stabilité et des moments d'inertie de toutes ses parties ;
4*, 5® et 6* Mémoires analogues aux: trois précédents, pour une machine susceptible de porter six hommes seulement ;
Comme on le voit,rénormité de la dépense l'amenait à des propositions plus modestes.
7® Atlas contenaiit des dessins et des tableaux relatifs au projet cornplet de machine aérostatique.
Tous ces travaux scientifiques, dont nous n'avons pas eu la prétention d'épuiser la liste, n'empêchèrent pas Meusnier d'être un militaire de grande valeur. On a pu dire, en s'appuyant sur les quelques faits d'armes qui honorent sa trop courte carrière, qu'il se fût montré un des meilleurs généraux de cette époque si riche en soldats. S'il est mort trop tôt pour donner pleinement la mesure de ses talents militaires, on lui doit tout au moins, au siège de Mayence,
LES AI':U0ST1ERS 3IlLlTAinES.
lapplicationdes principes de défense active et mobile dont Denfert devait plus tard tirer un si merveilleux parti à Belfori. Voici un résumé de cette période delà vie de Meusnier : Colonel en 1792, il sollicite un commandement actif : on le met à la tête du 14'' régiment d'infanterie, avec lequel il marche à Tarmée du Midi. Carnot le rappelle à Paris pour Taider dans sa tâche d'organisateur. En 1793, au mois de février, il demande encore à partir à la frontière où Ton se bat. Il est nommé maréchal de camp et rejoint Farmée du Rhin. Le 5 mai de la môme année, il est nommé général de division.
C'est alors qu'on lui confie la défense de Mayence et de la ville de
Oq transporta le blessé à Mayence.
Cassel qui lui sert de tête de pont sur l'autre rive du Rhin. Par ses manœuvres continuelles hors des lignes fortifiées, par sa tactique toute nouvelle, il étonne et fatigue l'assiégeant, qu'il attaque partout à l'iraproviste et harcèle sans trêve.
Par malheur, dans une de ses sorties sur Biberach et Mosbach , pendant qu'il traversait le Rhin pour rentrer dans Cassel, les Prussiens concentrèrent le feu de leurs batteries sur le bateau qui le por tait. Un biscaïen vint le frapper au genou et le blessa grièvement.
€ A cette nouvelle, lisons-nous dans la Revue scientifique^ l'ennemi cessa le feu aussitôt; on transporta le blessé à Mayence et une sorte de trêve dura jusqu'à la mort du général français, qui succomba le 13 juin 1793, quelques jours après l'amputation de la jambe : il n'avait pas quarante ans.
LES ABBOSTIBBS. 10
LES AÉKOSTIFUS MILITAIRES.
€ En apprenant cette mort, le roi de Prusse ne put s'empêcher de dire :
— « II m'a fait beaucoup de mal, mais la France n'avait pas produit un plus grand homme.
« Le général Meusnier fut d'abord enterré à Mayence. Plus tard, le ministre de la guerre Pache, et son adjoint Xavier Audoin, qui s'honoraient d'avoir été ses amis, prirent des mesures pour que la France possédât ses cendres. Elles furent donc pieusement recueillies et rapportées à Paris par un détachement sous les ordres d'un officier du génie, son compagnon d'armes, Térine.
« L'armée ennemie rendit les honneurs militaires au cortège, et le 7 pluviôse an VII, une cérémonie touchante eut lieu à l'Ecole Polytechnique pour rendre hommage à ses restes vénérés* »
Le Conseil général dlndre-et- Loire les fit réclamer à son tour pour les déposer, d'abord dans un monument provisoire, puis dans les caves de l'Hôtel-de-Ville. C'est là que les cendres dp Meusnier restèrent oubliées, pendant près d'un siècle, jusqu'au jour où la municipalité de Tours éleva un buste à l'un de ses plus glorieux enfants, et enferma dans le socle la cassette qui contenait ses restes.
Le buste du général Meusnier, à Tours.