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CHAPITRE IV

LES AÉROSTIBRS DE LA LOIBE.

C'est au mois de novembre qu'eurent lieu les premières tentatives ayant pour but d'employer à l*état captif les ballons qui commençaient à arriver nombreux de Paris, et que l'on amenait tous à Tours, oii se trouvaient ainsi concentrées toutes les ressources aérostatiques.

Avant de raconter très succinctement ces tentatives qui, hélas 1 ne donnèrent point de résultat, nous allons voir en quoi consistait le matériel improvisé de nos aérostiers.

Les ballons étaient en coton, sauf la Ville de iMtigrcs que Ton avait construit à Tours avec de la soie de Lyon. Ils cubaient deux mille mètres: ce qui est un peu considérable pour des ballons qu'il s'agit de retenir captifs et de transporter à bras, car la surface qu'ils opposent au vent est trop grande alors.

On devait, il est vrai, les gonfler au gaz d'éclairage, dont la puissance ascensionnelle est à peu près la moitié de celle de l'hydrogène ; pour enlever le même poids, le volume d'un ballon à gaz doit donc être le double de celui d'un ballon à hydrogène. Mille mètres cubes auraient suffi, en permettant d'enlever deux aéronautes. Mais les ballons existaient : il fallait les prendre comme ils étaient.

Comme on ne pouvait pas espérer trouver des usines à gaz en activité à proximité des champs de bataille, M. G. Tissandier avait prévu et fait préparer une batterie de tonneaux pour la fabrication d'une petite quantité d'hydrogène, qui aurait permis de réparer les pertes de l'aérostat. Nous ne croyons pas qu'on s'en soit servi, du reste.

La nacelle était suspendue au filet au moyen d'un cercle en bois, comme pour les ascensions libres.

Dès les premiers essais, exécutés vers la fin de novembre 1870, à Orléans, on attachait au cercle lui-même quatre cordes de cinquante mètres de long, que retenaient cent cinquante auxiliaires. On avait fait des expériences de transport dans ces conditions ; mais, au passage des obstacles, les hommes se réunissaient en un seul groupe, le

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ballon se trouvait aînsi mal maintenu par un seul point de son cercle ; et la force ascensionnelle était suffisante pour soulever de terre les premiers hommes appuyés sur la corde.

Pour laisser monter le ballon à des hauteurs plus considérables, on attachait — toujours au cercle de suspension — deux longs câbles que Ton passait dans la gorge de deux poulies attachées elles-mêmes à des plateaux de bois chargés de pierres et destinés à servir de points fixes. A chaque corde, une trentaine de soldats laissaient filer lorsqu'on voulait laisser monter le ballon, et balaient au contraire pour ]e ramener.

Dans ces premières expériences, on installa un appareil Morse sur la nacelle elle-même ; le fil métallique descendait jusqu'à terre et était relié directement à un autre fil allant jusqu'à Tours; de telle sorte que les aéronautes, suspendus dans l'espace, purent envoyer à M. Steenackers la dépêche suivante :

« Nous sommes en Tair à 180 m. de haut ; nous découvrons fort bien la plaine, mais un brouillard épais nous cache la foret. Nous recommencerons expérience par temps plus clair. »

Et vingt minutes après parvenait la réponse :

a Nous vous félicitons; tenez-nous au courant de vos essais. »

Le 20 novembre, l'aérostat, après avoir reçu une couche de vernis, était transporté au camp de Gidy. Le 21 , on fit des ascensions captives, aux acclamations de tout le camp. Mais, dans la nuit, un ouragan brisa le cercle de suspension, et le ballon, n'étant plus suffisamment tenu, fut emporté. On n'eut que le temps de se précipiter sur la corde de soupape et de dégonfler pour prévenir des avaries plus graves.

Deux jours après pourtant, le ballon la Ville de Langres était de nouveau gonflé et s'établissait sur la pelouse du château du Colombier, qui devint le parc des aérostiers et où le Jean-Bart^ gonflé à son tour, vint bientôt se camper aussi.

Le 29 novembre, un télégramme apporte l'ordre du général d'Aurelles de Paladines de transporter un ballon au camp de Chilleur, éloigné de douze kilomètres du parc. Le lendemain, de grand matin, on se mettait en route, envoyant en avant les plateaux destinés aux ascensions captives et la batterie de tonneaux qui devait permettre de fabriquer de l'hydrogène pour réparer les pertes de gaz. Le ballon s'avance péniblement, agité par le vent au bout des quatre cordes auxquelles se suspendent 150 mobiles.

« Nous continuons notre marche bien lentement jusqu'à Ghanteau, Taconte.M. Tissandier ; nous avons là à passer un chemin étroit, bordé de rideaux d'arbres que nous allons franchir en faisant monter le ballon jusqu'à l'extrémité de ses cordes. Mon frère vide deux sacs de lest pour maintenir le ballon à une hauteur suffisante, et augmenter par Taccroissement de force ascensionnelle la résistance à Faction ■dn vent. Je crie aux mobiles démarcher vite, s'ils le peuvent, afin de passer rapidement ce détroit dangereux. Le JeanBart se penche et frise le sommet des premiers arbres, sans les toucher, puis il se balance vers ceux qui se dressent de l'autre côté de la route, iloscille de nouveau et redescend vers un chêne élevé. — Il s'en rapproche rapidement ; va-t-il s'y briser ? Mon cœur bondit d'inquiétude. Patatra ! C'en est fait du Jean-Bart^ une branche s'est enfoncée dans Tappen- •dice et l'a crevé comme une peau de tambour! Tout est perdu! pensons-nous.

« Nous ramenons le ballon à terre, nous voyons avec joie qu'il n'en ^st heureusement pas ainsi : Jossec monte dans le cercle, et de son cache-nez étrangle le ballon au-dessus du cercle de l'appendice. — Nous l'aidons dans ce travail difficile, car, perchés dans le cercle, et les mains levées, nous touchons à peine la partie malade de l'aérostat. Il faut faire une ligature à bras tendu, pendant que le vent nous balance et nous jette dans les cordages, tantôt sur le dos, tantôt aplat

ventre Jossec, qui sait ce que c'est qu'une voie d'eau dans un

«avire, a appris qu'une voie de gaz ouverte dans un aérostat n'est pas moins dangereuse. »

Voilà l'accident réparé ; mais on avance si lentement que Ton ne peut atteindre le camp avant la nuit, et l'on est forcé de camper près -d'un village. Pour empêcher le ballon d'être emporté, on enterre la nacelle et on la charge de pierres. Précaution insuffisante : le seul moyen de tenir un ballon est de le coller contre terre, en le retenant par des cordes équatoriales aussi nombreuses que possible et attachées à des piquets.

Les rafales étaient si fortes qu'à 6 heures du matin le ballon est •enlevé, entraîné et fendu de l'appendice à la soupape.

Il n'avait pas même pu atteindre le camp où on l'appelait.

C'était une nouvelle assez ennuyeuse à annoncer à Tours. On lança pourtant un télégramme, auquel M. Steenackers répondit patriotiquement :

« Je vous envoie six ballons; crevez-en tant que vous voudrez, mais réussissez. »

On rentre à Orléans, où l'on met en état un autre ballon, la République universelle^ que Ton gonfle le 3 décembre. Puis on se met en route et Ton campe au château du Colombier, pour gagner de là le camp de Chilleur.

Au milieu de la nuit, un bruit sourd se fait entendre, augmentant peu à peu d'intensité, comme celui d'un immense convoi roulant sur les routes au milieu de la rumeur d'une foule humaine ; et le jour se lève, éclairant le défilé lugubre d'une armée qui fuit sans avoir été battue. L'armée de la Loire, mentant à l'espoir de ses débuts, est en pleine panique, et entraîne avec elle aérostats et aérostiers, qui n'ont pas encore pu entrer en ligne.

Toute cette horde débandée pénètre dans Orléans, qu'elle traverse au hasard d'une marche inconsciente. Les aérostiers réussissent à charger six ballons sur un fourgon qu'ils accrochent à un train sortant d'Orléans. C'est le dernier : il s'ébranle, et le choc fait gémir les malheureux blessés qui se sont juchés jusque sur la toiture des wagons, tandis que la grande voix sourde du canon se rapproche.

Aussitôt que les aérostiers furent de nouveau réunis à Tours, on s'occupa de leur donner une organisation plus complète.

M. Steenackers, directeur des postes et télégraphes en province, s'était donné à sa tâche avec le même dévouement que M. Rampont à Paris, et c'est à lui qu'on doit la coordination des efforts qui ont fait des lancés de pigeons un service postal régulier.Il avait à cœur de faire réussir aussi les tentatives aérostatiques et fit attribuer le nouveau théâtre de Tours à la mise en état des ballons. C'est là qu'ils étaient remisés, soigneusement plies dans leurs nacelles, après avoir été réparés.

Grâce à M. Steenackers, une compagnie d'aérostiers militaires fut enfin régulièrement constituée.

Voici les noms des aéronautes qui reçurent, le 7 décembre, le grade de capitaine en même temps que leur commission d'aérostiers militaires, leur conférant ainsi les privilèges des belligérants :

MM. Gaston Tissandier, Albert Tissandier, J. Revilliod, A. Bertaux,

LES lÉROSTlERS MILITAIRES.

MM. Poirier, Nadal, J. Duruof, Mangin.'

C'étaient beaucoup de capitaines pour une seule compagnie ; aussi put-on distraire deux d'entre eux — MM. Duruof et Mangin — qui furent chargés de surveiller le matériel de réserve, à Bordeaux, el de pourvoir à Tapprovisionnement des sections actives.

M. Bertaux remplissait les fonctions de trésorier.

M. Nadal avait des fonctions assez peu définies et devait prèterson concours aux uns et aux autres, suivant les besoins.

Enfin la compagnie étaitdivisée en deux sections pourvues chacune de deux ballons, deux capitaines, deux chefs d'équipe et quatre matelots comme aides-manœuvres.

MM. Tissandier commandaient Tune ; Revilliod et Poirier diri-geaient Tautre.

Chaque ballon gonflé était maintenu par 150 mobiles.

L'organisation n'aurait pas été complète si l'on n'avait mis à sa tête un colonel et un commandant, absolument étrangers, du reste, à l'art aéronautique, et dont le rôle exclusif consista à battre le pavé de Tours et de Poitiers, tandis que les aérostiers tentaient de rendre quelque service.

Le 9 décembre, les équipes d'aérostiers reçoivent Tordre de se porter sur Blois. Les ballons sont chargés dans deux fourgons où le personnel lui-même prend place, tandis qu'un truc reçoit le matériel pour la fabrication de l'hydrogène et les réactifs nécessaires.

La locomotive est attelée ; on part à 8 heures du matin, tous pleins, de confiance, rêvant de combats homériques où les ballons, planant à 400 mètres au-dessus du champ de bataille, décident de la victoire par la précision de leurs renseignements. . .

Hélas! il était dit quêtant de bonne volonté serait toujours dépensée en pure perte, et que les aérostiers, comme les légendaires carabiniers de l'opérette, arriveraient toujours trop tard.

Au moment où leur train s'arrête à Blois, il s'agit bien de vigoureuse offensive et de batailles rangées! Les désastres de nos troupes se succèdent si rapidement qu'on n'a le temps de rien combiner, ni de rien prévoir. A la hâte, il faut évacuer la ville que menacent déjà les avant-gardes allemandes ; les wagons de matériel , à peine arrivés, sont réexpédiés en arrière ; lej trains partent sans interruption, bondés jusqu'aux toits, d'écloppés et de blessés.

Les aérostiers repartent avec la foule et rentrent à Tours. M. Stee-

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nackers les rembarque immédiatement pour le Mans, où se trouve le général de Marivaux, commandant Tarmée de Bretagne.

Le 12 décembre, à deux heures du matin, le train entrait en gare du Mans ; on s^installe dans Tatelier des bâches, où l'on se met en devoir de revernir un des ballons.

Le 18 décembre, le ballon la Ville de Latigres, bien gonflé, peut faire quelques ascensions préliminaires, que Ton répète les jours suivants, faute de pouvoir s'employer plus* utilement.

Le 20, par un temps magnifique, le ballon s'élève encore et les aéronautes, parvenus à 300 mètres d'altitude, voient, jusqu'à perte vue, des troupes qui couvrent les roules. C'est l'armée du général Chanzy qui se replie de Vendôme et vient se concentrer sur les belles positions du Mans.

Encore une fois, dans celte néfaste campagne, la confiance renaît. Chanzy a ramassé d'une main ferme tous ces éléments mal soudés et inconsistants d'une armée hâtivement rassemblée. Ses premiers mouvements sont nets et précis; on sent l'homme de guerre qui saura tirer parti d'une situation bien précaire, il est vrai, mais dont personne ne veut désespérer.

Dès qu'il apprît l'arrivée du général, M. Tissandier lui demanda audience.

Il fut reçu aussitôt. Le général Chanzy, debout devant une grande table où était déployée la carte des environs, dépouillait rapidement son courrier, lisant les dépêches télégraphiques, qu'il passait ensuite à son aide de camp debout près de lui. Puis, levant sur le nouveau venu son regard clair et affable :

— Le Gouvernement m'annonce que vous venez ici avec des ballons captifs. Je ne demande pas mieux que de les utiliser ; mais dites-moi d'abord ce que vous pouvez faire avec des aérostats.

M. Tissandier s'empressa d'expliquerles ressources de ces appareils, en faisant ressortir tous les avantages d'un observatoire mobile, élevé de 2 à 300mètres,et susceptible dese placer àl'endroitleplus favorable»

— Mais c'est merveilleux, fit le général. Je vous promets de vous employer.

Son interlocuteur crut devoir le mettre en garde contre un enthou siasme trop facile.

— Des accidents peuvent malheureusement survenir, dit-il; nos ballons ne résistent pas aux tempêtes ; ils ne servent à rien quand le temps est couvert. Mais le jour de la bataille, si le ciel est pur, ils donneront, n'en douiez pas, les renseignements les plus précieux sur les mouvements de l'ennemi.

LES AÉao3rrïEnii. 9

— Quel malheur, fit le général, que je ne vous aie pas eu avec moi à Marchenoir!... L'ennemi avait si bien caché ses batteries que je ne pouvais savoir d'où partaient les obus qui accablaiMit nos soldats. Je suis monté sur un clocher ; mais je n'ai pu m'élever assez pour dominer un rideau d'arbres qui arrêtait mes regards... Vous en souvient-il ? ajouta Chanzy en se tournant vers son aide de camp ;

puis, plus bas, comme se parlant à lui-même : quelle rude journée ! murmura-t-il.

A ce souvenir, le général resta silencieux, songeant à la bataille sanglante , les yeux fixés dans le vide , regardant au dedans de luimême ; mais secouant ses pensées :

— Votre ballon est gonflé ?

dit-il.

— Oui, mon général.

— Où est-il?

— Près de Tusine à gaz, sur le bord de la Sarthe.

— Etes-vous prêt à faire une ascension devant moi? Je

Le général Chanzy, debout devant une table.

suis curieux d'assister à vos expériences.

— Quand vous voudrez, général.

— Eh bien ! je me rends de suite auprès de votre ballon (i).

M. Tissandier s'empressa, le cœur en joie, de courir rejoindre son équipe. Eln un clin d*œil tout est en mouvement.Les mobiles servant d'auxiliaires ont été employés ailleurs ; mais les volontaires ne manquent pas. Le vent est assez fort, et le ballon se bala:nce au bout de son câble, ne s'élevant pas à plus de 80 mètres, et redescendant ensuite presqu'à toucher terre. Et malgré ces terribles oscillations, l'œil peut embrasser tous les environs du Mans, jusqu'au camp de Ponthieu, dont on aperçoit distinctement les tentes.

Le général Chanzy arrive au galop, suivi de son escorte de spahis aux manteaux rouges et blancs. Il se fait tout expliquer rapidement , examine tout avec soin et d'un coup d'œil sûr, s'informant du nom-

(1) Tissandier, En ballon !

LES AÉaOSTIERS MILITAIRES.

bre d'auxiliaires nécessaires à la manœuvre, du nombre de voitures

indispensables au transport.

Et pendant ce temps-là, une rafale rabat Taérostat sur les peupliers

où la corde s'accroche ; une branche se casse, et le ballon, dégagé

tout à cottp, se relève avec une secousse terrible. M. Albert Tissan-

dier, qui le monte, reste impassible, appuyé sur le bord de la nacelle : — Oh 1 oh I fait le général, il faut un certain sang- froid pour être

aéronaute I... Allons, Monsieur, je vous assignerai demain vos

positions, et croyez-moi, ce n'est pas la besogne ni Témotion qui

vous feront défaut.

On lui amenait son cheval ; il se mit légèrement en selle, et toute

Tescorte disparut à sa suite dans un nuage de poussière.

C'était le 21 décembre; le lendemain la Viile de La?igres était crevée

par l'ouragan. On se mit à la réparer bien vite et, douze heures après,

le ballon était remis à neuf et gonflé :

on réussit à le camper un peu plus solidement au moyen de seize cordes équatorialcs fixées au soL Malgré cela, le jour de Noël, une nouvelle bourrasque rompit toutes les attaches, et brisa plusieurs mailles du filet.

Il n'y avait point de combats en perspective : on dégonila le ballon qui avait beaucoup souifcrt, et Ton attendit le moment d'agir; mais ce moment ne devait point venir : les ballons allaient être encore une fois entraînés dans la débâcle nouvelle de l'armée française.

^'i'-iU.,rl..M^«^n^

Oh ! oh ! fait le général.

Le 11 janvier, au matin, Tarmée prussienne attaquait avec une violence extrême ; mais, repoussée partout, elle n'a pas gagné un pouce de terrain, lorsque la nuit tombe.

Les aérostiers se préparent à gonfler un aérostat; mais, pendant la nuit, la face des choses a changé. Les Allemands ont tourné la position ; un bataillon de mobilisés lâche pied ; toute l'armée se met en panique. Tout est perdu.

iA

11 se mit légèrement en selle...

Le général Chanzy, hier victorieux, n'a plus qu'à tout tenter pour sauver ce troupeau désordonné de fuyards. Avec une énergie indomptable, il ressaisit le commandement de ces soldats épars, de ces troupes disloquées ; grâce à lui, ce n'est plus une déroute, mais une retraite couverte par une arrière-garde moins ébranlée, qu'il ordonne et dirige, et que l'on a comparée aux plus belles retraites stratégiques que nous offre l'histoire. Les aérostiers suivent le mouvement de recul ; le 12 janvier, à 7 heures du soir, ils arrivent à Laval, et de là sont évacués sur Rennes, où ils parviennent le 16 janvier. L'armée s'arrête encore une fois pour faire tête à l'ennemi. Le général Chanzy se prépare à une attaque énergique et appelle à lui les aérostiers, qui reviennent à Laval.

Le 29 janvier, on est prêt à gonfler trois ballons. La Vi/le deLangres s'élève, la première, à 300 mètres de haut.

— Bravo ! s'écrie M. Tissandier ; il ne sera pas dit que les aérostiers militaires, toujours surpris par les déroutes et les désastres, ne recevront pas en l'air le véritable baptême du feu I

Mais, précisément à ce moment-là, un officier passait :

— Vous savez la nouvelle ? crie-t-il.

— Qu'ya-t-ii?

La retraite.

— La guerre est finie ! Un armistice vient d'être signé.

Le rôle des aérostiers était terminé avant qu'ils eussent pu le remplir utilement. Beaucoup de fatigues, beaucoup d'allées et venues sans résultat pratique: ils n'avaient pu réussir à faire une seule ascension en présence de l'ennemi.

La faute en est aux seuls événements qui se précipitaient, accumulant désastre sur désastre, sans que la France, haletante, eût le temps de respirer sous les formidables revers qui l'écrasaient.

Si imparfaite que fût leur organisation, les aérostiers auraient pu rendre de grands services à la défense de la Patrie. La fatalité ne le permit pas ; mais l'attention était appelée sur ce nouveau mode d'observations militaires, et avec les loisirs de la paix on allait enfin donner à l'aérostalion l'organisation régulière qu'elle comportait et constituer son matériel et ses manœuvres.

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