‹ Les aérostiers militairesChapitre 38 sur 39 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Des le début de Taérostation, quelqu'un disait à Franklin, en lui montrant un ballon :

— A quoi cela serl-il?

— A quoi sert l'enfant à la mamelle? riposta vivement le savant américain.

£h bien, Tenfant n'est plus à la mamelle. Il s'est développé, et peut rendre aujourd'hui les services qu'on en attendait dès sa naissance.

L'aérostation n'est plus seulement un art ; c'est une science complète, grâce surtout aux efforts persévérants des aérostiers militaires.

Ecoulez les nobles paroles prononcées par le général Perrier, à Annonay, pendant les fêtes du centenaire de Fimmortelle expérience de 1783.

Après avoir rappelé les noms de Coutelle et de Conté, les exploits des aérostiers à Maubeuge, à Charleroi, à Fleurus, l'enthousiasme excité d'abord par les ballons captifs^ le savant général auquel la géodésie française doit sa brillante impulsion, déplorait la défaveur inexplicable dans laquelle ils tombèrent ensuite.

(c Qui sait pourtant, ajoutait-il, ce qu'il fût advenu si, sur les champs de bataille de Gravelotte et de Saint-Privat, dans les camps retranchés de Metz et de Paris, un ballon planant dans les airs eût renseigné nos généraux sur les forces et les positions de l'ennemi et eût substitué dans leur esprit la vérité aux fantastiques évalualions qui ont paralysé ou fait avorter tous leurs mouvements? Je pourrais multiplier les exemples :

c Si le général autrichien Benedeck avait possédé à Sadowa un ballon de reconnaissance, il eût évité la surprise de Chelm qui fut la cause de son désastre !

«L'utilité de l'aérostati on militaire est aujourd'hui incontestée, et

chaque puissance cherche à perfectionner avec une ardeur jalouse !e hullon captif, le ballon d'observation et de reconnaissance.

M Mais je me hâte de vous rassurer. Depuis la guerre, le gouvernement de la République, soucieux de rendre inviolable le sol de la patrie, a rouvert Técole aérostatique de Meudon, que le premier consul avait fermée dans un moment de mauvaise humeur, et nous avons là un groupe de jeunes officiers que ne désavoueraient pas les savants aérostiers de la première République.

a II ne m'appartient pas de divulguer leurs travaux, entourés nécessair(*ment d'un certain mystère. Toutefois, sans trahir aucun secret professionnel, nous pouvons indiquer quelques progrès sérieux, pour ainsi dire définitifs, déjà réalisés à Meudon.

« Nous possédons des vernis qui rendent les étoffes de soie imperméables au gaz hydrogène; la fabrication de ce gaz peut se faire par voie humide, sut place, en grand, rapidement et relativement à peu de frais ; l'opération du gonflement, au lieu d'exiger plusieurs jours^ comme du temps de Coutelle, s'effectue en quelques heures ; grâce à un nouveau mode de suspension, le plancher de la nacelle reste toujours horizontal, en dépit du vent ; les communications avec le sol son* ass^urées par le téléphone; la photographie instantané** et remploi des jumelles longue-vue nous promettent d'étonnants résultats.

et Enfin, au lie» de ce transport à bras d'hommes, fait au prix de fatîo:ue» dont la seule énumération nous stupéfie aujourd'hui, l'école de Meudon nous a donné des ballons captifs, qu'une voiture^treuil peut transporter tout gonflés sur les routes, à travers champs et à toutes les allures, comme une pièce d'artillerie.

H Ajoutans que, pour les ballons-poste, les organes essentiels, soupape, appareils d'arrêt, moyens de manœuvre, ont été Tobjet de perfectionnements importants.

<i Jiessîeurs, nos revers nous ont appris qu'en dépit de la civilisation si vantée die notre époque, un pays comme le nôtre doit être prèi à tout et à tout instant. Celui-là seul sera désormais fort et victurieuj:, qui n^aura rien négligé pendant la paix pour apprendre à faire, pendant la guerre, un judicieux emploi des forces innombrables (çue 1^ science et l'industrie tiennent en réserve.

« L'aérostat est une des mille ressources que le génie d'invention des Fratn>^is ai mises à la disposition des armées. Aveugle qui la

<f Aujourd'hui, les canons des forteresses portent à trois lieues; maî^ encore faut-il voir où frappent nos obus, et, même en pays

de plaine, le globe terrestre, par sa cçurbure, nous masquerait Fennemi. Eh bien ! apprenons d'avance à nous élever au-dessus du sol ; que les aéronautes de nos*armées soient comme des sentinelles vigilantes postées à 500 mètres de hauteur et dirigent nos coups avec une précision redoutable. »

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