CHAPITRE VII
Comment les Vicomtes de Turenne ont usurpé, en 1550 et depuis, les levées de deniers qu'ils font dans le vicomte.
En 1606, le Vicomte doubla cette pension et la porta à 2,000 écus en se faisant payer par menaces et par authorité le double de ce que chaque paroissien et chaque haànt luy payoit auparavant.
En 1042, il augmenta celte pension jusqu'à 34,000 11.
C'est sur ce pied qu'elle luy a toujours esté depuis annuellement payée, et qu'il la reçoit actuellement
Voici le nom qu'on donne à cette pension, la raison pour laquelle on le luy donne et la manière dont on la lève. Elle est qualifiée du nom de taille parceque chaque village paye sa cottité, à laquelle chaque haânt de la paroisse contribue. Ce n'est pas une taille, mais elle est appelée taille, parcequ'on la lève comme on lève la taille. C'est un sindic de chaque paroisse qui en est le collecteur, et chaque collecteur paye entre les mains du receveur du vicomte, qu'ils appellent receveur des tailles, lequel, faute de paiement, décerne des contraintes par corps contre les collecteurs, le tout à l'exemple de la taille royalle, sur laquelle le vicomte de Turenne se règle en vicomte, de la même manière qu'on se règle pour le Roy dans les provinces du royaume, et de là il fait entendre qu'il lève la taille dans le vicomte comme le Roy la lève dans son royaume. Il a été plus loing, car de la même manière que les États de Languedoc et les autres font des dons gratuits au Roy, il fait faire quand bon lui semble, des assemblées qu'il appelle États, et dont on expliquera la forme dans le IXe chapitre, par lesquels il se fait faire des dons de sommes considérables, à luy, à sa famille, à ses officiers et à ses domestiques, et il a poussé là dessus les choses si loing, que les prétendus États de 1703, confirmés par ceux de 1707, luy ayant accordé et à sa famille un don de 54,000 11. a condition qu'il ne pourait faire aucune recherche pour les droits qui luy pouvoient appartenir, mais dont il n'étoit pas en possession, c'est-à-dire sous un prétexte chimérique, il s'est encore fait donner 10,000 livres pour ratiffier les conventions que ses procureurs avoient faites pour luy dans ses prétendus États.
Et afin d'imiter encore plus parfaitement ce qui se passe dans le royaume, quand il a vu que le roy établissoit le papier timbré, le controlle des exploits et des actes des notaires et qu'il levoit les droits de francfiefs et d'amortissement et les autres subsides, il les a pareillement levés et establis dans le vicomte et a tiré plusieurs millions des impositions qu'il a faites clans le vicomte tant ordinaires que extraordinaires. 3