‹ Les affaires d'HaitiChapitre 11 sur 48 · LA REVOLTE EN HAÏTI · texte numérisé non relu

LA REVOLTE EN HAÏTI

La «France» d'hier a publié un article iiititulé La Révolution d'Haïti.

Cet article contient autant d'inexactitudes que celui qui avait paru à la date du 3 Juillet cîemier dans les colonnes du même journal et sous la même signature. Documents officiels en mains, on peut prouver que la bonne foi de son auteur a été surprise.

n y est dit que le président d'Haïti, le général Salomon, «ancien ambassadeur à Paris, est un noir; qu'il a les défauts de sa race, et que c'est un vrai tyranneau».

Peu de gens en sont à savoir que les plus grands tyrans dont l'histoire ait enregistré les noms n'appartenaient nullement à la race noire (2).

Pour traiter des questions haïtiennes, il ne suffit pas d'avoii quelques vagues notions sur l'histoire d'Haïti laquelle est des plus épineuses et demande ime étude particulière et très approfondie.

(1) Le PARIS du 1er. Septembre J893,

(2) Tibère, Néron, Héliogabale^ Pierre le Cruel, Charles IX. Henri VIII, César Borgia furent des tyrans dont VEuropc occidentale ne sauraii oublier les nœns. Ils n'étaient pas des nègres. Je défie qu'on cite le norn d'un seul chef noir qui les ait égalés en férocité. Il serait grand tempr. ow'oii fût juste indulgent envers la race noire; qu^on l'innocentât surtout de tous les crimes et forfaits dont il était de mise autrefois de char , <jer la mémoire de ses types les plus étninents ou les plus célèbres.

Selon le signataire de l'article, le président Boyer gouverna «douze ans Haiti» et le lit «avec économie et modération».

U y a là une triple erreur historique, Boyer occupa la présidence pendant vingt-cinq ans^ du 30 Mars 1818 au 13 Mars 1843; ce fut un tyran; il n'arriva au pouvoir que par l'intrigue et n'y resta qu'en énervant le peuplé et en le privant de toute lumière; sa politique extérieure d'une parfaite ineptie fut la plus funeste à la ination haïtienne; et elle est cause de toiu; les malheurs actuels. - Puis donc, la présidence d'Haiti n'est pas un fief héréditaire !

M. Boyer Bazelais, le chef des rebelles de Miragoâne^ est un homme dont l'esprit est tellement «ouvert et éclairé» et «il partage tellement» les idées politiques qui ont cours dans les «pays les plus avancés d'Europe», qu'il n'a pas craint de déchamer la guerre civile sur son pays^ déjà tant éprouvé par les luttes intestines. A cette heure^ le ccnunerce et l'agriculture chôment^ toutes les écoles sont fermées, tout travail est suspendu parce que ce factieux croit avoir reçu du ciel la mission de diriger les destinées de la nation haïtienne cela contraire ment au voeu du peuple qui l'a chassé en 1879 et dont les mandataires directs sont en ce moment réunis à Port-au- Prince^ autour du chef constitutionnelîement élu.

Au fond, M, Boyer Bazelais n'a pas plus «de grande intelligence» que de «bon jugement» et son prétendu libéralisme n'existe qu'en paroles. Son obstination singulière à vouloir escalader le pouvoir^ même en versant le sang de ses concitoyenSj prouve qu'il a tous les instmcts despotiques de son funeste aïeul ^ le président Boyer. Quand on est vraiment inteUigent et sincèrement libéral on arrive au pouvoir autrement

qu'en désolant sa patrie par la grue^re civile et. en la faisant avilir à l'étranger.

Contrairement à ce qu'on avance^ la Banque Nationale d'Haïti fondée au capital de dix millions de francs, dont cinq ont été souscrits à Paris fonctionne admirablement. EUe est si peu ruinée qu'U y a trois mois à peine elle distribuait un dividende de dix pour cent à ses actionnaires français, lesquels peuvent tous en témoigner.

Notre contradicteur est fort mal renseigné quand il écrit que c'est «à la prise de Jérémie» que les rebelles ont fait passer par les armes sept généraux faits prisonniers.

La vérité la voici : Quatorze prisonniers tant civils que militaires dont le seul crime était leur fidélité au gouvernement constitutionnel ont été lâchement et froidement massacrés dans les prisoiis de Jacmel par les soi-disant libéraux de cette viUe^ après qu'Us y {eurent levé l'étendard de la révolte contre l'ordre des choses régulièrement établi.

Cet acte inqualifiable commis par ces prétendus «honnêtes gens», a soulevé contre eux et leurs partisans une indignation générale dans toute la République.

On ne peut rien attendre de M. Boyer Bazelais. Sa candidature à la présidence est tuée à jamais. Si par impossible il montait au pouvoir il en serait immédiatement renversé. Il n'obtiendra jamais la confiance et l'estinne du peuple que ses partisans maladroits font insulter chaque jour en Europe et en Amérique.

Jacmel^ Jérémie et Miragoâne sont les trois seules places occupées par les insurgés. Elles sont étroitement investies toutes trois, et^ au lieu de songer à marcher sur Port-au-Prince par la route de Léogâne, ces malheiu^ux égarés de Miragoâne

se suicident meurent de faim et de soif ou vont faire leur soumiission entre les mains des assiégeants.

Ces trois villes seront l'une après l'autre bombardées et emportées par les forces de terre et d'e mer du gouvernement^ aussitôt qu'arrivera dans les eaux haïtiennes le navire de guerre que l'Etat vient d'acheter aux Etats-Unis.

La Chambre et le Sénat^ expression du vote libre de la majorité de la nation resteront en session permanente à la capitale. Es ont déclaré par un message en date du 25 Juillet derr.ier qu'ils étaient prêts à seconder M. Salomon «dans tout ce qu'il pourra entreprendre potu- sauvegarder la paix et ramener la confiance dans le pays».

L'Assemblée nationale, en séance solennelle du 27 Juillet, a modifié l'article 31 de la Constitution et a remis^ par cela même au président d'Haiti les armes dont il avait besoin pour donner une leçon au parti dit libéral qui à vrai dire n'est composé que de prétendus aristocrates^ vaniteux et anarchistes, lesquels se croient trop grands seigneurs pour obéir aux lois et d'un certain nombre de simples hommes du peuple fanatisés par les premiers.

Avant peu «l'affaire sera décidée d'une façon définitive», mais en faveur du parti de la légalité de l'ordre et de la représentation nationale.

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