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L'INSURRECTION HAÏTIENNE

«Le Dr. Janvier^ qui nous a déjà communiqué d'intéressanîs renseignements sur l'insurrection d'Haiti^ nous adresse aujourd'hui la communication ci-dessous^ qui démontre combien sont I>eu libérales et démocratiques les revendications des factieux:»

Miragoâne, Jacmel et Jérémie sont trois villes situées à de grandes distances l'une de l'autre. Elles sont étroitement investies par les troupes du gouvernement. Aucun autre point du territoire n'a imité leur exemple. On peut être certain que la révolte sera comprimée, pour le plus grand bien de la pairie.

Les officiers et employés qui ont été massacrés par les insurgés de Jacmel servaient un gouvernement légal^ constitutionnellement établi et fonctionnant constitutionnellemenl. Ils étaient plus honorables que tel des prétendus libéraux de Miragoâne. A tous les points de vue ils ne valaient pas moins que ceux qui sont cités conune des patriotes intègres et intellj gents^ encore qu'ils appartiennent au parti dit libéral.

La Chambre et le Sénat^ en session à Port-au-Prince, sont composés d'hommes instruits qui tous comprennent leurs devoirs; leur patriotisme et leur courage civique sont à toute épreuve, et au-dessus de tout éloge.

Sij par impossible^ le parti soi-disant libéral avait le desssus il ne pourrait dissoudre le Parlement sans violer la constitu-

(1) L'EVENEMENT du 11 Septembre 1883. C'est une réponse à un article publié par le PARIS du 6 Septembre,

tion et sans replonger le pays dans la guerre civile; s'il ne le dissolvait pas^ il ne pourrait gouverner pendant un mois.

D'après la Constitution de 1879, aussi bien que d'après celle de 1867 le président de la République haïtienne ne peut être élu que par l'Assemblée nationale; or, elle ne donnera jamais la présidence à l'un des insurgés de Miragoânte de Jérémie ou de Jacmel.

Le président Salomon n'a jamais fait mettre à mort aucun enfant ni aucun vieillard et sous son gouvernement^ il n'y a jamais eu d'exécution capitale à Saint-Louis ou à Cavaillon.

La réputation d'intégrité et de capacité administratives qu'on fait au chef des révoltés est absolument surfaite. Le tact politique et la science économique de M. Boyer Bazelais ne valent pas plus que ceux de son aïeul ^ le président Boyer ^ dt triste mémoire,

M. Bazelais et ses partisans ont été ceux qui ont d'abord fait renier l'emprunt contracté par Haïti en 1875.

Le règlement de cet emprunt qui fut plus tard proposé par lui était tel qu'il ne fut pas accepté par les porteurs français, et qu'il nous valut même des observations de la part du gouvernement français. Sous son inspiration, les Chambres décrétaient en 1877 la réduction du chiffre des obligations sans même consulter les porteurs. Dans son outrecuidance M. Bazelais croyait pouvoir modifier à lui seul un contrat synallagmatique A la suite de cette décision arbitraire des millions furent expédiés par les soins du gouvernement du président Boisrond Canal^ et non par ceux de M. Bazelais à M. Noël, banquier, pour le service des coupons; les porteurs n'acceptant point le règlement^ cet argent resta improductif dans les caisses du banquier. Pour sortir de l'impasse et essayer de réparer les

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bévues de ce «curieux financier»^ les ministres du président Boisrond Canal se virent obligés de remettre la question sur le tapis.

Le correspondant anonyme a peu connaissance des questions qu'il a la prétention de traiter; il confond le règlement adopté en 1877 avec le projet soumis au gouvernement de Boisrond Caiial en 1878; celui-ci devait modifier et même annuler le preincr. Non content de cette confusion, il attribue la paternité de ces deux règlements à M. Bazelais ce qui constitue une erreur. Le président Salomon, arrivé au pouvoir en 1879, ne prêta pas la main à ces combinaisons. H fut loyal il s'entendit directement avec les principaux intéressés; les porteurs réunis à Paris arrêtèrent avec le ministre des finances d'Haïti un règlement qui fut sanctionné par le Corps législatif. Ne pouvant rendre le public français responsable des fautes commises par les gouvernants haïtiens le jeune peuple ,noir reconnaissait l'emprunt au taux de 500 francs, chiffre de l'émission.

Les coupons en souffrance furent payés et le service n'en fut suspendu qu'en présence du pressant besoin d'argent nécessité par l'imminence de l'insurrection de Miragoâne.

De ces deux règlements, quel est le plus honnête, quel est le plus favorable aux intérêts français? Celui décrété en 1877 par M. Bazelais et ses caudataires sans le consentement de.s porteurs français ou celui qui leur fut proposé par le président Salomon et librement accepté par eux?...

M. Salomon a passé vingt ans de sa vie à l'étranger. Après avoir été ministre pendant onze ans en Haïti, il a été ambassadeur à Paris et à Londres. Un pareil homme ne peut croire à aucime superstition, qu'elle vienne d'Afrique ou d'Europe.

La véritable cause de l'insurrection la voici: En Février de

cette année, le président d'Haiti a fait rendre une loi en vertu de laquelle les terres de l'Etat seraient morceiées et distribuées en toute propriété aux paj-sans qui s'engagent à les cultiver- Les soi-disant libéraux^ dont les aïeux avaient escamcté les plus belles terres à leur profit, ont compris que si cette loi recevait s,a pleine exécution, ils ne pourraient plus vivre aux dépens des paysans dont ils confisquent le travail (1). Ils ont vu que, la terre passant entre les mains des paysans, ceux-ci deviendraient de véritables citoyens ayant ccn> cience de leurs droits, au lieu que jusqu'à cette heure, ils vivotent dans un demi-servage sur les grandes propriétés rurales, et que ce sont eux seuls qui sont soldats. Au fond la iutie est aussi sociale que politique, et même plus économique que constitutiom^eUe entre la nation et les rebelles. Ceuxci en seront pour leurs frais. La nation ne paiera point leurs dettes. Elle ne se laissera point gruger par ses ruineurî d'hier et d'aujourd'hui et par ses hisuiteurs de demain

Quelle que soît l'issue des événements les soi-disant libéraux ne pourront ni porter atteinte à l'indépendance du peuple haïtien^ ainsi qu'ils le complotent ni le juguler, l'énerver et l'abêtir conune autrefois.

Les deux Chambres du Parlement, réunies dans la capitale, s::iî£ seules chargées^ avec les ministres^ de rendre compte à la nation de leur conduite vis-à-vis d'elle.

Pour ceux qui sont libéraux sincères, îe fusil n'est jamsh un argument. Dans l'état malheureux où se trouve actuellement le peuple haïtien, grâce à Timpéritie des pères des libé-

(1) Voir la BATAILLE du 4 Septembre le magistral article de M. A, Crié qui résume admirablevient la qtiestion.

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raux de Miragoâne et grâce à la leur lorsqu'ils étaient au pouvoir^ toute prise d'armes est non seulement un crime de lèseuation, mais im crime de lèse-humanité.

A r«Histoire d'un crime en Haiti» je répondrai par r«Histoire des Constitutions Haïtiennes». Je la prépare.

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