LES QUESTIONS D'HAÏTI
Airsi qu'on l'a dit, elles sont vraiment intéressantes et méritent de fixer l'attention.
Aussi ceux qui les vp^ulent traiter doivent-ils le faire de façon sérieuse^ et après qu'ils en ont étudié les tenants et les aboutissants.
On fait remarquer qufe j'ai demandé le partage des terres de l'Etat en Haiti^ et l'on ajoute : «Le partage des terres n'est pas une loi d'essence démocratique; c'est un procédé césarien; c'est le système des empereurs romains; avec ce système^ on flatte la plèbe on n'élève pas lui peuple.»
Je fais observer que ce système qui depuis a servi à la colonisation dé l'Algérie (2) fut introduit en Haïti par Pétion^ lequel passe aux yeux des prétendus libéraux de Jacmel pour
(l-J L'EVENEMENT du 14 Septembre 1883, Cet article réfute tin article diL PARIS du 12 Septe^nhre où j'étais désigné en toutes lettres et mes doctrines éconcxmiqucsl dénoncées comme subversives.
(2) N'en déplaise à V inspirateur de l'article du PARIS du, 12 Septeiv„ bre, le partage des terres est tnie loi d'essence démocratique: il n'est devenu «un procédé césarien» qu'après avoir été employé plusieurs fois sous la Républiqiie romaine. Au surplus, on peut consulter Rollin, «Histoire romaine», Cantu, tiHistoire des Italiens^, Mommsen, ^Histoire romai ïie», et Duruy, -^Histoire d^s Romains», pour s'assuret que je ne dis rien ici qui ne soit de la plu,s exacte vérité. Pour plus amplement informé, je renvoie le lecteur à la note A à la fin du volume. De nos jours, on a eii recoiLrs aussi au partage des terres pour colonisa nombre de pays républicains. Voir Paiil Leroy.Beaulieu, aColonisation chez les peuples modernes», et Paul Leroy-Beaulieu, '^Essai sur la répartition des richesses».
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être le président modèle le Washington d'Haïti^ Je n'ai fait que demander qu'il fût remis en usage (1).
Il est erroné de prétendre que la presse soit bâillonnée en Haiti. Aucun journaliste n'a été emprisoimé pour le fait d'avoir commis des délits de presse.
On soutient aussi que «le rêve caressé par le président Salomon est celui-ci : La division de la famille haïtienne par la distinction des nuances de l'épiderme» et l'on ajoute^ en parlant de moi : «L'apologiste de M. Salomon ne parle-t-il pas aussi du jeune peuple noir?»
Le président d'Haiti n'a pas plus de haine préconçue contre les mulâtres qu'il n'a fait fusiller d'impubère. Je l'ai déjà prouvé dans «Pars» du 6 Juillet, en faisant observer que l'épouse de M. Salomon est une blanche née Française, et que ses agents diplomatiques à Paris^ à Londres à Washington ^t: ses ministres en Haiti sont des mulâtres.
N'en déplaise à quiconque, d'après tous les auteurs classiques, notanunent d'après Levasseur (de l'Institut), Onésime Reclus, Cortambert le peuple haitien est un peuple noir. Dans tous les ouvrages d'histoire et de géographie aussi bien que dans les relations de voyages postérieurs à 1859 Haiti est ainsi désignée : «République noire de la mer des Antilles» (2). II en
(Ij Voir mon oxivrage : aRépuhlique d''Haiti et ses visitenirs», ivote A. page 581 et siàvantes. Voir atissi la note B, à h, fin du présent volume.
(2) Les ioumalistes de tous les pays commencent à être au courant de ces choses. Et iMnci qui le prouve :
'Les noirs forment en Haiti la très grande majorité de la population^ car sur environ un million dTxxLbitants on ne compte guère plus de ci»-
sera toujours ainsi jusqu'au jour où l'on aura décrété que les Haïtiens appartiennent à la race caucasique ou à la race mongolique. Je doute que ce jour luise jamais (1).
D'après la Constitution (articles 23, 186 et 187), tout Haïtien
qu<Liite mille viulâtres. (Le Propagateur, journal de la Martinique, 1883) .
uLes viulâtres forment à peine le dixième de la population; loin d'être exclus des emplois publics ils sont appelés à partager une hou'ne partie des fonctions publiques. Des cinq secrétaires d'Etat du président Salom-on. deux sont mulâtres, sa femme est une blanche», (Le New York Herald du 14 Avril 1884t')
'L. P. Janvier. Les Antinationau^. Paris, 1884. page 42-
L^aiionyme. dont les correspondaiwes au PARIS ont servi de canevas pour la rédaction de l'article du 12 Septembre a été bien mal inspire quand, après m^avoir désigné, il a écrit cette phrase : «L'' apologiste de M. Sakmion ne parle-t-il pas aussi du «jeune peuple noir»? Dans une vraie démocratie existe^t-il des questio7is de race, de distitictions de couleur? Non.*
Pour moi, — et j^ai déjà expliqué la chose tout au long de ma uRépubliqiie d'HaiU et ses visite^irs. — tous les Haitiens sans exception sonz des nègres. Par conséquent, il est absurde et puéril do soutenir, d'insi, nuer même que j'établis des distinctions de couleur entre les Haitiens.
(l)]Il serait à désirer qu'uni Haïtien, quelle que soit la coulei.Lr de sa peau, écrivit, sipecialement pour son pays, un livre court et précis où il serait démontré que le mulâtre est un hybride et qu'il n^existe pas de race mulâtre; que noirs et mulâtres devraient vouloir se qualifier de *nègres>, qu'en Europe et en Amérique le m-ulâtre et le nègre ne font qu'un; gu'oux Etats-Unis et eiii France, par exemple, on ne fait aucune
peut être appelé à servir. Ceux que le gouvernement arme^ — et il n'arme personne de piques — sont des soldats constitutionnels. Ils peuvent être des montagnards, Haiti est toute
distinction entre un mulâtre et un nègre instruits; qu'on n^en fait non plus aucune entre un mulâtre et un noir ignorants; qu'eu tant qu'on établisse distinction entre un nègre instruit et un mulâtre ignorant, l'avan tage est tout entier en faveur du nègre. En se servant des journaux français de la première quinzaine d'août 1884, où il est retidu comprc des débats du Congrès de Versailles et de Vattitude de ce Congrès envers M, Gerville^Réache, député de la Guadeloupe et Mulâtre très clair de teint: en se servant des journaux (sij^éricains qui reivdent compte de l'é lection de M. Blaine à la candidature présidentielle aux Etats-Unis par kl convention de Chicago dont un mulâtre, M, Lynch, fut le président, on pourrait avoir foule de renseignements pour bien traiter cette question, Daiis les journaux français. M, Réache, dans les journaux américains, M. Lynch sont constamment appelés nègres. Ils ne sauraient s'' offenser et ne s'offensent point d^une dénomination qui leur revie^ut et dont ils peuvent s'enorgueillir au lieu de s'en attrister ou de s'en courroucer. C'est la race noire qui a des reproches à faire à la race blanche; c'est la race noire qui a été pendiant trop longtemps sacrifiée, méconnue, exploitée, calomniée par sa soeur, et calomniée cruellement. Ceux qui font la preuve de Végalité intellectuelle et morale de la race noire avec les autres races peuvent être fiers, mais ils ne doivent ni on^ blier, ni renier leurs frères, quel que soit l'état d'infériorité momentanée dans laquelle se trouveraient quelques juns de ceux~ci. Un pareil livre, mis entre les mains de tous, éclairerait tous les cerveaux, serait un puissant facteur de paix et détrxiirait finalement le préjugé de coulexir du mulâtre contre le noir, tel qu'il existe encore en Haati,
Ce sont les ignorants qui ont peur d'entendre évoquer le spectre dv. préjugé de couleur. Il est des morts qu'il faut qu'on tue.
montagnes mais ils ne sauraient être des bandits ainsi qu'on essaie de le faire croire (1).
L'article 201 de la Constitution est ainsi conçu : «Le pouvoir législatif, sur la proposition de l'une des deux Chambres ou du pouvoir exécutif^ a le droit^ à n'importe quelle époque^ de déclarer qu'il y a lieu à reviser telles dispositions constitutionnelles qu'il désigne.» C'est en vertu de cet article et des. deux qui le suivent que la Constitution a été revisée en Juillet dernier.
Quand on cite un auteur, il est meilleur de ne pas tronquer ses phrases. Voici le texte exact du passage tiré de mon livre : La République d'Haïti et ses V^iteurs passage que le correspondant anonyme a jugé bon de citer tout en en retranchant quelques mots : «Il est clair qu'il est préférable d'avoir des îïouvernements despotiques, ainsi que le furent ceux de Pétion, de Boyer de Faustin 1er et de Geffrard^ lesquels encourageaient le travail donnaient de l'extension à la puissance productrice du pays, garantissaient la sécurité des propriétés et la vie des citoyens paisibles et laborieux que de subir des périodes d'anarchie comme celles de 1843 à 1848 de 1867 à 1870 où le règne des lois était suspendu où les propriétés, ne pouvaient être ni garanties^ ni respectées, et où toutes les libertés étaient bien plus foulées aux pieds que jamais.» (page 492)
(1) Uauteur de l'article que je réfute ici parlait des piquets haïtiens. Les piquets étaient des paysans qui, n^ayant d'autres armes que des piques avaient osé demander, en plusieurs fois, aux gouvernements réat:tionnaires d'autrefois, les terres de l'Etat que cehii,.ci laissait improductives. Je renvoie à ma brochure intitulée^ le VIEUX PIQUET. Toutes les revendications des piquets étaient justes et bien fondées au point de vue de la justice et du droit^ comme au point de vue économiqtie ,
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Cette phrase vient en manière de réflexion à la suite de plusieurs paragraphes où je démontre combien inutiles et sanglantes/ et ruineuses^ et funestes à tous égards, ont été les révoltes qui ont désolé Haïti depuis 1806 jusqu'à nos jours (1).
Celles de Miragoâne et de Jérémie auront le sort des précédentes.
Puisqu'on cite la Républ.que d'Hdjlti et sajj Visiteurs^ qu'on veuille bien relire attentivement ce livre; on y verra que mon opinion sur Boyer n'a pas varié; que j'ai énergiquement combattu le préjugé de couleur dont il fut un des principaux propagateurs, et que j'ai prouvé que les noirs n'avaient jamais eu ce préjugé, mais qu'au contraire ils continuent à souffrir de ses détestables effets. Il y a été cité plus de vingt pages extraites des divers ouvrages de l'illustre négrophile Schoelcher^ pour mieux démontrer que ce préjugé n'existe que dans la cervelle de ceux qui de par la simple couleur de leur peau^ se prétendent supérieurs à d'autres honunes^ et croient avoir le droit de mépriser et d'insulter leurs semblables (2).
L'insurrection est localisée sur trois points de l'Ile. Voilà
(1) Voir in REPUBLIQUE D'HAÏTI ET SES VISITEURS, le chapitre intitulé: Les Oppositions en Haiti.
(2) Voici e<n quoi consiste le préjugé dà couleur : dans toutes les Antilles, autrefois, et dans certaines Antilles, dans les Antilles à métropole, l'iuintenant encore, un blanc^ jût-il absolument illettré et savetier cji vharcutier de son état, se croyait et se croit supérieur à un noir ou à un inulâtre, cetLX-ci fussent.ils très instruits et gros contribuables.
Aujourd'hui, en Haiti encore que les iTidividvs qui en sont imhus le montrent le moins possible, et qu'ils soient pev. nombreux, ce préjugé consiste en ceci ; un mulâtre, absolum.ent ignorant et ne possédant que
l'exacte vérité d'après les nouvelles qui m'ont été envoyées de Jacniel et de la Jamaïque, et que j'ai reçues hier. D'ailleurs, elle serait encore étouffée^ eût-elle en son pouvoir le Département du sud tout entier. J'ose l'affirmer.
Je répète que quand on est sincèrement libéral et qu'on a la prétention d'être instruit ce n'est pas par le sabre qu'on monte à la présidence. C'est là, de plus, une coutume dangereuse, et qui donne d'insolentes et illégitimes espérances aux sabreurs de profession.
Les révolutions sanglantes et armées ont ruiné mon pays et lui feront perdre son autonomie. Voilà pourquoi sans jamais recevoir d'inspiration de personne j'ai toujours combattu sans relâche tous ceux qui. Haïtiens ou prétendus Européens ayant vécu en Haiti, les fomentent pour s'enrichir pendant que ma patrie en meurt.
Et je signe :
Louis JANVIER.
ses deux mains pour tout capital^ de par la ccmlciw de sa peau, se figure quelquefois être un individu supériexir ou mie-iix né qii'un noir pur qui serait docteur en médecine de la Faculté de Paris. Voir au surplus mon livre : La République d^Haiti et seà visiteurs.