NOUVELLES D'HAÏTI
Le Joui-nal des Débats (numéro du 20 Mai) nous mettait au courant de la situation politique de la Ucpublique haïtiemie par les phrases suivantes :
«La malle partie de Port-au-Prince le 24 Avril ^ nous apporte le Moniteur Off ciel d'Haïti du 14 Avril.
«L'organe du gouvernement dément la plupart des bruits semés en Europe et aux Etats-Unis à l'occasion du coup de main de Boyer Bazelais sur Miragoâne. Il nie notamment que les généraux de l'armée régulière, A. Prophète Lindor^ P.E. Laporte, Lamartinière aient été tués; que les généraux H, Piquant et Vériquain aient passé aux insurgés; que les villes de Cap-Haïtien de la Grande- Rivière du Nord du Port.de-Paix du Môle Saint Nicolas de Jérémie^ de Jacmel, se soient prononcées contre le gouvernement régulier; enfin que le général I, Michel Pierre secrétaire d'Etat de la guerre, délégué du gouvernement dans les départements du Nord et du Nord- Ouest^ ait été contraint de fuir et se soit rendu du Cap aux Gonaives.»
Le MONITEUR nie également que le général Salomon chef de l'Etat, soit malade et mourant^ comme on en avait fait courir le bruit. Il ajoute :
«La vérité sur la situation, la voici : Le reste de la République est très calme, les populations des villes et des campagnes^ s'occupent paisiblement de leurs travaux.
«Quant aux troupes qui opèrent contre la ville de Mira-
(î) — Le Rappel du 23 Mai
goâne elles continuent à se montrer dignes des chefs qui les commandent. Miragoâne étant très accidentée et présentant des positions assez difficiles^ il a fallu de la méthode^ de la patience et de la persévérance pour les occuper.
«Ces positions étaient déjà en possession des insurgés quand se présentèrent les forces du gouvernement; et grâce à la compétence de nos généraux au courage de nos soldais et par suite de vigoureuses attaques faites par eux, ils se sont rendus maitres de ces positions telles que le pont de Miragoâne, le carrefour Desruisseau le fort Brice et le morne Blanc. Aujourd'hui^ les insurgés sont parqués sur un seul point de 1î« ville assiégée^ vu le péril qui les menace ailleurs attendant ainsi le châtiment qui ne tardera pas à les frapper.
«Le gouvernement en aurait déjà fini avec les insurgés s'il avait bombardé la ville de Miragoâne; mais, en raison des preuves de fidélité que les habitants de cette ville lui donnent par le vide obstiné qu'ils font autour de Bazelais^ Lafcrest et les leurs, il a hésité à recourir à ce moyen. Il a hésité d'autant plus à le faire^ que la ville de Miragoâne n'a été que trop éprouvée déjà par de fréquents incendies.»
Le lendemain, on pouvait lire ceci dans trois journaux du matin :
«Washington^ 20 Mai»,
«D'après les derniers avis d'Haiti les rebelles auraient battu les troupes du gouvernement dans plusieurs rencontres importantes.
«L'insurrection gagne du terrain.»
Ce télégramme dit tout le contraire de la vérité et les journaux qui l'ont inséré l'ont fait parce qu'ils ne s'étaient point aperçus qu'il avait été rédigé à Paris le jour même et qu'on
l'avait fabriqué pour répondre à l'article des DEBATS et pour détruire le bon effet qu'il aurait pu produire.
Les auteurs de ces nouvelles alarmantes, s'ils sont des Haitieuîs, montrent qu'ils n'aiment point leur patrie et ils font moins encore l'affaire des insurgés de Miragoâne qu'ils pensent servir.
Si — par impossible^ — ceux-ci arrivaient au pouvoir et y restaient, le crédit du commerce et du gouvernement haïtiens ébranlé à l'étranger les empêcherait de rien entreprendre pour améliorer la situation économique et sociale du peuple haïtien.
En de certaines circonstances, la politique du silence est la meilleure.
En l'occurrence surtout où la parole est aux événements - et toute aux événements, - je rappelle aux patriotes haï^ tiens de Paris que le silence est d'or
<c LES AFFAIRES D'HAÏTI 1883 — 1884 ». 19