‹ Les affaires de CréteChapitre 2 sur 60 · VI TABLE DES MATIÈRES · texte numérisé non relu

VI TABLE DES MATIÈRES

La pacification et les promesses des amiraux, p. 214-224; le blocus, p. 225-233; l'émigration musulmane, p. 233-237.

LES INSURGÉS, p. 239-299.

Sitia et le massacre des musulmans, p. 239-251 ; Spinalonga et Féquipage français, p. 252-260.

Néapolis et Lassithi, p. 261-271; les plaines du centre et du sud, p. 271-282.

Moines et Sphakidtes, p. 283-285; l'assemblée révolutionnaire, p. 285-294; les lignes de Candie, p. 295-299.

ANGLAIS ET RUSSES, p. 299-334.

Les Anglais à Candie, p. 301-309; l'excitation anglaise, p. 309-316.

Les Russes à Rhétimno, p. 317-324; la Russie libératrice, p. 325-334.

Septembre-octobre 1897.

Derrière Tîlot qui barre le goulet, la rade s'enfonce entre les falaises de la côte et les talus de la presqu'île. Les hautes et droites falaises, a crête aiguë, plongent a pic dans Tcau profonde. Les talus, inclinés en pente régulière, et qui semblent le glacis d'une forteresse des géants, dévalent en éboulis de pierres. Silencieuse dans ce cadre de rochers, morte, sans une barque sur ses eaux, sans une maison sur ses rives, sans un arbre, sans un roseau, cette rade, où les Sirènes, déesses de la mer, avaient fixé leur domicile, d*où les flottilles légendaires de Minos partirent à la conquête de l'Europe inconnue, où deux villes, Aptère et Minoa, vécurent

ensuite et prospérèrent, où, durant trois siècles, les galères de Venise et les felouques de Syrie amenèrent tout le commerce levantin, cette rade de la Sude, la plus grande de la Méditerranée et la mieux close, n'est plus aujourd'hui qu'un morceau de planète éteinte, un golfe lunaire inhabité.

Tout au fond, seulement, à l'endroit oii la plaine se termine en marais et vient jeter ses boues dans les eaux claires du golfe, une bâtisse en terre, une enceinte de terre, quelques huttes, un mince rideau de peupliers et, parmi les ruines d'un village incendié, la pointe d'un minaret percent la buée du marécage. Quelques planches sur pilotis servent d'appontement. Une dizaine de barques y sont attachées. Trois douaniers turcs et une bande d'âniers y traînent leurs culottes loqueteuses. En face de cette misère, au milieu des eaux claires, sous le grand soleil, des tours étincelantes et des coupoles argentées mettent comme le mirage d'un empire qui n'est plus, le rêve envolé de quelque ville khalifale aux minarets lamés d'or, aux mosquées coupolées d'argent : ce sont les tourelles cuirassées et les mâts militaires de la flotte internationale.

ce Ce port, aussi renommé que ceux de Tyr et de Sidon et qui avait contenujusqu'à quatre cents galères, ne reçoit plus aujourd'hui que des bar-

ques de pêcheurs. Au fond du port, a gauche, on aperçoit quelques masures où s'abrite une pauvre famille turque. Les douaniers, qui sont la comme les gardiens du désert, avaient pris la fuite à notre approche ; nous n'avons trouvé personne pour nous enseigner le chemin. »

Ainsi parlent deux voyageurs français qui, le 9 juin i83o, débarquaient au Pirée*. Aujourd'hui, ceinturé de quais, de débarcadères, d'entrepôts et de parcs a charbon, sillonné de chaloupes, de chalands et de vedettes, tout bruissant de vapeur et de voiles, le Pirée reçoit chaque semaine des douzaines de grands paquebots et des centaines de caïques ; sa population dépasse quarante miUe âmes et son commerce en fait le rival de Smyrne et d'Alexandrie. Pour opérer ce miracle en moins de soixante ans, il n'a fallu que l'expulsion du douanier turc... Toute l'Europe chrétienne, toute l'Europe commerçante et civilisée, se syndique aujourd'hui pour maintenir à la Sude cet honnête homme.

Elle est là, tout entière, fraternellement unie : ses pavillons, fiers d'une telle besogne, se pressent autour de trois frégates turques, alourdies par l'âge et par les infortunes. Rongées de pourriture, poussives, ces malheureuses frégates ne

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