‹ Les affaires de CréteChapitre 3 sur 60 · I. Michaud et Poujoulat, Corresp. (TOrient, I, p. i43-i · texte numérisé non relu

I. Michaud et Poujoulat, Corresp. (TOrient, I, p. i43-i

demanderaient qu'à dormir leur dernier sommeil entre les bras d'aussi bons amis. Mais le protocole a ses exigences et, parfois, on voit accourir de petits torpilleurs, anglais, autrichiens ou russes, qui viennent secouer ces pauvres vieillesses et les forcer quand même à l'action.

Tels les picadors d'une course espagnole, pous-. sant leurs rosses efflanquées aux cornes de la bête, ils poussent ou traînent ces frégates en un point de la côte, devant un ouvrage des insurgés. Car l'Europe est respectueuse du droit et de la propriété. Elle ne veut agir que sous le couvert du maître légitime. Il faut une première passe entre les frégates turques et le taureau de Crète, avant que le toréador européen, croiseur ou cuirassé tout pimpant de ferrures, sorte ses obus à la mélinite et porte le dernier coup.

Toute l'Europe est là. Bien que, depuis trois mois, elle ait diminué ses escadres, il reste encore une vingtaine de ses navires. L'Italie mène la bande ; son vice-amiral Ganevaro est le maître du chœur. Pour la première fois qu'elle mettait sa flotte en ligne depuis les guerres de l'Indépendance, l'Italie affranchie a bien choisi son heure et elle a bien fait les choses contre l'hellénisme unifié. Elle a eu jusqu'à dix-neuf bâtiments de toute grandeur dans ces parages. Ses énormes cuirassés, Sicilia et Sardegna, sont ici depuis

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huit mois. La seule Angleterre a pu laire pareil étalage ; ses vingt bâtiments ont exploré et sondé tous les mouillages de Tlle. Mais, tranquille et modeste, elle a toujours ordonné à son contreamiral Harris de s'effacer derrière Tltalien...

Obéissant à Tordre , sans empressement mais sans mauvaise humeur, 1* Autriche a vidé ses ports; elle a envoyé tout ce qu'elle avait pouvant faire figure; quinze bâtiments, croiseurs, cuirassés, torpilleurs, contre-torpilleurs, ont entouré son contre-amiral Hinke. La Russie, plus discrète, n'a jamais eu que dix navires sous le pavillon du contre— amiral Andréeff. Elle espérait du moins qu'un déploiement de forces françaises, représenterait dignement la Double- Alliance. Elle avait même à cet endroit des idées très confiantes. Elle témoignait des plus généreuses intentions à l'égard de son alliée. L'ambassadeur de la République à Saint-Pétersbourg télégraphie le i4 mars 1897:

Une occupation ultérieure de la Crète pouvant être nécessaire, la Russie voudrait connaître, dès à présent, votre avis sur une occupation par la France et l'Italie, qui comporterait au moins quinze mille hommes,.. La Russie écarte l'idée d'une occupation par une seule puissance et ne veut pas admettre une combinaison a deux dont la France ne ferait pas partie ' !

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