‹ Les Affections de l'Oreille: Chez les DiabétiquesChapitre 11 sur 52 · BAD MAT · texte numérisé non relu

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individus de race goutteuse (1). On observe chez eux très souvent des affections du pavillon: eczema, tophus, des exostoses du conduit auditif externe; du côté de l'oreille moyenne on constate plus fréquemment encore une otite sèche caractérisée par de la sclérose, celle-ci est causée par des dépôts d’urate et s'installe d’une manière insidieuse et lente, amenant fatalement l’ankylose des osselets. | Cette otite goutteuse, que l’on pourrait appeler d’un terme plus général, otite arthritiqué, offre un aspect clinique spécial presque caractéristique ; elle trouve sa cause dans la nature même de la goutte qui prédispose aux fluxions (fl. hémorrhoïdale, périarticulaire, otique).

Comme nous la retrouverons dans le diabète, il nous parait utile d'en passer les symptômes en revue. Le début est brusque et soudain, une légère diminution de l'acuité auditive est le premier symptôme qui attire l’attention du malade, la perte de la fonction va toujours en augmentant, la surdité présente des caractères spéciaux: le malade, par exemple, perçoit encore, d'une façon assez satisfaisante, le tictac d’une montre, alors qu’il est incapable de suivre une conversation, surtout si plusieurs personnes y prennent part. Ce fait particulier démontre une diminution de la faculté d'accommodation et, partant, l'existence de lésions graves du côté de la chaîne des. osselets. Le patient entend beaucoup mieux au milieu

(1) Bulletin de la Société d'Otologie, tome XII, Ile partie, 1897.

a du bruit, en voiture, en chemin de fer, par exemple, : phénomènés qui caractérisent l’ankylose des osselets. Tels sont les symptômes de cette otite scléreuse. Ainsi donc, nous avons constaté que l'oreille est diversement atteint: chez les arthritiques et qu'il existe bien une otite spéciale créée par cette diathèse.

Pourrait-on alors s'étonner de voir apparaître des affections analogues chez les diabétiques ? Pour la perfection de l’idée qu’on doit se faire du système de la science et de la subordination de ses parties, il. faut tout d'abord aller aux faits les plus généraux qui contiennent [a raison des faits particuliers. - C’est ce que nous faisons ici-même; en dehors des. observations probantes, il est naturel, en partant. d'idée générales, de conclure à l'existence d'otites scléreuses survenant dans le diabète ; la clinique. d'ailleurs vient à l’appui de cette assertion. ;

Donc, les affections scléreuses de l'oreille que l’on rencontre chez les individus atteints de diabète doivent être mises sur le compte de la diathèse arthritique. Mais on peut se demander si, sur un terrain favorable, la glycosurie n’a pas contribué dans ure ceftaine part à produiré ces accidents? Nous ne croyons pas, évidemmerit, que le diabète en soit la cause déterminante, mais peut-être une cause -occasionnelle leur imprimant un aspect clinique un peu spécial. RES : À côté de ces affections auriculaires, d'origine arthritique, survenues au cours du diabète, nous en trouvons d’autres, ne semblant relever que du diabète sans rapport avec la diathèse. Ce sont les affec-

LES EX. je tions suppuratives. Nous en découvrons facilement la | raison dans certaine prédispositions auxquelles sont : exposés les diabétiques. Ils sont, en effet, voués au parasitisme. N'a-t-on pas fréquemment observé : qu'ils étaient enlevés aussi souvent par une infection que par les progrès naturels de la cachexie diabéti- : que ? Si ce n’est pas leur poumon qui cultive le bacille tuberculeux, leur tissu cellulaire se laisse aisément envahir par les microbes pyogènes. En La démonstration expérimentale vient, d'ailleurs, à l'appui des faits cliniques. Dans l'ouvrage de. Strauss (1), nous trouvons mentionnés des essais de culture du bacille de Koch sur des milieux sucrés, En : 1885, Nocard (2) réussit à obtenir la: culture du. bacille de Ia tuberculose de la poule sur du sérum additionné avant la solidification de ï p. 100 de peptone, 0.25 p. 100 de Nacl, o. Se p. 100 de sucre de canne. ae -Nocard et Roux (3) trouvent ensuite un perfec= tionnement beaucoup plus important. Pour éviter le dessèchement trop rapide du sérum gélatinisé, ils y ajoutèrent avant la coagulation dé la glycérine dans: là proportion de 6 à 8 p. 100. Le développement du : bacille de Koch s'effectua d’une façon beaucoup plus. abondante et plus rapide. De même en ajoutant de

°(1) STraUss. — Sur la tuberculose et son bacille.

-(2) Nocarp. — Recherches expérimentales sur la tubercu- : lose des oiseaux. Culture du bacille, Compte rendu de la Société de Biologie, 1885, p. 603. É |

(3) Nocarp et Roux. — Sur -la culture du bacille de la : tuberculose (Annales de l’Institut Pasteur, 1887, p: 19):

la gélose nutritive, qui est à peine utilisable pour la culture du bacille de Koch, 6 à 8 p. 100 de glycérine,

Nocard et Roux la transformèrent en un milieu de culture très favorable.

L'addition de 5 à 8 p. 100 de glycérine aux divers bouillons (veau, bœuf, poule) neutralisés, rend également ces milieux liquides beaucoup plus propices à la culture du bacille de Koch. Si l'on ensemence une parcelle de culture dans un bouillon glycériné les flocons se développent, au fond du vase, beaucoup plus abondamment que dans un bouillon ordinaire, cela prouve que la glycérine n’est pas seulement un empêchement à la dessication de la surface nutritive. des milieux solides, mais qu’elle joue le rôle d’un aliment favorisant la végétation du bacille.

Nous avons ainsi l'explication de la fréquence de. la tuberculose dans le diabète, les individus atteints de glycosurie constituant un terrain favorable au développement du bacille de Koch comme de beaucoup d’autres microbes, d'ailleurs.

On peut rappeler, à ce sujet, les célèbres expériences de Otto Bujwid (1). Elles montrent l’action favorisante que la glycose exerce sur le pouvoir pyo-. gène du staphylococcus aureus.

EXPÉRIENCES DE BUJIwiD.

[. — Injection sous la peau d’un lapin d’une quantité à peu près connue de staphylocoques; pas d’abcès, (1) Le sucre de raisin comme cause de la suppuration par.

le staphylococcus aureus, Centralblatt für Bact., t. IV., 1888. ë

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IT. — Lapin. Injection de la même quantité de Staphylocoques, après addition d’une solution stérilisée de sucre de raisin à 25 0/0.

Au cinqu'ème jour, gros abcès contenant de l'au- reus absolument pur.

Mêmes expériences donnant des résultats identiques avec des rats et des souris.

__ I]. — Injection d’une solution de sucre dans l'oreille d’un lapin, après injection de culture de staphylocoques sous la peau provoque une gangrène locale, qui rappelle beaucoup celle que l’on observe chez les diabétiques.

IV. Autre injection de dix seringues de Pravaz de solution de sucre de raisin à 10 o/o, dans veine de l'oreille. Ensuite, injection d'une seringue de culture de staphylocoques sous la peau, provoquant à l’en- droit de l'injection un œdème, puis, au bout de cinq jours une mortification des tissus, avec détachement de ces mêmes tissus au bout de vingt-cinq jours.

Les résultats de Bujwid, admis par la plupart des auteurs, ont été contestés par certains et ont donné lieu à de nombreuses discussions. Nous empruntons à ce sujet quelques lignes au remarquable travail de M. le D’ Nicolas (1). » Si Karlinski (2), si Ferraro (3)

(1) Influence de la glycose sur le pouvoir pyogène.et la virulence générale du staphylococcus pyogenes aureus, par Joseph Nicolas. Arch. de méd. expérim. et d'anat. pathol., n° 3, 1° mai 1896.

(2) Karuinskr. — Centralblatt für Bact, 1888.

(3) Ferraro. — Action du glucose sur la virulence du sta-

confirment pleinement les expériences de Bujwid, . d'autresauteurs, Grawitzet de Bary (1 1), Steinhaus (2), Herman (3) nient toute influence favorisante de la glycose sur la suppuration. En présence d'opinions aussi contradictoires, à laquelle donner la préfé- 'Tence ?

C'est précisément. pour mettre cette question au point que M. Nicolas a entrepris une série d’expé- riences de grande valeur. Ellesont pour but de chercher si la glycose favorise la production de pus par le staphylocoque et si la glycose modifie la virulence de cet agent.

M. Nicolas reproduit tout d abord aussi exactement | que possible les expériences de Bujwid, et dit dans ses conclusions : « Si nous comparons, maintenant, nos résultats à ceuxobtenus par Bujwid, nous voyons que nos expériences, sans avoir la netteté schémati-

que de celles rapportées par cet auteur, n’en plaident pas moins dans leur ensemble en faveur des idées soutenues parlui. Mais, avant denousprononcer,qu’il nous soit permis d'exposer et de discuter les faits beaucoup plus nombreux que nous avons observés

phylococcus PY08 genes albus. Rivista clinica e es . 1889, (1) Grawirz et de Bary. — Vinhor 4rchiv., 1887. .. (2) SreINHaus. — L’étiologie des-suppurations aiguës. Lit- . terarich Kritische experim. und klinische Studien. Leipsig,

(3) Herman. — De Prafarnee de Ho variations du terrain organique sur l’action des microbes PSE Arch. Inst. Pasteur, 1891.

‘ nous-même us le laboratoire de M.le professeur Arloing ».

Dans quatre séries dePétiences personnelles, * M. Nicolas cherche, en effet, à établir :

19 L'action du sucre injecté dans le tissu cellulaire en même temps que le staphylocoque.

20 L'action du sucre iujecté dans le sang, sur le staphylocoque inoculé simultanément dans le tissu cellulaire. | = 3° L'action du sucre injecté dans le sang, sur le

staphylocoque également injecté dans le sang. 49° L'action du sucre injecté dans le sang plusieurs

jours avant et après l'injection du staphylocoque dans le tissu cellulaire, cherchant à placer ainsi l’organisme sous l'influence constante du sucre, pour se rapprocher, autant que possible, de ce qui se tie chez les diabétiques.

La place nous manquant pour entrer dans le détail de ces expériencés ofÉinaless 1 nous n ‘en donnerons que les conclusions.

19 Le rôle du sucre, comme favorisant le pouvoir . pyogène et diminuant la virulence du staphylocoque, paraît bien-probable, malgré une certaine: incons- . tance, lorsque ce’ corps est porté directement et: simultanément avec le micro-organisme dans l'intimité même des tissus. C’est la confirmation des idées émises par Bujwid, et par Karlinski, mais, comme l'avait également observé le premier de ces auteurs, dans le cas où le sucre n'est introduit dans

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les tissus qu'un certain temps après l'agent microbien, on ne voit plus se produire de suppuration.

20 Lorsqu'on injecte, au contraire, ce sucre dans la circulation générale, tandis qu'on inocule le staphylocoque dans le tissu. cellulaire sous-cutané, ce corps semble, en général, déterminer un certain degré d'atténuation dans la virulence de l'agent pathogène pour favoriser, en revanche, l'apparition d'accidents locaux intenses, œdème séro-hématique,

très abondant, distendant tous les tissus avec ten- - dance fréquente au sphacèle. Cependant, dans ce cas encore, les résultats sont inconstants, car nous avons vu, chez un lapin soumis à l'influence du sucre, se produire une vaste collection purulente beaucoup: plus développée que chez l'animal témoin.

3 Le sucre introduit dans le sang en même temps que le staphylocoque semble, contrairement aux résultats précédents, favoriser simultanément le pouvoir pyogène et la virulence du micro-organisme.

4° Si à des lapins oninjecte dans le tissu cellulaire une dose de culture de staphylocoques incapable de produire par elle-même la suppuration, et si, en même temps, on soumet les animaux, avant et après x l'inoculation, à des injections intraveineuse répétées, l’une de solution de sucre, l’autre d’eau distillée, ces deux variétés d'injection semblent favoriser à an. même degré l'action pyogène et la virulence du microbe. | |

M. Nicolas se demande ensuite sile facile développement des infections (phlegmon; furoncles, anthrax, gangrène, tuberculose), et leur intensité au

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cours du diabète sucré, peuvent trouver une explica-: tion suffisante dans la présence d’un: excès de sucre ? D'autres facteurs jouent aussi un rôle important; les lésions nerveuses, névrites, ‘polynévrites, les altérations vasculaires ont aussi leur. importance dans la production des nécroses, gangrène, et 1 la, suppuration.

« Enfin, il est: un Aéttiier facteur, de connaissance: récente chez les diabétiques, mis en relief par M. Kaufmann, et dont l'influence pourrait bien être primordiale. Kaufmann (1) admet qu’à l’état normal le pancréas déverserait dans le sang une substance modérant la destruction hystolytique dans les tissus, et exerçant une influence très marquée sur leur nutrition; que cette sécrétion interne du pancréas vienne à être supprimée, et les tissus, altérés dans leur nutrition, perdant leurs matériaux de réserve, puisque l’histolyse ne sera plus réfrénée, deviendront une proie facile pour les divers agents pathogènes qui peuvent les envahir. Mais ce n’est là qu'un premier point. En ‘effet, ces matériaux provenant de la désintégration histolytique, dit Kaufmann, vont agir sur le foie, lui apporter des matériaux sur lesquels son activité glycosoformatrice s’exercera et produira ainsi l’hyperglycémie..

Nous savons, FES que causes que nous venons d'examiner nesont pas les seules à favoriserla suppuration. L'addition de sublimé corrosif, d'acide

(1) Mécanisme de la glycémie normale et du diabète sucré (In Arch. de phys., avril, 1895).

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phénique aux staphylocoques, comme l'ont montré Bujwid, Herman, l'injection de cultures filtrées de staphylocoques ainsi que l’ont établi MM. Rodet et Courmont (1), agissant par le mécanisme d’une excitabilité du système nerveux vaso-dilatateur, comme l'a démontré M. Arloing (2), d'après l’hypothèse de M. le professeur Bouchard, produisent les mêmes résultats ». He : Toutes ces expériences nous montrent, en somme, que le diabète est un terrain favorable au développement des microbes, ce qui nous explique les faits particuliers que nous envisageons dans ce travail, c'est-à-dire : fa fréquence de certaines affections auriculaires survenant au cours du diabète: prurit, eczéma, furonculose du conduit auditif externe, du côté de l'oreille moyenne, les otites purulentes, les: phénomènes de nécrose et de mastoïdites. | En résumé, toutes les lésions de l'oreille constatées chez les diabétiques trouvent leurs raisons, les unes dans la diathèse générale, les autres dans une prédisposition en quelque sorte élective.

(1) Roner et Courmonr. — Sur l'existence des produits solubles favorisants dans les cultures de staphylocoques pyogènes. Soc. Biol., 1890. — Ac. des Sc. 1891).

(2) ARLOING. — De l'influence des produits du staphylocoque doré sur le système nerveux vaso-dilatateur et sur la formation du pus. (Ac. des sciences, 7 sept. 1891).

Dans ce deuxième chapitre nous allons passer en revue les différentes lésions de l'oreille qu'il nous a été permis de constater dans un certain nombre de cas de diabète.

Nous pensons que les affections auriculaires, si fréquentes dans cette maladie générale, sont, pour la plupart, en rapport étroit avec elle; nous en donnerons pour preuve les observations recueillies dans les auteurs déjà cités. |

Déjà, pour notre part, nous basons ce travail sur 31 cas inédits, dus à l'obligeance de M. ie professeur agrégé Lannois.

… Par l’analyse de ces observations, nous nous proposons de faire ressortir les liens étroits de causalité qui rattachent le diabète aux affections auriculaires dont nous essaierons aussi de tracer les caractères. : Mais, préalablement, nous tenons à nous défendre de tout exclusivisme, car nous ne pouvons nier l'influence d’autres causes déterminantes. Si, dans beau-

LE coup de cas, il semble que l’on ne puisse relever que le fait de la coexistence, dans d’autres cas, au contraire, on constate une relation évidente.

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