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bête survint subitement, chez le malade de Schwabach, une douleur très violente de l'oreille droite, avec exacerbations nocturnes et localisée à l’apophyse mastoïde, en même temps, apparition de bourdonnements avec dureté de l'oreille. On pratiqua une paracentèse qui donna issue à des exsudats muco-purulents et, après quelques pulvérisations, l'affection semblait être terminée quand apparut une inflammation de la mastoïde avec tous ses symptômes. On pratiqua la trépanation, le malade fut guéri. Schwabach fait ressortir les caractères communs à tous les cas cités : pas de cause extérieure, début brusque. A son avis, le processus inflammatoire est bien sous la dépendance du diabète et en rapport étroit avec lui, comme en témoignent les observations de Raynaud, de Kirchner, et celle qu'il cite pour son compte personnel. La raison, en est, dit-il, dans les modifications des os et des tissus qui ont une moindre résistance et sont plus aptes à être lésés. Mais il s’agit de savoir si cette action du diabète est toujours aussi constante et aussi dangereuse sur l'évolution de l’otite moyenne? Il ne peut répondre à cette question, les observations lui faisant défaut et il laisse le champ ouvert à de nouvelles recherches. | Wolf (1) énumère les maladies constitutionnelles pouvant provoquer des affections de l'oreille. Il cherche en même temps à attirer l’atrention sur d’autres
(1) Ueber Bez. der Ohrkrankh. zu Allgemeinkr. Wiesbadener Naturforscherversammlung, 1887.
maladies encore peu connues à cet égard: le rhumatisme, l'artério-sclérose, l'endocardite, le diabète, la chlorose, l'anémie, les intoxications par le tabac, le plomb, le mercure et l'argent. Revenant à l'otite diabétique, il parle tout d’abord des furonculoses multiples du conduit auditif : une furonculose du conduit auditif, dit-il, survenant dans l’âge avancé de la vie ou dans un âge moyen récidivant souvent et persistant avec ténacité indique avec grande probabilité le diabète. \
L'auteur attire ensuite l'attention sur une affection de la caisse se présentant sous la forme d'otite moyenne purulente et aboutissant à la nécrose des parties osseuses. Il cite un exemple d'otite survenue chez un diabétique et accompagnée de symptômes graves. La trépanation parut inévitable, néan- moins le malade guérit sans opération, par un traitement antidiabétique. Wolff recommande de faire, dans toutes ces otites dont l'étiologie est dou- teuse, l'analyse de l'urine, dont le résultat retiendra les interventionnistes.
Miot (1) cite un cas d'obstruction incomplète de la trompe, amélioré par le courant constant, et l'électrolyse. Il n'y avait pas, d'ailleurs, de relation causale bien nette avec le diabète.
Schüller (2) reprend, en 1888, la question de la tré-
(1) Revue mens. de Laryng. 1887, n° 6.
(@1 Beitrag. zur Kenntnis. des phlegmonosen u. gangranosen, Processes bei Diabete. Bertin. Klin. Wochensch. 1888, P. 044-004.
panation de l'apophyse mastoide. Il partage, à cet égard, l'opinion de Künig, Kraske, Isracl, Sonnenburg; il faut intervenir même en considérant les diabétiques comme exposés à des gangrènes, accidents liés d'ailleurs, à ce que prétend Schüller, à l’artériosclérose. |
Grüber (1), à propos des affections diabétiques du labyrinthe, s'exprime ainsi : «11 peut se produire des modifications pathologiques dans l'appareil récepteur des sons, comme en témoignent les cas où, en l'absence de toute lésion de l'oreille externe et de l'oreille moyenne, les malades sont en proie à des sensations auditives subjectives et à de la dureté d'oreille ».
Cet auteur est le seul, avec Steinbrügge, à avoir traité cette question des lésions labyrinthiques dans le diabète. ,
Kühn (2), en 1889, rend compte de deux cas d’otites purulentes très graves qu’il a observés chez des sujets diabétiques. L'un est mort à la suite d’une méningite due à l'irruption du pus dans le sinus pétreux. L'auteur traite avant tout la question de l’intervention chirurgicale. Doit-on risquer une opération dans ces cas d’otites qui surviennent au cours du diabète? Non seulement il croit devoir l’affirmer, mais il cherche même à montrer la nécessité de l’intervention dans les cas où Îles symptômes d'otite
(1} Lehrbuch der Ohrenheilkunde. Anatomie und Physiologie, 1885.
(2) Ueber Ohrkr. bei Diabetes. Natursforscherversamnlung in Heidelberg, 1889. XIX.
. moyenne purulente sont évidents, c'est-à-dire quand il y a écoulement abondant et douleurs continuelles.
Chez ces malades, la trépanation s'impose, et elle doit être pratiquée le plus tôt possible pour éviter la - propagation du pus aux parties avoisinantes. | Kôrner (1) observe un cas de diabète avec carie de : l'os temporal chez un homme de 48 ans.
Ce malade présentait une suppuration de l’oreille moyenne du côté droit. Des paracentèses, pratiquées à plusieurs reprises,ne calmèrent point la douleur, la suppuration devint plus abondante, peu de fièvre, état cachectique, 230 grammes de sucre par jour. L’apophyse mastoïde était peu sensible à la pression et ne présentait aucun signe d'inflammation, mais, devant les symptômes généraux, Korner pensa à une carie profonde de la région mastoïdienne, et se décida à faire l'opération. Il tomba sur. une cavité nécrosée et purulente ‘en communication avec la caisse. ‘Traitement Ste tee L'écoulement cessa après l'opération.
L'auteur croit que, dans cé Cas: la carie a été. l'affection primitive. L'examen bactériologique a démontré la présence de diplocoque pneumonique (de Friedlander) et de streptocoques. Korner, le premier, à fait un examen bactériologique des exsudats purulents provenant d’otite diabétique. Après lui, Bujwid (2) fait de nombreuses expériences pour
(1) Foll V. Diabetes prim. Ostit. des Warzenforts, 1880. Arch. f. Ohrenhk., XXIX, p. 61.
(2) Centralbl. f. Bact., IV, p. 19
démontrer que les microbes se développent très facilement dans les milieux sucrés (voir page 29).
Habermann (1), trouve le staphylococcus aureus sur la muqueuse nécrosée et sur la membrane du
tympan d'un de ne atteint d’otite Heu eene
hémorrhagique.
Steinbrügge (2) consacre quelques lignes à l'anatomie pathologique d’une otite hémorrhagique survenue chez un diabétique. |
Il trouve une inflammation hémorrhagique de l'oreille moyenne etune extravasation sanguine, visi-
. ble au microscope dans le labyrinthe ; il constate des
traces de cette hémorrhagie dans le périoste du con-
.duit auditif interne, entre les fibres de l’acoustique
et ses branches, entre les cellules ganglionnaires,
dans le canal de Rosenthal, dans le ligament spiral,
dans le vestibule et sur l’épithélium nerveux des ampoules. De petits corpuscules sanguins furent trouvés également dans les espaces périlymphatiques et
jusque dans le canal cochléaire.
En 1893, Rudolf Haug (3) fait paraître une courte monographie sur l’otite diabétique.
. I attire l'attention des médecins sur ces aFections auriculaires trop méconnues et passe en revue les différentes parties de l'organe de l'audition qui peu-
vent être atteintes dans le diabète.
(1) Zur Pathogenese der eitrigen Mittelhrentzundung, MXAIIES 7210.
(2) Lehrbuch der speciellen Pathologisch, anat., 1801.
(3) Die Krankeïten des Ohres. Wien und Leipzig, 1893.
Du côté de l'oreille externe, il note le prurit si fréquent qué les malades atteints de glycosurie ressentent dans le conduit auditif et sur le pavillon. La furonculose de ces mêmes parties de l'oreille est aussi, de sa part, l’objet d'une étude un peu spéciale; il en trace les caractères : récidives fréquentes, lon- - gue durée, évolution lente, après sortie du bourbiilon “irruption de granulations qui prennent un aspect cratériforme et saignent facilement; il cite, à l’appui, l’article de Wolf.
Du côté de l'oreille moyenne il constate que la
trompe est généralement indemne ; il fait allusion à ‘ce sujet au cas de Myot.
Les affections de la caisse lui paraissent fréquentes.
Les perforations se rencontrent à n'importe quel moment du diabète, surtout à droite dans le cadran postérieur, situation qui indique plutôt une maladie primitive des osselets, il constate aussi la fréquence des suppurations de l'oreille moyenne et rappelle les observations de Kuhn et de Kirchner.
Cette suppuration est, à son avis, inaccessible à toute thérapeutique et ce fait constitue un moyen de diagnostic.
L'auteur insiste sur les phénomènes de nécrose de la caisse, si fréquents chez les diabétiques par suite de l'état général et de la moindre résistance des organes ; il l’explique par la présence du sucre dans les produits de secrétion de l'oreille chez les diabétiques (Exp. de Bujwid). L’oreille interne lui semble
EÇIRES indemne, mais, dans certains cas, dit-il, on peut voir une perforation des fenêtres.
Telles sont les publications que nous avons trouvées dans la littérature, nous Îles avons énumérées par ordre chronologique, pour montrer les étapes successives parcourues bien lentement, par cette question, sujet de notre travail.
Il serait bon, croyons-nous, pour simplifier cet historique et pour en permettre une vue d'ensemble plus commode de le reprendre sous une autre forme.
Nous avons vu, en effet, que tous les auteurs qui de loin ou de près, se sont occupés de l’otite diabétique, ne poursuivaient pas la même idée, la plupart se contentaient d'observer des faits, sans en tirer de déductions. Pourtant, ces cas épars peuvent se classer : la dureté de l’oreille, en effet, a été observée par Jordao, Griesinger, Toynbee, Külz. La furonculose du conduit auditif et du pavillon fut étudiée par Wolf.
Kirchner, Schwabach, Wolf, Kühn, Korner ont publié plusieurs observations d’otite moyenne purulente. En ce qui concerne l’otite moyenne hémorrhagique, on possède deux cas avec autopsie, l'un de Raynaud, l’autre de Steinbrügge.
Habermann, Bujwid, Nicolas (1), contribuërent à montrer par des examens bactériologiques que les diabétiques sont exposés à des nécroses et à
(:) Influence de la glycose sur le pouvoir pyogène et la virulence générale du staphylocoque pyogène aureus. J. Nicocas. — Archives de medecine expérim. et d'anatomie pathologique.
divers accidents gangréneux et expliqueront ainsi certaines affections auriculaires.
Enfin la question de l’intervention chez les Fi tiques a été discutée par Kônig, Kraske, Israel, Sonnenburg, Schuller, Kirchner, Kuhn et Korner. Au sujet des lésions du labyrinthe dans le diabète, nous n'avons trouvé que quelques indications dans Grüber et dans Steinbrügge. |
C'est de l'ensemble de tous ces travaux que nous essaierons de dégager une mise au point de la ques-. tion en nous aidant surtout des observations nombreuses que nous avons pu recueillir.