‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 11 sur 62 · PSEUDO-EN · texte numérisé non relu

PSEUDO-EN

CÉPHALOPATHIES NEUHASTHÉîSIQDES. 77

Inversement, que Irouvons-nous chez le paralytique géuéral? Des conceptions lypemaniaques d'une part imaginaires, inventées de toutes pièces, et, d'autre part, imbéciles, absurdes, folles. Sans plus de raison pour craindre ceci que cela, nid.lleremment et au gré de son imagination aberrante, le paralytique général se croit ou runié, ou flcshonoré, ou persécuté, ou trahi, ou malade, etc., et, dans ce dernier cas, de quelles maladies parfois ne s'affuble-t-il pas! C'est sa gorge qui ne peut plus avaler parce qu'elle est « bouchée » ; c'est son estomac qui est « pourri « ; c'est « une bête qui lui ronge les entrailles », et ainsi de suite.

Comparez maintenant. Quelles différences entre les deux tableaux !

Enfin, n'oublions pas cette autre dissemblance

vraiment caractéristique-

Le neurasthénique lypémaniaque qui se croit gravement afl^clé, qui se dit même « perdu )) à propos d'un mal imaginaire ayant son point de départ dans une souffrance réelle, est un malade accessible au raisonnement, accessible à la réconfortation, à la consolation. Un médecin peut raisonner, discuter avec lui, le persuader qu'il n'a pas ce qu'il croit avoir, le rasséréner en un mot, au moins pour un temps. Tel était le cas, entre tant et tant d'autres que j'aurais à citer, de ce mien client dont je vous ai conté l'histoire et qui, fortement lypémaniaque, ne s'avouait pas moins « guéri.

A F F KCTI O N S l'A II A S Y J LI IIQ u

temporairement guéri de tous ses maux », à la suite de chacune des visites qu'il me faisait, et guéri comment? Rien que par quelques bonnes paroles quelques mots de consolation ou même de plaisanterie sur les nombreuses maladies qu'il croyait avoir.

Et bien, essayez de discuter avec un paralytique général et de lui démontrer l'inanité des maladies dont il se dit affligé. Il ne vous écoutera seulement pas, il ne vous fera pas l'honneur de discuter avec vous, il ne prêtera pas la moindre attention à tous vos raisonnements; vous ne le dissuaderez jamais, vous ne le consolerez pas une seconde. Autant vaudrait prodiguer vos arguments à un mur, suivant le dicton populaire. A preuve le malade que je vous montrais ce matin dans nos salles et qui, comme tant d'autres (soit dit incidemment), doit sa paralysie générale à la syphilis. Il est hanté, persécuté par une idée lypémaniaque aussi absurde que possible, dont il parle sans cesse, à tout propos et hors de propos, idée qu'il vous a répétée tout à l'heure comme il nous l'a répétée cent fois, et toujours les larmes aux yeux. « Il ne peut, dit-il, ni manger, ni aller à la selle » (bien qu'il mange et aille à la selle très normalement); et cela lui provient de ce qu'un jour « des gens, qui se sont introduits dans sa chambre, lui ont fait manger par force quantité d'aliments qu'il n'a pu digérer et qui lui restent à perpétuité dans l'estomac. » Dites-lui tout ce que vous voudrez pour le dissuader; peine abso-

PSEUCO-ENCKI>HALOI>ATHIES NECHASÏHÉNIQUES.

lument perdue! Deux minutes plus tard, il vous racontera la même chose avec la même conviction, avec la même crise de larmes.

Voyez combien diffèrent à tous égards, quand on prend la peine de les analyser à fond, les troubles lypémaniaques de la neurasthénie et ceux de la paralysie générale.

Donc, dirai-je (maintenant que j'ai achevé mon parallèle en trois points), en procédant suivant la méthode diagnostique sus -indiquée, on aboutit presque sûrement, au moins pour la grande généralité des cas, à différencier la neurasthénie de la paralysie générale, et à l'en différencier à un triple point de vue que voici :

1° En ce que l'ensemble neurasthénique ne présente pas les symptômes essentiels, vraiment constitutifs de la paralysie générale ;

1° En ce que cet ensemble, d'autre part, surabonde en symptômes qui ne sont pas ceux de la paralysie générale et qui feraient tache dans le tableau de cette maladie ;

3" En ce que ces symptômes, quand on les analyse à fond au lieu de les regarder en surface, sont, à tout prendre, très différents de ceux de la paralysie générale.

Eh bien, ajouterai-je encore, c'est grâce à cette même méthode diagnostique, c'est par les mêmes procédés que vous arriverez avec non moins de

AFFECTIONS l'ARASYPIULlTIQLES.

précision et de sûreté à différencier la neurasthénie des autres affections cérébrales qu'elle peut simuler. De cela voici la preuve.

Prenons un second type, et comme tel, nous ne saurions mieux choisir que la syphilis cérébrale dont si souvent, en pratique, la neurasthénie reproduit l'image.

Soit donc, je suppose, un sujet syphilitique qui, après quelques années d'infection, vient se plaindre à vous des divers symptômes suivants : maux de tête; — vertiges; — malaise cérébral mal défini : défaillances de mémoire; fatigue intellectuelle, inaptitude au travail ; dépression psychique ; obnubilations passagères; — malaise physique, avec faiblesse, lassitude, courbature musculaire; — engourdissements, fourmillements dans les membres; — troubles de la vue, bourdonnements d'oreilles, etc., etc.

En face d'un tel ensemble, dites-moi si tout aussitôt vous ne suspecterez pas l'invasion d'une syphilis cérébrale. En sorte que votre premier souci sera d'établir par un examen plus approfondi du malade s'il est ou non sous le coup d'une encéphalopathie spécifique. Eh bien, ici encore, ce sera la méthode précédente qui, avec sa triple source d'indications, pourra vous servir de guide; car, s'il ne s'agit, dans le cas supposé, que d'une neurasthénie simple, vous arriverez à la reconnaître et à la différencier sûrement d'une syphilis cérébrale d'après les trois ordres de considérations que je

PSEUDO-ENClîl'IIALOPATHIES NEUnASïIlÉNIQUUS.

VOUS développais tout ;i l'heure. Pour préciser, vous aboutirez à mettre hors de cause en l'espèce la syphilis cérébrale :

1° Parce que, dans la scène morbide en question, feront défaut nombre de symptômes essentiels, constitutifs de la syphilis cérébrale, de symptômes sans lesquels il n'est pas permis de supposer une syphilis cérébrale, tels que : phénomènes dûment congestifs (ictus ou résolutifs ou apoplecti formes);

— ébauche (tout au moins) de symptômes parétiques ou paralytiques dans la face ou les membres;

— paralysies crâniennes et, plus spécialement, paralysies oculaires; — troubles intellectuels dûment avérés par début d'affaissement psychique, d'hébétude, d'amnésie, etc. ; — névrite optique, etc., etc.

1° Parce que, dans cette même scène où font défaut les phénomènes précités, vous verrez intervenir tout au contraire une surabondance de symptômes qui n'appartiennent pas à la syphilis cérébrale, qui ne rentrent pas dans son cadre, qui y seraient déplacés, et qui, mversement, comportent le cachet, la physionomie propre de la neurasthénie.

3° Parce qu'enfin, si vous descendez au fond des choses, si vous prenez corps à corps tels ou tels des troui)les morbides qui, sur votre malade, ont pu vous donner le change au premier abord pour des symptômes d'une encéphalopathie organique, vous verrez qu'ils n'en ont que l'apparence et non la réalité, qu'ils n'en sont, comme on l'a dit, que des « simulacres ».

FouilNlEU. - Âlfect. paras Y;>'iil. (j

AFFECTIONS l'A lU S V |>|I U.i , iguLS.

Do sorte qu'en définiLive et de par cette triple analyse clinique, vous aboutirez facilement à restituer toutes choses en leur place et à reconnaître finalement la neurasthénie, au lieu de la syphilis cérébrale, comme origine des troubles accusés par votre malade.

XK

Dans ce qui précède je ne vous ai décrit, messieurs, que les grandes formes, les formes les plus accentuées de la neurasthénie, celles qui, plus que d'autres, s'imposent à l'attention par la netteté et l'intensité de leurs symptômes.

Que si, maintenant, j'avais dessein de compléter le tableau, j'aurais à vous dire que ces formes, prises comme types primordiaux, sont susceptibles de très nombreuses variétés, à savoir, par exemple : variétés de degré, comme intensité de phénomènes morbides ; — variétés incomplètes, frustes, par absence possible et fréquente même de divers symptômes; — variétés mixtes, résultant d'associations, de combinaisons cliniques, etc. Et, de la sorte, j'aboutirais à vous décrire, comme Font fait déjà les auteurs qui se sont occupés de la neurasthénie en général : une forme spinale {myélasthénie) se traduisant plus spécialement par des symptômes médullaires; — une forme cérébrale, à prédominance d'accidents cérébraux [cércbras-

ISEOUASTIIKNIE.

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